Jean de Broglie

1921 - 1976

Informations générales
  • Né le 21 juin 1921 à Paris (Seine - France)
  • Décédé le 24 décembre 1976 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 30 novembre 1958 au 24 septembre 1964
Département
Eure
Groupe
Indépendants et paysans d'action sociale
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 18 novembre 1962 au 6 janvier 1963
Département
Eure
Groupe
Républicains indépendants
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 12 mars 1967 au 30 mai 1968
Département
Eure
Groupe
Républicains indépendants
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IVe législature
Mandat
Du 23 juin 1968 au 1er avril 1973
Département
Eure
Groupe
Républicains indépendants
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ve législature
Mandat
Du 11 mars 1973 au 2 avril 1978
Département
Eure
Groupe
Républicains indépendants

Biographies

Biographie de la Ve République

Broglie (Jean de)
Né le 21 juin 1921 à Paris
Décédé le 24 décembre 1976 à Paris

Député de l’Eure de 1958 à 1976

Secrétaire d'État au Sahara, aux départements d’outre-mer et aux territoires d’outre-mer du 24 août 1961 au 14 avril 1962

Secrétaire d'État chargé de la fonction publique du 15 avril au 28 novembre 1962

Secrétaire d'État aux affaires algériennes du 6 décembre 1962 au 8 janvier1966

Secrétaire d'État aux affaires étrangères du 9 janvier 1966 au 6 avril 1967

De façon un peu paradoxale, Jean Marie François Ferdinand de Broglie est plus connu par sa mort tragique, et par le scandale qu’elle a suscité, que par sa carrière de grand commis de l’Etat et de parlementaire, qui a pourtant été très active.

Issu d’une célèbre lignée aristocratique, qui a compté notamment un ministre de la guerre de Louis XVI, un chef du gouvernement sous la Troisième République et un prix Nobel de physique 1929, il est le fils du prince Amédée de Broglie et de la princesse Béatrix de Faucigny-Lucinge. Marié le 7 juin 1948 à Micheline Segard (1925-1997), père de trois enfants, apparenté à Anne-Aymone de Brantès, épouse de Valéry Giscard d’Estaing, il est devenu dès les années soixante un intime de ce dernier, qui l'appelle familièrement « cousin ».

Docteur en droit et diplômé de sciences politiques, il entre comme auditeur de seconde classe au Conseil d’Etat en 1946, passe à la première classe en 1948 puis devient maître des requêtes en 1954. Ce parcours de grand commis de l’Etat le mène au cabinet du gaulliste Edmond Barrachin, ministre d’Etat chargé de la réforme constitutionnelle, du 20 juin 1953 au 14 juin 1954.

Parallèlement, cet ancien membre des Forces françaises de l’intérieur (FFI), médaillé de la Résistance, croix de guerre et chevalier de la Légion d’honneur, s’est lancé dans la politique en devenant conseiller général du canton de Rugles (Eure) en 1951 puis maire de son village de Broglie en 1954. Tout naturellement, il se présente aux élections législatives de novembre 1958 dans la première circonscription électorale de l’Eure, qui comprend aussi bien les cantons ruraux de Breteuil ou Rugles que la ville d’Evreux, détenue par la gauche. Bien qu’ayant choisi l’étiquette des Indépendants et paysans d’action sociale (IPAS) plutôt que celle de l’Union pour la nouvelle République (UNR), il mène campagne sur « une politique nette et claire » de soutien au général de Gaulle, en rappelant une réunion commune à Pont-Audemer en 1952. Son objectif proclamé est de « débarrasser le département de l’influence ouverte ou cachée de M. Mendès France », député de l’Eure depuis 1932, candidat dans la circonscription voisine de Louviers, et qui incarne à ses yeux le système des partis.

Arrivé nettement en tête au premier tour avec 16 928 voix (sur 44 531 exprimés) contre 8 029 à Roland Plaisance, député communiste sortant et adjoint au maire d’Evreux, il bénéficie pour l’emporter au second tour, le 30 novembre 1958, du report des voix de Louis Maury, candidat Réforme républicaine et défense des intérêts locaux, et de l’UNR Jacques Gautier, ce qui lui donne un total de 26 197 voix (sur 42 075 exprimés) contre 12 129 à Plaisance, qui a fait le plein des votes de gauche.

Membre de la Commission des finances, de l’économie générale et du plan durant toute la législature, il rapporte à deux reprises sur le budget des relations culturelles, notamment en ce qui concerne les pays de l’ancien espace colonial (14 octobre 1959 et 4 novembre 1960). Il dépose par ailleurs deux propositions de loi sur l’instauration d’une taxe d’habitat rural (26 avril 1960) et sur la déclaration obligatoire de résidence (25 juillet 1960). Parmi les nombreux amendements divers qu’il propose, retenons celui qui vise à élargir la procédure des questions orales (20 janvier 1959), ceux qui visent à mieux organiser le marché agricole (17 mai 1960) ou encore celui qui propose de faire des parlementaires des membres de droit du conseil général de leur département d’élection (11 juillet 1961). En outre, il faut noter son intervention du 14 octobre 1959 regrettant l’imprécision de la politique algérienne du gouvernement et celle du 7 décembre 1960, répondant au Premier ministre, et qui souligne la nécessité de l’autodétermination. Il est d’ailleurs nommé secrétaire d’Etat au Sahara, aux départements d’outre-mer et aux territoires d’outre-mer lors du remaniement du cabinet Michel Debré, par décret du 24 août 1961. A ce titre, il est avec Louis Joxe, ministre des affaires algériennes, et Robert Buron, ministre des travaux publics et des transports, l’un des principaux négociateurs des accords d’Evian conclus le 18 mars 1962, par lesquels est prise la décision d’un cessez-le-feu et de l’organisation d’un référendum d’autodétermination. Au Palais-Bourbon, il défend le budget des D.O.M-T.O.M, notamment le projet d’un plan social par une loi de programme (25 octobre 1961), ainsi que le développement de l’économie saharienne (8 novembre 1961). Nommé Secrétaire d'État auprès du Premier ministre Georges Pompidou, chargé de la fonction publique (décret du 15 avril 1962), il fait une déclaration au nom du gouvernement sur le sort des ex-fonctionnaires d’Algérie et répond à plusieurs questions orales dans les derniers mois de la législature.

Candidat à la réélection en novembre 1962, sous l’étiquette des Républicains Indépendants, il rappelle son rôle dans la négociation des accords d’Evian et dénonce les ingérences de la mairie d’Evreux dans la campagne. En effet, le suppléant de son adversaire socialiste, Pierre Mendès France en personne, est le maire d’Evreux, le journaliste Armand Mandle, très influent dans le département. Cela n’empêche pas Jean de Broglie d’être réélu dès le premier tour avec 22 147 voix (sur 42 605 exprimés), devançant largement les 12 606 voix de Mendès France et les 7 851 du communiste Plaisance. La campagne a été très rude, tous les pronostics étant en faveur de l’ancien président du Conseil. Mais la ville d’Evreux, très largement favorable au référendum d’octobre, a voté massivement pour Jean de Broglie, qui s’est présenté comme le candidat du « oui ».

Nommé secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargé des affaires algériennes, du 6 décembre 1962 au 8 janvier 1966, puis secrétaire d'État aux affaires étrangères dans le troisième gouvernement Pompidou, du 8 janvier 1966 au 1er avril 1967, il n’exerce pas son mandat de député pendant la législature, laissant cette tâche à son suppléant Louis Van Haecke, qui l’avait déjà remplacé entre août 1961 et novembre 1962. Ses interventions à la tribune sont celles d’un membre du gouvernement, sur des sujets sensibles comme les harkis et les biens français en Algérie (21 janvier 1963), la défense des intérêts français en Algérie (28 octobre 1963), les relations économiques et commerciales entre les deux pays (7 novembre 1964), l’intégration des anciens hauts fonctionnaires d’Algérie (15 décembre 1964), les hydrocarbures algériens (14 octobre 1965) ou encore l’arrestation de citoyens français en Algérie (19 novembre 1965).

Il se représente aux élections de mars 1967, toujours sous l’étiquette des Républicains indépendants, dont il a créé la Fédération nationale en juin 1966 avec Giscard, et dont il est le secrétaire général chargé des affaires politiques. Son programme est essentiellement défensif, visant à sauvegarder la France pacifiée, stable et modernisée par le général de Gaulle contre les attaques de la gauche, « toute cassure » pouvant générer à ses yeux « une catastrophe. » Son principal adversaire, Georges Schiffmacher, candidat de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS), nettement moins prestigieux que Pierre Mendès France, est largement devancé au premier tour, avec 9 977 voix contre 25 436 à Jean de Broglie (sur 51 762 exprimés). Ce dernier l’emporte au second tour avec 27 529 suffrages (sur 49 975 exprimés) contre 22 446 à Schiffmacher, qui a fait le plein des voix de gauche.

Inscrit au groupe des Républicains indépendants (de décembre 1962 jusqu’à sa mort), il est élu représentant de la France au Parlement européen (24 mai 1967) et nommé à la commission des affaires étrangères. A ce titre, il présente l’avis de la commission sur le volet « coopération » de la loi de finances pour 1968 (13 octobre 1967). Par ailleurs, il prend part au grand débat sur la politique étrangère du gouvernement (15 juin 1967), appelant notamment à la pacification du Moyen-Orient et à la nécessité d’un pool européen de la technologie. Il intervient par ailleurs lors du grand débat sur la motion de censure déposée par la gauche lors de la crise de Mai 68, affirmant son soutien au général de Gaulle mais réclamant un renforcement du dialogue parlementaire, une plus grande participation des étudiants à la gestion des universités et le remplacement du ministère de l’éducation nationale par un ministère des jeunes (21 mai 1968).

Sa campagne pour la réélection en juin 1968 est donc menée sous le double signe de la défense républicaine, contre le danger de voir « les communistes au pouvoir », mais aussi de l’exigence de rénovation et de changement, illustrée par le droit de vote à dix-huit ans. Profitant de la vague gaulliste, il l’emporte dès le premier tour avec 26 553 voix (sur 52 010 exprimés), loin devant les 8 971 suffrages du communiste Plaisance et les 7 680 du candidat FGDS Schiffmacher.

Réélu représentant de la France au Parlement européen (16 octobre 1968 et 14 octobre 1970), puis à l’Assemblée parlementaire des communautés européennes (5 octobre 1972), il siège à la Commission des affaires étrangères, dont il devient même vice-président (3 avril 1969) puis, succédant à Jacques Vendroux, président du 16 septembre 1969 jusqu’à la fin de la législature. Il dépose neuf propositions de loi, visant notamment à garantir un premier emploi aux jeunes (19 juillet 1968), à réglementer la création des supermarchés (3 avril 1969) ou à protéger l’enfance en danger (6 décembre 1972). Il intervient à de nombreuses reprises, notamment sur les questions de politique étrangère et de coopération, par exemple sur l’occupation soviétique en Tchécoslovaquie (2 octobre 1968), sur la coopération avec l’Afrique noire (29 octobre 1968), sur la situation en Grèce et au Proche-Orient (28 avril 1970), sur les rapports de la France avec les pays d’Europe de l’Est (3 novembre 1971), sur le conflit vietnamien (9 juin 1972), et plusieurs fois en faveur d’une Europe politique et de l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun (4 novembre 1969, 23 juin 1970, 9 juin 1971). Européen, atlantiste mais pragmatique, il apparaît comme l’un des grands experts de l’Assemblée en matière de politique internationale. Par ailleurs, il participe aux débats concernant les grands enjeux de l’époque, notamment la loi d’orientation de l’enseignement supérieur (3 octobre 1968), l’amnistie (26 juin 1969), les regroupements de communes (2 juin 1971) et la régionalisation (11 décembre 1968 et 25 octobre 1972).

Dans le contexte difficile des élections de mars 1973, marquées par la montée en puissance de l’opposition, il fait campagne d’abord et avant tout contre le Programme commun de la gauche, qui est à ses yeux « l’antichambre de la faillite et la préparation de la dictature. » Il s’agit pour lui de protéger les libertés, l’expansion et le progrès, tout en développant la décentralisation, la solidarité et les équipements sociaux. Arrivé en tête au premier tour, avec 23 566 voix, soit 40,5% des 58 183 exprimés, contre 12 592, soit 21,6% au communiste Plaisance et 10 931, soit 18,8% au socialiste Schiffmacher, il bénéficie au second tour du report des voix de Michel Desnos, candidat du Mouvement réformateur, pour l’emporter avec 31 818 voix, soit 56,6% des 56 257 exprimés, contre 24 439, soit 43,4% à Schiffmacher.

Réélu représentant à l’Assemblée parlementaire des communautés européennes (13 juin 1973), membre de la Commission des finances à partir du 5 avril 1973, il revient à celle des affaires étrangères le 27 juin 1974, après l’élection de son « cousin » Giscard d’Estaing. Il prend la parole au nom du groupe des Républicains indépendants pour soutenir la déclaration de politique générale du gouvernement Chirac, insistant notamment sur la nécessité d’accélérer la construction européenne (6 juin 1974). Il dépose diverses propositions de loi, dont l’une visant à tripler l’allocation familiale pour le troisième enfant (3 décembre 1975), ainsi que plusieurs amendements, dont l’un visant à prolonger le mandat présidentiel (16 octobre 1973). Il intervient comme rapporteur de la Commission des finances pour demander un redéploiement des crédits de la culture vers l’environnement et l’urbanisme (9 novembre 1973), réclame la modernisation des Archives nationales (30 octobre 1974), s’engage en faveur de l’énergie nucléaire (14 mai 1975), plaide pour la réhabilitation de l’enseignement technologique (18 juin 1975), déplore le manque de fermeté de l’action extérieure du gouvernement ainsi que la politique de « bipolarisation planétaire » menée par les Etats-Unis (6 mai 1976) et réclame, lors de son dernier grand discours, une politique sociale d’accompagnement du plan de redressement économique présenté par le Premier ministre Raymond Barre (6 octobre 1976).

Son assassinat, au matin du 24 décembre 1976, va éclipser cette carrière parlementaire très éclectique. Le grand public apprend à cette occasion que cet éclectisme a aussi marqué la vie privée de Jean de Broglie. Dans son éloge funèbre, prononcé le 12 avril 1977, Christian Poncelet, secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre chargé des relations avec le Parlement, rappelle qu’il s’était passionné pour la conception de spectacles de « son et lumière », aux chasses royales de Senlis, à Château-Gaillard ou dans l’île grecque de Corfou. Mais une autre passion, plus dangereuse, semble l’avoir habité : celle des affaires. Dans les années soixante, il a créé et animé une série de sociétés plus ou moins florissantes, telles la Sofradec, qui se proposait de rechercher des « marchés d’expansion économique dans le monde », la Sodotex, filiale de la firme espagnole Matesa, impliquée dans un grand scandale de détournement de subventions publiques au profit de l'Opus Dei, ou le Brincom, géré en compagnie d'Akli Rahal, ancien chef des services spéciaux algériens. Président des groupes d’amitié France-Egypte et France-URSS, membre du groupe Europe-Pays arabes et de la Commission nationale de l’Union latine, il semble avoir entremêlé réseaux politiques et affairisme. En octobre 1975, il s’est associé avec Pierre de Varga, homme d'affaires condamné pour escroqueries à plusieurs reprises, et Patrick Allenet de Ribemont, ancien militaire reconverti dans le conseil financier international. Ils ont repris ensemble la Rôtisserie de la Reine Pédauque, un restaurant parisien huppé dans lequel Jean de Broglie aurait investi quatre millions de francs.

Le 29 décembre, soit cinq jours après le meurtre du prince, le ministre de l’Intérieur Michel Poniatowski organise une conférence de presse pour annoncer que Varga et Ribemont ont commandité le meurtre de leur associé, abattu par Gérard Frèche, un petit malfrat sans envergure. Mais cette thèse est très vite remise en cause, notamment par la veuve de Jean de Broglie et par une grande partie de la presse. Michel Poniatowski est accusé de couvrir une affaire d’Etat, liée aux relations internationales de Jean de Broglie, notamment avec l’Opus Dei et le Proche-Orient. On apprend par ailleurs qu’il avait quitté le bureau politique des Républicains indépendants en 1973, un an avant l'élection présidentielle. Le 5 avril 1974, alors qu'il s'apprêtait à être élu président de la Commission des finances de l'Assemblée, Valéry Giscard d’Estaing l’en aurait dissuadé, compte tenu du risque de scandale lié à ses activités financières et à son dossier fiscal. L’absence de toute personnalité giscardienne à ses obsèques, le 28 décembre 1976, semble indiquer que le prince de Broglie était devenu encombrant pour sa propre famille politique. Pierre de Varga, condamné en 1981 par la Cour d'assises à dix années de réclusion pour « complicité d'assassinat », a toujours nié avoir commandité le meurtre.



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