Joseph Lakanal

1762 - 1845

Informations générales
  • Né le 14 juillet 1762 à Serres (Ariège - France)
  • Décédé le 14 février 1845 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Révolution
Législature
Convention nationale
Mandat
Du 5 septembre 1792 au 26 octobre 1795
Département
Ariège
Groupe
Centre
Régime politique
Révolution
Législature
Conseil des Cinq-Cents
Mandat
Du 15 octobre 1795 au 19 mai 1797
Département
Finistère
Groupe
Modérés

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Membre de la Convention, député au Conseil des Cinq-Cents, né à Serres (Ariège) le 14 juillet 1762, mort à Paris le 14 février 1845, s'appelait de son nom patronymique Lacanal. Il en modifia l'orthographe et signa Lakanal à partir de la Révolution, afin de se distinguer de ses trois frères qui étaient restés royalistes : Jean-Baptiste Lacanal, l'aîné, avocat et procureur du roi à Paris ; Jérôme Lacanal, professeur de physique expérimentale à Paris, et Jean Lacanal, chirurgien à Serres.

Placé chez les Doctrinaires par un de ses oncles, qui était prêtre et qui devint plus tard évêque constitutionnel de Ramiers, il s'y distingua comme latiniste. Ses études achevées, il fut admis dans la congrégation et professa pendant quatorze ans dans divers collèges appartenant à la Doctrine, de 1773 à 1792.

Il avait trente ans, et était vicaire de l'évêque constitutionnel de Pamiers, lorsque le département de l'Ariège l'envoya, le 5 septembre 1792, le 5e sur 6, par 164 voix (310 votants), siéger à la Convention. Lakanal arriva à la Convention avec des opinions républicaines très arrêtées ; mais il voulut rester neutre dans la lutte des partis rivaux, et se tenant à égale distance de la Gironde et de la Montagne, il alla siéger au centre, comme Daunou et Sieyès.

Dans le procès de Louis XVI, il s'exprima ainsi :
« Si le traître Bouillé, si le fourbe La Fayette et les intrigants ses complices votaient sur cette question (l'appel au peuple) ils diraient oui ; comme je n'ai rien de commun avec ces gens-là, je dis non. »
Au 3e appel nominal il répondit :
« Un vrai républicain parle peu. Les motifs de ma décision sont là (il montrait son cœur) ; je vote pour la mort. »

Peu après il fut envoyé en mission avec Mauduit dans les départements de Seine-et-Marne et de l'Oise, et, le 24 mars 1793, il vint rendre compte à la Convention des recherches faites au château de Chantilly, de la découverte de sommes d'or et d'argent, de diverses correspondances établissant les dépenses du livre rouge, « des plans secrets des campagnes de ce brigand illustre connu sous le nom de grand Condé », d'ouvrages manuscrits de Louis XV, et d'autres pièces ; il demanda que la Convention chargeât quelqu'un de ses membres d'aller prendre possession de ces richesses et de ces papiers.

Envoyé dans le département de la Dordogne comme commissaire, Lakanal y créa une manufacture d'armes, et y fit percer des routes révolutionnairement, c'est-à-dire en y faisant travailler les habitants ; il obligea les officiers municipaux à le renseigner sur les ménages, indiscrétions que le puritanisme de son collègue Romme dénonça comme dangereuses (2 fructidor).

Mais c'est le rôle joué par Lakanal au soin du comité d'instruction publique de la Convention qui constitue son titre principal devant l'histoire. Il semble toutefois que ce rôle ait été, récemment, quelque peu exagéré. Si Lakanal, à deux époques différentes, fut, selon l'expression de Grégoire, la « cheville ouvrière » du célèbre comité, il n'en fut jamais l'inspirateur. Il n'est pas exact non plus de le représenter comme ayant fait partie de ce comité à poste fixe, dès la première heure et sans interruption. En dépit de l'affirmation de Lakanal lui-même, dans son Exposé sommaire de ses travaux, écrit en 1838, à l'âge de soixante-dix-sept ans, les documents établissent que le comité d'instruction publique nommé le 13 octobre 1792, et composé de 24 membres, ne comptait pas encore Lakanal parmi ses membres. Neuf des élus refusèrent leur nomination, et furent remplacés quelques jours après par autant de membres nouveaux. Lakanal ne figurait pas davantage parmi ceux-ci. Les rapporteurs du comité, dans la première période, furent successivement M. J. Chénier, Lanthenas, Romme, Arbogast, Fouché.

Lakanal n'avait encore paru a la tribune que pour motiver son vote dans le procès du roi, et pour rendre compte de ses missions dans les départements, lorsque, devenu membre du comité au début de l'année 1793, il fit décréter (en mai) que la loi sur le cumul des traitements ne s'appliquait pas aux membres de l'Académie des sciences, et que ceux-ci pourraient toucher à la fois leur traitement comme professeurs ou fonctionnaires et leur indemnité comme académiciens. Une lettre de remerciements de Desfontaines, secrétaire de l'Académie des sciences, accusant réception du décret rendu sur le rapport de Lakanal, est datée du 17 mai 1793. Le 28 mai, il présenta un rapport sur les moyens d'agrandissement du Jardin des plantes et du cabinet d'histoire naturelle.

Le 4 juin, il fit (rendre, au nom du comité (dont un décret de la veille avait ordonné le renouvellement à la suite de la journée du 31 mai), un décret punissant de deux ans de fers quiconque dégraderait les monuments des arts dépendant des propriétés nationales. Le 13 juin, Lakanal lut un rapport sur le concours à ouvrir pour la composition des livres élémentaires ; le 19 juin, un autre sur les écoles militaires dont il demanda le maintien, « jusqu'à ce qu'elles soient utilement remplacées par l'éducation républicaine.»

Enfin le 26 juin, ce fut lui qui présenta, au nom du comité, le fameux Projet d'éducation nationale, dont le trait caractéristique était de ne mettre à la charge de la nation que l'instruction primaire, et d'abandonner à l'initiative privée ce qui concernait l'enseignement secondaire et supérieur. Le projet instituait en outre une commission centrale de l'instruction publique, dans laquelle les Jacobins virent « un nouveau sommet d'aristocratie, une nouvelle Sorbonne, qui dirigerait à son gré l'esprit public. » Tout un chapitre était consacré aux fêtes : il devait y avoir quinze fêtes annuelles de canton, dix fêtes annuelles de district, dix fêtes annuelles de département, et cinq fêtes nationales. En réalité, l'inspirateur principal du projet était Sieyès.

La Convention, dans la séance du 3 juillet, écarta le système des hommes du centre, et alla jusqu'à dessaisir le comité d'instruction publique de la question : elle décida « qu'il serait nommé six commissaires chargés de présenter, sous huit jours, un décret sur l'instruction publique. » Lakanal, bien qu'il eût été choisi pour l'un des membres de cette commission des six, fut blessé du décret de l'Assemblée comme d'une injure personnelle, et il en garda contre la Montagne un vif ressentiment. Sieyès et lui avaient été particulièrement affectés des railleries dirigées contre leur plan de fêtes publiques ; une de ces fêtes avait surtout égayé les plaisants, celle des « animaux compagnons de l'homme. » La commission des six, dont Robespierre faisait partie, décida de recommander à la Convention le projet Lepelletier, qui fut discuté pen dant un mois, amendé et finalement adopté en principe le 13 août. Le rôle de Lakanal, dans cette circonstance, fut purement passif : il ne parla ni pour ni contre le plan Lepelletier.

Cependant le comité d'instruction publique, déchargé du soin de présenter un projet d'ensemble sur l'éducation nationale, s'occupait d'autres questions, et Lakanal lui servait fréquemment de rapporteur. Il présenta successivement : un décret garantissant la propriété littéraire et artistique (19 juillet) ; un décret relatif à l'établissement du télégraphe aérien (25 juillet) ; un autre réorganisant l'Observatoire (31 août), etc.

La commission des six, après l'adoption du principe de l'éducation commune pour le premier degré d'instruction, s'occupa de l'organisation des autres degrés d'enseignement. Ici, ses membres se divisèrent en deux groupes opposés : Lakanal et deux de ses collègues voulaient l'organisation immédiate de trois degrés supérieurs d'instruction ; dans des conférences auxquelles prirent part plusieurs représentants de la science, ils élaborèrent un projet qu'ils firent soumettre à la Convention sous la forme d'une pétition populaire. Grâce à l'appui de Jean-Bon Saint-André, de Barère et de Prieur de la Marne, la Convention vota d'enthousiasme un décret disant que « indépendamment des écoles primaires, il serait établi dans la République trois degrés progressifs d'instruction : le premier pour les connaissances indispensables aux artistes et ouvriers de tous les genres; le second pour les connaissances ultérieures, nécessaires à ceux qui se destinent aux autres professions de la société ; et le troisième pour les objets d'instruction dont l'étude difficile n'est pas à la portée de tous les hommes. » C'était le retour au plan de Condorcet, abandonné en juin par Sieyès, Daunou et Lakanal lui-même, qui se ralliait maintenant à l'opinion opposée. Ce ne fut pas Lakanal, ce fut Romme qui servit d'organe à la commission pour faire voter les décrets des 30 vendémiaire, 5, 7 et 9 brumaire an II, auxquels la majorité, s'inspirant des préférences de Robespierre, substitua presque aussitôt le décret Bouquier (V. ce nom).

Lakanal avait quitté Paris dans le courant d'octobre 1793 pour se rendre en mission dans la Dordogne, le Lot, le Lot-et-Garonne et le Bec-d'Ambès (Gironde). Au cours de cette absence qui dura dix mois environ, il fit procéder à des levées extraordinaires de cavalerie, réussit dans la Dordogne à obtenir l'extinction de tous les procès, à faire exécuter une « corvée patriotique » pour la réparation générale des chemins, et à établir à Bergerac une manufacture d'armes dont la fabrication fut montée sur le pied de vingt mille fusils par an.

Revenu à Paris vers la fin de l'an II, c'est-à-dire après le 9 thermidor, Lakanal qui, dans l'exercice de sa mission, avait incliné vers le parti montagnard et jacobin, se déclara pour les vainqueurs.

Réélu membre du comité d'instruction publique, il en devint le président, contribua à l'abolition du système créé par le décret Bouquier, et s'occupa de l'élaboration d'un plan nouveau. Il fut chargé de présenter à la Convention les décrets relatifs à ces trois catégories d'établissements : écoles primaires, écoles centrales, écoles normales. Il déploya alors une grande activité, et lut, le 2 brumaire an III, le projet de décret concernant l'école normale de Paris et les écoles normales de département. Le 7 brumaire, ce fut le tour des écoles primaires. Le comité s'était borné à reprendre le projet du 26 juin 1793, sauf les dispositions relatives aux fêtes et à la commission centrale de l'instruction publique. Lakanal, en soumettant à la Convention cette nouvelle édition d'un plan dont l'échec lui avait été jadis si sensible, se laissa aller à des violences de langage de nature à plaire aux thermidoriens : il accusa notamment les partisans du plan Lepelletier d'avoir voulu « vandaliser la France pour l'asservir ». Le projet Lakanal, cette fois, fut adopté ; mais il ne reçut qu'un commencement d'exécution et fut remplacé, moins d'un an après, par le décret du 3 brumaire an IV. Enfin, le 26 frimaire, Lakanal présenta le rapport sur les écoles centrales. Puis il fut délégué par l'Assemblée, avec quatre collègues, pour parcourir les départements et assurer l'exécution de la loi : il présida ainsi à la fondation de 19 écoles centrales.

Revenu à Paris vers la fin de l'an III, il remonta à la tribune pour lire un rapport relatif aux honneurs publics à décerner à Jean-Jacques Rousseau. Continuant à subir sans résistance les influences du moment, Lakanal ne fit aucune opposition au décret du 3 brumaire an IV, dont l'esprit était nettement en désaccord avec celui de la législation antérieure.

Elu, le 23 vendémiaire an IV, député au Conseil des Cinq-Cents par trois départements, le Finistère, le Morbihan et le Nord, il présenta au pouvoir exécutif, une fois la création de l'Institut décrétée, la liste des 48 premiers membres de ce corps qui devaient élire les 96 autres. Dans une lettre du 24 pluviôse an IV, il promit à Bernardin de Saint-Pierre de lui faire obtenir de l'Institut une mission de voyageur. Les 48 membres présentés par lui furent agréés par le Directoire et, quelques jours après, le tiers électeur de l'Institut s'assembla pour élire les deux autres tiers. Lakanal, dont la candidature avait d'abord été écartée, bénéficiant du refus d'un des titulaires désignés, reçut un fauteuil dans la classe des sciences morales et politiques. Son passage aux Cinq-Cents, dont il fit partie jusqu'au 30 floréal an V, fut encore marqué par la présentation de divers rapports concernant l'instruction publique.

Après sa sortie du Conseil, il disparut un moment de la scène politique, et refusa en l'an VI la candidature dans Seine-et-Oise. Mais, dans l'été de 1799, voyant la patrie en danger, il se mit à la disposition du Directoire, et fut envoyé en qualité de commissaire général du gouvernement dans les quatre nouveaux départements de la rive gauche du Rhin, menacés par l'approche de l'ennemi. Il s'y occupa activement de l'approvisionnement des places fortes.

Rappelé après le 18 brumaire, il se rallia au pouvoir de Bonaparte, demanda et obtint la chaire de langues anciennes à l'école centrale de la rue Saint-Antoine, chaire devenue vacante par la mort de l'abbé Leblanc, devint (29 fructidor an XII) procureur-gérant (économe) du lycée Bonaparte, déposa, en cette qualité, le cautionnement de 9 000 francs exigé par la loi, et quitta l'Université en 1807 pour accepter une place d'inspecteur général des poids et mesures.

La Restauration lui enleva ses fonctions d'inspecteur et son titre de membre de l'Institut. Il résolut alors de s'expatrier et, après Waterloo, se rendit aux Etats-Unis. Il y vécut plusieurs années, le gouvernement de la Louisiane lui ayant offert la présidence de l'université de la Nouvelle-Orléans, et il pensait y terminer ses jours, lorsque la nouvelle de la révolution de 1830 lui inspira le désir de revoir la France. Il était encore à la Nouvelle-Orléans en 1833, car il écrivait de là à un ami : « Je n'ai jamais été malade depuis 45 ans ; Daubenton, mon ami, me disait que je ne mourrais qu'ossifié. C'est en France que j'irai attendre, sans la craindre ni la désirer, cette opération de la nature. »

Le 22 mars 1834, l'Académie des sciences morales le rappela au milieu d'elle, en remplacement de Garat qui venait de mourir.

Lakanal avait été marié une première fois avant son exil, puis il était devenu veuf. Il se remaria en 1838, à l'âge de 76 ans, avec une femme qui n'en avait que trente et dont il eut un fils l'année suivante. Peu après, il apprit que la personne à laquelle il avait laissé le soin de gérer ses intérêts en Amérique avait trahi sa confiance, et que son avoir était perdu.

Lakanal employa ses dernières années à divers travaux littéraires, fit paraître en 1838 un Exposé sommaire des travaux de Joseph Lakanal, ex-membre de la Convention nationale, etc., ouvrage qui n'est pas exempt de quelque ostentation, et mourut plein de vigueur, en 1845.

La veuve de Lakanal a survécu 36 ans à son mari. Une très modeste pension lui avait été accordée par l'Etat. M. Jules Ferry en porta (1880) le chiffre à 1 800 francs. Mme Lakanal est morte en 1881. Une statue a été élevée en 1882 à Joseph Lakanal, par la ville de Foix, et son nom a été donné au lycée fondé la même année à Bourg-la-Reine.

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