Antoine Boulay de la Meurthe

1761 - 1840

Informations générales
  • Né le 19 février 1761 à Chaumousey (Vosges - France)
  • Décédé le 4 février 1840 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Présidence(s)

Présidence de l'Assemblée nationale
du 21 décembre 1797 au 19 janvier 1798
Présidence de l'Assemblée nationale
du 18 août 1799 au 22 septembre 1799
Présidence de l'Assemblée nationale
du 22 novembre 1799 au 21 décembre 1799

Mandat(s)

Régime politique
Révolution
Législature
Conseil des Cinq-Cents
Mandat
Du 1er juillet 1797 au 26 décembre 1799
Département
Meurthe
Groupe
Droite
Régime politique
Cent-Jours
Législature
Chambre des représentants
Mandat
Du 10 mai 1815 au 13 juillet 1815
Département
Meurthe
Groupe
Bonapartiste

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Député au Conseil des Cinq-Cents, et représentant à la Chambre des Cent-Jours, né à Chaumouzey (Vosges), le 19 février 1761, mort à Paris, le 2 février 1840, il était fils d'un cultivateur aisé, fut élevé par son oncle, simple curé de campagne aux environs de Nancy, et placé par lui au collège épiscopal de Toul, où le fils de l'instituteur de Saffrais, petit village de Lorraine, François de Neufchâteau, plus tard son collègue et son ami, était déjà professeur de poésie française.

Après de fortes études, il fut reçu avocat et se fit inscrire au barreau de Nancy puis à celui de Paris, lorsque la Révolution éclata. En 1792, enrôlé volontaire au bataillon de la Meurthe, avec Lobau et Drouot, il prit part à la bataille de Valmy. Dévoué aux principes de 1789, au bout de quelque temps il se sépara néanmoins des révolutionnaires avancés et devint un des chefs du parti modéré. Elu juge au tribunal civil de Nancy, destitué en 1793 par un représentant du peuple en mission, frappé ensuite d'un mandat d'arrêt, et obligé de chercher un asile dans les bois, il ne put reparaître qu'après le 9 thermidor.

Depuis cette époque, il remplit successivement les fonctions de président et d'accusateur public au tribunal de Nancy, et fut élu, le 23 vendémiaire an V, député de la Meurthe au Conseil des Cinq-Cents, Boulay fit d'abord, dans cette assemblée, une opposition assez énergique aux projets royalistes soutenus par un grand nombre de députés. Pour son début à la tribune, il combattit (9 juillet 1797) l'idée de faire rentrer les prêtres déportés et de les autoriser à exercer leur ministère, sans les engager par aucun serment au nouvel ordre de choses. Il voulait qu'on exigeât d'eux les plus fortes garanties et soutenait qu'ils étaient d'autant plus à craindre que, dépouillés de leurs biens, ils n'avaient plus rien à perdre.

Il participa au 18 fructidor, et, nommé le soir même membre du comité de salut public, fit, dans un rapport, l'apologie de cette Journée, concluant à la déportation des conspirateurs. « La déportation, dit-il quelques jours plus tard, doit être désormais le grand moyen de salut pour la chose publique. Cette mesure est avouée par l'humanité. » Boulay proposa encore l'expulsion de la partie de la haute noblesse qui n'avait pas émigré, la jugeant plus dangereuse par sa présence que l'autre ; il s'éleva, d'ailleurs, contre les listes de proscription qu'il trouvait trop nombreuses, et combattit aussi le projet qui tendait à créer pour les délits politiques une juridiction exceptionnelle.

Quand le Directoire, qu'il avait jusqu'alors soutenu de son influence, lui parut vouloir porter trop loin les conséquences de son triomphe Boulay rompit avec lui ; ses derniers actes, comme ses derniers discours, furent empreints de cet esprit d'opposition. par exemple, il fit rejeter par le Conseil un projet attribuant au Directoire le droit de destituer les accusateurs publics, et un autre lui donnant la faculté de nommer aux places vacantes dans le Tribunal de cassation. Son hostilité s'accentua encore, lorsqu'à la fin de l'an VI, il se plaignit de ce que l'affermage des salines du Mont-Blanc et de la Meurthe par le Directoire avait fait renchérir le prix du sel. Enfin il protesta contre le système de scission dans les collèges électoraux, système qu'il accusait le gouvernement de vouloir favoriser, fit entendre maintes réclamations relatives au régime de la presse, fut un des principaux acteurs de la journée du 30 prairial, et publia un écrit qui fit beaucoup de bruit, intitulé : Essai sur les causes qui en 1649 amenèrent en Angleterre l'établissement de la république, sur celles qui devaient l'y consolider, et sur celles qui l'y firent périr. Comparant dans cette brochure la révolution anglaise de 1648 et notre Révolution, il annonçait un dénouement militaire.

Secrétaire, puis président du Conseil des Cinq-cents, il compta, à la fin de la session, parmi ceux qui se rallièrent à la contre l’évolution et favorisèrent le 18 brumaire. Boulay (de la Meurthe) avait acquis une très grande influence au Conseil : il s'y occupa activement et à plusieurs reprises de la question de l'organisation de l'enseignement public ; il proposa de multiplier les écoles, d'élever le traitement des instituteurs et d'introduire diverses réformes, tout en conservant aux pères de famille un droit de surveillance locale : certaines de ces idées avaient déjà cours sous l'ancien régime, et ses contradicteurs, Louvet (de la Somme), André (du Bas-Rhin), en rendant justice à « ses talents, à sa profondeur, à son érudition, » combattirent ce qu'ils appelaient ses « erreurs de principes ».
Après avoir abdiqué ses opinions républicaines, Boulay (de la Meurthe) accepta de présider la Commission législative intermédiaire formée par Bonaparte à la suite du coup d'Etat de brumaire, et en devint même le président.

Il collabora à la Constitution de l'an VIII, entra au Conseil d'Etat et fut (4 janvier 1800) nommé président de la section de législation. Il prit une part importante aux discussions du Code civil, et fut chargé d'en présenter et d'en soutenir devant le Corps législatif les deux premiers projets. Il porta aussi devant la même assemblée le projet relatif à la clôture de la liste des émigrés, et à l'établissement des tribunaux spéciaux.

Le premier consul l'appela aux fonctions de directeur du contentieux des domaines nationaux (14 septembre 1802) ; il instruisit, en cette qualité, près de vingt mille affaires, et selon l'ordre de Bonaparte fut « indulgent pour les personnes, mais très sévère pour les biens, » en maintenant toutes les ventes nationales. Créé comte de l'Empire le 26 avril 1808, grand officier de la Légion d'honneur le 30 juin 1811, et, redevenu président de la section de législation du Conseil d'Etat, il cumula ces fonctions avec celles de membre du conseil privé, puis du conseil de régence. Il y fit preuve d'une indépendance relative, défendit constamment l'institution du jury, contint les prétentions du clergé ; et lorsque le gouvernement et le Corps législatif se divisèrent en 1813, il n'hésita pas à conseiller à Napoléon de faire droit aux justes réclamations des députés.

Destitué en 1814, il reprit, au retour de l'île d'Elbe son ancienne situation, augmentée de la direction de la correspondance et de la comptabilité au ministère de la Justice.

Elu, le 10 mai 1815, représentant de la Meurthe à la Chambre des Cent-Jours, il défendit vivement, à la séance du 22 juin, la cause de Napoléon II, et attaqua la faction d'Orléans, malgré les murmures de la Chambre. Il avait été nommé peu auparavant ministre d'Etat ; mais la seconde Restauration survint, et l'ordonnance royale du 24 juillet 1815 l'exila, comme ayant conspiré pour le retour de Napoléon.

Il passa quatre années en Allemagne et ne rentra en France qu'en 1820. Depuis ce temps jusqu'à sa mort, Boulay (de la Meurthe) vécut retiré au milieu de sa famille, exclusivement livré à des travaux historiques et littéraires et à la rédaction de curieux Mémoires sur la Révolution.


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