Désiré, Jean, Marie, Napoléon Nisard

1806 - 1888

Informations générales
  • Né le 20 mars 1806 à Châtillon-sur-seine (Côte-d'Or - France)
  • Décédé le 25 mars 1888 à San-remo (Italie)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Monarchie de Juillet - Chambre des députés
Législature
VIe législature
Mandat
Du 9 juillet 1842 au 6 juillet 1846
Département
Côte-d'Or
Groupe
Centre
Régime politique
Monarchie de Juillet - Chambre des députés
Législature
VIIe législature
Mandat
Du 1er août 1846 au 24 février 1848
Département
Côte-d'Or
Groupe
Centre

Mandats au Sénat ou à la Chambre des pairs

Sénateur
du 22 janvier 1867 au 4 septembre 1870

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Député de 1842 à 1848, sénateur du second Empire, né à Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or) le 20 mars 1806, mort à San Remo (Italie) le 25 mars 1888, il était le fils d'un des principaux constructeurs du faubourg Saint-Martin, à Paris, qui avait acheté une charge d'avoué à Châtillon-sur-Seine.

Il fit de brillantes études classiques au collège de Sainte-Barbe, et entra de très bonne heure dans le journalisme. « Le jeune Désiré, écrivait en 1889, dans son discours de réception à l'Académie, M. Melchior de Vogüé, traversa toutes les épreuves classiques des vocations contrariées: l'étude d'avoué avec ses grosses menaçantes, les répétitions données pour vivre, les remontrances chagrines d'un tuteur qui reprochait à son pupille le refus d'une place de commis dans les bureaux de M. de Chabrol. »

En 1826, Bertin l'admit au Journal des Débats. M. Nisard y fit ses premières armes durant les dernières années de la Restauration. Il s'y montra d'abord favorable à la cause libérale, qu'il défendit même sur les barricades de juillet 1830. Bientôt, il fut attaché au ministère de l'Instruction publique; puis il quitta le Journal des Débats pour passer au National. Classique fervent, il avait pris ombrage, a-t-on dit, du bon accueil fait à Victor Hugo dans la famille Bertin, et appréhendé d'être gêné dans l'expression de ses sentiments littéraires. « La séduction personnelle d'Armand Carrel entra pour une bonne part, dit M. de Vogué, dans la détermination de M. Nisard. La communauté des doctrines resserra entre les deux lettrés des liens affectueux. » Mais la mort du célèbre publiciste rompit les attaches du jeune écrivain avec l'organe de l'opposition, M. Nisard revint à l'Université.

Outre ses articles du National, il n'avait guère publié qu'un petit roman intitulé le Convoi de la laitière, lorsqu'il affirma, dans un livre plus important, les Poètes latins de la décadence (1834), les théories littéraires auxquelles il devait rester fidèle : c'est une comparaison prolongée entre la décadence de la littérature latine chez Lucain, et le caractère analogue, suivant lui de la littérature française, représentée par Victor Hugo. Le livre plut à Guizot, ministre de l'Instruction publique, qui nomma l'auteur maître de conférences à l'Ecole normale supérieure. La situation de M. Nisard grandit rapidement: promu, en 1836, chef du secrétariat au ministère, et, la même année, maître des requêtes au conseil d'Etat, puis, en 1837, chef de la division des sciences et des lettres à l'instruction publique, il compta dès lors parmi les plus zélés partisans du pouvoir établi.

Le 9 juillet 1842, M. Nisard brigua avec succès la députation dans le 5e collège de la Côte-d'Or (Châtillon-sur-Seine), qui l'élut, par 177 voix sur 271 votants, 293 inscrits, contre 92 à M Vallet. Il siégea au centre et vota constamment avec la majorité conservatrice, notamment en 1845, pour l'indemnité Pritchard. En 1843, M. Villemain l'appela à remplacer Burnouf, dans la chaire d'éloquence latine au Collège de France. A la Chambre, les luttes de la tribune le tentèrent peu. « Il ne livra jamais son âme aux passions qui jettent de l'éclat sur la profession d'homme politique. » En revanche, il parlait souvent et longuement dans les commissions, et ce fut à la suite d'un de ses discours qu'un de ses collègues s'écriait en se secouant: « Cette pluie fine de Nisard finit tout de même par mouiller. » Docile aux inspirations de son chef de file, Guizot, on le vit rarement toutefois parmi les familiers du château : « Quand j'allais aux Tuileries, raconte-t-il lui-même ingénuement, j'étais peiné de compter beaucoup moins que le moindre parvenu du négoce ou de la finance. J'avais quelque sujet de douter que les vraies lettres y fussent en grand honneur. Personnellement l'excellent roi Louis-Philippe ne me donna pas la satisfaction de croire qu'il ne me prenait pas pour un maître de forges. Il est vrai que j'avais été nommé par un arrondissement métallurgique. »

D'autre part, Sainte-Beuve lui reprochait malignement de faire « de la littérature selon la Charte », et ses anciens collaborateurs du National se montraient sévères pour son évolution politique : « Désiré Nisard, né à Châtillon, rue du Pot-au-lait. Plus heureux que Perrette, a réalisé probablement plus qu'il n'a rêvé. Le voilà donc maître des requêtes, professeur au collège de France, directeur au ministère de l'Instruction publique et député ! Qui nous l'aurait dit, à cette même place où nous écrivons, que lui, Désiré Nisard, deviendrait jamais un homme politique! que lui, le contempteur de Guizot, deviendrait le courtisan de M. Guizot! Que cette nature effacée, ce tempérament chlorotique, cet esprit simple et bénin où le travail et l'art n'ont laissé d'autre empreinte que celle-ci : des mots, des mots, des mots; que ce pauvre garçon ferait à son tour de l'intimidation, qu'il destituerait des sous-préfets, qu'il tracasserait des fonctionnaires, qu'il voudrait avoir aussi son petit Pritchard et jouer au potentat ministériel! Il est donc vrai que M. Désiré Nisard se prend au sérieux? Et nous qui avions pensé que ces vanités extravagantes appartenaient seulement à la littérature romantique! Le classique votant pour Pritchard! Il n'y a qu'une excuse : Le latin brave l'honnêteté. »

Réélu député, le 1er août 1846, par 161 voix (283 votants, 313 inscrits), il suivit la même ligne de conduite que précédemment, vit avec regret, en février 1848, la chute de la monarchie de Louis-Philippe, et accueillit avec joie l'avènement du régime auquel présida Louis-Napoléon Bonaparte. « Mon prédécesseur, fait observer M. de Vogüé dans le discours déjà cité, n'a jamais prétendu aux lumières miraculeuses qui permettent de distinguer, dans le long calendrier de nos révolutions, les mois où le peuple est un juge infaillible, les mois où il n'est qu'un esclave égaré. Il fut un des plus empressés parmi les sept millions d'insurgés qui ratifièrent, en décembre, la déchéance du gouvernement établi par les héroïques insurgés de février sur les ruines de la monarchie relevée par les glorieux insurgés de juillet. »

En 1850, la mort de M. de Feletz lui avait ouvert les portes de l'Académie française. Rappelé par l'Empire à de hautes fonctions dans l'Université, inspecteur-général, secrétaire du conseil de l'instruction publique, professeur d'éloquence à la faculté des lettres en remplacement de Villemain, il eut, comme rapporteur, une très grande part dans la réorganisation du système d'études à l'Ecole normale. Vers la même époque (1853), des troubles graves, qui éclatèrent à son cours, donnèrent lieu à un procès retentissant devant la police correctionnelle. M. Nisard, à une soutenance de thèse en Sorbonne, avait pris en quelque sorte la défense de Tibère, l'empereur romain, contre le doyen de la faculté, Victor Le Clerc, et s'était écrié qu'on ne tranchait pas les questions historiques avec une morale déclamatoire. L'auditoire s'émut de cette phrase imprudente et la rapprocha d'une leçon que l'examinateur avait professée, l'année d'auparavant, sur la morale païenne et sur la morale chrétienne. Ces griefs se résumèrent, pour la jeunesse libérale, dans un mot qui resta : l'homme des « deux morales » ne fut jamais populaire au Quartier Latin.

A la fin de 1857, sans perdre sa chaire à la faculté, où il fut suppléé par M. Demogeot, il prit, pour la garder pendant dix ans, la direction de l'Ecole normale. En 1867, il dut résigner ses fonctions à la suite d'un désordre « qui fit connaître à Sainte-Beuve la douceur des applaudissements juvéniles, au directeur le devoir ingrat de la répression. »

La même année (22 janvier 1867), un décret impérial l'appela au Sénat. M. Nisard rentra pour peu de temps dans la vie parlementaire, « augurant mal, dit-il, d'une politique qui rétablissait non pas le contrôle, mais le combat légal contre le gouvernement du pays. » Il défendit de ses votes l'Empire autoritaire, évita la tribune, et opina, le 4 septembre 1870, pour que les sénateurs restassent « sur leurs sièges ». La chute de l'empire le rendit à la vie privée.

Outre les Poètes latins de la décadence, il faut citer, de M. Nisard, une Histoire et description de la ville de Nîmes (1835); des articles dans la Revue de Paris, la Revue des Deux-Mondes et la Revue contemporaine, la publication, qu'il dirigea, des Classiques latins, traduits en français (1839 et années suivantes), enfin et surtout l'Histoire de la littérature française, plusieurs fois rééditée, où l'auteur fait profession d'une admiration à peu près exclusive pour les écrivains du siècle de Louis XIV. Officier de la Légion d'honneur en 1845, il fut élévé au grade de commandeur en 1856.

Date de mise à jour: septembre 2014


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