Paul Cadroy

1751 - 1813

Informations générales
  • Né le 26 décembre 1751 à Aire (Landes - France)
  • Décédé le 9 octobre 1813 à Saint-sever (Landes - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Révolution
Législature
Convention nationale
Mandat
Du 4 septembre 1792 au 26 octobre 1795
Département
Landes
Groupe
Plaine
Régime politique
Révolution
Législature
Conseil des Cinq-Cents
Mandat
Du 15 octobre 1795 au 4 septembre 1797
Département
Landes
Groupe
Clichyens

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

membre de la Convention et député au Conseil des Cinq-cents, né à Aire (Landes), le 26 décembre 1751, mort à Saint-Sever (Landes), le 23 novembre 1813, exerçait dans cette ville, lors de la Révolution, la profession d'avocat. Il n'adopta qu'avec beaucoup de réserves les idées nouvelles, et, après avoir rempli les fonctions de vice-président de l'administration du département des Landes, fut, le 4 septembre 1792, élu par ce département, membre de la Convention, avec 212 voix sur 340 votants il siégea dans la minorité de l'Assemblée, se lia avec les Girondins, et lors du procès de Louis XVI, se prononça en ces termes contre la peine capitale : « Un décret a déclaré Louis coupable de conspiration. La peine est la mort. Mais est-ce dans le Code pénal qu'il faut chercher la peine ? Il est certain que, comme juge, je ne puis m'écarter de la loi positive ; mais comme juge législateur, je puis balancer avec elle l'intérêt national. Sous ce rapport, ce ne serait donc pas dans le Code pénal que je devrais chercher la peine. Je dois me demander si, quand je trouve, d'un côté la peine de mort, de l'autre des formes protectrices, et que je vois la Convention s'écarter des formes, je dois déchirer la loi pour ce qu'elle offre de bienfaisant et prendre ce qu'elle a de plus rigoureux. Ici je me rappelle l'égalité et je dis que, si vous vouliez assujettir Louis au code pénal, vous ne deviez pas faire exception des personnes, en vous écartant des formes conservatrices instituées pour tous les citoyens. Or, vous n'avez pas voulu suivre les formes prescrites par le Code pénal : vous ne pouvez donc pas appliquer les peines qui y sont portées puisqu'elles ne s'appliquent que d'après les formes. Ce n'est donc point là qu'il faut chercher la peine à infliger à Louis; mais c'est une mesure de sûreté générale qu'il faut prendre. Mais est-il utile d'appliquer la peine de mort contre Louis? Outre que je ne crois pas en avoir le droit, j'y vois plus d'inconvénients que d'avantages pour la République. L'intérêt de ma patrie ne demande point son supplice. S'il meurt, je vois des partis s'élever, des prétentions se ranimer pour lui donner un successeur ; s'il vit, je vois l'effroi des rois conspirateurs et l'exemple de l'univers. Indépendant, dans ma conscience, de toute puissance humaine, je vote pour la détention. »

Après le procès du roi, Cadroy jugea prudent de se renfermer dans un profond silence quant aux questions de pure politique, et se borna à présenter quelques observations sur le recrutement de l'armée, l'habillement des troupes, le droit de tester, etc. Ce ne fut qu'après le 9 thermidor, que, reprenant courage, il attaqua la Montagne, les sociétés populaires et la Constitution de 1793. Envoyé en mission dans le Midi, il prit une part active à la réaction antijacobine et, de concert avec son collègue, écrivit de Marseille à la Convention : « Le peuple ne veut plus de Montagne. Les jacobins, les robespierristes sont pour lui des bêtes féroces qu'il poursuit à outrance... » Le mouvement révolutionnaire s'étant, pour ainsi dire, réfugié dans le district d'Arles, Cadroy et son collègue mirent cette ville en état de siège. Cadroy réprima, d'autre part, avec le concours des représentants Guérin, Isnard, Chambon, Nion et Chappe, une insurrection populaire à Toulon; puis il fut chargé des approvisionnements de l'armée des Alpes. Il était a Lyon, en juin 1795, lorsque les prisons furent forcées, et que les jacobins qui s'y trouvaient en grand nombre furent égorgés. Il essaya d'atténuer la gravité de cet acte dans une lettre où il disait : « Les hommes qui sont morts dans les prisons avaient versé dans cette commune la désolation et le deuil. » Quelques jours après, Cadroy se transporta de nouveau à Toulon et fit une guerre implacable au parti montagnard qui s'était emparé de l'arsenal et des établissements militaires. La rigueur dont il fit preuve effraya la Convention qui le rappela à Paris : plus tard, il fut même dénoncé, par les représentants Pélissier et Blanc, comme provocateur de l'assassinat des patriotes dans le Midi. Le 23 vendémiaire au IV, Cadroy entra, comme ancien conventionnel, au Conseil des Cinq-cents La réprobation des habitants de Marseille l'y poursuivit. Leur pétition, dont la lecture en séance publique fut ordonnée le 17 frimaire an IV, débutait ainsi : « Citoyens législateurs, les républicains ne connaissent que la vérité ; en ces moments d'orages et de dangers, elle peut sauver la chose publique, ils vous la doivent, la voici: « Le Midi, la commune de Marseille surtout, a gémi longtemps sous le poids accablant de l'oppression la plus monstrueuse et la plus horrible. Le croiriez-vous, législateurs! des hommes chargés de sauver le peuple, de l'arracher à la tyrannie des factions; des représentants qui avaient reçu du peuple la mission expresse de consolider la liberté, l'ont assassiné, détruit, égorgé; et si quelques républicains énergiques ont échappé aux massacres qu'on avait si bien organisés, rendons-en grâce au génie de la République. Vous peindrons-nous ici, législateurs, le tableau effrayant qu'a offert Marseille pendant plus de six mois? Des cadavres mutiles à chaque pas, les rues teintes de sang humain, les voûtes du fort Jean empreintes des cervelles des plus courageux républicains, le sang sortant à gros bouillons de cet antre de mort et rougissant les flots de la Méditerranée; le fer, la soif, la faim dévorante, le feu... Epargnons à votre sensibilité le récit de ces horribles forfaits. Quel monstre assez audacieux tenterait aujourd'hui de les justifier, ou d'en atténuer l'atrocité? Serait-ce vous, Cadroy, Chambon et Mariette vous qui les avez fait commettre?... Législateurs, nous vous dénonçons ces trois bourreaux du Midi...» Et les pétitionnaires affirmaient que Cadroy avait préparé les massacres des prisons, disant aux égorgeurs: « Si vous rencontrez des terroristes, frappez-les ; si vous n'avez pas des armes, vous avez des bâtons, et si vous n'avez pas de bâtons, déterrez vos parents, vos amis, et, de leurs ossements, assommez qui osera vous regarder en face... » Cadroy nia les faits et les propos cités dans la pétition, et l'Assemblée passa à l'ordre du jour. Affilié au parti cliché, Cadroy, que ses adversaires n'avaient cessé de dénoncer, fut inscrit au 18 fructidor sur la liste des déportés ; il réussit à s'échapper. Le 18 brumaire lui permit de rentrer dans son pays natal ; il devint maire de Saint-Sever et reprit sa profession d'avocat. Il mourut peu de temps avant le retour des Bourbons.


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