Louis, Pierre, Edouard Bignon

1771 - 1841

Informations générales
  • Né le 3 janvier 1771 à Guerbaville (Seine-Inférieure - France)
  • Décédé le 6 janvier 1841 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Cent-Jours
Législature
Chambre des représentants
Mandat
Du 12 mai 1815 au 13 juillet 1815
Département
Seine-Inférieure
Régime politique
Seconde Restauration - Chambre des députés des départements
Législature
IIe législature
Mandat
Du 20 septembre 1817 au 22 juillet 1820
Département
Eure
Groupe
Gauche
Régime politique
Seconde Restauration - Chambre des députés des départements
Législature
IIe législature
Mandat
Du 13 novembre 1820 au 1er mai 1822
Département
Haut-Rhin
Régime politique
Seconde Restauration - Chambre des députés des départements
Législature
IIe législature
Mandat
Du 9 mai 1822 au 24 décembre 1823
Département
Haut-Rhin
Régime politique
Seconde Restauration - Chambre des députés des départements
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 1er mai 1827 au 5 novembre 1827
Département
Seine-Inférieure
Groupe
Gauche
Régime politique
Seconde Restauration - Chambre des députés des départements
Législature
IVe législature
Mandat
Du 17 novembre 1827 au 16 mai 1830
Département
Eure
Groupe
Gauche
Régime politique
Monarchie de Juillet - Chambre des députés
Législature
Ire législature
Mandat
Du 12 juillet 1830 au 31 mai 1831
Département
Eure
Groupe
Gauche
Régime politique
Monarchie de Juillet - Chambre des députés
Législature
IIe législature
Mandat
Du 5 juillet 1831 au 25 mai 1834
Département
Eure
Groupe
Centre gauche
Régime politique
Monarchie de Juillet - Chambre des députés
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 21 juin 1834 au 3 octobre 1837
Département
Eure
Groupe
Centre gauche

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Représentant à la Chambre des Cent-Jours, député de 1817 à 1823 et de 1827 à 1837, pair de France, et ministre, né à Guerbaville (Seine-Inférieure), le 3 janvier 1771, mort à Paris, le 6 janvier 1841, il exerça pendant cinquante ans, à divers titres, une influence considérable sur les affaires du pays. Son père était capitaine au cabotage ; la protection de la marquise de Hagu fit entrer le jeune Bignon au collège de Lisieux, à Paris, où il eut des succès. Il embrassa la cause de la Révolution, s'enrôla dans un bataillon de volontaires pour défendre « la patrie en danger », puis quitta l'armée sous le Directoire pour briguer des fonctions diplomatiques. Une requête en vers adressée au Directoire, et où Bignon, sollicitant une place de secrétaire d'ambassade, exprimait son avis sur les qualités et les devoirs d'un bon diplomate, attira l'attention du ministre des relations extérieures, et Bignon fut nommé, en 1797, secrétaire de légation près la Confédération helvétique. Le 12 brumaire an VIl (1799), il alla remplir les mêmes fonctions près la République cisalpine; sous le Consulat, il fut ensuite envoyé à Berlin, au même titre, puis il passa chargé d'affaires. Durant les années 1804, 1805 et 1806, il fut accrédité à Cassel comme ministre plénipotentiaire. Ce fut, dit-on, un ministre de l'électeur de Hesse qui lui donna le premier l'idée d'une confédération des princes allemands intermédiaires, qui serait protégée conjointement par la France et la Russie. Cette idée n'avait rien de nouveau: c'était le Fürstenbund imaginé par Frédéric II contre l'Autriche, et peut-être faut-il remonter à Richelieu pour en trouver la première inspiration. Quoiqu'il en soit, la Confédération du Rhin sortit de ce conseil, mais avec le protectorat de la France seulement.

La veille de la bataille d'Iéna, Bignon offrit à l'électeur de Hesse de signer une convention de neutralité, qui fut d'abord repoussée. Quand les résultats de la journée furent connus, Bignon à son tour refusa de traiter. Napoléon entra à Berlin, et l'électorat de Hesse fut rayé de la carte politique de l'Allemagne. Nommé commissaire impérial auprès des autorités prussiennes, chargé de l'administration générale des domaines et des finances des provinces conquises, Bignon conserva ces fonctions tant que l'armée française occupa la Prusse, jusqu'en 1808. A Carlsruhe, où il remplit, l'année suivante, la place de ministre plénipotentiaire auprès du grand-duc de Bade, un décret, daté de Schoenbrunn, vint lui apprendre qu'il était élevé à la situation d'administrateur général de l'Autriche. De là, il fut envoyé à Varsovie, où pendant trois ans, il servit les vues du gouvernement impérial sur la Pologne.

Après la bataille de Leipzig, Bignon était à Dresde auprès du roi de Saxe; il s'y trouva aussi pendant le siège. Gouvion Saint-Cyr, qui commandait, capitula; mais la capitulation ayant été violée, Bignon fut un moment prisonnier d'un aide de camp du prince de Schwarzenberg. Cependant le prince, accueillant sa réclamation, le fit reconduire aux avant-postes français à Strasbourg. Il fut de retour à Paris, le 7 décembre 1813, et ce fut lui qui annonça à l'empereur la défection de Murat.

Bignon disparut un moment de la scène politique après les événements de 1814. Il consacra ses loisirs à un Exposé comparatif de l'état financier, militaire, politique et moral de la France et des principales puissances de l'Europe (Paris 1814). Mais il reparut aux affaires lors des Cent-jours. Son Précis de la situation politique de la France (1815) date de cette époque. Napoléon le nomma sous-secrétaire d'Etat du ministère des Affaires étrangères, conjointement avec M. Otto, et, le 12 mai, le département de la Seine-Inférieure l'élut membre de la Chambre des représentants, par 46 voix sur 73 votants. Chargé du portefeuille des Affaires étrangères, il dut signer, en cette qualité, la convention du 3 juillet, qui reléguait l'armée française au delà de la Loire et ouvrait Paris à l'invasion. Lorsque le drapeau blanc flotta sur les Tuileries, Bignon remit son portefeuille aux mains de Talleyrand et se retira momentanément de la politique active ; mais bientôt le département de l'Eure (20 septembre 1817) le rappela à la Chambre des députés, par 559 voix sur 963 votants et 2,073 inscrits.

Membre de l'opposition, il proposa d'importants amendements à l'adresse au roi, protesta contre la loi sur la presse, et fit en 1818 un grand discours sur le budget : « Les déclarations du ministre affligent, s'écria-t-il; ses réticences épouvantent (Murmures au centre.) J'admire l'optimisme heureux qui voit sans crainte des milliards de dettes s'accumuler sur nous, et qui, tout en périssant, rêve une prospérité imaginaire. » Il passa alors en revue la conduite du ministère, notamment quant à la retraite de l'armée d'occupation, et rappela le dernier discours du ministre Pasquier prétendant que pour calmer tous les esprits, il fallait jeter un voile sur le passé: « Eh bien, faut-il jeter aussi un voile sur ces listes trop fameuses sur lesquelles ont été entassés des noms pris au hasard parmi vingt-huit millions de noms qu'on eût pu y placer au même titre (violents murmures); faut-il jeter un voile sur cette loi du 12 janvier 1816, loi qui a frappé un si grand nombre de familles, loi dont l'initiative fut dans cette Chambre, à laquelle on refuse maintenant toute initiative, loi repoussée par le gouvernement lui-même, comme étant une violation formelle de l'article 11 de la Charte...? (Des murmures s'élèvent à droite; quelques membres, avec une extrême chaleur: jamais!) « Il est temps, poursuivit l'orateur qui se fit rappeler à l'ordre, qu'il n'y ait plus d'émigrés ni de bannis ; il est temps que la France soit rendue à tous les Français, que les étrangers en sortent, que les bannis y rentrent...» Il avait au cours de cette discussion, menacé le gouvernement d'une révélation qu'il annonçait comme un argument nouveau en faveur du rappel des bannis, argument fondé «sur un fait particulier dont il avait connaissance, et dont il se réservait de faire usage quand le moment en serait venu. » Sommé par M. Decazes de s'expliquer, Bignon refusa. Son silence fut diversement commenté ; on pensa généralement qu'il avait voulu parler de quelques circonstances spéciales de la convention de 1815. Dans la session de 1819, il vota constamment avec la gauche contre les lois d'exception, et fut des 95 opposants au nouveau système électoral. A propos de la loi de censure (23 mars), il dit: - « C'est pour sauver la Charte qu'on la viole. C'est pour préserver nos institutions qu'on les enlève ou seulement qu'on les prend en dépôt, pour nous les rendre, quand nous en serons plus dignes... Si les lois actuelles sur la liberté de la presse ne sont pas assez rigoureuses, que l'on propose des dispositions plus fortement répressives... Dans la politique astucieuse qui est à l'ordre du jour, le point important est l'opportunité. Il faut saisir l'à-propos. » Les ultras profitaient alors du meurtre du duc de Berry dans l'intérêt de leur politique. Sur la loi des élections (mai), Bignon s'efforça, de prouver qu'elle serait funeste pour la monarchie constitutionnelle et pour la dynastie elle-même; il termina par ces mots : « Nation française, il n'est plus dans ta destinée d'être esclave, ou du moins ta servitude ne pourrait durer qu'un jour; la liberté te réclamerait le lendemain! »

Aux élections du 4 novembre 1820, Bignon échoua d'abord dans le 4e arrondissement de l'Eure (les Andelys) avec 138 voix contre 246 à l'élu, M. de Vatimesnil ; mais huit jours après, il était élu député du Haut-Rhin au Collège de département. Dès lors il fut successivement réélu, à la Chambre des députés de la Restauration: le 9 mai 1822, par l'arrondissement d'Altkirch (Haut-Rhin) ; le 1er mai 1827, par le 1er arrondissement de la Seine-Inférieure (Rouen), en remplacement de Stanislas de Girardin décédé; le 17 novembre de la même année, par les trois collèges de Rouen, d'Yvetot et des Andelys, et le 12 juillet 1830, par celui des Andelys, avec 176 voix contre 102 à M. Lecouteux. En maintes circonstances, dans le cours de ces diverses législatures, Bignon fit au gouvernement de la Restauration une vive et éloquente opposition.

- «Vous avez beau faire, dit-il un jour, l'esprit de liberté, combattu partout, partout invincible, brave le sabre des gendarmes, et passe inaperçu à travers le fer croisé des baïonnettes. Plus les gouvernements s'attachent à rendre sensible la ligne de démarcation qui les sépare les uns des autres, plus cette ligne s'efface pour les peuples. »

La révolution de Juillet sembla rouvrir pour Bignon la carrière des hautes fonctions administratives. Chargé, du 31 juillet au 2 août, par la commission municipale de Paris, de diriger provisoirement le ministère des Affaires étrangères, il le céda presque aussitôt au maréchal Jourdan, et prit le portefeuille de l'Instruction publique. Mais il ne le garda que jusqu'au 27 octobre. Il retrouva alors sa place à la Chambre, où la circonscription des Andelys le réélut encore les 5 juillet 1831 et 21 juin 1834. Il soutint le gouvernement de Louis-Philippe, mais attaqua parfois les ministres doctrinaires. « L'on éprouve, dit un biographe démocrate, quelque étonnement à le voir se porter le défenseur du système de paix adopté par la camarilla du château; mais lorsque la pensée du ministère Périer fut mise à nu, le député patriote retrouva toute sa chaleureuse énergie. Il démontra plusieurs fois toute l'insuffisance et la faiblesse du parti qui livrait la Belgique à l'Angleterre et déclara qu'il n'est point donné à la diplomatie de faire, dans le cours d'un siècle, deux fautes pareilles à celle-là. » Il réclama aussi en faveur de la nationalité polonaise et demanda, dans l'adresse de 1833, une phrase expresse en l'honneur de ceux qu'on appelait alors les « héros de la Vistule. » Dans les sessions suivantes, il prit encore fréquemment la parole, par exemple : sur la situation extérieure de la France (à propos de l'emprunt grec), sur la loi contre les associations. Il rappela même, à ce sujet, le mot de Mirabeau, en 1791, sur les lois dont on ne peut dire qu'une chose : Je jure de leur désobéir.

Le nom de Bignon fut plusieurs fois, sous le règne de Louis-Philippe mêlé à des projets de combinaisons ministérielles; mais ses réclamations fréquentes en faveur de la Pologne et ses sympathies pour l'Espagne et l'Italie devinrent un invincible obstacle à sa rentrée au pouvoir. Il existe, aux Archives, des notes de la Russie et de l'Autriche exprimant le déplaisir avec lequel ces puissances verraient le portefeuille des Affaires étrangères confié au baron Bignon. Bignon ayant accepté, le 3 octobre 1837, le titre de pair de France, ses dernières années s'écoulèrent dans un silence, qui n'était peut-être, a dit un de ses biographes, que « le résultat d'une vie épuisée par la lutte et les désenchantements. »

On lui doit la publication d'un très grand nombre d'ouvrages politiques et historiques : Du Système suivi par le Directoire exécutif relativement à la République cisalpine (an VII); Coup d'oeil sur les démêlés des cours de Bavière et de Bade; Histoire de France depuis le 18 brumaire jusqu'à la paix de Tilsitt (1829-30). etc. Ce dernier travail avait été entrepris sur la recommandation testamentaire de Napoléon.


Reçu dans la Légion d'honneur à la création de l'ordre, promu commandeur le 7 juin 1823, il avait été élevé à la dignité de Grand Officier le 30 avril 1838.

Date de mise à jour: juillet 2013


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