Antoine, Claire Thibaudeau

1763 - 1854

Informations générales
  • Né le 23 mars 1763 à Poitiers (Vienne - France)
  • Décédé le 1er mars 1854 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Présidence(s)

Présidence de l'Assemblée nationale
du 6 mars 1795 au 24 mars 1795
Présidence de l'Assemblée nationale
du 20 février 1796 au 20 mars 1796

Mandat(s)

Régime politique
Révolution
Législature
Convention nationale
Mandat
Du 3 septembre 1792 au 26 octobre 1795
Département
Vienne
Groupe
Gauche
Régime politique
Révolution
Législature
Conseil des Cinq-Cents
Mandat
Du 13 octobre 1795 au 26 décembre 1799
Département
Vienne

Mandats au Sénat ou à la Chambre des pairs

Sénateur
du 1er janvier 1852 au 1er janvier 1854

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

membre de la Convention, député au Conseil des Cinq-Cents, pair aux Cent-Jours, sénateur du second Empire, né à Poitiers (Vienne) le 23 mars 1765, mort à Paris le 8 mars 1854, fils dit précédent et de Jeanne-Thérèse Voyer, fut élevé par des prêtres, et fut reçu avocat au présidial de Poitiers on 1787. Ambitieux de fortune et d'honneurs, il a écrit dans ses Mémoires : « En voyant ces vastes demeures, les donjons, les parcs, les champs, les prés, les forêts, j'éprouvais un vague sentiment d'envie. » Il ne pouvait donc qu'être favorable aux réformes politiques qui semblaient devoir réaliser et qui réalisèrent en effet ses vœux, et se mêla au mouvement qui précéda les élections aux Etats-Généraux. Le 12 janvier 1789, il écrivait à Bouron, avocat du roi à Fontenay-le-Comte : « On se prépare aux élections pour les Etats-Généraux; les magistrats du présidial de Poitiers se donnent beaucoup de mal pour arriver; mais comme la plupart de ces robins, qui se croient être nobles, sans l'être, n'ont aucune chance de faire partie des députés de la noblesse, ils se prétendent maintenant du tiers, afin de se rendre populaires. Ce n'est pas que la tâche des Etats-Généraux ne doive être très lourde; qui se sent capable de faiblir fera sagement de garder le coin du feu. » Son père ayant été élu député du Poitou aux Etats-Généraux, il l'accompagna à Versailles, assista assidûment aux séances de l'Assemblée, et, après les journées des 5 et 6 octobre, voyant la révolution lancée, revint à Poitiers, établit une société patriotique dont il fut l'orateur ordinaire, retourna à Paris assister, comme délégué de la garde nationale de Poitiers, à la fédération du 14 juillet 1790, et fut nommé, au retour, substitut du procureur de la commune de Poitiers. Procureur-syndic de la commune l'année suivante (1791), il fut élu, le 5 septembre 1792, député de la Vienne à la Convention, le 7e sur 8, par 201 voix sur 362 votants. Il s'assit à la Montagne, mais refusa d'entrer aux Jacobins, vota avec la majorité sans monter à la tribune, et, dans le procès du roi, se prononça pour la mort, contre 1 appel et contre le sursis. Envoyé, avec son collègue Creuzé, en mission à l'armée des côtes de la Rochelle (10 mai 1793), il était à Poitiers lors de la journée du 31 mai contre les Girondins; il parvint à empêcher son département d'adhérer au mouvement fédéraliste. Sous la Terreur, il s'occupa, dans les comités, de questions d'instruction publique, fit rejeter le projet de Lepelletier de Saint-Fargeau, rédigea une instruction pour les écoles de vaisseau, et un Recueil des actions héroïques et critiques des républicains français, destiné à être lu en public les décadis. Après le 9 thermidor, qui le vit dans les rangs de la majorité, il se mit un peu plus en vue, publia l'Histoire du terrorisme dans la Vienne, et, toujours membre du comité d'instruction publique, coopéra à la création du musée des arts au Louvre, à l'organisation du Muséum d'histoire naturelle, attaqua la loi des suspects et la loi du maximum, et fit comprendre Thomas Paine dans le décret qui rappelait les 73 députés girondins proscrits au 2 juin. Secrétaire de la Convention (nivôse an II), président (16 ventôse an III), il demanda que la Convention prît en main tous les pouvoirs de décision, montra de la fermeté, au fauteuil, dans les journées de germinal et de prairial, et devint membre des comités de sûreté générale et de salut public. Au 13 vendémiaire, il s'éleva contre les sections, et contre les thermidoriens qui voulaient ajourner la Constitution : « Je serai, dit-il en répondant à Tallien, la barre de fer contre laquelle viendront se briser les complots des factieux. » Elu, le 21 vendémiaire an I V, député au Conseil des Cinq-Cents par trente-deux départements (Cantal, Charente, Charente-Inférieure, Cher, Côte-d'Or, Dordogne, Eure-et-Loir, Finistère, Gard, Gironde, Indre, Jura, Loire, Loire-Inférieure, Lot, Lot-et-Garonne, Maine-et-Loire, Manche, Meurthe, Meuse, Mont-Blanc, Nord, Oise, Pas-de-Calais, Bas-Rhin, Haute-Saône, Saône-et-Loire, Seine, Seine-Inférieure, Deux-Sèvres, Vendée, Vienne), il opta pour ce dernier département qui lui avait donné « la pluralité des voix » sur 233 votants, et fut nommé secrétaire du premier bureau. Partisan de la Constitution, il s'opposa à la création d'un ministère de la police demandé par le Directoire, combattit, comme illusoire, le serment de haine à la royauté, protesta contre la loi qui excluait des fonctions publiques les parents d'émigrés, devint président du Conseil (2 ventôse an IV), dénonça les projets de Babeuf, parla contre les agioteurs, et fit partie des inspecteurs de la salle. Au 18 fructidor, il resta neutre malgré les avances que lui firent les auteurs du coup d'Etat, « parce qu'on lui fit entendre que ce qu'il avait de mieux à faire pour sa propre sûreté, c'était de garder le silence. » Il n'en fut pas moins inscrit sur la liste des déportations, et rayé à la demande de Boulay de la Meurthe. Non réélu député en l'an VI, et d'ailleurs sans fortune, il s'établit avocat à Paris. Au 18 brumaire, il prit résolument parti pour le vainqueur, et fut nommé préfet de la Gironde le 11 ventôse an VIII. Le 5e jour complémentaire de l'an VIII, il entra au conseil d'Etat (section de législation), travailla à l'élaboration des codes, remplit une mission dans la 6e division militaire (8 prairial an IX), fut chargé, à l'ouverture de la session de l'an X, de présenter au Corps législatif l'exposé de la situation de la République, et reçut, peu après, une gratification de 15,000 francs « pour les services rendus à l'Etat dans le courant de l'an X ». Il désapprouva discrètement l'institution de la Légion d'honneur, le Concordat, le Consulat à vie, affecta, à la nouvelle cour, une certaine raideur républicaine, et fut envoyé, en demi-disgrâce, à la préfecture des Bouches-du-Rhône (3 floréal an XI). Commandeur de la Légion d'honneur (20 prairial an XII), il « se résigna » à l'Empire : le 4 décembre 1805, il écrivait a son ancien collègue à la Convention, Goupilleau de Montaigu, qu'il ferait bien de ne pas écrire à d'autres des lettres comme celle qu'il vient de lui adresser, qui n'arriverait qu'à le compromettre, à mettre ses amis dans l'embarras et à s'attirer des tracasseries inutiles : « Le sage, ajoute-t-il, gagne le bord et se tient en repos, lorsqu'il ne lui convient pas de suivre le courant du fleuve. Je ne sais ce qui est réservé à la France en fait de libertés intérieures; mais elle ne peut qu'y gagner de confier à une main ferme le soin de la délivrer des factions qui ont failli la perdre. C'est ce qui me fait remettre à d'autres temps la réalisation des principes pour lesquels nous avons combattu ensemble.» Goupilleau écrivit au des de la lettre : « Voilà bien ces hommes qui me trouvaient tiède en l'an II! » Créé chevalier de l'empire le 20 août 1809 puis comte le 31 décembre suivant, Thibaudeau était devenu un des plus vigilants défenseurs des institutions impériales. M. de Barante raconte dans ses Mémoires que, lors du mariage de Napoléon (1810) avec la nièce de Marie-Antoinette, « Thibaudeau vint voir Fouché, alors ministre de la police, et lui exprima ses vives inquiétudes: comment se présenter devant elle, comment aller à la cour ? - « Eh bien, oui, lui répondit Fouché, tu as voté la mort du roi, et moi aussi. Ce n'était pas ta faute ni la mienne, on est entraîné par le courant. A présent tu ne veux pas de révolutions, et tu souhaites que les choses restent comme elles sont. Qu'est-ce qui peut mieux assurer leur durée que ce mariage de l'empereur? Elle, nièce de Marie-Antoinette? Qu'importe! Elle sera peut-être aimable et charmante comme était sa tante. Oui, Marie-Antoinette était tout cela; on l'a calomniée, on a beaucoup crié contre elle, et nous tous les premiers. C'est tout simple. Nous étions au parterre, debout, mécontents, tapageurs. A présent nous voilà bien assis, aux premières loges, et nous applaudissons. » Thibaudeau retourna à sa préfecture de Marseille, rassuré peut-être, mais quelque peu découragé; aussi une note de son dossier administratif, datée de 1813, dit : « A eu plusieurs fois une ambition, qui n'avait rien que de louable, trompée. Ne se trouve pas au degré de faveur ou d'élévation qu'il espérait. Est moins propre qu'un autre à donner de l'élan ou même à soutenir l'esprit public dans une ville comme Marseille. » Démissionnaire à la rentrée des Bourbons (1814), Thibaudeau voulait aller habiter Bruxelles: ses amis le retinrent. Aux Cent-Jours, il acclama l'empereur, se montra partisan de la dictature impériale, fut nommé commissaire dans la 6e division militaire, et chargé de lever les gardes nationales de la Bourgogne et d'épurer l'administration. Promu pair par Napoléon (2 juin 1815), il fit, à la Chambre haute, une sortie violente contre les Bourbons (28 juin), quitta Paris la veille de la rentrée de Louis XVIII, et se rendit avec son fils à Lausanne. Arrêté par l'ordre de l'archiduc Jean d'Autriche, il fut conduit à Bâle, puis à Fribourg, et, après un mois de détention, interné à Colmar, alors occupé par les Autrichiens, comme prisonnier sur parole. Frappé d'exil, dans l'intervalle, par l'ordonnance du 24 juillet 1815, il obtint un passeport autrichien pour Prague, où il se mit à étudier l'allemand, et refusa les bons offices de ses amis qui voulaient solliciter pour lui l'autorisation de rentrer en France (1818). Le gouvernement autrichien lui permit le séjour de Vienne (1819), et, en 1823, il fut autorisé à résider à Bruxelles. Là, il essaya de se créer des ressources par des travaux littéraires; mais sa publication des Mémoires sur la Convention et le Directoire déplut à Paris, et le gouvernement des Pays-Bas lui notifia l'ordre de quitter le royaume dans les quarante-huit heures, ordre dont il put obtenir la révocation. Il travailla alors à son Histoire de Napoléon, en publia cinq volumes en 1827 et 1828, mais l'éditeur, Cotta, d'Augsbourg, refusa d'aller plus loin. Cette décision l'avait mis dans la gêne, quand la révolution de 1830 lui permit de rentrer en France. Il fit liquider sa retraite, comme conseiller d'Etat, le 13 avril 1831, à 6,000 francs, prononça à l'enterrement de son ancien collègue Grégoire (mai 1831) un discours assez violent, dans lequel « il jura de consacrer sa vie au culte de la liberté et de la patrie », et fut des premiers inscrits, le 2 janvier 1852, sur la liste des membres du nouveau Sénat impérial. Dans l'intervalle, il avait poursuivi ses travaux, publié un roman historique, La Bohême (1843), et préparé une Histoire abrégée de la Révolution. Au titre et aux appointements de sénateur, Napoléon III ajouta la plaque de grand officier de la Légion d'honneur. Atteint de la goutte, Thibaudeau mourut deux ans plus tard, à près de quatre-vingt-dix ans.


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