Jean-François Delacroix ou Lacroix

1753 - 1794

Informations générales
  • Né le 3 avril 1753 à Pont-Audemer (Eure - France)
  • Décédé le 5 avril 1794 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Présidence(s)

Présidence de l'Assemblée nationale
du 20 août 1792 au 2 septembre 1792
Présidence de l'Assemblée nationale
du 4 octobre 1792 au 18 octobre 1792

Mandat(s)

Régime politique
Révolution
Législature
Assemblée nationale législative
Mandat
Du 26 août 1791 au 20 septembre 1792
Département
Eure-et-Loir
Groupe
Gauche
Régime politique
Révolution
Législature
Convention nationale
Mandat
Du 4 septembre 1792 au 5 avril 1794
Département
Eure-et-Loir
Groupe
Gauche

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Député à l'Assemblée législative de 1791 et membre de la Convention, né à Pont-Audemer (Eure), le 3 avril 1753, mort à Paris, le 5 avril 1794, il servit d'abord dans la gendarmerie, puis se fit recevoir avocat. Il exerçait cette profession à Anet, lorsque survint la Révolution, dont il adopta les principes.

Nommé, en 1790, procureur général syndic du département d'Eure-et-Loir, il fut député le 28 août 1791, par le même département à l'Assemblée législative, le 7e sur 9, avec 180 voix (281 votants). Il s'y fit remarquer plus peut-être par sa haute stature et sa voix énergique et bien timbrée que par de réels talents d'orateur ou d'homme d'Etat. Néanmoins son rôle politique fut considérable. Delacroix se fit affilier au club des Jacobins et fit partie de la fraction de cette société que l'on désigna sous le nom de parti orléaniste.

En 1791, Louis XVI sortait à peine de la salle de l'Assemblée législative, où il était venu présider l'ouverture de la session, que Delacroix commença contre les ministres une campagne, qui visa bientôt jusqu'au roi. Il demanda, par exemple que le ministère de la guerre fût mandé à la barre pour avoir différé de rendre ses comptes. Le 5 octobre, il commença de signaler par les noms de côté gauche et de côté droit les partis qui divisaient l'Assemblée. Le 6, il proposa le rappel à l'ordre de Ducastel, vice-président, qui s'était servi, en parlant du roi, de l'expression de souverain. Le 8, ce fut contre le ministre des affaires étrangères qu'il se tourna, et ses reproches furent tellement acrimonieux que les deux ministres, Duportail et Montmorin, durent donner leur démission. Adversaire déclaré de l'organisation militaire de l'ancien régime, il obtint le décret d'accusation contre les officiers du régiment de Cambrésis. Après les ministres et les généraux, il dénonça les émigrés, la garde du roi, le comité dit autrichien, le clergé ; enfin, il s'attaqua au roi lui-même, qu'il accusa, le 5 février 1792, d'être le provocateur de tous les troubles par son refus de sanctionner les décrets rendus contre les prêtres insermentés. Toutes les motions hostiles à Lafayette eurent l'appui de Delacroix, qui vota encore la mise en accusation du juge de paix Larivière, la réhabilitation du maire Pétion, la déclaration que « la patrie était en danger », etc.

Il fut un des principaux auxiliaires de Danton dans la journée du Dix-Août, et fit décréter la création d'une cour martiale pour juger, sans désemparer, les Suisses faits prisonniers à l'attaque des Tuileries.

La majorité de l'Assemblée législative appela Delacroix aux fonctions de président.

Il termina l'exercice de son mandat par la motion de déporter à la Guyane tous les prêtres insermentés.

Il venait d'être nommé membre du tribunal de cassation, lorsqu'il fut réélu le 4 septembre 1792, par le département d'Eure-et-Loir, membre de la Convention, le 1er sur 9, par 263 voix (370 votants) ; il prit place sur les bancs de la Montagne était une part des plus actives aux événements qui suivirent.

Ses relations avec Danton, alors tout-puissant, le firent désigner plusieurs fois pour des missions importantes « qu'il ne remplit pas toujours, dit la Biographie universelle et portative des contemporains, avec l'intégrité d'un vrai républicain ».

Il était en Belgique, auprès de Dumouriez, lorsque commença le procès de Louis XVI, ce qui l'empêcha de voter dans les premières délibérations relatives à la culpabilité de l'accusé. Mais de retour à Paris avant la fin du jugement, il fut présent lors du 3e appui nominal et répondit :
« Je crois avoir le droit de prononcer sur le sort de Louis Capet ; car lorsque mes commettants se réunirent, Louis était en prison. Non seulement la Nation n'a point réclamé contre son emprisonnement, mais tout entière elle le regardait comme un traître, et par conséquent elle n'a pas voulu que ses crimes restassent impunis. Je ne conçois pas la différence qu'on a entendu mettre entre un conspirateur roi et un conspirateur ordinaire. Tout conspirateur mérite la mort. Je vote pour la mort. »

Delacroix fut, comme Danton, l'objet des soupçons les plus graves, relativement à leurs opérations sur les frontières du Nord : on accusa les deux représentants d'avoir abusé des pouvoirs extraordinaires dont ils étaient investis, pour s'enrichir aux dépens de l'armée et des églises. Mais avant de déchoir dans l'opinion publique et de tomber sous les coups des Jacobins, les « Cordeliers » exercèrent au sein de la Convention et dans les clubs un pouvoir incontesté.

Entré avec Danton au Comité de salut public, Delacroix contribua pour une grande part à la proscription des Girondins. Le 9 mars 1793, il demanda que les députés cessassent d'écrire dans les feuilles publiques et s'écria :
« Je vois avec peine que des citoyens qui sont envoyés ici pour faire des bonnes lois, pour s'occuper des intérêts du peuple, s'amusent à faire des journaux, à gangrener l'esprit des départements, à critiquer avec amertume les opinions de la Convention qui ne sont pas les leurs... »
Delacroix, violemment inculpé par le général Miaczinski, puis par le girondin Alba-Lasource, fut cependant absous par la majorité de l'Assemblée: il voua alors une haine implacable à ses accusateurs. Après avoir plaidé la cause de Danton, de Robespierre et de Marat dans la séance du 27 mai, il coopéra à l'acte du 31, aux proscriptions du 2 juin, et fit décréter en même temps la formation d'une armée révolutionnaire de six mille hommes. La Gironde abattue, les Montagnards jacobins reprirent l'ancienne accusation d'Alba-Lasource et de ses amis contre Delacroix, dont la condamnation devait entraîner celle de son protecteur. On reparla des spoliations commises en Belgique. Mais Delacroix prononça son apologie le 28 janvier 1794, et mit tant d'adresse dans son discours, qu'il bénéficia encore d'un vote favorable. Il en profita pour tâcher de rentrer en grâce auprès des philosophes et des démocrates par une motion philanthropique : il demanda et fit proclamer d'enthousiasme la liberté des nègres, après avoir fait observer à la Convention « qu'elle ne devait pas se déshonorer par une discussion prolongée en cette matière » (4 février). Ce fut son dernier triomphe.

Le moment arrivait où les dantonistes allaient être appelés à rendre compte de la voie où ils avaient entraîné la Révolution. Delacroix dut d'autant plus partager la disgrâce de ses amis, que ses propres torts devinrent un des principaux griefs de l'accusation contre tous.

Arrêté, le 31 mars 1794, sur le rapport de Saint-Just, il fut condamné à mort et exécuté le 5 avril suivant, avec Danton, Camille Desmoulins, Hérault de Séchelles, etc.


Retour haut de page