Etienne Cabet

1788 - 1856

Informations générales
  • Né le 2 janvier 1788 à Dijon (Côte-d'Or - France)
  • Décédé le 9 novembre 1856 à Saint-louis (Etat-unis)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Monarchie de Juillet - Chambre des députés
Législature
IIe législature
Mandat
Du 5 juillet 1831 au 25 mai 1834
Département
Côte-d'Or
Groupe
Extrème gauche

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Député de 1831 à 1834, né à Dijon (Côte D’Or), le 2 janvier 1788, mort à Saint-Louis (Missouri), le 9 novembre 1856, il était le fils d'un tonnelier, qui lui fit commencer ses études sous la direction du fameux réformateur de l'enseignement primaire, Jacotot.

Cabet fut ensuite maître d'étude dans diverses pensions; il travaillait en même temps la médecine, puis le droit. Reçu avocat à force de persévérance, il s'inscrivit d'abord au barreau de Dijon, puis il vint à Paris, s'affilia à la Charbonnerie française, qui conspirait contre la Restauration, devint membre du comité directeur de cette société, fut quelque temps directeur du Journal de Jurisprudence, de Dalloz, et essaya de fonder une agence d'affaires.

Après la révolution de Juillet, il fut nommé, par Dupont (de l'Eure), procureur général en Corse. Mais, partisan d'une révolution moins anodine que celle qui venait de s'opérer, il prononça, dès son arrivée à Bastia, un discours sur les améliorations à apporter à la Charte, et fut révoqué le 31 mai 1831, par le ministre de la Justice, Barthe.

Il se présenta aussitôt à la députation, et, le 5 juillet 1831, fut élu député du 2e collège électoral de la Côte D’Or (Dijon). Le ministère était resté neutre à l'égard de sa candidature, ouvertement appuyée par la Société Aide-toi, le ciel t'aidera. Au Palais-Bourbon, où il fut admis sans justifier du cens d'éligibilité, Cabet acheva de rompre avec le pouvoir, et se jeta dans l'opposition radicale. Il prit part, jusqu'à la fin de la législature, à toutes les manifestations de l'extrême gauche, publia une Histoire républicaine de la révolution de 1830, et fonda une feuille radicale : le Populaire, restée célèbre par ses nombreux démêlés avec le parquet d'abord, ensuite avec la police, qui prétendait avoir le droit d'en interdire la vente sur la voie publique.

Condamné à deux ans de prison en mars 1834, pour un article en faveur des proscrits polonais, Cabet passa en Angleterre, où il continua de faire au gouvernement de Louis-Philippe une guerre continue de pamphlets, jusqu'à ce que l'amnistie de 1839 lui l'ouvrît les portes de la France.

C'est à dater de cette époque que les théories sociales de Cabet, qui tendaient au communisme pur, commencèrent à se manifester et à se répandre : il les exposa dans une Histoire de la révolution de 1789 à 1830, et surtout dans le Voyage en Icarie, roman philosophique où l'on trouve l'exposition de la destinée promise par le penseur aux adeptes de sa doctrine. Le « communisme icarien », qui procède à beaucoup d'égards des théories de Fourier, de Saint-Simon et d'Owen, et qui rappelle aussi les aspirations égalitaires de Babeuf, peut se résumer ainsi: L'homme, essentiellement perfectible, bienveillant et sociable par nature, aspire au bonheur, et ne peut le trouver que dans l'égalité et la fraternité. Or la propriété privée et l'organisation sociale dont elle est le principe sont incompatibles avec l'établissement et la réalisation durables de l'égalité et de la fraternité. La communauté seule peut résoudre ce problème, la communauté des biens, qui implique l'éducation et le travail en commun, mais qui n'exclurait point l'Etat comme organisation politique, ni le mariage comme institution civile et religieuse, ni le maintien de la famille, ni les progrès ultérieurs de la civilisation.

Cabet, qui s'était trouvé dans la seconde partie du règne de Louis-Philippe, en désaccord permanent avec les hommes et les doctrines du National, dut, pour user de l'influence de la presse dans l'intérêt de la propagation de ses idées, ressusciter son journal le Populaire, interrompu en 1834. et en faire le « Moniteur de l'Icarie »; vers la même époque, il publia régulièrement, pendant cinq ou six années consécutives, un Almanach icarien qui lui offrait un moyen facile et commode de vulgariser les théories communistes; en même temps les plus ardents parmi ses disciples se chargèrent de tenir, sous la dénomination de cours icariens, des conférences populaires ou étaient lus et commentés les écrits du maître. « Le Populaire du bon Cabet, a écrit M. Hippolyte Castille (Les hommes et les moeurs en France sous le règne de Louis-Philippe), n'était pas uniquement fait par des ouvriers, quoiqu'il fût écrit avec une plume à peine taillée. Cette feuille, fort mal rédigée, n'en avait que plus de succès. Les Icariens n'ont aucun sentiment de l'art; ils le doivent considérer comme une monnaie de singe... Soit adresse, soit tempérament, le Populaire était écrit avec du plomb: ses phrases incolores ressemblaient aux communications sténographiées d'une maison de commerce écrivant à ses commettants. Etait-ce de l'adresse? L'art ne va pas si loin, la seule nature arrive à ce degré de génie. Parmi les Icariens il n'y a point de dissidence : le maître a tout prévu; il n'est pas jusqu'aux angles des meubles qui ne soient prudemment arrondis, afin que les enfants puissent s'y cogner impunément. L'Icarie donne l'idée d'un bonheur plat dans un confort de salle d'asile. »

Quoiqu'il en soit, Cabet ayant réussi à rallier de très nombreux prosélytes, publia dans son journal en 1847, les statuts d'une association pour la fondation dans les pays d'outre-mer d'une colonie destinée à réaliser les descriptions du Voyage en Icarie. Il annonçait avoir obtenu une concession d'un million d'acres de terres au Texas, sur les bords de la Rivière-rouge, et conviait ses fidèles à réaliser tout ce qu'il possédaient, à abandonner la vieille Europe et à venir fonder une société nouvelle. Déjà soixante-neuf personnes, formant l'avant-garde de l'armée icarienne s'étaient embarquées au Havre pour l'Amérique, quand éclata la révolution de février. Cabet suspendit son départ à la tête du gros de l'expédition, et posa, sans succès, sa candidature à l'Assemblée Constituante dans le département de la Seine.

Quand la répression de l'insurrection de juin eut achevé de détruire les espérances qu'avaient pu concevoir les réformateurs socialistes à l'avènement du gouvernement nouveau Cabet se décida à partir à son tour. Mais ayant été condamné à un mois de prison, parce que la garde nationale envahissant les bureaux du Populaire le 15 mai, y avait trouvé quelques fusils oubliés dans la chambre d'un employé, il ne put s'embarquer que le 13 décembre 1848.

Il arriva à la Nouvelle-Orléans, le 19 janvier 1849 le choléra y sévissait, et l'expédition était minée par les dissensions les plus graves: déjà plusieurs associés demandaient la dissolution et la liquidation de la société, lorsque Cabet fit décider, par la majorité des adhérents, qu'un établissement définitif serait organisé sur le Mississipi, dans l'Illinois, au-dessus de Saint-Louis, à Nauvoo, ville bâtie par les Mormons. Mais bientôt un nouveau schisme se produisit dans la communauté : les dissidents allèrent jusqu'à accuser Cabet d'escroquerie; un procès lui fût intenté à Paris, et, le 6 juin 1849, la chambre du conseil du tribunal correctionnel de Paris rendit une ordonnance autorisant des poursuites entre Cabet et son ami et mandataire, Louis Krolikowski. Assignation fut donnée au bureau du Populaire à Paris, et l'affaire fut renvoyée au 27 septembre.

Prévenu de « s'être personnellement approprié une partie du trésor commun montant à plus de deux cents mille francs, » Cabet fut condamné une première fois par défaut, le 30 septembre, à deux ans d'emprisonnement. Il protesta énergiquement contre cette décision, revint à Paris, publia (novembre 1850) une défense personnelle : Défense du citoyen Cabet, accusé d'escroquerie devant la Cour d'appel de Paris, et obtint un arrêt infirmant la décision des premiers juges. Dans cette Défense écrite, après avoir discuté et combattu point par point tous les griefs des « renégats de la communauté, » il concluait : « Tous ces malheureux qui m'accusent et veulent me perdre en me calomniant, je leur pardonne pour ce qui m'est personnel, parce qu'ils ne savent ce qu'ils font, car dans leur égarement ils se jettent dans les bras de leurs ennemis pour les aider à tuer un de leurs meilleurs amis. Ils sont victimes de leur mauvaise éducation et des vices de l'organisation sociale. Mais ils ont voulu faire et ils ont fait bien du mal à la cause populaire. Leur ingratitude, leur déloyauté, leurs calomnies, leurs violences, leurs parjures, leurs efforts pour me faire déshonorer par la presse anti-populaire, pour me faire condamner comme escroc (inconcevable infamie !) et pour perdre à la fois Icarie et les Icariens fidèles, déshonoreraient le peuple, si les vices de quelques-uns pouvaient suffire pour effacer les vertus de la masse...»

Cabet avait songé à se mettre sur les rangs pour l'élection présidentielle qui devait avoir lieu en France en mai 1852 ; les événements de décembre 1851 l'empêchèrent de donner suite à ce projet. Il alla mourir en Amérique.


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