Jean-Baptiste, Adolphe Charras

1810 - 1865

Informations générales
  • Né le 7 janvier 1810 à Phalsbourg (Meurthe - France)
  • Décédé le 23 janvier 1865 à Bâle (Suisse)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 23 avril 1848 au 26 mai 1849
Département
Puy-de-Dôme
Groupe
Républicain modéré
Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale législative
Mandat
Du 13 mai 1849 au 2 décembre 1851
Département
Puy-de-Dôme
Groupe
Républicain

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Représentant du peuple aux Assemblées constituante et législative de 1848-49, ministre intérimaire de la guerre, né à Phalsbourg (Meurthe), le 7 janvier 1810, mort à Bâle (Suisse), le 23 janvier 1865, il était le fils d'un général de l'Empire, le baron Joseph Charras (1769-1839), que la Restauration mit en disponibilité.

Elevé dans des sentiments hostiles aux Bourbons, le jeune Charras, qui, après de brillantes études au collège de Clermont-Ferrand, était entré à l'Ecole polytechnique, fut expulsé de cette école trois mois avant la révolution de 1830, pour avoir, dans un banquet d'étudiants, porté un toast à La Fayette et chanté la Marseillaise.

Dans les journées de juillet, il fut aux premiers rangs des combattants des barricades, contribua avec plusieurs de ses camarades à la prise de la caserne de Babylone, à celle de l'Hôtel-de-ville et des Tuileries, fut nommé aide de camp de la commission municipale, puis, ses études terminées à l'école d'application de Metz, devint lieutenant d'artillerie, et entretint des relations suivies avec les chefs de l'opposition démocratique. Ami d'Armand Carrel, il publia (1833) dans le National, sur les questions militaires, des « Etudes critiques » qui firent une vive impression sur les hommes du métier.

Arrivé à l'ancienneté au grade de capitaine, il fut détaché à la manufacture d'armes de Saint-Etienne; mais ses opinions républicaines lui firent bientôt enjoindre de partir pour l'armée d'Afrique : il en fut un des plus brillants officiers, commanda l'artillerie à Cherchell (1841), à Mascara (1842), et fut choisi peu de temps après comme officier d'ordonnance par Lamoricière. La bravoure et l'habileté dont il fit preuve dans la campagne de 1843, en préparant la surprise du camp d'Abd-el-Kader et la défaite des troupes de l'émir, appela sur lui l'attention de ses chefs : le maréchal Bugeaud et le général Tempoure le signalèrent comme un officier de premier ordre. Néanmoins Charras restait capitaine. Enfin il fut nommé chef de bataillon, mais dans la légion étrangère. En 1846, il reçut le commandement d'un bataillon de ces disciplinaires appelés Zéphyrs : il les fit travailler, entre deux combats, à l'établissement d'un centre de colonisation, aux environs d'Oran (1847) : la nouvelle ville (Saint-Denis du Sig) excita, dit-on, l'admiration du due d'Aumale qui promit à Charras le grade de lieutenant-colonel. Mais les événements en décidèrent autrement.

Quand éclata la révolution de février 1848, Charras, en congé pour la première fois, venait de débarquer à Marseille; il y apprit la proclamation de la République et se rendit en hâte à Paris. Le gouvernement provisoire le nomma « secrétaire de la commission de défense nationale », puis lieutenant-colonel, enfin sous-secrétaire d'Etat au ministère de la guerre.

Elu, le 23 avril 1848 représentant du peuple à la Constituante par le département du Puy-de-Dôme, avec 82,786 voix (125,432 votants, 173,000 inscrits), le 3e sur 15, Charras prit place à gauche, parmi les républicains modérés. La commission exécutive l'appela, le 11 mai, à exercer, par intérim, les fonctions de ministre de la guerre : il ne garda le portefeuille que six jours, et, après l'avoir remis (17 mai) au général Cavaignac, il reprit son poste de sous-secrétaire d'Etat, qu'il occupa jusqu'à l'avènement de L.-N. Bonaparte à la présidence de la République. Il contribua, pendant son passage au pouvoir, à l'accomplissement de plusieurs réformes d'une certaine importance, telles que la suppression de la seconde section du cadre de l'état-major. Lors de l'insurrection de juin, il s'associa aux mesures de répression et partagea l'avis de Cavaignac sur le plan stratégique à suivre; il opina, lui aussi, en faveur de la combinaison qui donnait pour base d'opérations à l'armée un centre fixe, sur lequel chacune des ailes devait pouvoir se replier au besoin, sans jamais risquer d'être coupée. Ce fut Charras qui fournit à Cavaignac les forces militaires dont il eut à disposer, et ce fut lui qui, après le refus de Baraguey-d'Hilliers d'accepter un commandement dans ces tristes journées, désigna à sa place au chef du pouvoir exécutif le général Négrier, qui arrivait de Versailles : Négrier accepta avec empressement, et fut tué quelques heures après. Comme représentant, le colonel Charras se prononça :

- le 26 août, contre les poursuites contre Louis Blanc et Caussidière;
- le 1er septembre, pour le rétablissement de la contrainte par corps;
- le 21 octobre, pour l'abolition du remplacement militaire;
- le 2 novembre, contre le droit au travail;
- le 25 novembre, pour l'ordre du jour de félicitations à Cavaignac;
- le 27 décembre, pour la suppression de l'impôt du sel;
- le 12 janvier 1849, contre la proposition Rateau;
- le 16 avril, contre les crédits de l'expédition de Rome;
- le 2 mai, pour l'amnistie des transportés;
- le 18 mai, pour l'abolition de l'impôt des boissons : (il avait signé cette proposition avec Latrade, Maréchal, Lagarde, Chavois et Richier).

En janvier 1849, il fut nommé membre d'une commission chargée d'élaborer les lois organiques de l'armée.

Réélu le 13 mai 1849, par le Puy-de-Dôme, représentant à la Législative, le 9e sur 13, par 48,956 voix (168,305 inscrits), il siégea dans la minorité républicaine, et prit une part active aux délibérations, combattant la politique du président, repoussant l'expédition romaine, la mise en état de siège de Paris au 13 juin, et toutes les mesures de compression arrêtées par le gouvernement d'accord, jusqu'en 1851, avec la majorité conservatrice de l'Assemblée. Charras avait plusieurs fois signalé à ses collègues ce qu'on nommait alors la conspiration de l'Elysée; il avait insisté vainement auprès de la gauche pour la décider à voter la proposition des questeurs, qui eût mis la force armée aux mains de l'Assemblée. Lui-même, au surplus, semblait avoir repris quelque confiance, à la veille du coup d'Etat. « Le 1er décembre, a dit Victor Hugo, Charras haussa les épaules et déchargea ses pistolets. » Le lendemain, il était arrêté à son domicile du n° 14 de la rue Saint-Honoré (il demeurait tout près du général Changarnier), par un commissaire de police nommé Courtille. Les pistolets vides du colonel étaient sur sa table; le commissaire se jeta dessus.
- « Imbécile ! lui dit Charras ; s'ils avaient été chargés, tu serais mort ! »
Ces pistolets, avaient été donnés à Charras, lors de la prise de Mascara, par le général Renaud, « lequel », ajoute Victor Hugo, qui a noté ce détail, « au moment où le coup d'Etat arrêtait Charras, était à cheval dans la rue pour le service du coup d'Etat. » Charras fut d'abord conduit à Mazas, puis transféré à Ham. Dans la nuit du 7 au 8 janvier, M. Léopold Lehon, chef du cabinet du ministre de l'intérieur, M. de Morny, vint l'y trouver, et lui signifia qu'il allait être conduit à la frontière, ayant été compris dans le décret d'expulsion.

« - Colonel, lui dit-il, vous serez accompagné de deux agents qui ont des instructions spéciales, et je dois vous prévenir que vous voyagerez par ordre avec un faux passeport et sous le nom de Vincent.
« - Ah! pardieu! s'écria Charras, voilà qui est fort! Qui est-ce qui s'imagine qu'on me fera voyager par ordre avec un faux passeport et sous un faux nom?
« Et, regardant fixement M. Lehon : - Sachez, monsieur, que je m'appelle Charras et non Vincent, et que je suis d'une famille où l'on a toujours porté le nom de son père... » (Histoire d'un crime.)
A la gare de Creil, Charras se rencontra avec Changarnier, que l'on faisait voyager sous le nom de Leblanc. Les agents de police français escortèrent le colonel jusqu'à Bruxelles. Il fut rayé des contrôles de l'armée, le 23 janvier 1852, refusa publiquement, par une lettre énergique, le serment que lui avait demandé le préfet du Puy-de-Dôme (Charras était conseiller général du département), et dut quitter la Belgique en 1854, le gouvernement impérial ayant obtenu son éloignement. Il passa en Hollande, puis de là en Suisse, où la mort le frappa. Il avait épousé, dans l'exil, Mlle Kestner, fille de l'ancien représentant de Haut-Rhin.

Les funérailles du colonel Charras eurent lieu à Bâle avec une grande solennité: Edgar Quinet, Etienne Arago, etc., prononcèrent des discours sur sa tombe. On doit à Charras une importante Histoire de la campagne de 1815 (Bruxelles, 1863); il avait également préparé les matériaux d'un autre ouvrage non moins considérable : l'Histoire de la guerre de 1813 en Allemagne.

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