Georges Chaigne

1887 - 1915

Mort pour la France

Informations générales
  • Né le 9 octobre 1887 à Lamothe-landerron (Gironde - France)
  • Décédé le 5 avril 1915 à Bois de mortmare (Meuse - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
XIe législature
Mandat
Du 26 avril 1914 au 5 avril 1915
Département
Gironde
Groupe
Républicains de gauche

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 (Jean Jolly)

Né le 16 octobre 1887 à Lamothe-Landerron (Gironde), mort au Champ d'honneur le 5 avril 1915 au bois de Mortmare, en Argonne.

Député de la Gironde de 1914 à 1915.

Fils de Jean Chaigne (1859-1910), député de la Gironde de 1902 à 1910, Georges Chaigne vécut dès son enfance dans un milieu où les questions politiques et sociales étaient sans cesse débattues. Très doué, très intelligent, plein de vie et d'enthousiasme, il fit d'excellentes études secondaires puis se dirigea vers le droit. Sa thèse de doctorat, remarquable, traitait des élections à Rome. Il l'intitula Sous la robe blanche. En collaboration avec son frère Jacques, il écrivit trois actes en vers, Nikylla, qui furent représentés. La presse l'attirait, et particulièrement la presse parlementaire. Il débuta dans La France, journal très influent dans le Sud-Ouest. Il écrivit aussi dans Le Rappel.

Le 10 novembre 1912, il fut nommé conseiller général de la Gironde et le 26 avril 1914, il se présenta aux élections générales législatives. Il fut élu, au premier tour de scrutin, député de la circonscription de La Réole, au siège qu'avait occupé son père de 1902 à 1910, battant M. Borderie, l'ancien adversaire familial, par 7.721 voix contre 5.732, sur 14.155 votants.

Inscrit à la Chambre au groupe des républicains de gauche, il sait, au Parlement comme dans la presse, conquérir chacun par ses qualités d'intelligence et de cœur, par son affabilité parfaite. Il fait partie du bureau des « Benjamins » constitué par les plus jeunes élus de la Chambre, bureau qui, à chaque nouvelle législature, entoure le Doyen d'âge. Membre de la Commission du travail et de la Commission de la législature fiscale, il n'a guère le temps de donner, au Parlement, sa mesure : la guerre éclate. Il part comme sous-lieutenant d'infanterie et est promu lieutenant sur le champ de bataille, à la suite d'une blessure. En décembre 1914, il revient à Paris pour remplir son mandat de député, mais il repart bientôt pour le front et se voit confier le commandement d'une section de mitrailleuses. « Le jour de son départ, écrira un journaliste de ses amis, il ne cachait pas sa confiance dans le succès de nos armes, il ne dissimulait pas sa joie d'aller retrouver ses camarades au front. »

Son frère Jacques, récemment mobilisé, obtint d'être versé à la section de mitrailleuses que commandait le jeune député. Il était à ses côtés lorsque ce dernier tomba, à l'aube du 5 avril 1915, au bois de Mortmare, dans l'Argonne. Il avait 27 ans et demi. L'annonce de cette mort provoqua au Parlement l'émotion la plus vive. Georges Clemenceau écrivit, le 8 avril, dans l'« Homme Enchaîné » : « Le lieutenant Georges Chaigne, député de la Gironde, vient de trouver la mort à l'ennemi. C'était « un jeune » dans la plus haute noblesse du mot, un véritable enfant du sol français, tout d'élan généreux et de vaillance. Quand il vint me dire adieu avant de retourner au front, je ne pus qu'admirer la belle fermeté de sa foi dans l'avenir et la tranquille simplicité d'un dévouement absolu à son pays. Il parlait peu, pressé de faire au-delà de lui-même. Il m'écrivait, l'autre jour, pour me dire, sous les obus, ses espérances... »

À la séance du jeudi 29 avril 1915, le Président Paul Deschanel prononça l'éloge funèbre du disparu. « Le 4 avril, dit-il notamment, son régiment est prévenu qu'il partira dans la nuit pour donner 1'assaut à un des points les mieux organisés, les plus solidement défendus des lignes allemandes. Cinq fois déjà, depuis octobre, nos troupes avaient attaqué ces bois, toujours elles avaient été arrêtées par de formidables barrages d'artillerie dissimulés dans les ravins de la forêt. Georges Chaigne sait l'importance capitale de cette mission, il en connaît le péril. Il est, comme toujours, plein de bravoure et de flamme. Avec sa grâce juvénile, il annonce la victoire. « Méprisant le danger pour lui-même, a écrit son commandant, il était soucieux d'épargner à ses hommes les risques de la guerre. C'est la principale qualité d'un chef, qui doit se montrer prodigue de ses peines, mais avare du sang de ses soldats ». A l'aube, l'ordre d'assaut est donné. Chaigne enlève sa troupe. Mais les obus pleuvent sur nos lignes. Il est frappé au cœur. Il expire dans l'enthousiasme et ses yeux voilés reflètent la justice. Le Président Deschanel salue ensuite la mère du député disparu. « Ces femmes françaises, dit-il, aussi admirables que leurs fils, leurs époux, leurs frères, illustrent de traits sublimes la pensée de Michelet : « Les femmes vaillantes sont mères de héros ». Les députés, debout, applaudissent ces paroles émouvantes. La mort de Georges Chaigne porte à sept, en ce mois d'avril 1915, le nombre des parlementaires tués à l'ennemi. Le nom du jeune député de La Réole figure au Panthéon, sur la plaque de marbre des écrivains morts pour la France
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