Jean-Louis, Eléonore, Félix de Conny de la Fay

1786 - 1850

Informations générales
  • Né le 29 mai 1786 à Moulins (Allier - France)
  • Décédé le 19 décembre 1850 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Seconde Restauration - Chambre des députés des départements
Législature
IVe législature
Mandat
Du 24 novembre 1827 au 16 mai 1830
Département
Allier
Groupe
Extrème-droite
Régime politique
Monarchie de Juillet - Chambre des députés
Législature
Ire législature
Mandat
Du 3 juillet 1830 au 23 août 1830
Département
Allier
Groupe
Extrème-droite

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Député de 1827 à 1830, né à Moulins (Allier), le 29 mai 1786, mort à Paris, le 19 décembre 1850, il appartenait à une famille noble fixée depuis longtemps dans le Bourbonnais.

Il vint très jeune à Paris, et se fit remarquer par ses succès à l'Académie de législation en même temps que par son opposition au gouvernement impérial. Ayant manifesté hautement son indignation, lors de l'exécution du duc d'Enghien, il fut arrêté et emprisonné par ordre de Fouché ; mais Napoléon le fit mettre en liberté. En 1811, il publia deux brochures royalistes, dont l'une avait pour titre : La France vengée ou les régicides punis; l'autre combattait avec vivacité le système de la conscription militaire. Cette fois, M. de Conny reçut l'ordre de quitter la France.

Il y revint peu de temps avant la Restauration, et eut à Paris des relations actives avec les partisans les plus en vue de la légitimité. Au moment de l'abdication de l'Empereur, il était à Moulins; il lança aussitôt une sorte de manifeste aux habitants de la région, et prit l'initiative de l'envoi d'une députation à Louis XVIII chargée de lui demander, pour le département de l'Allier, l'autorisation de s'appeler le département du Bourbonnais. Nommé par la protection de la duchesse d'Angoulême, qui prenait alors les eaux de Vichy, sous-préfet de La Palisse, il appela aux armes dès qu'il connut le débarquement de « l'usurpateur », toute la population de l'arrondissement : « Aux armes ! habitants, aux armes ! disait-il dans sa proclamation. Bonaparte est débarqué au golfe Juan. Celui dont le sceptre de fer nous écrasa si longtemps, a osé reparaître en France ! Que la France le repousse! Il nous apporte avec la servitude la honte de l'invasion. Aux armes! habitants, aux armes! Je combattrai dans vos rangs, et si je tombais frappé du coup mortel, ne pleurez point sur ma destinée : je serai mort en défendant la liberté de mon pays. » M. de Conny fit tous ses efforts pour organiser la résistance; lorsque le courrier apporta à la Palisse la nouvelle des événements du 20 mars, il le fit arrêter et coupa ainsi la ligne de communication entre Lyon et Paris; plusieurs jours s'écoulèrent, et la Palisse resta le seul point sur la route où flottait encore le drapeau blanc. Le sous-préfet ne se retira que deux heures avant l'arrivée des 6,000 hommes de troupes de ligne qui marchaient contre le duc d'Angoulême. Il réussit à échapper aux poursuites décrétées contre lui, et, dans les premiers jours de juillet, revint prendre possession de l'arrondissement au nom du roi. M. de Conny prit parti pour les royalistes de l'extrême droite contre le système de bascule gouvernementale adoptée par M. Decazes : il ne craignit pas de résister ouvertement aux ordres du ministre, et, comme celui-ci avait dépêché un commissaire de police pour le menacer d'une destitution, il répondit par l'annonce de la nomination du député ultra qu'il s'était obstiné à patronner, et il ajouta : « Votre esclave est venu.

Il m'a montré son ordre et n'a rien obtenu."

Destitué sur le champ, M. de Conny se rendit à Paris et fit, dans les colonnes du Conservateur et de la Quotidienne, une guerre implacable à M. Decazes. Puis il continua son opposition sous le ministère Villèle, et publia plusieurs écrits où les actes de ce cabinet étaient sévèrement appréciés. Par ordonnance du 9 novembre 1816, M. de Conny avait été créé vicomte ; il avait reçu également la décoration de la Légion d'honneur et avait été nommé maître des requêtes au Conseil d'Etat.

Appelé à la Chambre des députés, le 24 novembre 1827, par le collège de département de l'Allier, avec 100 voix (161 votants, 207 inscrits), il se montra fidèle à ses antécédents, siégea à l'extrême droite, et débuta par la proposition de soumettre à une réélection les députés nommés à des fonctions rétribuées. Il prit une part assez active aux travaux parlementaires, et signala plusieurs fois à la tribune ce qu'il appelait les incertitudes du pouvoir. En 1830, il fut de ceux qui combattirent avec le plus de vivacité l'adresse des 221, et qui déclarèrent y voir le signal d'une révolution. Casimir Périer demanda à ce propos son rappel à l'ordre.

Réélu député, le 3 juillet 1830, par 121 voix (208 votants, 233 inscrits), il fut d'avis qu'on résistât à outrance à toute tentative d'insurrection, et conseilla au ministère de faire arrêter les principaux députés de la gauche comme otages. Puis, voyant la lutte sérieusement engagée dans la rue, il demanda à combattre comme volontaire pour le maintien du trône de Charles X. Enfin, le 30, il se rendit à Saint-Cloud et pressa vainement le roi de s'emparer de la personne du duc d'Orléans : la plupart des royalistes se montraient peu disposés à payer de leur personne, et un des familiers du duc d'Angoulême dit à M. de Conny : « Mais, vous, Monsieur, qui parlez tant de combattre, nous promettez-vous la victoire ? - Non, monsieur, répliqua M. de Conny, mais je promets au prince de magnifiques funérailles. »

Après le succès de la révolution, le député de l'Allier vint protester, le 7 août, contre la déchéance des Bourbons. « Je me présente à la tribune, dit-il, pressé par le cri de ma conscience; le silence serait une lâcheté. N'attendez point de moi de longs discours ; les devoirs que nous devons remplir sont tracés avec une trop vive clarté... » Il termina par ces paroles: « Rappelons-nous le, messieurs, la France est enchaînée par ses serments: ses serments la lient au trône où doit monter celui que deux abdications y appellent; nulle puissance n'a le droit de nous délier de ces serments. L'armée, toujours fidèle, toujours française, inclinera ses armes devant son jeune roi. J'en atteste l'honneur national: ne donnons point au monde le scandale du parjure. En présence des droits sacrés du duc de Bordeaux, l'acte qui élèverait au trône le duc d'Orléans, serait la violation de toutes les lois humaines... Si le principe de la légitimité n'était point reconnu par la Chambre, je déclare que je n'ai pas le droit de participer aux délibérations qui vous sont soumises. »

M. de Conny, en effet, refusa de prêter un nouveau serment, et se démit, par la lettre suivante, de son mandat de député: « Paris, 21 août, «Monsieur le Président, « Dans la séance du 7 août, j'ai eu l'honneur de déclarer à la Chambre, que si le principe de la légitimité n'était point consacré, je n'avais pas le droit de participer à ses délibérations ; veuillez lui faire connaître que je refuse solennellement le serment que, dans une de ses dernières séances, la Chambre a prescrit à ses membres. Ce refus m'est commandé à la fois par mes principes politiques, par le souvenir de mes anciens serments, et par le respect que je dois au malheur. »

« J'ai l'honneur d'être, etc. LE VICOMTE FÉLIX DE CONNY, « Député de l'Allier. »

Les événements de Saint-Germain-l'Auxerrois (14 février 1831) donnèrent lieu à l'arrestation de l'ex-député ; il fut, d'ailleurs, rendu à la liberté après cinquante jours de détention, en vertu d'un arrêt de renvoi et à la suite d'un interrogatoire dirigé par le premier président Séguier. Une brochure de M. de Conny : De l'avenir de la France, dans laquelle le retour d'Henri V était textuellement annoncé, motiva un nouveau mandat d'arrestation contre son auteur ; mais il était parti pour l'Ecosse, d'où il fit voile pour Naples, afin de s'entendre avec la duchesse de Berry. Il prit part à toutes les échauffourées où fut mêlé le parti légitimiste, et défendit encore sa cause dans un recueil de mélanges et de souvenirs intitulé les Bourbons, et dans une lettre à la Gazette de France et au Rénovateur, à propos de l'attentat de Fieschi, lettre qui amena M. de Conny devant la cour d'assises. Mais le ministère public abandonna l'accusation pour empêcher le prévenu de prononcer le discours qu'il avait préparé pour sa défense. Il fut alors acquitté par le jury.


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