Jean Chambon

1913 - 1979

Informations générales
  • Né le 7 septembre 1913 à Pageas (Haute-Vienne - France)
  • Décédé le 20 février 1979 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IVe législature
Mandat
Du 30 juin 1968 au 1er avril 1973
Département
Pas-de-Calais
Groupe
Union des démocrates pour la République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ve législature
Mandat
Du 11 mars 1973 au 2 avril 1978
Département
Pas-de-Calais
Groupe
Union des démocrates pour la République

Biographies

Biographie de la Ve République

CHAMBON (Jean, Joseph, Cloud)
Né le 7 septembre 1913 à Pageas (Haute-Vienne)
Décédé le 20 février 1979 à Paris

Député du Pas-de-Calais de 1968 à 1978

Jean Chambon naît le 7 septembre 1913 dans une famille de métayers du Limousin, et accomplit une formation qui le conduit à l’exercice d’une profession en lien avec le milieu rural. Elève à l’Ecole d’agriculture de Montpellier, il rejoint par la suite Maisons-Alfort et son Ecole vétérinaire, avant de parfaire ses études, dans ce domaine, à Lyon. Il est, par ailleurs, titulaire d’une licence obtenue à la faculté des sciences de Paris. Ingénieur agricole et ingénieur en agronomie coloniale, Jean Chambon devient vétérinaire. Le 31 mars 1938, il épouse Fernande Pelletier, qui lui donne deux enfants, Jeanne, née en 1935, et Jean-Pierre, né en 1946.
Il accomplit son service militaire en 1939, alors qu’éclate la Guerre. Il n’exerce alors sa profession qu’à partir de 1945, en s’installant à Bailleulmont (Pas-de-Calais), près d’Arras. Il s’investit dans sa profession et demeurera vétérinaire durant trente ans. C’est une des raisons pour lesquelles Jean Chambon n’entre en politique que tardivement, alors âgé de 53 ans. Il est candidat suppléant du député sortant Duflot, aux élections législatives des 5 et 12 mars 1967, dans la deuxième circonscription du Pas-de-Calais, qui rassemble les cantons d’Avesnes-le-Comte, de Bapaume, de Beaumetz-lès-Loges, de Bertincourt, de Croisilles, de Marquion, de Pas-en-Artois et de Vitry-en-Artois. Les deux hommes ne seront pas élus, mais Jean Chambon entre à l’Assemblée départementale pas-de-calaisienne, six mois plus tard, le 24 septembre 1967, comme conseiller général du canton de Beaumetz-lès-Loges.
A la suite des événements de mai 1968, alors que le général de Gaulle dissout l’Assemblée nationale, Jean Chambon est cette-fois-ci candidat au scrutin législatif des 23 et 30 juin 1968, dans la même circonscription que l’année précédente. Investi par le parti gaulliste, l’Union pour la défense de la République (UDR), il est épaulé dans ce combat électoral par Pierre Vitté, son suppléant éventuel, agent de maîtrise administratif, et bien connu dans la circonscription, comme adjoint au maire de Corbehem. Jean Chambon fonde son engagement politique sur un fort anticommunisme, qui ne cessera de s’accroître avec le temps, n’hésitant pas à comparer, d’une part, l’agitation des étudiants de Moscou des années 1860 avec celle de la jeunesse de la Sorbonne, un mois plus tôt, et, d’autre part, l’action - qu’il qualifie de « nihilisme » - du russe Neutchaïev Sergheï à « l’anarchisme de l’étudiant allemand Cohn-Bendit ». Son programme mentionne plus brièvement les actions concrètes qu’il souhaite mener, aux premiers rangs desquelles figurent le soutien à l’agriculture, la défense de la petite et moyenne entreprise et la résorption du chômage. Après un premier tour qui le place en tête du scrutin, avec 8 000 voix d’avance sur Henri Guidet, député sortant, conseiller général et maire de Bapaume, investi par la Fédération de la Gauche démocrate et socialiste (FGDS), Jean Chambon est élu avec une courte avance au second tour, en réunissant 24 643 suffrages sur son nom, soit seulement 2 000 voix d’avance sur son principal concurrent du premier tour. Les 9 500 voix obtenues par le conseiller général communiste Louis Stienne se sont reportées complètement sur le candidat socialiste présent au second tour.
Jean Chambon s’inscrit au groupe parlementaire de l’Union des démocrates pour la République (U.D.R.). Il rejoint la commission de la production et des échanges, qui correspond le mieux à ses aspirations profondes, tant personnelles que professionnelles, en lien avec le monde rural. Son activité parlementaire est intense, toute centrée sur la vie agricole, sa défense et sa promotion. Au cours de son premier mandat, il n’appartient à pas moins de sept commissions spéciales et commissions mixtes paritaires, dont les plus marquantes pour son action visent à instaurer un régime fiscal aux investissements en Nouvelle-Calédonie ou à tenter d’organiser l’urbanisme et l’action foncière. Entre 1968 et 1973, il dépose deux rapports : le premier, en date du 19 novembre 1968, sur le projet de loi autorisant l’approbation de l’arrangement international sur les céréales de 1967, comprenant la convention relative au commerce du blé et la convention relative à l’aide alimentaire signée la même année ; le second, daté du 2 décembre 1971, sur la proposition de loi complétant et modifiant le Code rural en ce qui concerne l’industrie de l’équarrissage. Il rapporte sur le projet de loi précité, seul des deux rapports appelés à l’ordre du jour de la séance, le 28 novembre 1968, en fondant son propos sur la nécessaire contribution de l’Etat français aux dépenses de soutien du marché des céréales. L’argument clef vise à convaincre ses collègues de rechercher certaines variétés de céréales qui pourraient mieux que d’autres s’acclimater sous nos latitudes. Jean Chambon prend part, également, à la discussion de dix textes différents, liés, à leur presque unanimité, aux thèmes de la ruralité dont il devient vite l’un des spécialistes à l’Assemblée nationale. Il insiste sur les solutions à apporter à l’exode rural, en soutenant notamment le prix de la production agricole et le prix du lait, dès le 16 juin 1970. C’est en grande partie lors des discussions du budget de l’agriculture pour 1971, 1972 et 1973 qu’il fait de ce dernier thème l’un des problèmes que le gouvernement doit traiter le plus promptement possible. Il passe, selon le député du Pas-de-Calais, par la détaxation de l’essence, par le problème de l’équarrissage, par l’aménagement de l’espace rural ; l’exemple de sa région de l’Artois vient en appui de sa démonstration. Aussi, à l’occasion de la discussion du VIème plan de développement économique et social, fait-il valoir les causes de la désertion du monde agricole, le 16 juin 1971. Enfin, il prend part au débat sur les questions orales adressées au nouveau ministre de l’agriculture, Jacques Chirac, et relatives aux problèmes de la viande. Le 1er décembre 1972, en effet, il souligne que les conditions indispensables doivent être réunies pour assurer la réussite de l’Office de la viande. Jean Chambon s’investit également sur le thème de la recherche scientifique, en regrettant que trop d’importance ait été donnée à la recherche fondamentale par rapport à la recherche appliquée. Le 19 novembre 1968, il met en avant l’exigence d’une coopération européenne dans ce secteur, et souhaite voir coordonnée la répartition des instituts de recherches effectuée par l’Institut national de la recherche agronomique (I.N.R.A.). Le 11 mai 1971, il prend la parole dans la discussion du projet de loi relatif au corps des vétérinaires biologistes des armées, souhaitant la constitution d’un corps de réserve de vétérinaires. Il veille aussi, comme il l’a mentionné en bonne place dans sa profession de foi, à la défense des commerçants et artisans âgés. Enfin, une partie de son travail parlementaire est consacrée aux anciens combattants. Dans la discussion du budget du ministère dont ces derniers relèvent, il défend la revalorisation de la retraite du combattant de 1939-1945, ainsi que la retraite professionnelle anticipée des anciens prisonniers de guerre. Il souhaite à cet égard, le 2 novembre 1972, la mise en place d’une commission médicale chargée d’étudier leur pathologie. Au cours de son premier mandat, Jean Chambon fait preuve de fidélité au régime. Ses votes en font foi. Le 10 octobre 1968, il approuve le projet de loi d’orientation de l’enseignement supérieur, comme celui portant sur les droits des citoyens, le 28 mai 1970. Il vote dans le même sens les projets de loi relatif à la répression de certaines formes nouvelles de délinquance, le 4 juin 1970, au Service national, le 10 juin suivant, à l’exercice du droit syndical dans les entreprises, le 4 décembre 1968. Il approuve la déclaration de politique générale du gouvernement Chaban-Delmas, le 15 octobre 1970. Il soutient activement la politique de création et d’organisation des régions, voulue par le maire de Bordeaux, le 27 avril 1972, et apporte sa voix au même gouvernement, le 24 mai suivant, alors que le chef de gouvernement exige de l’Elysée un vote de confiance à la Chambre.
Au terme d’une première législature bien remplie, Jean Chambon est de nouveau candidat dans la deuxième circonscription du Pas-de-Calais, aux élections des 4 et 11 mars 1973. A la suite d’un premier tour difficile qui le met aux prises à sept autres candidats, le député gaulliste sortant, investi par l’Union des républicains de progrès (U.R.P.), arrive en tête avec un peu plus de 12 000 suffrages sur les 48 000 exprimés. Il ne devance son principal adversaire, le communiste Louis Stienne, conseiller général et maire de Vitry-en-Artois, que d’un millier de voix. Au soir du second tour, les résultats sont plus serrés qu’en 1968, en raison du contexte de l’Union de la gauche. Jean Chambon, secondé par son nouveau suppléant, le pharmacien Marc Buissart, maire d’Ecourt-Saint-Quentin, est réélu avec 25 400 voix contre 22 000 à son challenger. Dans cette circonscription rurale dont une partie des cantons a longtemps été acquise à la gauche radicale, Jean Chambon, même victorieux, semble avoir pâti d’un discours particulièrement anticommuniste, parlant de « grande peur », et se demande, pour en attiser la portée, si les élections de 1973 ne seront pas « les dernières élections législatives libres qui pourront se dérouler en France ». Pour lui, les problèmes importants liés à la préoccupation et au souci de la vie journalière sont dépassés par la menace d’une arrivée au pouvoir du parti communiste.
A l’occasion de cette nouvelle législature, Jean Chambon retrouve le groupe parlementaire gaulliste (U.D.R.), ainsi que la commission de la production et des échanges. Fort de son expérience passée et des rapports rédigés, il est élu vice-président de cet aréopage, jusqu’en 1978. Il appartient, à nouveau, à un grand nombre de commissions mixtes paritaires - dont il est à plusieurs reprises le vice-président - et de commissions spéciales, dont celle qui a en charge le contrôle périodique du fonctionnement du F.O.R.M.A. Il y est nommé le 29 mai 1973. Ses initiatives parlementaires sont portées par les mêmes exigences que celles qu’il a suivies au cours des cinq années précédentes, en grande partie liées à l’activité rurale. Dès le 28 juin 1973, il dépose une proposition de loi tendant à faire bénéficier les jeunes agriculteurs et artisans ruraux de permissions exceptionnelles pour les grands travaux agricoles. Il remplit, par ailleurs, mais sur le même thème, trois missions parlementaires, en Corse (juillet 1975), en Algérie (février-mars 1975) et au Brésil (janvier-février 1976). Trois rapports d’information, déposés respectivement les 9 octobre 1975, 27 novembre 1975 et 1er juin 1977, ponctuent ces déplacements organisés par la commission de la production et des échanges.
Sa grande affaire, au cours de ce second mandat, est sa nomination au rapport sur la proposition de loi complétant et modifiant le Code rural, en ce qui concerne l’industrie de l’équarrissage, dont les deux lectures ont lieu en mai et en décembre 1975. Au cours de cette délibération, il montre en quoi cette industrie constitue un véritable service public, les difficultés qui la touchent résultant de la baisse du prix des produits vendus. Il convient donc, selon le député du Pas-de-Calais, membre suppléant du comité de bassin Artois-Picardie, de maintenir les capacités de travail excédentaires, en raison, notamment, de la lourdeur des dépenses d’investissement, dans le but de permettre, notamment, une modernisation de ce secteur d’activité. Il dépose et défend sept amendements dont six sont adoptés, et trois sous-amendements qui connaissent le même sort. Ces derniers visent à maintenir une incompatibilité absolue entre les fonctions d’équarrisseur et d’inspecteur, à établir le prix de chaque catégorie de cadavres d’animal par le préfet, après avis d’une commission, et à faire en sorte que soit réalisée la couverture de la totalité du territoire de chaque département par un ou plusieurs équarrisseurs.
Le second rapport dont Jean Chambon a la charge est établi sur le projet de loi relatif à l’organisation interprofessionnelle laitière, dont la discussion générale débute le 27 juin 1974. Le député de Bapaume se bat pour l’instauration du statut du centre national interprofessionnel de l’économie laitière, et pour le refus de créer une nouvelle taxe parafiscale conduisant à unifier et à retenir une cotisation à la fois volontaire et obligatoire. Comme de coutume, il intervient dans la discussion budgétaire du ministère de l’agriculture (F.O.R.M.A., B.A.P.S.A.), pour 1975 et 1977, en insistant sur le remembrement et les industries agro-alimentaires, ces dernières dépendant directement, pour quelques mois seulement, d’un secrétaire d’Etat de tutelle, Jean Tiberi. Le député du Pas-de-Calais veille régulièrement au respect de la discipline communautaire et de la bonne application en France des décisions obtenues à Bruxelles.
Enfin, Jean Chambon est parvenu à diversifier davantage ses interventions, au cours de son second mandat. Il prend position dans la discussion du projet de loi d’orientation du commerce et de l’artisanat, à l’automne 1973, en proposant que les cotisations des régimes complémentaires soient également déductibles du revenu imposable. Il souhaite, par ailleurs, que la pension des commerçants soit calculée par référence au salaire des dix meilleures années. En mai 1975, il fait entendre sa voix dans le débat sur la politique de l’énergie, en rappelant l’insuffisance des ressources classiques d’origine nationale et la dépendance que signifie le recours au pétrole, sans oublier un des éléments que le débat éponyme n’a pas évoqué auparavant : le caractère inépuisable des réserves d’uranium. Enfin, il défend les ressources budgétaires octroyées aux départements et aux territoires d’outre-mer (DOM-TOM), comme rapporteur pour avis suppléant, le 3 novembre 1977.
Mais des interventions parlementaires de Jean Chambon qui ne concernent pas directement l’agriculture, ses prises de position dans le débat sur l’interruption volontaire de grossesse (I.V.G.) sont des plus tranchées. Dès le mois de décembre 1973, il met en évidence la distinction entre l’avortement thérapeutique, l’avortement eugénique et l’avortement social. Il considère comme nécessaires la prévention des grossesses considérées comme indésirables et une action d’éducation contraceptive et de présence sociale. A la suite de l’élection de Valéry Giscard d’Estaing à la Présidence de la République, lorsque la ministre de la santé, Simone Veil, présente son projet de loi sur l’I.V.G., Jean Chambon redouble de critiques à l’égard de cette initiative, en rappelant le serment d’Hippocrate à la tribune, un acte médical devant demeurer, selon lui, une action libre du médecin. Le 26 novembre 1974, il déclare que « les avortements clandestins ne disparaîtront pas », avec l’instauration de la nouvelle législation, et que « le statut de l’avortement comme moyen de contraception se trouvera renforcé ». Selon le député du Pas-de-Calais, le « gouvernement doit attaquer le mal à la racine et mettre un frein à la luxure et à la pornographie ». Au fil de son second mandat, Jean Chambon approuve la déclaration de politique générale du gouvernement Messmer, le 12 avril 1973. Il vote en faveur de la révision constitutionnelle du 16 octobre 1973. A la suite de l’élection de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence de la République, il apporte sa voix à Jacques Chirac, nouveau Premier ministre, le 6 juin 1974. Le 10 octobre suivant, il soutient la nouvelle réforme constitutionnelle. Le député du Pas-de-Calais vote cependant contre deux projets de loi voulus par la président de la République : celui sur l’I.V.G., le 28 novembre 1974, et la réforme du divorce, le 4 juin 1975. Il approuve, le 8 juin 1976, la nouvelle réforme constitutionnelle, et soutient Raymond Barre, deuxième chef du gouvernement du Président Giscard d’Estaing. Il approuve la déclaration de politique générale, le 28 avril 1977, et l’élection du Parlement européen au suffrage universel, le 21 juin suivant.
Animateur de la commission de la lutte contre les pollutions du groupe d’études sur les problèmes de la qualité de la vie, au mois de mai 1973, par ailleurs, membre de l’association parlementaire pour la coopération franco-arabe, Jean Chambon est réélu conseiller général du Pas-de-Calais, le 23 septembre suivant. Candidat à sa succession aux élections législatives du mois de mars 1978, il est battu par Jean-Pierre Defontaine, candidat de l’Union de la gauche, pour le Mouvement des radicaux de gauche (M.R.G.), au deuxième tour de ce scrutin. Membre du Conseil régional du Nord Pas-de-Calais, il avait l’intention de conquérir un troisième mandat de conseiller général, en mars 1979 ; il est victime d’une crise cardiaque, après avoir assisté, à Paris, à une réunion d’anciens parlementaires. Il allait avoir 66 ans.
Il était, par ailleurs, garde d’honneur de Notre-Dame-de-Lorette.

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