Abel, François Villemain

1790 - 1870

Informations générales
  • Né le 9 juin 1790 à Paris (Seine - France)
  • Décédé le 8 mai 1870 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Monarchie de Juillet - Chambre des députés
Législature
Ire législature
Mandat
Du 19 juillet 1830 au 31 mai 1831
Département
Eure
Groupe
Opposition constitutionnelle

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Député de 1830 à 1831, pair de France et ministre, né à Paris le 9 juin 1790, mort à Paris le 8 mai 1870, il commença ses études chez Planche, y joua, à 12 ans, la tragédie en grec, entra au lycée Louis-le-Grand, s'y distingua par son extrême facilité, fut, en rhétorique, l'élève de Luce de Lancival, qui se faisait suppléer par lui quand la maladie l'éloignait de sa chaire, et suivit les cours de l'Ecole de droit.

Son esprit lui valut dans le monde une précoce réputation, et M. de Fontanes le nomma d'emblée professeur suppléant de rhétorique au lycée Charlemagne (1810), puis maître de conférences de littérature française et de versification latine à l'Ecole normale. Villemain fut chargé, à la distribution des prix du concours général, du discours latin dont l'usage venait d'être rétabli, et obtint (1812) un succès plus sérieux à l'Académie française, avec l'Eloge de Montaigne, en remportant le prix. Cette victoire lui assura la protection de Suard, du comte de Narbonne, de la princesse de Vaudemont, et les suffrages des salons littéraires de l'époque, où son talent de fin causeur le fit rechercher, en dépit de « sa laideur simiesque, de sa tenue négligée le gilet de tricot d'une propreté suspecte, dit M. de Pontmartin, dépassant la manche de l'habit ».

La chute de Napoléon Ier ferma pour lui la carrière administrative, à laquelle il se destinait. Mais la Restauration, le régime parlementaire et la réaction littéraire qui se préparait, répondaient mieux à son tempérament. Le 21 avril 1814, le jeune écrivain fut autorisé par exception à lire dans l'enceinte de l'Académie française, et en présence du roi de Prusse et de l'empereur Alexandre, son mémoire intitulé: Avantages et inconvénients de la critique. Il crut devoir adresser aux souverains étrangers des compliments qui furent jugés sévèrement par l'opinion libérale. En 1816 il fut couronné une troisième fois pour son Eloge de Montesquieu. On l'avait appelé (mai 1814) à la chaire d'histoire moderne à la Sorbonne, où il suppléait Guizot; il l'échangea (novembre 1816) contre celle d'éloquence française, qu'il occupa pendant dix ans, sauf de très courtes interruptions.

L'Histoire de Cromwell, qu'il publia en 1819, fut, en quelque sorte, une œuvre de circonstance. Cromwell, c'était Bonaparte, et l'état politique de la France n'était pas sans analogie avec l'état politique de l'Angleterre au sortir du protectorat. Ce livre, dont le style était d'ailleurs médiocre, fut traduit en plusieurs langues et valut à son auteur les fonctions de chef de la division de l'imprimerie et de la librairie au ministère de l'Intérieur (décembre 1815).

Sous le ministère Decazes, il devint maître des requêtes au conseil d'Etat (4 novembre 1818). Il s'était attaché au parti qu'on appelait doctrinaire, et ce fut sous l'influence des idées de ce parti qu'il contribua à la rédaction des lois sur la presse édictées par la Restauration.

Chevalier de la Légion d'honneur (1820), il succéda (1821) à Fontanes comme membre de l'Académie française.

Epris, comme tous les esprits cultivés de son temps, d'une vive sympathie pour la cause de l'indépendance hellénique, il publia Lascaris ou les Grecs du XVe siècle (1825), et l'Essai sur l'Etat des Grecs depuis la conquête musulmane (1825), deux études, l'une littéraire, l'autre historique, qui émurent vivement les esprits.

Le ministère Villèle vit avec inquiétude le succès des cours professés en Sorbonne par MM. Cousin, Guizot et Villemain, et les suspendit. Aussi, en 1827, lorsque l'Académie chargea Lacretelle, Chateaubriand et Villemain de rédiger une supplique à Charles X contre le rétablissement de la censure (loi du 24 juin), ce dernier s'acquitta brillamment de sa tâche, et perdit le jour même ses fonctions de maître des requêtes au conseil d'Etat.

Le ministère Martignac rouvrit les cours suspendus, et M. Villemain mit toute la souplesse de son esprit mordant au service de la cause libérale.

Elu, le 19 juillet 1830, député de l'Eure, au grand collège, par 207 voix (373 votants, 418 inscrits), il prit place parmi les constitutionnels. La révolution de juillet lui assura bientôt une part importante dans la gestion des affaires publiques. Il fit partie de la commission chargée de réviser la Charte, et fut d'avis qu'on abrogeât l'article qui déclarait la religion catholique religion d'Etat.

Aux élections de 1831, les électeurs d'Evreux refusèrent de lui continuer son mandat; mais le roi le nomma membre du conseil supérieur de l'instruction publique, dont il devint en 1832 vice-président.

Le 11 octobre de la même année, il fut élevé à la pairie, et bientôt l'Académie française fit de lui son secrétaire perpétuel. Au Luxembourg, Villemain se fit remarquer par l'indépendance relative de son caractère ; il combattit (1835) les lois de septembre et n'hésita pas à défendre la théorie d'après laquelle il n'y a point de délits d'opinion, d'ou il concluait que le droit commun est le droit naturel sous lequel doit vivre la presse; toutefois il n'allait pas jusqu'à la soumettre au jury.

Lors de la coalition du centre droit, de la gauche et du centre gauche contre le ministère Molé, il refusa de s'y engager et il offrit son concours au ministre. Il reçut, dans le cabinet du 12 mai 1839, le portefeuille de l'Instruction publique, donna une impulsion nouvelle à la publication des Documents inédits sur l'histoire de France, et prépara une réorganisation des bibliothèques. Ce fut pendant son ministère que l'opposition rejeta sans débat la dotation du duc de Nemours par 226 voix contre 220 : « Nous sommes étranglés par des muets, c'est comme à Constantinople », dit Villemain. « C'est parfois le sort des eunuques », répondit un député de la gauche. Après avoir fait partie, jusqu'au 1er mars 1840, du cabinet présidé par le maréchal Soult, Villemain revint aux affaires le 29 octobre 1840, dans le cabinet Guizot, et y resta cette fois jusqu'au 30 décembre 1814.

« L'Université, a écrit M. A. Mézières, a eu rarement à sa tête un ministre aussi digne de la représenter par l'autorité de la parole et par l'éclat du talent. On ne peut pas dire cependant que son ministère ait laissé dans l'enseignement une trace profonde. Villemain n'était pas de ces novateurs hardis qui touchent aux institutions consacrées par l'expérience et qui se flattent de renouveler le domaine où ils règnent. Prudent par caractère, il essaya d'améliorer ce qui existait, lentement, peu à peu, sans secousses et sans bouleversements... Peut-être manquait-il à Villemain, pour laisser la réputation d'un ministre de premier ordre, la fermeté et la décision du caractère. Il lui arrivait ce qui arrive souvent aux esprits fins et habitués à l'analyse critique: il voyait en même temps les aspects les plus différents des choses, il saisissait avec une merveilleuse sagacité les nuances les plus délicates des questions, et, sollicité en sens divers par des motifs plausibles, mais contradictoires, il hésitait à conclure. »

Le projet de loi qu'il prépara sur la liberté de l'enseignement, corrigé, remanié, retiré, rapporté devant les Chambres, finit par être adopté, mais ne satisfit personne. L'Université se plaignit d'être sacrifiée, le clergé de n'avoir pas obtenu ce qu'il demandait, la gauche de n'avoir pas été consultée. Villemain, dont la santé s'était altérée, et à qui de cruels soucis domestiques ôtaient une partie de sa liberté d'esprit, fut, pendant quelque temps, plongé dans un désespoir qui touchait à la folie; cette agitation se calma; mais il lui resta toujours depuis lors dans l'esprit un fond d'une tristesse morose.

Démissionnaire pour ces motifs en 1844, il refusa une pension de 15,000 francs, et, quand sa santé fut rétablie, reprit sa place à la Chambre haute, où il parla sur la question des réfugiés politiques et sur l'enseignement de la médecine.

La révolution de 1848 le rendit à ses études préférées. Il ne remonta point dans sa chaire de la Sorbonne, se démit de son titre de professeur en 1852, et se consacra exclusivement à la publication de quelques livres nouveaux et à la réédition de ses anciens livres et discours : Souvenirs d'histoire et de littérature : M. de Narbonne (1853); Les Cent-Jours (1855); M. Desmousseaux de Givré, ancien député (1855); La Tribune moderne : M. de Châteaubriand (1857) ; Choix d'études sur la littérature contemporaine (1857); etc. Antérieurement, il avait donné encore : le Tableau de l'éloquence chrétienne au IVe siècle; un Cours de littérature française, tableau du XVIIIe siècle; Discours et mélanges littéraires (1823); Nouveaux mélanges historiques et littéraires (1827) ; Etudes d'histoire moderne (1846), etc., et de nombreux articles dans la Revue des Deux-Mondes, le Journal des Savants, la Revue contemporaine, etc. En 1860, il fit paraître : la France, l'Empire et la Papauté, livre dans lequel il défendit le pouvoir temporel du pape et qui fit quelque bruit alors. Son Histoire de Grégoire VII, peut-être son meilleur ouvrage, a été publié en 1873, après sa mort.

Villemain mourut à 80 ans, grand-officier de la Légion d'honneur (29 octobre 1843).

Date de mise à jour: mars 2017


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