Joseph Fouché Duc d'Otrante

1754 - 1820

Informations générales
  • Né le 19 septembre 1754 à Le pellerin (Loire-Inférieure - France)
  • Décédé le 25 décembre 1820 à Trieste (Italie)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Révolution
Législature
Convention nationale
Mandat
Du 7 septembre 1792 au 26 octobre 1795
Département
Loire-Inférieure
Groupe
Montagne
Régime politique
Cent-Jours
Législature
Chambre des représentants
Mandat
Du 12 mai 1815 au 6 juin 1815
Département
Loire-Inférieure
Régime politique
Seconde Restauration - Chambre des députés des départements
Législature
Ire législature
Mandat
Du 22 août 1815 au 5 septembre 1816
Département
Corrèze
Groupe
Majorité ministérielle

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Membre de la Convention, membre du Sénat conservateur, représentant et pair des Cent-Jours, ministre, député de 1815 à 1816, né au Pellerin (Loire-Inférieure) le 19 septembre 1754, mort à Trieste (Autriche) le 25 décembre 1820, était fils d'un capitaine de la marine marchande.

Ses études terminées chez les Oratoriens de Nantes, il entra dans cette congrégation, et professa successivement à Juilly, à Arras, et à l'école militaire de Vendôme. Il était préfet des études au collège de Nantes, quand la Révolution éclata. Comme il n'était point engagé dans les ordres, il quitta l'habit ecclésiastique, devint avocat, fut un des fondateurs de la Société patriotique de Nantes, et s'y fit remarquer par son zèle révolutionnaire. Il était principal du collège de Nantes lorsqu'il fut élu, le 7 septembre 1792, par le département de la Loire-Inférieure, membre de la Convention, le 6e sur 8, avec 266 voix (405 votants) ; il resta assez obscur pendant les premiers mois de la session, et ne réussit pas à se lier avec Robespierre, qu'il avait connu lors de son séjour à Arras, mais qui repoussa ses avances et lui refusa la main de sa sœur, Charlotte Robespierre.

Devenu membre du comité de l'instruction publique, il fut en relations avec Condorcet et Vergniaud, et pencha un instant vers le parti girondin ; il s'en éloigna pourtant lors du procès de Louis XVI, et vota la mort sans appel ni sursis ; sur la question de l'appel au peuple, il insista même en disant :
« Je ne m'attendais pas à énoncer à cette tribune d'autre opinion contre le tyran que son arrêt de mort. Il semble que nous soyons effrayés du courage avec lequel nous avons aboli la royauté ; nous chancelons devant l'ombre d'un roi... »

Les 14 février et 8 mars 1793, il fit, au nom du comité d'instruction publique, un rapport concluant à la vente de tous les biens dépendant des bourses et des établissements d'instruction autres que les collèges. Nommé, à la même époque, membre du comité des finances, il fit voter par la Convention la recherche et la vente de toutes les propriétés d'émigrés restées jusque-là inconnues au gouvernement.

Il fut ensuite envoyé, sur la proposition de Marat, dans le département de l'Aube, pour y faire exécuter le décret de l'Assemblée sur la réquisition. Il s'acquitta habilement de cette mission, pendant laquelle eurent lieu les événements du 31 mai et du 2 juin, auxquels il adhéra. Deux mois après, il reçut une nouvelle mission dans la Nièvre, où il agit de concert avec Chaumette, manifesta la plus grande hostilité contre le culte établi, poursuivit l'anéantissement de toutes les « enseignes religieuses » qui se trouvaient sur les routes, sur les places et dans tous les lieux publics, et fit apposer à l'entrée de tous les cimetières cette inscription : La mort est un sommeil éternel. Il fit ensuite procéder à de nombreuses perquisitions dans les églises et les châteaux. De Nevers, il mandait au comité de salut public (août 1793) : « Les citoyens ont bu dans la coupe de l'égalité l'eau de la régénération. » Affectant à ce moment un superbe dédain pour la richesse, il écrivait à la Convention : « Abolissons l'or et l'argent, traînons dans la boue ces dieux de la monarchie, si nous voulons faire adorer les dieux de la République, et établir le culte des vertus austères de la liberté. » La sincérité de cette profession de foi fut, dans la suite, singulièrement révoquée en doute, et on prétendit qu'une notable partie des trésors ainsi réquisitionnés servit de début à l'immense fortune que Fouché posséda depuis.

Mais il fut bientôt appelé sur un plus grand théâtre. Lyon venait d'ouvrir ses portes aux armées de la République ; la Convention ayant décidé que les peines les plus sévères seraient portées contre ceux des habitants de la ville qui s'étaient signalés par leur obstination dans la résistance, Fouché fut choisi, avec Collot d'Herbois, pour être un des exécuteurs de ces décrets. Tous deux abusèrent étrangement du redoutable ministère qui leur était confié et préludèrent tout d'abord aux massacres dont ils allaient ensanglanter Lyon, par une parodie grossière des cérémonies du culte catholique, où l'on fit paraître un âne, couvert d'une chape et coiffé d'une mitre ; à sa queue étaient suspendus les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament ; ces livres furent ensuite brûlés et l'on fit boire l'âne dans le calice. Peu de jours après, Fouché, après avoir fait exécuter en masse les membres de la municipalité qui avaient instruit le procès de Chalier, écrivit à la Convention: « Le sol qui fut rougi du sang des patriotes sera bouleversé, tout ce que le vice et le crime avaient élevé sera anéanti. » Aux tribunaux révolutionnaires il substitua un comité de sept membres jugeant sommairement, et cherchant dans la fusillade en masse le moyen le plus expéditif de répandre la terreur. Collot d'Herbois ayant quitte Lyon à l'époque de la prise de Toulon par les Anglais, Fouché lui écrivit le 19 décembre : « Anéantissons d'un seul coup tous les traîtres, pour nous épargner le long supplice de les punir en rois. Exerçons la justice à l'exemple de la nature : frappons comme la foudre, et que la cendre même de nos ennemis disparaisse du sol de la liberté... » Dénaturant les instructions qu'il avait reçues de la Convention et du comité de salut public, il commit froidement des atrocités monstrueuses et, comme on l'a dit, « ramassa l'or dans des ruisseaux de sang. » Le texte d'un arrêté pris par lui pendant son séjour à Lyon était conçu en ces termes : « Les représentants du peuple envoyés à la Commune Affranchie pour y assurer le bonheur du peuple, requièrent la commission des séquestres de faire apporter chez eux deux cents bouteilles du meilleur vin qu'ils pourront trouver, et en outre cinq cents bouteilles de vin rouge de Bordeaux, première qualité, pour leur table. » (Mémoires de Charlotte Robespierre.)

Robespierre avait, à diverses reprises, demandé au comité de salut public le prompt rappel de Fouché ; il l'obtint enfin, et, lorsque Fouché, de retour à Paris (10 germinal an II), se présenta chez lui, il l'accabla de reproches sur l'usage qu'il avait fait de ses pouvoirs. A dater de ce jour, Robespierre eut en lui un implacable ennemi. Dénoncé à la séance des Jacobins du 23 prairial, puis à celle du 23 messidor, Fouché, au lieu de se justifier des accusations qui pesaient sur lui, écrivit à la Société pour la prier de suspendre son jugement jusqu'après le rap port des comités. Ce fut alors que le club, sur la motion de Robespierre, prononça à l'unanimité la radiation de Fouché.

Mais le neuf thermidor vint le réintégrer. Il avait prêté son concours aux événements de cette journée, et il s'associa d'abord de toutes ses forces à la réaction qui suivit. Le 7 fructidor an II, il parla à la tribune de la Convention, de « la douleur profonde dont il était pénétré à la vue des scènes d'horreur et du féroce brigandage qui depuis trois mois régnaient à Lyon, au nom de Maximilien Ier ». Le 13 vendémiaire an III, il proposa de restituer à la ville de Lyon son ancien nom et de déclarer qu'elle avait cessé d'être en état de rébellion. A la vérité, ce système lui réussit assez mal, et, désavoué un moment par les thermidoriens, il songea à conspirer avec Babeuf et ses amis. Cependant les dénonciations arrivaient de toutes parts contre lui : les habitants de la commune de Cannat, les autorités constituées du département de la Nièvre énuméraient les massacres exécutés par son ordre; on lui reprochait, en outre, de n'avoir rendu aucun compte des taxes qu'il avait mises partout et qui s'élevaient à plus de deux millions dans la seule commune de Nevers. Fouché alors se retourna vers les thermidoriens pour implorer leur protection : il trouva en eux des défenseurs zélés, mais impuissants : le 22 thermidor an III, sur la proposition de Boissy d'Anglas, il fut décrété d'arrestation malgré les efforts que firent en sa faveur Tallien, Fréron et Legendre. L'amnistie du 4 brumaire an IV le rendit, trois mois après, à la liberté. Rentré dans la vie privée, il vécut à Montmorency, dans une retraite à peu près absolue, jusqu'à la journée du 13 vendémiaire.

Le Directoire lui confia néanmoins, sur les frontières d'Espagne, une mission dont il n'est pas resté de trace. Mais Fouché, qui était reste en relation avec le parti de Babeuf et qui en savait tous les secrets, eut l'idée de les utiliser afin de se remettre en évidence et en faveur. Il envoya à Barras un mémoire détaillé, dont il fut récompensé par l'ambassade de Milan (15 vendémiaire an VII), puis par celle de Hollande, où il resta jusqu'au moment où le gouvernement directorial, de seconde formation, l'appela (2 thermidor an VII) au ministère de la police en remplacement de Bourguignon. Le premier acte de son autorité fut de faire former la salle du Manège, où se tenait le club des Jacobins; puis il fit un rapport sur les menées des royalistes de l'Ouest. Bientôt on le vit d'un seul coup supprimer onze journaux à Paris. Il y eut au Conseil des Cinq-Cents de vives protestations contre cette mesure, et Briot demanda, mais eu vain, la Suppression du ministère de la police.

Lorsque Bonaparte, que la mort de Joubert venait de laisser sans concurrent, fut arrivé d'Egypte et eut accompli le coup d'Etat de brumaire, il trouva Fouché tout prêt à saluer l'avènement de la dictature militaire. Son plus cher espoir étant de conserver, sous le pouvoir nouveau, le ministère de la police, qu'il considérait comme de grande ressource, il se dévoua sans réserve à l'affermissement de l'autorité de Bonaparte. Dans une lettre qu'il écrivait, le 18 prairial an X, au préfet du Rhône, il disait, à propos de l'exécution du Concordat :
« L'organisation des cultes est dans l'Eglise ce que le 18 brumaire a été dans l'Etat ; ce n'est le triomphe d'aucun parti, mais la réunion de tous dans l'esprit de la République et de l'Eglise. Ce que le gouvernement a si heureusement rapproché depuis le 18 brumaire, il faut que la religion achève de l'unir et de le confondre; ce que la lassitude du mal a fait oublier, il faut que le sentiment vif et profond du bien achève de l'effacer sans retour. »

Fouché connaissait au mieux les projets et les secrets des partis ; il les livra au vainqueur, non sans négliger d'en conserver une partie pour le besoin. Bonaparte mesura d'ailleurs sa confiance sur l'arrière-pensée qu'il devinait en lui. Cependant Fouché, devenu grand seigneur dans le nouvel ordre de choses, avait adopté des habitudes conformes à sa nouvelle situation ; il réunissait, dans de brillantes soirées, les survivants de l'ancienne noblesse, et il soutenait ce rôle avec succès, grâce à une audace imperturbable favorisée par beaucoup d'esprit, et grâce aussi au peu de scrupules de la plupart de ses hôtes. Il sut profiter habilement, pour se faire des amis dans tous les camps, des immenses avantages que lui donnaient ses fonctions. Les membres de la famille de Bonaparte n'échappèrent pas à ses avances, et Joséphine elle-même ne résista pas à l'attrait des riches cadeaux par lesquels il sollicitait son appui. Aussi fut-il constamment soutenu par elle contre l'inimitié de Lucien. Ce système, suivi avec une adresse et une persévérance remarquables, finit par assurer si solidement le crédit de Fouché, qu'il devint l'homme le plus puissant du gouvernement, déjouant les complots, inventant parfois de fausses conspirations, et entretenant soigneusement les défiances et les craintes de Napoléon. Toutefois son habileté parut un jour en défaut, dans l'affaire de la machine infernale : vivement accusé de n'avoir pas prévu la conjuration, et desservi d'ailleurs auprès du maître par ses ennemis Lucien et Joseph, il dut quitter le ministère de la police le 28 fructidor an X ; mais il reçut le même jour, en dédommagement. le titre de sénateur, dont les appointements étaient de 36 000 francs, et fut nommé titulaire de la sénatorerie d'Aix, dont le revenu était de 30,000 fr. ; enfin, Napoléon lui abandonna 1 200 000 fr. sur les fonds de la police. Il se retira dans sa belle terre de Pont-Carré, où il resta vingt-deux mois.

La courte trêve que la paix d'Amiens avait accordée à la France expira bientôt : la vigilance de Fouché fut de nouveau jugée indispensable. Le 21 messidor an XII, le ministère de la police lui fut confié pour la seconde fois ; il le garda jusqu'au 3 juin 1810. Son influence, durant cette période, s'accrut sans mesure, et Napoléon lui envia plus d'une fois la popularité dont il jouissait au faubourg Saint-Germain. Sa réputation à l'étranger était immense; il la ménageait en combinant lui-même, avec un soin merveilleux, de ténébreuses intrigues qu'il s'attribuait la gloire d'avoir dévoilées. Mais la défiance de Napoléon à l'égard de son ministre fut singulièrement excitée par deux circonstances importantes : notamment à l'époque des événements de Bayonne. Fouché trouva dans le mécontentement que ces événements avaient causé en France le thème d'une nouvelle conspiration ; il en informa Napoléon, qui revint sur-le-champ à Paris; mais déjà la prétendue conspiration s'était évanouie. L'année suivante (1809), après la bataille d'Essling, les Anglais opérèrent un débarquement à Valcheren. La Belgique tout entière était menacée de tomber au pouvoir de l'ennemi. Fouché qui, du 29 juin au 12 octobre, réunit par intérim le portefeuille de l'Intérieur à celui de la police, appela à la défense de l'empire et organisa avec une extrême rapidité tout le premier ban de la garde nationale, mit Bernadotte à la tête de ces troupes, et obligea les Anglais à se rembarquer. L'audace qui lui avait fait confier à un général en disgrâce un commandement aussi important, mit au comble l'irritation de l'empereur, déjà provoquée par une circulaire dans laquelle Fouché avait dit : « Prouvons à l'Europe que si le génie de Napoléon peut donner de l'éclat à la France par les victoires, sa présence n'est pas nécessaire pour repousser nos ennemis. » Son renvoi fut dès lors décidé. Un dernier fait en fut l'occasion.

Après le mariage de l'empereur avec Marie-Louise, Fouché crut être agréable à Napoléon en envoyant, de sa propre initiative, un agent diplomatique en Angleterre, pour tenter des négociations, taudis que l'empereur négociait de son côté. Le ministère anglais se crut joué et congédia les ambassadeurs. Le résultat de cet événement fut la disgrâce de Fouché. Le 5 juin 1810, le portefeuille de la police fut donné à Savary. Fouché reçut alors le titre de gouverneur général de Rome, avec l'ordre de se rendre aussitôt à son poste. L'empereur lui avait fait, quelques jours auparavant, vainement réclamer par Berthier et le conseiller d'Etat Réal certaines lettres autographes de lui. Dans une lettre qu'il écrivit alors à ce dernier (juin 1810), il dit : « Depuis un an, je pressens l'orage dont je suis victime aujourd'hui. Mes ennemis ont voulu me compromettre à la fois et par leurs éloges et par leurs calomnies; je croyais l'empereur plus en garde contre cette double intrigue... Si j'ai brûlé ma correspondance avec l'empereur, c'est qu'elle ne pouvait nuire qu'à mon intérêt personnel. Je n'ai jamais cherché d'autre garantie et d'autre appui contre mes ennemis que dans le cœur de l'empereur et dans ma conscience.»

Grand-officier de la Légion d'honneur depuis le 25 prairial au XII, comte de l'empire du 24 avril 1808, et duc d'Otrante du 15 août 1809, il se hâta de partir pour l'Italie : là, sur les instances de la princesse Elisa, il consentit à se dessaisir des papiers qu'il avait détenus jusque-là. Alors, il put sans crainte revenir en France, et il alla habiter Aix, chef-lieu de sa sénatorerie. Il y passa un an. Après la désastreuse expédition de Russie, il fut appelé à Dresde où se trouvait l'empereur. Napoléon, qui le craignait, voulut le mettre hors d'état de lui nuire à l'intérieur, et il lui confia le gouvernement des provinces illyriennes. Mais Fouché, rendu à son nouveau poste en juillet 1813, n'eut guère que le temps de céder la place aux Autrichiens, à la suite de la bataille de Leipzig. Il allait rentrer en France lorsqu'il reçut l'ordre de se rendre à Naples auprès de Murat ; cet éloignement ne l'empêcha pas de trahir l'empereur, car Fouché conseilla à Murat de se déclarer contre Napoléon, pour la coalition. Cependant Fouché, revenu en France, séjournait à Avignon, lorsque furent connus les événements du 31 mars 1814. Il arriva à Paris et chercha de suite, l'abdication prononcée, à se rapprocher des Bourbons. Ses offres de service ayant été d'abord rejetées, il se retira à Ferrières et s'y occupa à faire de la police pour son compte, et à maintenir, au moyen de ses nombreux partisans, son influence et son crédit.

Lorsque les Bourbons virent Napoléon presque aux portes de Paris, ils eurent recours à Fouché, qui déclara qu'on l'avait appelé trop tard, et que rien ne pouvait empêcher le retour de l'empereur. Napoléon d'ailleurs, en arrivant à Paris, crut devoir lui-même accepter Fouché pour ministre et pour surveillant : du 20 mars au 23 juin 1815, le duc d'Otrante fut, pour la 3e fois, ministre de la police générale.

Le 2 juin il fut nommé pair par Napoléon. Enfin, lorsque la chute définitive de ce dernier devint certaine, Fouché ne songea qu'à ne pas être entraîné avec lui. Il fut un des plus ardents à provoquer la seconde abdication de l'empereur. Après quoi, il redevint immédiatement, et plus que jamais, l'homme nécessaire.

Lorsque, à la suite du désastre de Waterloo, les Chambres nommèrent une commission de gouvernement (23 juin 1815), Carnot en fit partie, mais ce fut le duc d'Otrante qui en fut le président. Le premier soin de Fouché, devenu maître des affaires, fut de tirer de son cachot de Vincennes le baron de Vitrolles, fait prisonnier avec le duc d'Angoulême. Ils eurent une entrevue.
« Je puis, dit M. de Vitrolles au duc d'Otrante, servir utilement ici la cause de Louis XVIII, mais à trois conditions: la première, qu'il ne sera pas attenté à ma vie ; la seconde, que vous me donnerez au moins cinquante passeports pour entretenir des relations avec le roi ; la troisième, que je serai chaque jour admis auprès de vous.
- Pour ce qui est de votre tête, répondit Fouché avec cette familiarité pittoresque de langage qu'il affectait, elle est aux mêmes crochets que la mienne. Vous aurez cinquante passeports, et nous nous verrons, si cela vous convient, non pas une fois, mais deux fois par jour. »

Au reste, pendant que Fouché entretenait avec la cour de Gand des relations actives, il envoyait en Autriche des émissaires chargés d'y plaider la cause du petit roi de Rome, et il écrivait à son collègue du congrès de Vienne de sonder la diplomatie sur la candidature du duc d'Orléans, menant ainsi de front tous les complots et se rendant utile dans toutes les combinaisons. Les vues de Fouché sur la branche cadette furent adoptées sans peine par M. de Talleyrand. D'adroites insinuations les firent germer dans l'esprit de l'empereur Alexandre, et, un jour, le czar, au congrès, posa la question de savoir s'il ne serait pas dans l'intérêt de l'Europe que la couronne de France fût placée sur la tète du duc d'Orléans. Cependant les princes arrivaient à Arnouville. Le baron de Vitrolles courut les rejoindre, et le duc de Wellington lui fit savoir que dans la pensée des alliés, la nomination de Fouché au ministère de la police était une des conditions de l'entrée de Louis XVIII à Paris. Parmi les royalistes, plusieurs regardaient cette nomination comme un malheur nécessaire, et ce fut aussi le sentiment de cette nécessité qui détermina Louis XVIII, à peine sur le trône, à faire asseoir à son bureau celui qu'il avait maudit comme l'assassin de son frère. On en peut juger par les paroles qu'il adressa, dit-on, au baron de Vitrolles, après le départ du duc de Wellington et de M. de Talleyrand pour Neuilly, où les attendait le duc d'Otrante : « Je leur ai recommandé de faire pour le mieux, car je sens bien qu'en acceptant Fouché, je livre mon pucelage. »

Investi pour la quatrième fois du ministère de la police (9 juillet-24 septembre 1815), Fouché fut, d'autre part, le 22 août, élu député par le collège de département de la Corrèze, avec 120 voix (198 votants, 239 inscrits), en même temps que par le collège de département de Seine-et-Marne, avec 134 voix (182 votants, 262 inscrits). Mais son action politique ne devait plus être de longue durée : dès qu'elle cessa d'être indispensable, le pouvoir royal songea à s'en délivrer. Le ministre prévint une nouvelle disgrâce en donnant sa démission : il fut alors nommé ambassadeur à Dresde ; mais il ne résida pas plus de trois mois dans cette capitale.

Atteint par la loi du 12 janvier 1816, il se retira à Prague, puis à Lintz et enfin à Trieste, où il mourut le 25 décembre 1820, laissant une fortune évaluée à quatorze millions.

Fouché s'était marié sous la Révolution. Devenu veuf en 1813, il avait épousé en secondes noces (1816) Mlle de Castellane, dont il avait connu la famille à Aix, et Louis XVIII n'avait pas dédaigné de signer au contrat de mariage de l'ancien oratorien. Fouché avait eu de sa première femme deux fils, dont l'aîné, l'héritier du titre de duc d'Otrante, remplit, après la révolution de juillet, les fonctions de colonel d'état-major de la garde nationale de Paris jusqu'au moment où il dut renoncer à ces fonctions pour s'expatrier, « par suite de circonstances, écrit un biographe, qui, s'il faut en croire la rumeur publique, étaient de nature à appeler sur lui toute la sévérité de nos lois pénales. »

On a attribué à Fouché divers écrits autobiographiques ; l'un d'eux, les Mémoires de Joseph Fouché, duc d'Otrante, ministre de la police générale (1824), a été reconnu apocryphe. Les plus intéressants parmi ses écrits sont : deux Rapports présentés au roi en 1815, et une Lettre au duc de Wellington (1817).

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