Pierre, François, Hercule de Serre

1776 - 1824

Informations générales
  • Né le 12 mars 1776 à Pagny (Moselle - France)
  • Décédé le 21 juillet 1824 à Castellamare (Italie)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Présidence(s)

Présidence de l'Assemblée nationale
du 13 novembre 1817 au 11 décembre 1818

Mandat(s)

Régime politique
Seconde Restauration - Chambre des députés des départements
Législature
Ire législature
Mandat
Du 22 août 1815 au 5 septembre 1816
Département
Haut-Rhin
Groupe
Minorité ministerielle
Régime politique
Seconde Restauration - Chambre des députés des départements
Législature
IIe législature
Mandat
Du 4 octobre 1816 au 26 mars 1817
Département
Haut-Rhin
Groupe
Majorité ministérielle
Régime politique
Seconde Restauration - Chambre des députés des départements
Législature
IIe législature
Mandat
Du 20 septembre 1817 au 1er mai 1822
Département
Haut-Rhin
Groupe
Majorité ministérielle

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Député de 1815 à 1822, et ministre, né à Pagny (Meurthe) le 12 mars 1776, mort à Castellamare (Italie) le 21 juillet 1824, « fils de messire François-Louis de Serre, ancien officier de cavalerie au service de la France, seigneur du fief Coureol, et de dame Barbe-Marguerite de Maudhuy, dame de Beauharnais », il appartenait à une famille originaire du Comtat Venaissin établie en Lorraine.

Il se destina d'abord à l'état militaire, et fut élève de l'Ecole d'artillerie de Châlons-sur-Marne. Ayant émigré, il servit dans l'armée de Condé et ne rentra en France qu'en 1802. Il étudia le droit et fut admis au barreau de Metz, où il se distingua. Lors de la réorganisation judiciaire de 1811, Napoléon le nomma avocat général à Metz (23 février), puis premier président de la cour impériale de Hambourg (14 juillet).

Partisan de la Restauration, il reçut des Bourbons le poste de premier président de la cour de Colmar (janvier 1815), accompagna Louis XVIII à Gand pendant les Cent-Jours, et fut réintégré dans ses fonctions par le gouvernement royal.

Elu, le 22 août 1815, député du Haut-Rhin au grand collège, par 63 voix (125 votants, 199 inscrits), M. de Serre siégea dans les rangs de la minorité ministérielle. Il proposa, sans succès, un amendement au projet de loi suspensif de la liberté individuelle, et adopta le principe des cours prévôtales, sauf à en restreindre le plus possible l'application. Comme une pétition demandait des poursuites contre Masséna, il prit la défense de ce général ; il combattit aussi les conclusions du rapport de M. de Kergorlay sur la restitution des biens non vendus au clergé. Les ultras l'interrompant violemment, il se tourna vers eux et s'écria : « Messieurs, je suis dans la question ; veuillez m'écouter; je réclame la liberté de la discussion, cette liberté qui a souvent été violée et détruite dans cette enceinte. » Le président le rappela à l'ordre. Très lié avec Royer-Collard, il partageait alors la plupart des opinions de cet homme d'Etat.

M. de Serre obtint sa réélection, le 4 octobre 1816, par 95 voix (144 votants, 191 inscrits) et, le 20 septembre 1817, par 304 voix (451 votants, 552 inscrits). Il appartint dès lors à la majorité, et fut, en janvier 1817, désigné comme président de la Chambre à la place de M. Pasquier : il occupa le fauteuil jusqu'à la fin de 1818 et fut remplacé par Ravez.

M. de Serre opina, dans la discussion de la loi électorale, pour l'électorat direct, mais il proposa l'établissement dans chaque département d'un collège des villes et d'un collège des campagnes ; il se montra opposé à la réélection des députés nommés à des fonctions amovibles, et approuva la suspension de la liberté individuelle.

Comme président de la Chambre, il proposa un règlement nouveau, contenant contre les interruptions les plus rigoureuses sévérités.

Le 30 décembre 1818, il accepta, dans le ministère Decazes, le portefeuille de la Justice. Après entente avec Royer-Collard et les principaux doctrinaires, il présenta trois lois nouvelles sur la presse, établissant l'affranchissement de toute censure préalable, la compétence du jury même pour les délits correctionnels, et l'admission de la preuve testimoniale contre les fonctionnaires. Ces dispositions lui valurent les attaques très vives des royalistes d'extrême droite, et il ne put les faire adopter par la Chambre.

D'autre part, un incident qui se produisit dans la séance du 21 juin 1819 aliéna au ministre l'opinion libérale, qui jusque-là lui avait été favorable. À l'occasion d'une pétition de M. de Cotton en faveur des bannis, il se sépara nettement de la gauche, demanda l'ordre du jour et prononça ces paroles : « On répète ce que j'ai allégué moi-même, que la Charte couvrait les votants ; les exilés temporaires peuvent encore espérer de revoir le sol de la patrie ; les régicides, jamais ! » L'effet de ce discours fut si profond que le ministère fit ajouter après le mot jamais au Moniteur : « Sauf la tolérance accordée par la clémence du roi à l'âge et aux infirmités. »

Resté d'accord avec M. Decazes, lorsque celui-ci voulut changer la loi électorale, M. de Serre ne suivit pas ses collègues dans leur retraite après la mort du duc de Berry : il conserva les sceaux dans le cabinet Richelieu, et, revenu à la fin d'avril 1820 de Nice, où l'état de sa santé l'avait obligé à se rendre, il engagea la lutte contre les adversaires du projet gouvernemental sur les élections : au premier rang de ces adversaires se trouvait le groupe doctrinaire et son chef Royer-Collard. M. de Serre n'hésita pas à éliminer du Conseil d'Etat son ancien ami, en même temps qu'il en écartait C. Jordan, de Barante et Guizot. Il recommanda aux magistrats la plus grande rigueur à l'égard des « révolutionnaires », et il en donna lui-même l'exemple lors des manifestations produites à Paris par la mort du jeune Lallemand, fusillé sur la place du Carrousel par un garde royal.

M. de Serre refusa d'ailleurs de faire partie du cabinet Villèle et eut pour successeur à la Justice M. de Peyronnet (13 décembre 1821). Il reprit alors sa place au centre droit, parla en faveur de la compétence du jury en matière de délits de presse, fut nommé peu après (9 janvier 1822) ambassadeur à Naples, et assista au congrès de Vérone. S'étant représenté sans succès aux élections législatives de 1824, il mourut la même année près de Naples, à Castellamare, des suites de la maladie de poitrine dont il était atteint.

M. de Serre a laissé la réputation d'un véritable orateur, malgré l'insuffisance de ses moyens physiques : « Ce pygmée, écrivait un biographe de 1820, se nomme Hercule. Hercule de Serre est né à Metz ou dans les environs, il y a cinquante ou cinquante-cinq ans. C'était bien la peine que son illustre parrain dérogeât aux coutumes de la paroisse et fit outrage à nos vieilles légendes, pour donner un pareil nom à son filleul ! Le nouvel Hercule, malgré son patron, a la modestie de ne point modeler sa conduite sur les douze travaux héroïques. Quand il laisse, par exemple, choir le ministère dont à peine il portait la sixième partie, Atlas aurait tort de compter sur son secours. Défendre les hommes oligarchiques qui encombrent les avenues de la cour, ce n'est pas nettoyer les étables du roi Augias. Le peuple n'aperçoit point dans la main de ce ministre la corne d'abondance, et ce ministre se garde de revêtir la peau du lion de Némée, car il sait qu'une peau de lion laisse toujours passer quelque chose. Enfin, il n'a pas voulu enchaîner Cerbère, puisque la part de censure qu'il exerce laisse aboyer tel journal, qui se rue jusque sur des mânes ; et si Hercule de Serre élève un jour ses colonnes, on n'y gravera point non ultra, mais ultra tout court. »

Date de mise à jour: juin 2015


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