Joseph, Pierre Cambon

1756 - 1820

Informations générales
  • Né le 10 juin 1756 à Montpellier (Hérault - France)
  • Décédé le 15 février 1820 à Saint-Josse-Ten-Noode (Belgique)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Présidence(s)

Présidence de l'Assemblée nationale
du 19 septembre 1792 au 19 septembre 1792
Présidence de l'Assemblée nationale
du 19 septembre 1793 au 3 octobre 1793

Mandat(s)

Régime politique
Révolution
Législature
Assemblée nationale législative
Mandat
Du 3 septembre 1791 au 20 septembre 1792
Département
Hérault
Groupe
Modérés
Régime politique
Révolution
Législature
Convention nationale
Mandat
Du 21 septembre 1792 au 26 octobre 1795
Département
Hérault
Groupe
Gauche
Régime politique
Cent-Jours
Législature
Chambre des représentants
Mandat
Du 15 mai 1815 au 13 juillet 1815
Département
Hérault

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Député à l'Assemblée législative de 1791, membre de la Convention, et représentant à la Chambre des Cent-Jours, né à Montpellier (Hérault), le 10 juin 1756, mort à Saint-Josse-Ten-Noode (Belgique), le 15 février 1820, il était d'une famille de négociants, et appartenait à la religion réformée.

Il avait succédé à son père dans son commerce, quand éclata la Révolution. Il l'accueillit avec enthousiasme, et le zèle qu'il apporta à remplir, dès 1790, les fonctions d'officier municipal à Montpellier, le désigna aux suffrages de ses concitoyens, qui le nommèrent (3 septembre 1791), par 295 voix sur 451 votants, député de l'Hérault à l'Assemblée législative. Il se mêla activement aux débats sur les matières de finances, et pas une question d'impôt ou de crédit ne se discuta sans lui. Pour ses débuts, il fut chargé d'un rapport important sur une demande de fonds et sur l'état des caisses de l'extraordinaire et de la trésorerie. Les connaissances dont il fit preuve attirèrent sur lui l'attention. Il usa de son influence naissante pour faire décréter que la nouvelle émission de 300 millions d'assignats ne s'opérerait que successivement, au fur et à mesure des besoins, et pour empêcher que la caisse de l'extraordinaire, sous quelque prétexte que ce fût, ne dérobât l'examen de ses comptes au contrôle de la représentation nationale.

Il demanda, contrairement à l'avis des Girondins, que les prêtres fussent, comme tous les autres fonctionnaires publics, frappés de suspension en cas de désobéissance aux lois de l'Etat ; il étendit cette mesure aux généraux d'armée et aux ministres, et dénonça sans ménagement tous ceux dont il surprit la main dans des marchés frauduleux. Lorsqu'en 1792, Bazire eut proposé la confiscation des biens des émigrés, il se joignit à lui pour faire rendre la loi qui déclarait ces biens en état de séquestre « afin, disait-il, de priver les ennemis de la patrie des moyens de lui faire la guerre, et d'avoir, dans la jouissance de leurs biens, l'indemnité des dommages qu'ils pourraient causer à l'Etat. » Cambon lut ensuite un rapport pour le renouvellement par quinzaine des commissaires de la trésorerie, proposa et fit adopter un projet sur les saisies réelles, défendit les sociétés populaires attaquées par les partisans de la cour, développa des vues sur les contributions foncière et mobilière de 1791 et 1792, provoqua un travail sur les secours à donner aux pauvres, et fit proroger le paiement des intérêts dus pour les emprunts des pays d'Etats. Il attaqua le ministre Bertrand de Molleville, à qui Louis XVI conservait sa confiance, et présenta à l'Assemblée un tableau général de la dette.

En juillet, il fit la motion de convertir les statues des « tyrans » en canons pour la défense de la patrie. Cependant à l'approche du 10 août, il combattit une pétition d'une section de Paris (la section de Mauconseil), qui sollicitait l'abolition du pouvoir royal, et provoqua la rédaction d'une adresse au peuple pour le modérer ; puis, dans la journée même du 10 août, on le vit prendre des mesures pour la sûreté du roi et de sa famille, réfugiés dans une tribune de l'Assemblée. Mais il revint bientôt à des sentiments plus révolutionnaires, fit décréter la privation de traitement des ecclésiastiques qui refusaient de prêter le serment civique, vota la vente des diamants et joyaux de la couronne, et seconda de tous ses efforts la mise en accusation des ministres Lajard, de Grave et Narbonne.

Le 16 septembre 1792, Cambon fut appelé au fauteuil de la présidence, et, cinq jours après, il prononça la clôture de l'Assemblée législative, arrivée au terme de ses travaux.

Il alla prendre place sur les bancs de la Convention nationale, où l'envoyait, avec 451 voix sur 465 votants, un nouveau mandat du département de l'Hérault.

Jusque-là les vœux politiques de Cambon n'avaient pas été au-delà d'un gouvernement monarchique constitutionnel. Mais s'il ne devança pas le mouvement, il le suivit, et devint républicain dès les premières séances de la Convention. Il n'hésita pas à proposer de nouvelles émissions d'assignats, puisque l'émigration augmentait continuellement la masse des gages offerts aux créanciers de l'Etat et, sentant que ce gage devenait illusoire, si les biens des émigrés ne se vendaient pas, il fit rendre un décret ordonnant d'en accélérer la vente. Il prit parti contre Marat et contre la commune, mais sans grand succès, fut plus heureux dans la guerre qu'il fit contre les exactions qui se produisaient à l'administration des vivres, accusa de fraude Maréchal, Matus, d'Espagnac et Servan, et appuya de toutes ses forces le projet, enfin admis (15 décembre), de charger un comité de tous les achats. Dumouriez ayant traité ces mesures d'absurdes et refusé d'obéir, il démasqua à la tribune les menées de ce général. Le même jour, il fit décréter que « la Convention était pouvoir révolutionnaire partout où elle pénétrait par la force des armes. » Il appuya aussi l'expulsion de tous les Bourbons et l'ostracisme contre tous les chefs de parti dont l'influence compromettait la cause de la liberté.

Dans le procès de Louis XVI, il vota la peine de mort sans appel, comme sans sursis, en disant :
« Le vœu de tous les Français est parfaitement connu ; tous veulent la destruction de tous les privilèges et la punition de ceux qui résisteraient à l'établissement du régime de l'égalité ; déjà j'ai été obligé, dans l'Assemblée législative, pour l'intérêt suprême du salut de ma patrie, de prononcer la déportation d'une caste jadis privilégiée, qui n'avait fait d'autre crime que de refuser le serment de fidélité au nouveau régime. Avec vous j'ai été obligé de prononcer la peine de mort contre les émigrés, complices de Louis, et contre ceux qui, n'ayant pas pris les armes contre leur patrie, rentreraient en France ; aujourd'hui j'ai à juger un privilégié, convaincu de trahison contre la patrie ; la loi est positive : son crime est notoire, je me croirais coupable envers la justice nationale, si je me bornais à la déportation. Je vote pour la mort. »

En revanche, Cambon se prononça contre la politique de Robespierre, et contre l'institution d'un tribunal révolutionnaire, après s'être associé à la motion de Gensonné qui demandait que l'on recherchât « les brigands, les cannibales des 2 et 3 Septembre. »

Cambon eût voulu conserver à la seule Convention le pouvoir formidable dont le tribunal révolutionnaire allait être investi. « Si nous mettons ce pouvoir entre les mains de neuf intrigants, de neuf ambitieux, qui pourraient peut-être se vendre, quelles digues leur imposer ? quel serait le terme de leur tyrannie ? » Il n'en accepta pas moins, le 7 avril 1793, de faire partie du premier comité de salut public, se montra favorable aux Girondins et demanda l'ajournement d'une pétition qui avait pour objet leur mise en accusation. En même temps il continuait d'exercer une action décisive on matière de finances, recherchait, dans un rapport, les moyens de consolider la dette publique et de diminuer la circulation des assignats, faisait supprimer la Caisse d'escompte, la Compagnie d'assurances à vie, et toutes les associations dont le capital reposait sur des effets négociables, faisait comprendre les fournisseurs dans l'emprunt forcé, et décréter que les titres constatant des créances non viagères sur l'Etat ne pourraient être négociés, vendus, cédés ou transportés, et que tout fonctionnaire qui ralentirait la vente des biens des émigrés serait passible de dix ans de fers; il proposait aussi des mesures contre l'agiotage.

Président de la Convention, il inaugura son poste (22 septembre), en donnant l'accolade fraternelle à la femme de l'évêque constitutionnel de Périgueux, qui était venu à la Convention pour lui faire « hommage de son épouse » : « Je l'ai choisie, dit l'évêque, pauvre de fortune, mais riche en vertu, parmi la classe des sans-culottes. »

C'est à cette époque de la carrière politique de Cambon que se rapporte un de ses actes les plus importants : la création du grand-livre de la dette publique, qui lui revient en grande partie, à la suite d'un rapport qui portait ce titre :
« Rapport sur la dette publique, sur les moyens à employer pour l'enregistrer sur un grand-livre et la consolider ; pour admettre la dette consolidée en paiement des domaines nationaux qui sont en vente ; pour retirer et annuler les anciens titres de créance ; pour accélérer la liquidation ; pour régler le mode annuel de paiement de la dette consolidée dans les chefs-lieux de districts, et pour retirer des assignats de la circulation, fait à la séance du 15 août 1793. »

Le projet de décret était signé Cambon fils aîné, Chabot, Delaunay (d'Angers), Ramel, Mallarmé, tous membres de la commission des finances. Ce projet fut adopté dans son ensemble, le 24 août 1793 ; le mois suivant, Cambon vint annoncer à l'assemblée que la transcription était terminée.

Un autre projet, non moins considérable, et auquel Cambon participa, fut celui d'un code civil uniforme pour toute l'étendue du territoire.

Dans la mémorable journée du 8 thermidor, Cambon, dont les dissentiments avec Robespierre s'étaient aggravés de jour en jour, fut du nombre de ses accusateurs, et lui reprocha d'avoir « paralysé la volonté de la Convention. » Le lendemain, 9, la lutte recommença, plus vive et plus acharnée; Robespierre fut vaincu et condamné.

Toutefois, à peine les thermidoriens eurent-ils triomphé qu'ils se tournèrent contre Cambon ; il continua quelque temps de diriger les finances ; mais bientôt Tallien et ses amis le poursuivirent de récriminations incessantes, et finirent par le dénoncer comme complice « des tyrans. » Impliqué dans l'insurrection du 1er avril 1795, puis proclamé maire de Paris, le 20 mai, par un rassemblement à l'Hôtel-de-Ville, il n'échappa au décret d'arrestation rendu contre lui que par la fuite.

Caché dans un grenier de la rue Saint-Honoré, il sut se soustraire à toutes les recherches qu'André Dumont et Tallien firent pour se saisir de sa personne ; cependant la loi d'amnistie du 4 brumaire le rendit à la liberté.

Il jugea prudent de se retirer dans une terre qu'il possédait aux environs de Montpellier, et vécut assez obscurément jusqu'à la fin de l'Empire.

Il ne reparut plus sur la scène politique qu'en 1815, ayant été élu, le 15 mai, représentant à la Chambre des Cent-jours par le département de l'Hérault. Il y fut chargé de divers rapports ; sa parole avait toujours un grand poids dans les questions de finances. Il opina, le 22 juin, pour que les membres de la commission de gouvernement ne pussent être choisis parmi les députés ou les sénateurs ; le 26, il fit scinder le travail de la loi de finances alors soumise à la Chambre, et décider que vu l'urgence, et pour établir le plus vite possible, par des moyens extraordinaires, le pair entre les dépenses et les recettes de l'exercice 1815, l'Assemblée s'occuperait dans ses bureaux des titres V, VI et X du budget. Le 27, il demanda en vain que cinq membres allassent prendre connaissance de l'état du Trésor pour en rendre compte à l'assemblée. Le 30, il fit des observations tendant à ce qu'on exprimât, dans l'adresse au peuple français, que jamais on ne voudrait des Bourbons ; à ce que les gardes nationales fussent appelées à combattre sur les hauteurs de Paris avec la ligne ; à ce qu'il y eût sans cesse cinq commissaires de la Chambre à chaque armée.

Les derniers mots qu'il prononça, le 5 juillet, dans la discussion de l'acte constitutionnel, furent en faveur de la liberté des cultes. Mais Louis XVIII était aux portes de Paris. Cambon, compris, comme régicide, dans les dispositions de la loi de 1816, quitta sa patrie pour la Belgique, où il mourut dans un petit village, près de Bruxelles.

Un très grand nombre de ses rapports sur les finances ont été imprimés, entre autres son Rapport, cité plus haut, sur le projet de formation du Grand-Livre (Paris, 1795).

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