Pierre, Antoine d'Antonelle

1747 - 1817

Informations générales
  • Né le 17 juin 1747 à Arles (Bouches-du-Rhône - France)
  • Décédé le 26 novembre 1817 à Arles (Bouches-du-Rhône - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Révolution
Législature
Assemblée nationale législative
Mandat
Du 30 août 1791 au 20 septembre 1792
Département
Bouches-du-Rhône
Groupe
Gauche

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Député à l'Assemblée législative de 1791, né à Arles (Bouches du Rhône) le 17 juin 1747, mort à Arles le 26 novembre 1817, il appartenait à une ancienne famille dont la noblesse remontait à Henri IV. Il suivit la carrière des armes, fut sous lieutenant, puis capitaine au régiment de Bassigny infanterie, puis quitta le service en 1782.

Possesseur d'une fortune considérable, il sacrifia à la Révolution naissante sa situation et ses titres nobiliaires, et publia un écrit extrêmement favorable aux idées nouvelles, intitulé Catéchisme du tiers état. La popularité qu'il avait acquise dans sa ville natale le fit nommer maire ; il était considéré à Arles comme le chef du parti le plus avancé ; le parti contraire, dans lequel figuraient la plupart de ses amis et de ses parents, lui fit une guerre acharnée. Dénoncé plusieurs fois à la tribune de l'Assemblée nationale, notamment le 2 mai 1771, par le comte de Clermont-Tonnerre qui voulut le rendre responsable de tous les malheurs qui affligeaient Avignon, cette accusation ne fit qu'ajouter à sa popularité. D'Antonelle prouva qu'il s'était rendu en effet à Avignon mais pour opérer un rapprochement centre les « modérés » et les « exaltés ».

Le 30 août 1791, les Bouches du Rhône le nommèrent par 370 voix sur 598 votants député à l'Assemblée législative. Il était à peine en route pour Paris que ses ennemis firent courir un singulier bruit : on raconta dans les journaux que la populace d'Arles après avoir traîné son mannequin à travers les rues d'Arles, l'avait réduit en cendres; enfin qu'elle avait brisé une pierre sur laquelle était écrit le nom d'Antonelle. Les autorités d'Arles démentirent énergiquement cette assertion. Secrétaire de l'Assemblée, d'Antonelle fit entendre le 17 mars 1792, un long réquisitoire contre les commissaires civils envoyés à Arles pour y rétablir l'ordre ; il les accusa d'avoir diffamé les patriotes et de s'être livrés à une « apologie scélérate des contre-révolutionnaires ».

Envoyé le 11 août à l'armée du Nord que commandait Lafayette, avec l'ordre de faire arrêter ce général, il fut arrêté lui-même à Mézières par les administrateurs du département, qui ne le relâchèrent que lorsque Lafayette fut en lieu sûr. Plus tard, Antonelle, devenu un des jurés influents du tribunal révolutionnaire prit part à la condamnation à mort de ces administrateurs.

Non réélu à la Convention nationale, il fut chargé d'une mission à Saint-Domingue, mais les vents contraires ne lui permirent pas de se rendre à son poste. Il se fixa donc à Paris, et c'est alors qu'il siégea au tribunal révolutionnaire. Directeur du jury lors du procès des Girondins il manifesta quelque répugnance à les condamner et déclara que sa religion n'était pas suffisamment éclairée. Il devint, de ce chef, suspect au comité de Salut public qui le fit emprisonner au Luxembourg ; il fut mis en liberté après le 9 Thermidor. Il avait été aussi rayé, comme ancien noble, de la liste des Jacobins de Paris. Poursuivi une seconde fois, mais par le parti de la réaction, le 13 vendémiaire an IV (octobre 1795) il prit part, sous les ordres de Bonaparte, à la défense de la Convention nationale menacée. Il fit preuve dans cette journée du plus grand sang-froid et on le vit lire tranquillement un ouvrage de philosophie au milieu des balles et des boulets. Il rédigeait alors le Journal des hommes libres, un des organes les plus fidèles du parti révolutionnaire. Enfin, compromis encore dans la conspiration de Babeuf, il dépista quelque temps la police, mais ne tarda pas à se livrer ; il comparut devant la Haute cour de Vendôme, répondit avec courage aux juges, et se glorifia d'avoir connu Le Pelletier Saint-Fargeau. Il fut acquitté, et put venir à Paris, reprendre ses travaux de publiciste. Toutefois il resta en butte aux persécutions de ses ennemis politiques ; Merlin de Thionville essaya même de le faire comprendre dans la proscription qui suivit le 18 fructidor, mais ce fut en vain.

Une fraction du collège électoral de la Seine ainsi que le département des Bouches-du-Rhône le nommèrent député au Conseil des Cinq-Cents ; d'abord validée le 16 messidor an VII, sur le rapport de Perrin (de la Gironde), cette double élection fut définitivement annulée le 27 fructidor. Il y avait en scission dans les assemblées électorales, et cette circonstance donna lieu à des débats assez vifs. Après Brumaire, d'Antonelle fut de nouveau menacé de la déportation, et au lendemain de la tentative de la machine infernale, il reçut l'ordre, de Fouché, de s'exiler à quarante lieues de Paris.

Il préféra passer en Italie où il resta quelques années. Il obtint ensuite l'autorisation de revenir terminer ses jours dans sa ville natale ; il s'y occupa surtout de travaux philosophiques. Cependant lors du rétablissement des Bourbons, en 1814, d'Antonelle à la surprise de tous, fit paraître un singulier écrit : le Réveil d'un vieillard, où il faisait, en quelque sorte, amende honorable de sa vie passée, et déclarait que la France ne pouvait attendre le bonheur que du roi légitime. L'autorité ecclésiastique n'en refusa pas moins de concourir à la cérémonie de ses obsèques.

Outre les ouvrages cités plus haut, le marquis d'Antonelle avait publié un assez grand nombre de brochures, Observations, Déclarations, sur diverses matières politiques, ainsi que beaucoup d'articles tant signés qu'anonymes, dans plusieurs journaux.

Antonelle était humain et généreux, même prodigue : il avait dissipé toute sa fortune. Sa réputation d'après un de ses biographes, avait toujours été celle d'un « cerveau brûlé ». Est-ce pour cola que d'Antonelle, lorsqu'il écrivait, avait toujours à côté de lui une pile d'assiettes qu'il plaçait successivement sur son cou nu, et qu'il changeait à mesure qu'elles venaient à s'échauffer ? (Michaud, Biographie universelle) Sa plus proche parente était Mme de Clermont Lodève, mère de l'aide de camp du duc de Berri.


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