Mathieu, Louis de Molé

1781 - 1855

Informations générales
  • Né le 24 janvier 1781 à Paris (Seine - France)
  • Décédé le 23 novembre 1855 à Champlâtreux (Val-d'Oise - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 17 septembre 1848 au 26 mai 1849
Département
Gironde
Groupe
Droite
Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale législative
Mandat
Du 13 mai 1849 au 2 décembre 1851
Département
Gironde
Groupe
Droite monarchiste

Gouvernement

Chef du Gouvernement
du 6 septembre 1836 au 14 avril 1837

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Pair des Cent-Jours, pair de France, ministre, représentant en 1848 et 1849, né à Paris le 24 janvier 1781, mort au château de Champlâtreux (Seine-et-Oise) le 23 novembre 1855, fils de Molé de Champlâtreux, président au parlement de Paris, mort sur l'échafaud le 1er floréal an II, et de mademoiselle de Lamoignon, parente de Lamoignon de Malesherbes, il passa avec sa mère ses premières années en Suisse et en Angleterre, et, de retour en France (1796), termina ses études classiques. Il avait vingt-six ans lorsqu'il débuta (1806) dans la littérature par les Essais de morale et de politique, qui eurent deux éditions : la seconde était accompagnée d'une vie de Mathieu Molé, aïeul de l'auteur. Cet ouvrage, qui faisait un pompeux éloge des institutions impériales, fut jugé diversement : Fontanes le traita avec beaucoup de bienveillance dans le Journal de l'Empire, devenu le Journal des Débats, et présenta à Napoléon le jeune écrivain, qui devint successivement auditeur au Conseil d'Etat, et maître des requêtes (1806).

Rapporteur au Conseil d'Etat, en 1806, de la loi d'exception que l'empereur voulait édicter contre les juifs, après les avoir vus à Strasbourg maîtres de presque tous les immeubles de la région par l'hypothèque et par l'usure, M. Molé ne put concilier ces mesures avec les lois égalitaires de la Révolution, et conclut à la reconnaissance officielle de la religion israélite. L'empereur le nomma commissaire impérial au Sanhédrin israélite, puis préfet de la Côte-d'Or (1807), conseiller d'Etat, directeur général des ponts et chaussées (1809), comte de l'Empire (29 septembre de la même année), et commandeur de l'ordre de la Réunion.

Le comte Molé montra un réel dévouement pour l'empereur et sa dynastie, et ce fut lui que le gouvernement chargea (12 novembre 1813) de faire au Sénat la proposition d'attribuer à Napoléon, par un sénatus-consulte, la nomination du président au Corps législatif sans présentation de candidat, mesure fondée sur ce que « les usages du parlement, écrit un biographe, exigeaient une connaissance particulière des étiquettes et des formes, qui, faute d'être bien connues, pouvaient donner lieu à des méprises et à des lenteurs que les corps interprétaient toujours mal. »

Molé succéda, le 20 novembre 1813, à Régnier, duc de Massa, dans les fonctions de ministre de la Justice : il les exerça jusqu'au 2 avril 1814. En sa qualité de « grand juge », il accompagna, ainsi que tous les autres ministres, l'impératrice Marie-Louise, lorsqu'elle se rendit à Blois.

La première Restauration le tint à l'écart des emplois publics. Ce ne fut que comme membre du conseil municipal de Paris qu'il signa, quelques jours avant le 20 mars 1815, la fameuse adresse présentée au roi et dans laquelle se trouvait cette phrase : « Que nous veut cet étranger pour souiller notre sol de son odieuse présence ? »

À son retour, Napoléon lui laissa, pendant les Cent-Jours, la direction des ponts et chaussées et sa place au Conseil d'Etat. Le comte Molé refusa de signer la déclaration du Conseil d'Etat du 25 mai contre les Bourbons, il quitta même la séance pour ne pas prendre part à la délibération. Vivement blâmé par l'empereur, il s'excusa en disant « qu'il n'avait pas cru pouvoir s'associer à un manifeste contenant ce blasphème politique : que Napoléon tenait sa couronne du vœu et du choix du peuple français ». Cependant Napoléon le nomma, le 2 juin, pair des Cent-Jours ; mais M. Molé partit pour les eaux de Plombières, écrivit de là pour s'excuser de siéger, et attendit les événements.

Revenu à Paris après Waterloo, il fit parvenir à Louis XVIII l'assurance de son « Inaltérable fidélité », rentra au Conseil d'Etat, fut renommé (9 juillet 1815) directeur général des ponts et chaussées, et, le 17 août suivant, fut promu à la Chambre des pairs. Dans le procès du maréchal Ney, il vota pour la mort; certains biographes affirment qu'il usa ensuite de son influence pour arracher quelques autres victimes à la terreur blanche. Bientôt, le maréchal Gouvion-Saint-Cyr étant passé du ministère de la Marine au ministère de la Guerre, Molé reçut (12 septembre 1817) le portefeuille de la Marine, qu'il garda jusqu'au 28 décembre 1818. Ce fut lui qui, dans la session de 1818, présenta à la Chambre haute le projet de loi sur la liberté de la presse. Il prit d'ailleurs une part active aux mesures qui signalèrent le ministère présidé par le duc de Richelieu, et quitta le pouvoir, avec cet homme politique, lors de la dislocation partielle du cabinet, causée par les élections de La Fayette, de Manuel et de Benjamin Constant.

Il siégea dès lors, à la Chambre des pairs, parmi les royalistes constitutionnels, et combattit plusieurs fois à la tribune les opinions des ultras. À la séance du 28 mars 1826, il parla le premier contre le rétablissement du droit d'aînesse, au nom des intérêts moraux de la famille et des intérêts financiers de l'Etat.

Après la révolution de Juillet, le comte Molé fut appelé, dès le 11 août 1830, par Louis-Philippe, au ministère des Affaires étrangères ; il travailla à faire reconnaître le nouveau roi par les puissances étrangères, et adopta, non sans quelque hésitation, le principe pacifique, cher au roi, de la non-intervention. Mais son impopularité et quelques dissentiments avec ses collègues le forcèrent, au 1er novembre suivant, de résigner son portefeuille.

Après la crise ministérielle du 6 septembre 1836, il fut chargé de former un nouveau cabinet, et reprit, avec la présidence du conseil (6 septembre 1836-30 mars 1839), le département des Affaires étrangères. Au premier rang des difficultés dont Thiers lui laissait l'héritage, le comte Molé trouva la question suisse et l'affaire Conseil. Persuadé qu'il n'y avait rien de vrai dans la mission d'espionnage attribuée à Conseil, et que les protestations de la diète contre le rôle de la France et de son roi n'étaient que le résultat d'une trame ourdie par les réfugiés pour perdre l'ambassadeur français, le comte Molé n'hésita pas à interrompre toute relation diplomatique avec la Suisse. À la vérité la querelle se trouva apaisée presque aussitôt, la Suisse n'ayant pas persisté dans ses réclamations. Le complot de Louis Bonaparte, les attentats sans cesse renouvelés contre la vie du roi, vinrent susciter bientôt d'autres embarras au cabinet, dont un des premiers actes avait été l'élargissement des prisonniers de Ham, les ex-ministres de Charles X. Il eut enfin à lutter contre la fameuse coalition, dont Thiers et Guizot, écartés du ministère le 15 avril 1837, et s'alliant avec la gauche, devinrent les chefs les plus ardents.

Cette année 1837 s'était annoncée par de vifs débats parlementaires. Ce fut au sujet de l'Espagne que Thiers engagea la lutte contre le cabinet. Il s'efforça de prouver que le rôle du président du conseil à l'égard de ce pays n'avait ni éclat ni grandeur ; que les destins de la monarchie constitutionnelle en France étaient liés à la conservation de la royauté d'Isabelle en Espagne ; que l'intervention au delà des Pyrénées contre l'absolutisme de don Carlos nous était commandée par notre alliance avec les Anglais, etc. Molé opposa à ces considérations l'élasticité manifeste des termes dans lesquels le traité de la quadruple alliance était conçu, les inconvénients d'une politique d'aventures, et les hésitations de son rival au pouvoir, dans cette même question espagnole.

La Chambre se tint cette fois pour satisfaite. « Un jugement droit, écrit un historien, une élocution sans relief, mais suffisante et sobre, beaucoup de tenue, de la présence d'esprit et du sang-froid, de l'habileté dans le maniement des hommes, tout ce qui donne l'habitude des grandes relations, l'expérience des affaires, une politique apprise à l'école de l'Empire, et par conséquent le goût du despotisme, mais avec cela, une facilité singulière à se plier au joug des circonstances, peu d'élévation dans les vues, nulle hardiesse dans l'exécution, un amour-propre inquiet et trop aisément irritable : voilà ce que M. Molé avait apporté aux affaires en qualités et en défauts. » Guizot ne lui pardonnait pas de prétendre avoir le pas sur ses collègues. « M. Molé, devant M. Guizot, c'était la susceptibilité patricienne aux prises avec l'orgueil. Le premier s'irritait d'avoir la suprématie à conquérir, le second affectait, à l'égard de l'homme qui la lui contestait, une sorte d'étonnement dédaigneux dont rien n'égalait l'injure. De là un duel sourd, dans lequel les conceptions législatives, les desseins politiques, l'emploi des agents, les mesures les plus générales en apparence n'entraient que comme des armes à l'usage de la jalousie. » La direction donnée au procès de Strasbourg et l'issue des débats inspirèrent au comte Molé la pensée de faire accorder au ministère le droit d'éloigner arbitrairement de Paris quiconque paraîtrait trop dangereux ; le chef du cabinet abandonna son projet, non sans humeur, à la suite d'une démarche de M. Duvergier de Hauranne, et finit par s'arrêter à trois projets de loi inspirés d'ailleurs par les mêmes sentiments. Le premier, dit « de disjonction », portait que lorsque des crimes prévus par certaines lois déterminées auraient été commis en commun par des militaires et des individus appartenant à l'ordre civil, ceux-ci seraient renvoyés devant les tribunaux ordinaires et ceux-là devant les conseils de guerre. Le second demandait qu'on établit à l'Île Bourbon une prison destinée à recevoir les citoyens déportés. Le troisième menaçait de la réclusion quiconque ne révélerait pas, en ayant connaissance, les complots formés contre la vie du roi.

En même temps, les ministres conviaient la Chambre à constituer au duc de Nemours un riche apanage et à accorder à la reine des Belges une dot d'un million. La première de ces trois lois émut gravement la conscience publique et souleva à la Chambre une très vive opposition : Dupin lui-même l'attaqua avec une verve mordante, qu'appuyèrent MM. Delespaul, de Golbery, Nicod. Lamartine crut devoir défendre le projet ; mais MM. Charamaule, Parant, Moreau (de la Meurthe), Persil, Chaix-d'Est-Ange, Berryer, revinrent à la charge, et vainement M. de Salvandy, rapporteur, essaya de justifier son œuvre, on l'écouta à peine et la loi fut rejetée par 211 voix contre 209. Une crise ministérielle paraissait inévitable.

Pourtant, le cabinet tint bon, et la loi d'apanage fut présentée : la cour, non contente de demander un million pour la dot de la fille aînée du roi, reine des Belges, et un accroissement de revenu d'un million pour l'héritier présomptif le duc d'Orléans, réclamait pour le duc de Nemours le domaine de Rambouillet, en y ajoutant les forêts de Sénonche, de Châteauneuf et de Montécaut.

Accueillie d'abord sans murmures dans les bureaux de la Chambre, la proposition ne fut pas plus tôt connue du public, que l'irritation des esprits s'accrut : un pamphlet sorti de la redoutable plume de Cormenin vint encore l'attiser. C'est alors que le cabinet fut obligé de se dissoudre.

Après quelques semaines passées en essais inutiles de combinaisons, les membres qui représentaient le parti des « doctrinaires » se retirèrent, et Molé resta chargé du soin de constituer un nouveau cabinet qui fut annoncé au Moniteur le 15 avril, et dans lequel il conservait avec la présidence du conseil les Affaires étrangères.

Le cabinet remanié s'annonça comme un ministère de conciliation : il retira la loi sur la dotation du duc de Nemours ; celles qui concernaient le duc d'Orléans et la reine des Belges furent votées le 22 avril. Le comte Molé négocia, vers la même époque, le mariage du duc d'Orléans.

Puis, ne tenant pas pour suffisante la majorité peu nombreuse et peu solide qu'il trouvait à la Chambre, il fit signer au roi, le 30 octobre, une ordonnance qui dissolvait la Chambre et qui convoquait les électeurs pour le 24 novembre.

La discussion de l'adresse à la Chambre nouvelle remit sur le tapis l'exécution du traité de la quadruple alliance et amena un nouveau débat entre MM. Thiers et Molé. Les diverses oppositions redoublaient d'ardeur contre le cabinet : une polémique engagée dans la presse les décida à se concerter pour renverser le ministère du 15 avril. La coalition employa toute l'année 1838 à préparer la campagne décisive pour la session de 1839. La discussion de l'adresse fut le champ de bataille où les coalisés attaquèrent le ministère. Devant la Chambre, le combat fut âpre, acharné, surtout entre Guizot et Molé. Un seul trait suffira à donner le ton de la lutte. Guizot accusait son adversaire de n'être qu'un courtisan et lui appliquait le mot de Tacite : Omnia serviliter pro dominatione. De son banc, Molé jeta à Guizot cette cruelle réplique : « Monsieur, ce n'est pas des courtisans que Tacite parlait, c'était des ambitieux... » Cette lutte grandit singulièrement le ministre, dont la défense étonna à la fois ses adversaires et ses amis. Bien que l'Adresse, rédigée par les coalisés, ne fût pas adoptée sans modifications, le jour même du vote (8 mars) le comte Molé remit au roi la démission du cabinet, dont la chute devint irrévocable le 30 mars 1839, lorsque fut connu le résultat des nouvelles élections législatives, défavorables aux ministres.

Eloigné dès lors du premier plan de la politique, Molé fut élu, l'année suivante, à l'unanimité moins une voix, membre de l'Académie française. Ce fut lui qui y reçut, le 29 janvier 1846, Alfred de Vigny, et l'on remarqua le ton aigre-doux de sa réponse au discours du récipiendaire dont il avait été auparavant un des protecteurs les plus actifs. En 1844, M. Crémieux ayant fait voter par la Chambre « qu'aucun membre du parlement ne pourrait être adjudicataire ou administrateur dans les compagnies de chemins de fer auxquelles des concessions seraient accordées », M. Molé, qui était président du conseil d'administration de la compagnie de l'Est, se trouva visé : « Je leur jetterai au nez tous les chemins de fer passés, présents et futurs, » écrivait-il à M. de Barante. Son nom fut souvent mis en avant dans plusieurs crises, et, en février 1848, Louis-Philippe le nomma président d'une des dernières combinaisons ministérielles qui ne purent d'ailleurs aboutir.

Après la révolution de février, le comte Molé fut porté candidat à l'Assemblée constituante par les « anciens partis », dans le département de la Gironde, en remplacement de Thiers, qui avait opté pour la Seine-Inférieure : élu représentant, le 17 septembre 1848, par 22 818 voix (45 527 votants, 173 778 inscrits), il siégea dans les rangs de la droite, dont il fut un des chefs; sans prendre souvent la parole, il n'en eut pas moins d'influence. Il vota:

- contre l'amendement Grévy sur la présidence,
- contre le droit au travail,
- pour l'ensemble de la Constitution,
- pour la proposition Rateau,
- contre l'amnistie,
- pour l'interdiction des clubs,
- pour les crédits de l'expédition de Rome,
- contre la demande de mise en accusation du président et de ses ministres.

Il avait favorisé ouvertement, en vue de l'élection présidentielle du 10 décembre 1848, la candidature du général Cavaignac. « Il a sauvé la nation, qui ne pourra jamais l'oublier, » déclarait-il à la tribune le 26 octobre.

Rallié ensuite au gouvernement de Louis-Napoléon Bonaparte, il soutint à l'Assemblée législative, où il fut réélu, le 13 mai 1849, représentant de la Gironde, le 8e sur 13, par 69 635 voix (125 001 votants, 179 161 inscrits), toutes les mesures qui signalèrent l'accord du pouvoir exécutif et de la majorité, appuya l'expédition de Rome, la loi Falloux-Parieu sur l'enseignement, fut membre de la commission des dix-sept qui prépara la loi du 31 mai sur le suffrage universel, mais se sépara du prince-président quand la politique de l'Elysée devint contraire aux intérêts monarchiques. Il se prononça contre le coup d'Etat, et figura parmi les représentants qui protestèrent, le 2 décembre 1851, à la mairie du 10e arrondissement.

Rentré dans la vie privée, il mourut à son château de Champlâtreux, d'une apoplexie foudroyante, le 25 novembre 1855.

Le comte Molé avait été conseiller général de Seine-et-Oise.

Il était, depuis le 17 octobre 1837, grand-croix de la Légion d'honneur.

On a de lui, outre l'écrit cité plus haut, quelques Mémoires et un certain nombre de Discours.

Date de mise à jour: mars 2016

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