André Boulloche

1915 - 1978

Informations générales
  • Né le 7 septembre 1915 à Paris (Seine - France)
  • Décédé le 16 mars 1978 à Mazell (Allemagne)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 12 mars 1967 au 30 mai 1968
Département
Doubs
Groupe
Fédération de la gauche démocrate et socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IVe législature
Mandat
Du 30 juin 1968 au 1er avril 1973
Département
Doubs
Groupe
Fédération de la gauche démocrate et socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ve législature
Mandat
Du 11 mars 1973 au 16 mars 1978
Département
Doubs
Groupe
Parti socialiste et radicaux de gauche

Biographies

Biographie de la Ve République

BOULLOCHE (André, François, Roger, Jacques)
Né le 7 septembre 1915 à Paris (VIIe arr.)
Décédé le 16 mars 1978 à Marzell (Allemagne)

Ministre délégué à la Présidence du Conseil, chargé de la fonction publique et des marchés de l'Etat du 7 juillet 1958 au 8 janvier 1959

Ministre de l'éducation nationale du 8 janvier au 23 décembre 1959

Député du Doubs de 1967 à 1978

André Boulloche est issu de deux lignées de notables provinciaux, du côté paternel. Du côté de sa mère se trouvent des notables girondins. La branche paternelle, normande, est issue de robins ayant opté pour la fonction publique : son grand père paternel à été doyen à la Cour de Cassation, son père, polytechnicien et ingénieur général des Ponts et chaussées, achève sa carrière comme directeur des routes au ministère des travaux publics. Sur le plan politique, ils étaient libéraux et dreyfusards. André Boulloche et un de ses frères, inspecteur des finances, deviennent eux aussi des serviteurs de l’État.

André Boulloche suit des études secondaires au lycée de Beauvais (Oise), où son père est un temps en poste, puis au lycée Janson de Sailly à Paris à partir de 1931. Reçu à l'Ecole polytechnique en 1934, il étudie ensuite à l'Ecole nationale des ponts et chaussées jusqu’en 1939 et achève une licence en droit en 1941. Il exerce alors ses fonctions d'ingénieur des ponts et chaussées à Soissons.

Mais la guerre mondiale l’a déjà entraînée dans d’autres voies plus dangereuses que le brillant avenir professionnel qui lui était promis.

Mobilisé à l’automne 1939 comme lieutenant au 6e régiment de Génie dans l’Est, lassé par la drôle de guerre, il obtient une affectation dans l'Armée de l'air au titre d’officier observateur d'aviation. Replié en Afrique du Nord en juin 1940, après avoir tenté en vain de rejoindre l'Angleterre, il est démobilisé et retourne en France métropolitaine. Il entre dans la Résistance dès la fin 1940 au sein du « groupe des travaux publics », animé par André Postel-Vinay qui lui demande de constituer un réseau de renseignements dans l'Aisne. Après l'arrestation de son chef (voir ses mémoires, Un fou s’évade), André Boulloche devient responsable du réseau pour la région Nord et l'Est. Recherché par la Gestapo, il passe en Espagne en décembre 1942, est arrêté, mais s'échappe et rejoint Londres en 1943 où il s'engage au Bureau central de renseignements et d'action (BCRA), les services secrets gaullistes. Renvoyé sur Paris en même temps que Maurice Bourgès-Maunoury, il est nommé Délégué militaire régional (DMR) de la région parisienne, le 13 septembre 1943 (pseudonyme Armand). Il met en place l'organisation paramilitaire de la Résistance, alors désorganisée par l’arrestation du général Delestraint. Dénoncé, il est arrêté par la Gestapo le 12 janvier 1944. Commence pour lui un long calvaire. Blessé au ventre, il est opéré à l’hôpital de la Pitié, incarcéré à Fresnes, puis interné à Compiègne, au camp de Royallieu, enfin déporté vers Auschwitz en avril 1944. Mais le train est redirigé sur Buchenwald, puis transféré à Flossenburg. Il y est libéré par l’armée américaine, le 23 avril 1945, quatorze longs mois après son arrestation. Son père, sa mère, son frère, tous trois résistants, sont également déportés et périssent dans les camps. Il est marqué à vie par son expérience de la déportation, dans les camps, selon ses dires, il a compris « que le monde est une machine à écraser les petits ». Et, il y a « découvert la classe ouvrière ». Son action dans la Résistance lui vaut d’être fait Compagnon de la Libération.

Après la guerre, André Boulloche reprend une carrière de Haut fonctionnaire à Paris. Après une mission d'étude pour le ministère des Travaux Publics aux États-Unis en 1946, il est nommé en 1948 chef de l'arrondissement des Ponts et Chaussées de Versailles, puis en 1950, commissaire du gouvernement auprès de la RATP. Il fait ensuite preuve de qualité de grand administrateur comme directeur de l'Infrastructure au Ministère de l'Air, de 1953 à 1954, bâtissant des bases aériennes pour l'OTAN.

André Boulloche qui a adhéré au parti socialiste SFIO en 1946, milite dans la plus faible fédération de la région, la Seine-et-Marne, à la section de Fontainebleau, ville où sa mère a une propriété. Désigné successivement secrétaire adjoint de la fédération, puis secrétaire administratif, il se présente aux élections législatives en 1951 sur la liste SFIO conduite par Jacques Piette qui est seul élu député. Il n’obtient qu’un mandat local, celui de conseiller municipal de Fontainebleau en 1953 où il représente l'opposition socialiste dans cette ville très bourgeoise. Il est encore, sans plus succès, candidat aux élections cantonales en 1951, 1955 et 1958. Parallèlement, A. Bouloche connaît une première expérience dans un cabinet ministériel, comme directeur du cabinet de Paul Ramadier, président du Conseil en 1947, puis ministre de la défense nationale en 1948-1949. Alors que la SFIO est dans l’opposition, il participe pourtant au cabinet de son ancien compagnon de Résistance, Maurice Bourgès-Maunoury, ministre de l’Industrie et du commerce du 19 juin 1954 à février 1955. Son militantisme ralenti lorsque, à partir de 1955 car il exerce la fonction de directeur des Travaux Publics au Maroc jusqu’à l’indépendance, puis, après, l'indépendance celle de premier secrétaire général du ministère des Travaux Publics.

En juin 1957, André Boulloche revient en France pour diriger le cabinet Maurice Bourgès-Maunoury devenu président du conseil. Après la chute du gouvernement, en septembre suivant il est délégué général adjoint de l'Organisation Commune des Régions Sahariennes [OCRS].

André Boulloche, favorable au retour au pouvoir du Général de Gaulle en juin 1958, est nommé, par ce dernier, devenu président du Conseil, ministre délégué auprès de ses services. Il est tout d’abord chargé de réfléchir à la réforme administrative de l'État, ainsi qu’à la réforme des marchés de l'État et des collectivités territoriales. Puis, au lendemain de l’élection présidentielle le 7 janvier 1959, alors que les autres ministres socialistes dont Guy Mollet se retirent du gouvernement, André Boulloche connaît une promotion délicate : il est nommé ministre de l'Éducation nationale du premier gouvernement Michel Debré. Il offre sa démission à la SFIO et s’attache la résolution de la question scolaire dans l’esprit de la tentative de négociation en 1957, d'un accord entre le Gouvernement français, alors dirigé par Guy Mollet, et le Vatican. Mais après le rapport de la mission Lapie, le gouvernement fait d’autres choix et Boulloche démissionne de sa fonction en le 23 décembre 1959, en désaccord avec l'orientation prise par le projet de loi sur les rapports entre l'État et les établissements d'enseignement privé qui abouti au vote de la loi Debré. Son action courante au ministère n’a pas été pour autant négligeable, dans un contexte double de contraintes budgétaires fortes en ces temps de guerre d’Algérie et de progression constante des effectifs, fruits du baby-boom, exigeants des constructions massives de nouveaux établissements. Il réforme l'administration de l'Éducation nationale, augmente de façon sensible les effectifs du personnel administratif et, dans une proportion moindre, ceux des enseignants. Il avance la rentrée scolaire du 1er octobre au 15 septembre et développe l'enseignement supérieur. Il crée un contingent de bourses supplémentaire pour les étudiants algériens afin qu'ils puissent, après l'indépendance, être les cadres de leur pays.

Après sa démission, Boulloche reste un grand commis de la République et le gouvernement le nomme Conseiller d'État en service extraordinaire. Il préside en 1960 la commission pour l'étude de la liaison fluviale Rhin-Rhône, l’année suivante la commission de réforme des grandes écoles, puis, en 1962-1963, l'Office de coopération et d'accueil universitaire. Nommé ingénieur général des Ponts et chaussées en 1962, le Commissariat général au plan le charge de présider sa commission du bâtiment et des Travaux publics pour le Ve Plan en 1964. Il présente un rapport sur les grandes écoles qui sera très discuté en 1968. Enfin, de 1966, à sa mort, il préside l'Institut de commerce international.

André Boulloche n’a pas rompu avec le Parti socialiste qui le réintègre dès 1960. Relativement marginalisé par son maintien au gouvernement Debré en 1959, passant pour gaulliste, il recherche un nouveau terrain d’implantation. Après la dissolution de l’Assemblée en 1962, consécutive au vote d’une motion de censure, la SFIO le parachute comme candidat aux législatives dans le Doubs à Montbéliard, où les socialistes détiennent de nombreuses municipalités, mais où le parti périclite par manque de cadres. Avec 9 189 voix, il est devancé par le candidat du PCF, l’ancien député Garnier (11 186 voix). Il se désiste en sa faveur au second tour, conformément aux accords préalables, mais le gaulliste Georges Becker l’emporte.

Désormais, André Boulloche entreprend de s'implanter systématiquement dans le département du Doubs et dans le secteur de Montbéliard dont le district compte 100 000 habitants. Les élections municipales de 1965, dans la capitale régionale marquée par la proximité des usines Peugeot sont l’occasion d’un premier succès. Contre le maire sortant, radical proche de l’UNR, il rallie une partie des conseillers municipaux et adjoints sortants, membre du MRP militants du club Proudhon, et de la CFDT, proches de Reconstruction, qui lui proposent une alliance. Il l’emporte contre la droite et contre le PC et le PSU, ce qui le positionne au centre gauche. André Boulloche est réélu sans interruption à la mairie jusqu'à son décès et transforme profondément sa cité.

Fort de ce succès, André Boulloche se représente dans la seconde circonscription du Doubs le 12 mars 1967. Sa profession de foi propose au nom de la FGDS de voter pour une politique nouvelle. Il revendique une politique de paix, mettant en cause la politique nationaliste du régime et sa force de frappe, et un programme fondé sur le progrès social, et une politique de développement économique qui respecte et organise un équilibre régional. Boulloche affronte le député Ve République sortant, Georges Becker et le secrétaire permanent de la fédération communiste Serge Paganelli. Le nouveau maire de Montbéliard fait plus que doubler ses suffrages de 1962 et, s’il n’arrive qu’en deuxième place, avec 23 496 suffrages, derrière le gaulliste Becker (27 771 voix), il devance son concurrent communiste (17 739 suffrages) qui se désiste en sa faveur conformément aux accords nationaux FGDS-PCF. Il l’emporte alors largement, par 39 941 suffrages contre 29 212 à Becker.

Durant la législature interrompue 1967-1968, Boulloche intervient essentiellement dans des grands débats portant sur l’Éducation nationale. Ainsi, moins de deux mois après son élection, avec deux autres anciens ministres radicaux de l’Éducation, Ducos et Billères, il participe à une offensive concertée contre la politique éducative de la majorité. Il dénonce les carences en matière d’enseignement scientifique dans le supérieur, évoque l’insuffisance numérique des enseignants, les problèmes de formation à long terme, la carence des efforts pédagogiques, les menaces concernant les IPES et estime nécessaire une revalorisation de la fonction enseignante.

L’explosion sociale de Mai 1968 vient interrompre son action, alors que son secteur à forte présence ouvrière se trouve au centre d’affrontements violents : à Sochaux, les grèves ouvrières sont marquées le 11 juin par deux morts et plus d’une centaine de blessés. Lors des élections consécutives aux événements de Mai et à la dissolution de l’Assemblée, Boulloche mène une campagne résolument antigaulliste, soulignant les responsabilités du pouvoir en place depuis dix ans, mais en même temps insistant sur le caractère démocratique du socialisme qu’il prône, sur les libertés garanties par la gauche. En dépit de la présence d’un candidat supplémentaire du PSU, chrétien de gauche militant à la CGT, il obtient 23 958 voix (34 % des exprimés) au premier tour et l’emporte au second avec 37 110 suffrages contre le médecin gaulliste Libère Cencig. Il est le seul député de gauche à améliorer son score de l'année précédente.

Dans les deux assemblées successives, Boulloche appartient à la Commission des finances, de l’économie générale et du plan. Après le renouvellement de 1968, la faiblesse de la représentation parlementaire socialiste l’oblige à s’exposer plus souvent. Délaissant partiellement les questions d’éducation, il se fait le porte-parole de ses camarades dans les débats économiques. Il prend part aux discussions des projets de loi de finances successifs et des projets portants sur les principales options de la planification française. L’opposition non communiste le désigne aussi régulièrement pour interpeller ou répondre au gouvernement lors des déclarations générales de celui-ci. Ses interventions, qui supportent sans difficultés les débats les plus techniques, ramènent pratiquement en permanence vers la politique, et sa dénonciation de l’injustice en France, notamment en matière fiscale. Par exemple, il n’a pas de mots assez durs pour fustiger l’avoir fiscal en 1970. Sortant de ces domaines, en 1972, l’ancien résistant-déporté interpelle le gouvernement sur la grâce accordée par Georges Pompidou au milicien Touvier et en 1974, il dépose une proposition de résolution tendant à instaurer une commission d’enquête parlementaire « relative à l’existence et aux activités de polices patronales, milices privées et autres groupes parallèles armés ».

Disposant de ressources personnelles propres pour les interventions locales, de par son statut d’ancien résistant et de polytechnicien, Boulloche concentre son action parlementaire sur le plan de la politique nationale. Dans sa profession de foi de 1973, il revendique une action parlementaire uniquement centrée sur sa fonction de représentant national, écrivant : « J’ai réservé mes interventions publiques à la Chambre où je parlais en tant que porte-parole du groupe socialiste, aux débats généraux portant sur les budgets, les motions de censure ou le VIe plan ».

Dans le mouvement socialiste, la place d’André Boulloche, même si elle ne suit pas une évolution rectiligne, tend à s’affirmer, à la fois grâce à son implantation réussie, mais aussi de part la place grandissante qu’il prend dans le groupe parlementaire et enfin de part la position qu’il occupe dans le jeu interne de l’organisation. Il devient tout d’abord, dans les années soixante l'un des opposants à la ligne politique définie par Guy Mollet. S’il préconise la réalisation de l'Union de la Gauche – depuis la candidature de François Mitterrand à l’élection présidentielle de 1965 –, il estime nécessaire au préalable un regroupement large des forces de la gauche non communiste, allant du PSU au MRP de gauche. Alors que les clubs contribuent au renouvellement de la vie politique et servent parfois de passerelles entre les formations de la gauche non communiste divisée, il appartient au club « Socialisme et Démocratie », rattaché à l'Union des clubs pour le Renouveau de la Gauche animé par Alain Savary. Président de la fédération du Doubs de la FGDS, localement, à Montbéliard, il fonde au début 1968 une délégation permanente de la gauche début 1968. Avec Alain Savary, il contribue, en 1969, à la fondation du nouveau parti socialiste, entre au comité directeur de la nouvelle organisation et devient l'un des soutiens du Premier secrétaire. Élu vice-président du groupe parlementaire socialiste et radical de gauche en 1969, puis membre de la délégation des gauches à l’Assemblée nationale en novembre 1971, Boulloche appartient, par exemple à l’important groupe de travail pour le dialogue PS/PCF en 1970. Mais, en juin 1971, au congrès d’Épinay, lorsque François Mitterrand devient le Premier secrétaire du PS, il se retrouve de nouveau dans l'opposition interne. Il représente d’ailleurs celle-ci au bureau du parti jusqu’en juin 1973. Il n’est pourtant pas marginalisé et, comme spécialiste des questions économiques, est l’un des rédacteurs du Programme commun de gouvernement entre les trois formations de gauche en 1972.

Réélu maire de Montbéliard en mars 1971, président du district urbain du pays de Montbéliard (comptant 150 000 habitants) et président de la Fédération départementale des élus sociaux et républicains, André Boulloche obtient une réélection triomphale aux législatives en mars 1973, comme député PS, membre du groupe de l’UGDS. Avec 29 401 voix au premier tour, ses suffrages progressent de 34 à 40 % des exprimés et il l’emporte au deuxième tour contre un centriste du CDP, membre d’un cabinet ministériel, avec 45 118 suffrages, soit près de 61 % des exprimés. Il appartient toujours à la commission des Finances, de l’économie générale et du plan, et – responsable des élus UGDS pour celle-ci – il est désigné comme rapporteur spécial du budget du plan. Il est encore reconduit comme vice-président du groupe parlementaire du parti socialiste et des radicaux de gauche. Délégué national au plan à partir de 1976, il continue à prendre part aux grands débats de l'Assemblée nationale.

Comme la plupart des d’élus des années soixante-dix, André Boulloche, déjà maire et député se trouve conduit à cumuler un grand nombre de mandats, à l’exception pour lui de mandats départementaux qu’il ne sollicite jamais dans sa nouvelle région. Il étend son action au plan européen et régional. Désigné comme membre titulaire de l’Assemblée consultative du conseil de l'Europe à partir de juin 1973, et de l’Assemblée de l’Union de l’Europe occidentale la même année (il en préside le groupe socialiste de 1974 à 1976), il conduit le Comité mixte européen de coopération scientifique. Il préside encore le groupe de travail que le PS et le SPD établissent en commun sur les questions économiques. L’ancien déporté s’était déjà montré dans sa ville un Européen militant en organisant une convention de jumelage entre Montbéliard et Ludwigsburg. En décembre 1973, lorsque la régionalisation est mise en place, il élu vice-président du Conseil régional de Franche-Comté dirigé par Edgar Faure.

Dans un parti socialiste qui épouse partiellement depuis 1971 une forme de radicalisation révolutionnaire et des thématiques autogestionnaires, André Boulloche maintien un discours réaliste qui contraste avec la moyenne du parti. Il manifeste une opposition déterminée envers les groupes gauchistes extérieurs au parti – notamment à la Gauche prolétarienne qui tente de s’implanter dans le monde ouvrier de l’automobile – et, dans le PS, s'oppose avec succès à l'implantation du CERES sur sa ville pourtant proche de Belfort, fief de Jean-Pierre Chevènement. Il intervient dans la vie socialiste régionale en collaborant à l’organe du PS des quatre départements de Franche-Comté : Franche-Comté demain, Le Socialiste comtois dirigé par le futur député Joseph Pinard, dont il rédige souvent les éditoriaux.

À partir du congrès de Grenoble du PS en 1973, Boulloche avec les « savarystes » réintègre la majorité du Parti, s’intégrant à la tendance Mitterrand (la seconde tendance étant le CERES). Il devient officiellement porte-parole du PS sur les questions économiques et sociales, membre de la commission des finances du parti jusqu'en 1978 et responsable de la commission économique avec Michel Rocard et Jacques Attali à partir de 1975. En 1977, il publie avec ces deux derniers, 89 réponses aux questions économiques.

Les progrès de l’Union de la gauche, et surtout en son sein du Parti socialiste, les difficultés du gouvernement Barre, laissent espérer une victoire de la gauche aux élections législatives de 1978. André Boulloche, dans ce cadre est souvent cité comme pouvant devenir le ministre des finances, voire, selon le témoignage de Robert Badinter, premier ministre d'un gouvernement de gauche. Il occupe une place de plus en plus stratégique dans le parti, étant alors le tenant d’une ligne modérée qui s’oppose aux nouvelles exigences du Parti communiste. Ce dernier remet en cause l’union et oppose désormais aux socialistes des revendications de révision du programme commun, avec notamment de nouvelles exigences, comme la nationalisations des filiales des grands groupes, qui menace la coalition. En réponse, le 12 février 1978, Boulloche présente le chiffrage du programme commun, tel qu’il est interprété par le parti socialiste.

Classé par la presse premier des députés de l'opposition, il est quasiment assuré de sa réélection et obtient au premier tour, 33 % des suffrages, l’ensemble de la gauche en totalisant un peu plus de 61 %. Il mène néanmoins une active campagne électorale en multipliant les déplacements. De retour d'une tournée électorale à Saint-Dié, dans les Vosges, après un atterrissage manqué à l'aéroport de Bâle-Mulhouse, l'avion qui le transporte heurte le flanc du massif de Blauen en Forêt Noire. Il meurt dans cet accident, le 16 mars 1978. Guy Bèche, son assistant parlementaire qu’il avait choisi pour être son suppléant est élu largement au deuxième tour.

Le 21 mars 1978 une foule imposante lui rend un dernier hommage à Montbéliard. François Mitterrand Jacques Chaban-Delmas, Robert Galley, parmi d'autres, prononcent un discours à sa mémoire.

André Boulloche a été membre de nombreuses associations, particulièrement dans le monde des anciens combattants et résistants : lieutenant-colonel de réserve, il a été Président du comité des anciens chefs de réseau de la France combattante et président de la commission de révision des titres de résistants. Compagnon de l'Ordre de la Libération en 1949 (l'un des trente-trois polytechniciens), commandeur de la Légion d'honneur, titulaire de la croix de Guerre et de la King's medal for courage, il a été membre du conseil de l'Ordre de la Libération depuis 1958.

Membre du Siècle, club où se retrouvaient des hommes politiques de tous horizons, il a présidé dans un autre domaine la société des amis de Paul Ramadier.

Marié une première fois le 31 mai 1949 avec Anne Richard dont il a eu trois enfants, il divorce et se remarie, le 24 septembre 1959 avec Charlotte, Odile Pathé, fille de Charles Pathé (1863- 1957) pionnier du cinéma et fondateur et directeur général de Pathé- Cinéma.

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