Ange, Marie d'Eymar du Bignosc

1747 - 1803

Informations générales
  • Né le 8 septembre 1747 à Forcalquier (Basses-Alpes - France)
  • Décédé le 2 janvier 1803 à Genève (Suisse)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Révolution
Législature
Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 15 avril 1789 au 30 septembre 1791
Baillage
Forcalquier, Sisteron et Digne (Type : Sénéchaussées)
Groupe
Noblesse

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Député en 1789, né à Forcalquier (Basses-Alpes) le 8 septembre 1747, mort a Genève (Suisse) le 11 juin 1803, il se fit connaître comme un admirateur passionné de Jean-Jacques Rousseau, dans l'intimité duquel il avait vécu pendant sa jeunesse.

Elu, le 15 avril 1789, député de la noblesse aux Etats-Généraux par la sénéchaussée de Forcalquier, il rendit un premier et caractéristique hommage à l'influence de son maître en apportant au sein de son ordre les sentiments les plus conciliants. Il fut un des premiers qui décidèrent de se réunir au tiers, et il prononça, le 3 juin 1789, dans la Chambre de la noblesse, un discours remarquable « par le sentiment de la liberté, le ton de sensibilité, d'élévation et de raison, par l'élégance et la pureté du style ». Sous le titre : Quelques réflexions sur la nouvelle division du royaume, il publia, en mars 1790, une brochure destinée à répondre aux objections qui pourraient s'élever contre le nouveau plan de division territoriale ; il y disait : « C'est une grande et belle idée que celle qu'a conçue le premier un des plus profonds penseurs du siècle; je veux parler de la nouvelle division du royaume, proposée à l'Assemblée nationale dès le mois de juillet dernier par M. l'abbé Sieyés, et qu'avant cette époque il avait établie dans ses Vues sur les moyens d'exécution, etc., et dans les Instructions de M. le duc d'Orléans. Cette idée simple en apparence, et tel est le caractère des conceptions les plus étonnantes du génie, cette idée, dis-je, qui semble avoir dû se présenter si naturellement, n'a pu être le résultat que d'une combinaison qui embrasse le système entier de l'organisation politique. »

Lorsque fut voté le décret fixant le « traitement des religieuses », d'Eymar exposa la situation spéciale des dames religieuses anglaises établies à Paris depuis le règne de Louis XIII, sans avoir jamais rien coûté à l'Etat, ni s'être écartées des conditions fixées pour leur établissement; il demanda et obtint le renvoi de la détermination à prendre sur leur couvent aux comités ecclésiastique et diplomatique réunis.

Dans les premiers jours de décembre 1790, il adressa aux membres de l'Assemblée une motion imprimée proposant de rendre à Jean-Jacques les honneurs dus aux grands hommes, et d'assurer à sa veuve le bénéfice d'une pension nationale. La plus grande partie de la séance du 21 décembre 1790 fut consacrée à cette discussion : Barrère parla le premier, en termes qui soulevèrent les transports enthousiastes de l'Assemblée, des honneurs à rendre à Jean-Jacques, puis il proposa de faire une pension de 600 livres à sa veuve. Un grand nombre de députés s'écrièrent : « Ce n'est pas assez! » D'Eymar prit ensuite la parole et déposa le projet de décret suivant : « L'Assemblée nationale, voulant rendre un hommage solennel à la mémoire de Jean-Jacques Rousseau, et lui donner, dans la personne de sa veuve, un témoignage de la reconnaissance que lui doit la nation française, a décrété et décréte ce qui suit : - Art. 1 : Il sera élevé à l'auteur d'Emile et du Contrat social une statue portant cette inscription : La nation française libre à Jean-Jacques Rousseau. Sur le piédestal sera gravée la devise : Vitam impendere vero. - Art. 2 : Marie-Thérèse Levasseur, veuve de Jean-Jacques Rousseau, sera nourrie aux dépens de l'Etat. A cet effet, il lui sera payé annuellement, des fonds du Trésor public, une somme de 1,200 livres. » La salle retentit d'applaudissements unanimes et réitérés. Le projet de décret fut sur-le-champ mis aux voix et adopté à l'unanimité.

Le 2 février 1791, d'Eymar protesta avec indignation contre l'inscription de son nom sur une liste imprimée des membres du club dit monarchique. Le samedi, 27 août 1791, deux députations, composées l'une de gens de lettres et de citoyens de Paris, l'autre d'habitants de Montmorency, se présentèrent à la barre de l'Assemblée, pour réclamer l'exécution du décret du 21 décembre 1790. La députation de Paris demanda si les honneurs rendus à Jean-Jacques Rousseau seraient moindres que ceux qu'avaient obtenus « MM. Mirabeau et Voltaire », et fit remarquer que Jean-Jacques était « le premier fondateur de la Constitution française ». Le président, M. Victor de Broglie, invita les membres des deux députations aux honneurs de la séance, et déclara que l'Assemblée prendrait leur demande en considération ; « L'Assemblée nationale, dit-il, a voulu désormais que les talents, les vertus, le génie fussent les seules marques de distinction entre les citoyens de l'empire. C'était mettre au premier rang celui qui les rassembla toutes, c'était mettre Jean-Jacques à une place où il ne peut avoir de supérieur... » D'Eymar monta ensuite à la tribune, et fit l'historique des difficultés qu'avait rencontrées la mise au concours de la statue de Rousseau. Après avoir insisté sur les titres du philosophe et de l'écrivain aux honneurs du Panthéon, il proposa le projet de décret suivant: « L'Assemblée nationale décrète que Jean-Jacques Rousseau est digne de recevoir les honneurs décernés aux grands hommes, et qu'en conséquence ses cendres seront transférées au Panthéon français. Elle charge le directoire du département de Paris de l'exécution de cette partie du présent décret, ordonne, en outre, que le ministre de l'Intérieur fera mettre incessamment à exécution le décret qu'elle rendit le 21 décembre 1790, portant qu'il sera élevé à l'auteur d'Emile et du Contrat social une statue avec cette inscription : La nation française libre à Jean-Jacques Rousseau. » L'Assemblée salua des plus vifs applaudissements le discours et la motion d'Eymar. Aucune objection de principe ne s'éleva à l'encontre: quelques membres formulèrent seulement la préoccupation que leur inspirait ce qu'ils considéraient comme les droits de la famille de Girardin (qui avait, jusqu'au dernier jour, donné une retraite à la vieillesse de Jean-Jacques Rousseau) sur les cendres de ce grand homme. L'Assemblée chargea, sur la proposition de Mathieu de Montmorency, une commission spéciale de lui présenter un rapport conciliant les droits supérieurs de la patrie avec toutes les convenances.

D'Eymar vécut à l'écart pendant la Terreur. Le gouvernement du Directoire le nomma ambassadeur de la République à Turin. Il rendit dans ce poste de grands services, découvrit l'existence d'un traité secret que le roi de Sardaigne avait passé avec les puissances ennemies de la France, et en arracha l'aveu aux ministres du monarque, qui dut quitter le Piémont et se retirer en Sardaigne.

Le 11 ventôse de l'an VIII, d'Eymar fut appelé à la préfecture du département du Léman, qu'il conserva jusqu'à sa mort, survenue trois ans après. D'Eymar était associé honoraire de l'Athénée de Lyon, il était aussi membre de la Société des Arts et des Sciences de Grenoble. Il a laissé un certain nombre d'ouvrages et de publications ; nous citerons notamment : les Amusements de ma solitude, mélanges de poésies (Paris, 1802), 2 vol. in-12; Anecdotes sur Viotti, in-12; Notice historique sur la vie et les écrits de Dolomieu, le célèbre naturaliste dont d'Eymar fut l'ami et qu'il accompagna souvent dans ses excursions; Opinion et motion sur les quatre premiers articles du projet de décret relatif à la vente des biens ecclésiastiques (1790), in-8; Opinion sur la question de la suppression des ordres religieux. On lui doit aussi une traduction de El Delinquente honorado.


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