Félicité Robert de Lamennais

1782 - 1854

Informations générales
  • Né le 19 juin 1782 à Saint-malo (Ille-et-Vilaine - France)
  • Décédé le 27 février 1854 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 23 avril 1848 au 26 mai 1849
Département
Seine
Groupe
Montagne
Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale législative
Mandat
Du 13 mai 1849 au 2 décembre 1851
Département
Seine
Groupe
Montagne

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Représentant en 1848 et 1849, né à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) le 19 juin 1782, mort à Paris le 27 février 1854, il était le troisième enfant de Pierre-Louis-Robert de Lamennais, armateur, et de Gratienne Lorin, fille aînée de Pierre Lorin, conseiller du roi, sénéchal et premier juge de la juridiction de Saint-Malo. Le père de Lamennais avait reçu de Louis XVI des lettres d'anoblissement.

Abandonné de bonne heure à lui-même par la mort de sa mère et par sa résistance aux volontés de son père qui voulait l'obliger à s'occuper de négoce, le jeune Lamennais eut pour premiers éducateurs un maître de village, puis un vieil oncle, Robert des Saudrais, ennemi juré des philosophes et de l'esprit moderne. Tendre et sauvage, « tout nerfs et tout indépendance, a-t-on dit, dans sa frêle enveloppe », l'enfant dévora la bibliothèque de son oncle, et son âme insoumise trouva un puissant séducteur dans Jean-Jacques-Rousseau. À dix ans, il comprenait Tite-Live ; à douze, il bataillait avec le curé du pays sur les vérités de la religion ; à quinze, il éprouvait le besoin de mettre un peu d'ordre dans ses études et se retirait avec son frère aîné, M. Jean de Lamennais, à la Chênaie, maison bâtie par son aïeul sur la lisière de la forêt de Coëtquen, à deux lieues de Dinan. Là, afin de dissiper les doutes que ce chaos de lectures avait éveillés en lui, il recommença obstinément l'éducation de son âme et de son intelligence. L'hébreu, le grec, le latin, plusieurs langues modernes qu'il approfondit, devinrent comme les instruments de sa volonté et de son jugement.

La foi religieuse ne s'éveilla en lui qu'assez tard, et ce ne fut qu'à vingt-deux ans qu'il fit sa première communion. À s'en rapporter à certaine page des Portraits littéraires de Sainte-Beuve, une passion malheureuse contribua vers cette époque à l'imprégner d'une sombre mélancolie, et peut-être à le pousser vers l'état ecclésiastique.

Dès lors sa vocation parut décidée. Il entra en 1811 au petit séminaire de Saint-Malo, que son frère avait fondé, et y donna des leçons de mathématiques. Déjà il avait jeté, dans les Réflexions sur l'Etat de l'Eglise, son premier cri de guerre contre l'indifférence religieuse, « triste et funeste effet des doctrines matérialistes qui ont fini par étouffer entièrement le sens moral. » Le remède, il le voyait dans une forte initiative du clergé, organisant librement des synodes, dés conférences et des communautés. Cet appel au droit d'association, jugé répréhensible par la police impériale, avait été saisi et immédiatement détruit. Au séminaire, Lamennais composa un nouvel ouvrage intitulé : Tradition de l'Eglise sur l'institution des évêques, conçu dans un même esprit de révolte contre la suprématie du pouvoir civil. Toutefois il attendit encore quelques années avant de consommer le sacrifice de sa liberté : au commencement de 1814, il vivait à Paris, pauvre et ignoré, dans une petite chambre de la rue Saint-Jacques. Il applaudit, avec la joie d'une âme délivrée, à l'écroulement du trône impérial ; puis le retour de l'île d'Elbe l'obligea à quitter la France : il se réfugia alors en Angleterre, près de Londres, dans un pensionnat tenu par un prêtre de Rennes, l'abbé Caron. Quelques mois après, Lamennais revint à Paris, passa alternativement du couvent des Feuillantines au séminaire de Saint-Sulpice, et se décida (1816) à recevoir les ordres. L'année d'après, il publia le premier volume de l'Essai sur l'indifférence, qui frappa fortement les esprits par son hostilité ouverte contre les idées philosophiques du dernier siècle.
« Le siècle le plus malade, disait l'auteur, n'est pas celui qui se passionne pour l'erreur, mais celui qui néglige, qui dédaigne la vérité... Religion, morale, honneur, devoir, les principes les plus sacrés, comme les plus nobles sentiments, ne sont qu'une espèce de rêves, de brillants et légers fantômes qui se jouent un moment dans le lointain de la pensée pour disparaître bientôt sans retour. Non, jamais rien de semblable ne s'était vu, n'aurait pu même s'imaginer... »
Et Lamennais dénonçait, comme sources traditionnelles du mal, le mépris de l'autorité et la suprématie de la raison individuelle. Il n'y eut d'abord dans le monde religieux qu'un cri d'admiration. La division commença au second volume, où l'auteur repoussait le système de Descartes qui s'appuie sur la raison privée, fondait la certitude sur la tradition humaine, la rapprochait du dogme catholique, et s'efforçait d'établir leur parfaite concordance. La Sorbonne, moins dédaigneuse de l'autorité de la philosophie, s'émut ; mais M. de Bonald encourageait dans son œuvre Lamennais, qui, entré au Conservateur, y dirigea contre le déisme de redoutables attaques.

Moins dévoué d'ailleurs à la cause du roi qu'à celle de la religion, il eut rarement des éloges pour les divers ministères qui se succédèrent sous la Restauration : c'est ainsi qu'après avoir contribué à la chute de M. Decazes (1820), il passa au Drapeau blanc, puis au Mémorial catholique, qui combattirent sans trêve le cabinet Villèle. Attaqué avec violence par ses adversaires, Lamennais rédigea en trois semaines la Défense de l'Essai, consacrée à de nouveaux développements de son système, puis il se rendit à Rome (1824). Le pape Léon XII le reçut avec joie, l'appela le « dernier père de l'Eglise » et voulut lui faire accepter le chapeau de cardinal. Lamennais refusa. Une traduction remarquable de l'Imitation de Jésus-Christ, qu'il publia peu après, ne l'empêchait pas de se tenir au courant de la situation politique. Le 12 mars 1825, il écrivait de la Chênaie à Berryer : « Ce qui se perd c'est la société : tous les milliards qu'on vote ne seraient-ils point par hasard destinés aux frais de son enterrement ? Ce sera vraiment une belle cérémonie. M. de Villèle mènera le deuil, les pairs, les députés le suivront; il n'y manque que des ballets, mais Sosthènes s'en chargera. » La même année, il prit texte d'une ordonnance de M. Laîné, alors ministre de l'Intérieur, qui prescrivait dans tous les séminaires l'enseignement des quatre articles de la déclaration de 1682, pour faire paraître le livre : De la religion, considérée dans ses rapports avec l'ordre civil et politique. Poussant jusque dans ses extrêmes conséquences l'opposition timide jadis tentée par Fénelon, il rompait brusquement avec les légitimistes et les libéraux, et demandait à Rome, siège de la suprêmatie spirituelle, l'unique solution du problème social. Cette lutte sans merci contre le gallicanisme lui valut, le 22 avril 1826, une condamnation à trente-six francs d'amende. Dès lors commença contre Lamennais la lutte de l'épiscopat : elle se traduisit d'abord par de sourdes attaques dans les mandements et les lettres pastorales. Bientôt un second ouvrage, plus ardent que le premier, vint attirer sur lui de nouvelles foudres. Il avait pour titre : Des progrès de la révolution et de la guerre contre l'Eglise. Il est aisé d'y surprendre la transformation lente mais irrésistible qui s'accomplissait dans la pensée de Lamennais. « Tout chancelle, dit-il, tout se penche; » et de cet ébranlement des trônes et des nations, il tirait une conclusion capitale: « Le monde aujourd'hui est travaillé de l'insurmontable besoin d'un ordre nouveau. »
La guerre au gallicanisme, qui le portait à destituer la monarchie de la suprématie du droit divin, afin de rendre aux successeurs de saint Pierre le gouvernement des âmes, finira par emporter la monarchie elle-même. Alors, selon cette théorie, les nations, livrées à elles-mêmes en face d'un pouvoir purement spirituel, vivront libres sous la seule loi de Dieu. Telle fut la pente qui entraîna Lamennais vers les doctrines que formula, après la révolution de 1830, son journal L'Avenir. Indiquant aux croyants la voie nouvelle par cette double épigraphe : Dieu et liberté - Le Pape et le Peuple, Lamennais, avec le concours de disciples jeunes et ardents, les abbés Gerbet et de Salinis, Lacordaire, Combalot, MM. de Coux, de Montalembert, réclamait des réformes radicales dans l'ordre religieux et politique et prêchait l'abrogation du Concordat, l'affranchissement de l'Eglise, la suppression du budget des cultes, la décentralisation administrative, l'extension des droits électoraux, la liberté d'enseignement, la liberté de la presse, la liberté d'association. Il rencontra dans l'épiscopat et dans la compagnie de Jésus une opposition tantôt bruyante, tantôt sourde, qui aboutit à la lettre-encyclique du 15 août 1832, dans laquelle Grégoire XVI condamnait, sans les désigner, les théories de l'Avenir. Lamennais suspendit son journal, se rendit à Rome, signa (10 septembre 1832) la lettre de soumission au pape, et se retira à la Chênaie. Le 30 mars 1839, il écrivait an général Donnadieu : « Le ridicule et plat despotisme auquel la France est livrée, lui pèse, l'irrite et surtout l'humilie. Le parti légitimiste, quoique décomposé, vit, il a toujours vécu d'illusions d'autant plus vives qu'elles sont plus niaises : tous ces gens-là travaillent à amener la République ; ceux qui la proclament à haute voix font moins pour elle. » Il écrivit à l'archevêque de Paris qu'il « se réservait sa pleine liberté pour tout ce qu'il croirait intéresser son pays et l'humanité. » Alors, de la solitude de la Chênaie, partit un cri qui retentit par toute l'Europe : c'était les Paroles d'un croyant (mai 1834). Elles consommèrent la rupture définitive de Lamennais avec le Saint-Siège et l'Eglise catholique. Tout ce qu'il y avait en lui de passion, de tendresse et de colère s'exhala dans les Paroles, et M. Renan a pu écrire que cet ouvrage, plein de réminiscences de la Bible, réalisait « le phénomène unique dans l'histoire littéraire d'un pastiche de génie. » Il souleva une immense explosion d'enthousiasme et de haine : Grégoire XVI répondit par une encyclique où le petit livre fut qualifié d'œuvre immense par sa perversité ; les adhérents de l'Avenir se séparèrent avec éclat de leur maître, et Lamennais, à plus de cinquante ans, entreprit de recommencer sa vie pour la consacrer à un nouvel apostolat.

Un des collèges électoraux de la Gironde (Bazas) lui fit offrir une candidature à la Chambre des députés ; il répondit (24 décembre 1833) « qu'il n'était point éligible, et que, le fût-il, il n'accepterait pas en ce moment.» Après avoir écrit les Affaires de Rome (1836), il composa, dans une pensée d'amour et de charité pour le prolétariat, le Livre du Peuple (1837), et publia ensuite un opuscule d'un sentiment analogue à celui de La Boétie sur la servitude volontaire : il l'intitula l'Esclavage moderne. Une lettre particulière, d'avril 1839, donne son opinion sur la situation politique : « Le roi, écrit-il, perd chaque jour dans l'opinion. Je ne sache pas de race plus perverse, plus odieuse, plus infâme que cette canaille de cour, que ces mamelucks du juste-milieu et de la pensée immuable. Bugeaud est un des types. Je dînai hier avec lord Brougham ; il a quelque chose de Dupin, mais il vaut mieux pour le caractère et lui est certainement supérieur pour le talent. » Son opposition s'affirmait, d'une façon plus piquante, dans une autre lettre du 27 février 1840 :
« La cour, écrivait-il, a été et est encore furieuse du rejet de la dotation Nemours. En apprenant le vote de la Chambre, la reine s'évanouit, le roi pleura: c'était une touchante désolation de famille. Il est vrai que cette famille voit très tranquillement mourir de faim des milliers d'hommes, de femmes, d'enfants, privés de travail depuis plusieurs mois, et qui, au train des choses, ne paraissent pas devoir en retrouver de si tôt. Que voulez-vous ? Lorsqu'on a qu'une trentaine de millions à dépenser par an, et qu'il faut là-dessus doter fils et filles, qu'on en est menacé au moins, il est bien naturel de songer d'abord à sa propre misère. D'ailleurs n'a-t-il pas fallu payer 40 000 fr. à une danseuse de l'Opéra entretenue par M. de Nemours, pour la décider à quitter Paris, du moins pendant les noces du prince ? Ainsi, pertes de tous côtés. Ce serait à se pendre, si une corde ne coûtait rien. »

Un de ses écrits politiques du moment, le Pays et le Gouvernement, motiva contre lui, le 26 décembre 1840, une condamnation en cour d'assises à un an de prison et à 2 000 francs d'amende. Pendant son séjour à Sainte-Pélagie, de janvier à décembre 1841, il donna une Voix de prison ; et, de 1841 à 1846, fit paraître l'Esquisse d'une philosophie, qui renferme d'admirables pages sur l'art et sur le beau. Passionné pour les arts, il avait, de concert avec un ancien receveur général, M. Barbet, entrepris d'acheter une galerie de tableaux à laquelle il attribuait une valeur considérable : mais Lamennais apportait en peinture un sentiment esthétique à la fois supérieur et étranger à la connaissance d'un expert : ses illusions en cette matière défrayèrent la malignité publique.

Lamennais salua la révolution de 1848 et l'avènement de la République avec d'enthousiastes espérances, qui ne tardèrent pas à s'évanouir. Le 27 février, il avait fondé le Peuple Constituant dont les rédacteurs furent, avec lui, Pascal Duprat, Henri Martin, Villiaumé, Barbet, Christian Ostrowski, etc. Quatre mois plus tard (16 juillet), il s'arrêta découragé, devant le rétablissement du cautionnement pour les journaux, décrété la veille par l'Assemblée. Le numéro du journal portant cette date (il tirait alors à 400 000 exemplaires) parut avec une bordure noire ; il renfermait cette déclaration :
« Le Peuple Constituant a commencé avec la République, et finit avec la République. »
L'article de Lamennais se terminait par un mot fréquemment cité :
« Il faut aujourd'hui de l'or, beaucoup d'or, pour jouir du droit de parler: nous ne sommes pas assez riches. Silence au pauvre ! »

Dans l'intervalle, Lamennais avait été élu, le 23 avril 1848, représentant de la Seine à l'Assemblée Constituante, le 34e et dernier, 104 871 voix (267 888 votants, 399 191 inscrits). Il prit place à la Montagne et vota avec les démocrates les plus avancés :

- contre le rétablissement du cautionnement et de la contrainte par corps,
- contre les poursuites contre Louis Blanc et Caussidière,
- pour l'abolition de la peine de mort,
- pour l'amendement Grévy,
- pour le droit au travail,
- contre la proposition Rateau,
- pour l'amnistie,
- contre l'interdiction des clubs,
- contre l'expédition de Rome,
- pour la demande de mise en accusation (qu'il signa) du président et de ses ministres,
- pour l'abolition de l'impôt des boissons, etc.

Nommé membre du comité de constitution, il lui avait communiqué, dès la première séance, un projet complet, assez faiblement conçu et qui était, semble-t-il, au-dessous de son génie. Le peu de succès de ce projet l'affecta assez vivement ; il quitta le comité, et se borna, dès lors, à assister régulièrement aux séances de l'Assemblée et à protester de son vote silencieux contre toutes les mesures de réaction. Le 12 janvier 1849, il écrivait à un ami :
« Nous nous en allons à grands pas vers une restauration. Voilà ce que nous auront valu les imbéciles et les traîtres qui ont eu le pouvoir en main. »

Réélu, le 13 mai 1849, représentant de la Seine à l'Assemblée législative, le 13e sur 28, par 113 331 voix (281 140 votants, 378 043 inscrits), il reprit sa place à la Montagne, où il siégeait à côté de Félix Pyat, et appuya l'interpellation de Ledru-Rollin contre l'expédition romaine. Toutefois il ne se rendit pas au Conservatoire des Arts et Métiers.
« Je le vois, a écrit Félix Pyat, - moindre de taille encore que cet autre Breton, son ami Chateaubriand, ses pieds fins dans des gros souliers à la Roland, mais avec une tête qui semblait absorber tout le reste du corps... des yeux, deux éclairs dans l'orage... deux rayons dans le calme ; un front, celui des grands Florentins, aussi beau que le front même de Dante, le front d'où étaient sortis le Livre du peuple et les Paroles d'un croyant .... Des deux sources d'où dérive la civilisation nouvelle, il avait bu à celle de Moïse plus qu'à celle d'Homère. Il avait l'inspiration plus juive que grecque. Il avait plus touché la harpe du prophète que la lyre du poète : lui, Français, qui avait pu monter dans le char de flamme d'Elisée ; moderne, qui avait l'embouchure du clairon de Josué, l'envergure de l'aigle de Pathmos,... plus fils de Sem que de Japhet ! »

Lamennais vota en toutes circonstances avec la minorité démocratique de la Législative.

Le coup d'Etat du 2 décembre 1851 le jeta dans un abattement profond. Il chercha dans l'étude un soulagement à cette tristesse infinie et traduisit la Divine Comédie de Dante. Puis, ce travail achevé, il mourut après quelques semaines de maladie (27 février 1854), maître de lui-même jusqu'au dernier moment, tranquille et inflexible dans la foi qu'il s'était faite. Il avait, dans un codicille ajouté à son testament, désigné M. E. D. Forgues, le critique littéraire du National, comme l'exécuteur de ses volontés relativement à ses ouvrages déjà publiés et à ses manuscrits inédits. D'autre part, il avait remis à M. Barbet une lettre ainsi conçue :
« Je veux être enterré au milieu des pauvres, et comme le sont les pauvres. On ne mettra rien sur ma fosse, pas même une simple pierre. Mon corps sera porté directement au cimetière, sans être présenté à aucune église. On n'enverra pas de lettres de faire part. Je défends très expressément que l'on appose les scellés chez moi.
« Paris, ce 16 janvier 1854.
« F. LAMENNAIS. »
M. Barbet avait en outre reçu verbalement de Lamennais ordre de ne laisser approcher de lui aucun membre du clergé. Il se conforma rigoureusement à ces instructions; plusieurs personnes envoyées auprès du malade par l'archevêque de Paris durent se retirer sans l'avoir vu. Cependant la nièce de Lamennais, ardente catholique, était parvenue jusqu'à lui : elle insista pour ramener son oncle à d'autres sentiments, et une scène pénible s'ensuivit. Les témoins oculaires et auriculaires de ses derniers instants, MM. Giuseppe Montanelli, Armand Lévy, Henri Martin, H. Carnot et H. Jallat rédigèrent et signèrent, le 15 mars, un procès-verbal minutieusement détaillé relatant toutes les circonstances qui avaient précédé la mort de Lamennais. Conformément à sa volonté, il fut enterré, le 1er mars, dans la fosse commune. Un immense concours de peuple se pressait sur le parcours du convoi ; la police, qui avait déployé un grand appareil militaire, ne permit qu' à huit personnes l'accès du cimetière du Père-Lachaise, où pas un mot ne fut prononcé sur la tombe. Lamennais avait, malgré le contraste de leurs opinions, conservé jusqu'à la fin des relations amicales avec M. de Vitrolles : leur correspondance a été publiée il y a quelques années.

Outre les écrits déjà cités, Lamennais avait publié encore un grand nombre d'ouvrages de religion, de philosophie et de politique ; il avait fourni des articles au Conservateur, au Défenseur, au Drapeau blanc, au Mémorial catholique, à la Quotidienne, à l'Avenir, à la Revue catholique, à la Revue des Deux-Mondes, au Monde, à la Revue du Progrès, à la Revue indépendante et au Peuple constituant.

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