Philippe, François, Joseph Lebas

1764 - 1794

Informations générales
  • Né le 4 novembre 1764 à Frévent (Pas-de-Calais - France)
  • Décédé le 29 juillet 1794 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Révolution
Législature
Convention nationale
Mandat
Du 6 septembre 1792 au 29 juillet 1794
Département
Pas-de-Calais
Groupe
Montagne

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

membre de la Convention, né à Frévent (Pas-de-Calais) en 1765, mort à Paris le 28 juillet 1794, était le fils d'un notaire. Ses études terminées à Paris, au collège de Montaigu, il se fit recevoir avocat au parlement (1789), et alla, l'année suivante, s'établir à Saint-Pol, dont il représenta les habitants à la fédération du 14 juillet 1790 : ce fut son début dans la carrière politique. Partisan enthousiaste de la Révolution, il fut nommé, dans le cours de l'année 1791, administrateur du district de Saint-Pol, puis, en décembre de la même année, à la suite d'un brillant succès obtenu par lui au barreau d'Arras dans une cause politique, fut appelé à faire partie de l'administration départementale. Le 6 septembre 1792, le département du Pas-de-Calais, par 615 voix sur 782 votants, l'envoya, le 4e sur 11, siéger à la Convention nationale. Condisciple et ami de Maximilien Robespierre, dont il partageait les idées, il se déclara dès le début son partisan et lui resta fidèle jusqu'à la dernière heure. Malgré le talent oratoire dont il avait donné des preuves comme avocat, Le Bas évita de paraître à la tribune et se montra peu ambitieux de briller dans les discussions. « Trop de grands talents, écrivait-il à son père à la date du 3 octobre 1792, se font distinguer à la Convention pour que j'émette une opinion que d'autres développent mieux que moi. L'essentiel est de bien faire, de bien écouter pour bien opiner et de ne parler que quand on a à dire une vérité qui, sans vous, échapperait aux autres. Ce n'est pas de notre gloriole personnelle qu'il s'agit aujourd'hui, mais du salut de la république, Voilà mes principes, et j'y tiens d'autant plus fortement qu'ils sont ceux de beaucoup de députés à la supériorité desquels je me plais à rendre hommage.» Assis à la Montagne, Le Bas se prononça dans le procès de Louis XVI, pour la mort, sans appel ni sursis, et développa ainsi ses motifs, sur la question de l'appel au peuple : « Je pense que le peuple ne peut jamais prononcer comme souverain sur un objet particulier, lorsque la loi a prononcé sur les crimes d'un coupable, je pense que renvoyer son jugement aux assemblées primaires, c'est supposer que le peuple puisse, comme magistrat, avoir une volonté différente de celle du souverain. Je ne lui fais pas cet outrage, je dis non. » Sur l'application de la peine : « Et moi aussi, je suis l'ami des lois. Quand elles prononcent la peine de mort contre un conspirateur, je ne sais pas, sous prétexte que ce conspirateur fut roi, parler de réclusion et de bannissement. On a parlé de politique, je n'en connais pas d'autre que la justice pour un peuple, fort et libre. On parle des puissances étrangères, nos armées sont là. On parle d'ambitieux, le peuple est là. Je vote pour la mort. » Bientôt après, Le Bas fut envoyé en mission aux armées du Nord, des Ardennes, de la Moselle et du Rhin. On lui avait donné pour collègue Duquesnoy (v. ce nom), dont il était le parent. Cette mission, à laquelle furent dus d'importants résultats, était un sacrifice que Le Bas faisait à ses devoirs. Robespierre, quelques mois auparavant, l'avait présenté à son hôte Duplay ; Le Bas avait vu et aimé la plus jeune de ses filles, et avait demandé sa main, qui lui avait été accordée. Le jour du mariage était fixé, quand sur un ordre de la convention, il dut se rendre aux armées. Il ne revint à Paris qu'à la fin d'août; il se maria alors, fut nommé, le 14 septembre 1793, membre du comité de sûreté générale, et repartit presque aussitôt pour l'armée du Rhin. Robespierre l'avait associé cette fois à Saint-Just. Les deux représentants, envoyés comme délégués extraordinaires, commencèrent (22 octobre 1793) par organiser une commission militaire composée, à leur demande, de « six hommes révolutionnaires et incorruptibles » qui furent désignés par le club des Jacobins de Strasbourg ; ils réclamèrent en même tempe une liste des suspects, qu'ils redemandèrent, le 30, en s'étonnant de ne pas l'avoir encore reçue. Le 22 octobre, ils érigèrent le tribunal militaire en commission révolutionnaire « pour juger, sans forme de procédure, les agents et partisans de l'ennemi ». Le 3 novembre, ils cassèrent les administrations, et firent exécuter quelques suspects : « Nos collègues Saint-Just et Le Bas, écrivaient Guyardin et Milhaud le 13 novembre, ont fait déporter dans l'intérieur tous les corps administratifs ; plusieurs officiers supérieurs et soldats ont été fusillés à la tête des camps, » pour avoir mal parlé de la République. Le 7 novembre, arrestation de la municipalité de Neuf-Brisach ; le 8, emprunts forcés de 9 millions sur une liste d'habitants dressée par les représentants ; le 16, réquisition de 10,000 paires de souliers : « Il faut, écrivaient-ils, que vous déchaussiez tous les aristocrates de Strasbourg »; le 18, réquisition de tous les manteaux des citoyens de Strasbourg. On trouva, après thermidor, ces souliers et ces manteaux dans les magasins. Parmi les arrêtés de décembre, on rencontre celui-ci : « Les représentants chargent la municipalité de Strasbourg de faire abattre dans la huitaine toutes les statues de pierre qui sont autour du temple de la Raison (la cathédrale) ». Tout cela ne se fit pas sans heurter les autres représentants en mission ordinaire en Alsace, et l'un deux, Lacoste, écrivait le 18 décembre : « Bien loin de venir se réunir avec leurs collègues, de leur donner un degré de force de plus, qu'ont fait Saint-Just et Le Bas? Ils se sont refusés à toutes les communications fraternelles, ils ont affiché des avis insultants pour leurs collègues, ils se sont qualifiés de députés extraordinaires, et se sont érigés en véritables censeurs. » De retour à Paris, au mois de janvier 1794, Le Bas et Saint-Just furent, le mois suivant, envoyés à l'armée de Sambre et Meuse, qui reprit alors l'offensive, remporta sur les Autrichiens d'importants avantages, leur enleva Charleroi, dont ils s'étaient emparés, et gagna la bataille de Fleurus. Le succès de cette expédition fit confier à Le Bas la surveillance de l'Ecole de Mars, établie dans la plaine des Sablons. Il reprit alors sa place à la Montagne. Le 9 thermidor an II, lorsque Robespierre eut été décrété d'accusation par l'Assemblée, avec Couthon et Saint-Just, ce fut en vain que des mains officieuses essayèrent de retenir Le Bas, s'élançant vers la tribune pour y annoncer sa résolution de partager le sort de ses amis il se débattit avec tant de violence que son habit était en pièces, lorsqu'il s'écria: « Je ne veux point partager l'opprobre de ce décret ! Je demande aussi à être arrêté! » Cette demande lui fut aussitôt accordée. Il était en ce moment cinq heures et demie. La séance de la Convention fut suspendue jusqu'à sept heures. Les gendarmes, requis par le président, mirent la main sur les représentants, et Le Bas fut conduit à la prison de la Force, tandis que Robespierre aîné était enfermé au Luxembourg, son frère à Saint-Lazare, Saint-Just aux Ecossais, et Couthon à la Bourbe. Cependant le triomphe des Thermidoriens était loin d'être complet. Délivrés par la Commune, Le Bas et ses amis furent tirés de leurs prisons respectives; ils se rendirent avec Henriot à l'Hôtel de Ville. Il s'agissait d'appeler aux armes les sections et de marcher sur la Convention. Mais pendant que Robespierre hésitait, les Thermidoriens, sous la conduite de Léonard Bourdon, envahissaient déjà la place de Grève. « Il ne reste donc plus qu'à mourir! » s'écria Le Bas, et, jetant un pistolet à Maximilien, il en saisit un autre, qu'il se déchargea sur le cœur. Robespierre ne réussit qu'à se fracasser la mâchoire. La main de Le Bas avait été plus sûre; il tomba mort. Ses ennemis ne ménagèrent pas sa famille. Sa jeune femme, son fils âgé alors de six semaines, qui devint le savant historien Philippe Le Bas (1794-1860), furent jetés en prison. Son vieux père, infirme, et que la mort de Le Bas avait privé de la raison, fut enfermé pendant trois mois dans la citadelle de Doullens.


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