André Chareyre

1901 - 1965

Informations générales
  • Né le 19 septembre 1901 à Chomérac (Ardèche - France)
  • Décédé le 6 mars 1965 à Chomérac (Ardèche - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 30 novembre 1958 au 9 octobre 1962
Département
Ardèche
Groupe
Indépendants et paysans d'action sociale

Biographies

Biographie de la Ve République

CHAREYRE (André, Joseph)
Né le 19 septembre 1901 à Chomérac (Ardèche)
Décédé le 6 mars 1965 à Chomérac

Député de l’Ardèche de 1958 à 1962

Né à Chomérac au début du XXe siècle, André Chareyre était artisan mécanicien (« maître mécanicien » comme il aimait se présenter), propriétaire d’un petit garage situé sur la route de Privas à Viviers, dans une région fortement marquée par les guerres de religions et dont l’économie avait longtemps reposé sur le moulinage de la soie et l’exploitation des carrières de marbre. Longtemps célibataire, il épousa le 15 juillet 1961 Odette Salles, née le 24 novembre 1918. Le couple n’eut pas d’enfant.

Sa carrière politique avait commencé pendant la guerre, lorsque le préfet le nomma maire de la commune en 1942. Catholique fervent et militant, il s’intégra rapidement dans l’organisation politique très influente que Paul Ribeyre avait mise en place à la Libération dans le département pour coordonner les droites hors du MRP : l’Union républicaine ardéchoise (URA). Bien qu’André Chareyre présentât, dans sa profession de foi de 1958, cette organisation comme n’étant « pas un parti mais un groupement d’hommes unis par leur attachement à la foi chrétienne, le respect des consciences et de la propriété, l’amour de la liberté et le respect de la dignité humaine », l’URA n’en était pas moins une force très structurée. Sous la conduite de son président, député de l’Ardèche régulièrement réélu tout au long de la IVème République, elle s’affilia au Parti paysan d’union sociale, présidé par Paul Antier, et en devint une de ses plus puissantes fédérations départementales. Ayant emporté les quatre sièges à pourvoir en Ardèche aux élections législatives de juin 1951, l’Union suivit bientôt la tendance du PPUS qui, menée par Camille Laurens à l’échelon national, souhaita jouer pleinement le jeu de l’intégration du parti et finalement sa fusion dans le Centre national des indépendants et paysans (CNDP), animé par Roger Duchet.

Ce fut avec le soutien de l’URA qu’André Chareyre se présenta aux élections cantonales de 1951 et fut élu au second tour, le 14 octobre, conseiller général de Chomérac. Il rejoignit la majorité de l’assemblée départementale, présidée par Paul Ribeyre. Au printemps 1953, il fut élu conseiller municipal du chef-lieu de canton puis devint adjoint au maire. Brillamment réélu au conseil général en avril 1958, il fut choisi par le congrès de l’URA pour être le candidat du CNIP dans la 1ère circonscription de l’Ardèche (Privas-Viviers) lors des premières élections législatives de la nouvelle République.

Comme partout ailleurs ou presque, le CNIP avait été la principale victime de la poussée poujadiste dans le département en 1956 : il avait perdu 10 000 voix par rapport à 1951 et n’avait gardé que deux sièges de député sur quatre. André Chareyre se présenta donc en des termes prioritairement destinés à rallier les électeurs perdus deux ans plus tôt. Il insista ainsi dans sa profession de foi sur son appartenance « à la masse des braves gens, paysans, ouvriers, petits patrons, modestes propriétaires qui peuplent nos villes ou nos villages depuis les rives de la vallée du Rhône jusqu’aux Boutières et au Coiron, authentique travailleur moi-même, vivant uniquement des fruits de mon travail ». Le 23 novembre 1958, il affronta cinq candidats : Roger Roucaute, député communiste sortant (10 973 voix) ; Jean Palmero, député socialiste sortant (3 859 voix) ; Guy Fougeirol, conseiller général de La Voulte-sur-Rhône et maire de Saint-Laurent-du-Pape, radical dans une région où le combat entre cléricaux et anticléricaux demeurait vivace (6 921 voix) ; Pierre Pietri, investi par l’UNR, conseiller général et maire de Bourg-Saint-Andéol (6 740 voix) ; Georges Guignon, candidat du MRP (4 317 voix). Avec 12 729 suffrages, André Chareyre ne retrouvait pas tout à fait les voix du CNIP en 1956. Il était toutefois clairement le candidat le mieux placé pour battre le député sortant communiste. Plus d’un millier d’électeurs supplémentaires allèrent voter le 30 novembre et malgré le maintien des candidats radical et gaulliste (respectivement 7 644 et 4 882 voix), le « candidat indépendant d’union sociale et rurale et de défense des intérêts économiques » l’emporta aisément (21 457 voix) sur Roger Roucaute (12 624 voix).

André Chareyre s’inscrivit au groupe Indépendant et paysan d’action sociale (IPAS), présidé par Henry Bergasse. Il siégea dans la Commission de la production et des échanges tout au long de la législature. Pas une seule fois il ne monta à la tribune du Palais-Bourbon et il ne déposa aucune proposition de loi. Longtemps il vota comme son collègue IPAS de la 2ème circonscription de l’Ardèche, Louis Roche-Defrance, favorable à la politique algérienne du chef de l’État (il vota la confiance à Michel Debré le 15 octobre 1959) mais refusa les atteintes aux droits du Parlement. Il vota ainsi le 28 novembre 1959 – comme sept autres députés IPAS seulement – la première motion de censure de la législature, présentée par les groupes de l’Entente démocratique et de la SFIO pour protester contre la nouvelle procédure d’adoption du budget. Il fit partie de la cinquantaine de députés qui, derrière Paul Reynaud, refusèrent la motion « ultra » adoptée lors du IVe congrès du CNIP en décembre 1960 et appelèrent à voter « oui » au référendum du 8 janvier 1961 sur le principe de l’autodétermination de l’Algérie. Le 27 avril 1962, à la différence de Louis Roche-Defrance, il alla même jusqu’à voter la confiance au tout nouveau Premier ministre, Georges Pompidou, à l’issue du débat sur sa déclaration de politique générale. Puis il rompit soudainement avec le pouvoir gaulliste. Le 5 juillet 1962, il s’abstint volontairement lors du vote sur la levée de l’immunité parlementaire de Georges Bidault et, le 4 octobre, il vota la motion de censure contre le gouvernement et contre la volonté de Charles de Gaulle de réformer la Constitution.

Le CNIP accorda sans hésiter l’investiture à son député sortant de la 1ère circonscription de l’Ardèche, son suppléant restant le même que quatre ans plus tôt : Prospère Mounier, « propriétaire exploitant » à Saint-Julien-Boutières et conseiller général de Saint-Martin-de-Valamas. Les gauches avaient profondément renouvelé leurs candidats : les radicaux étaient absents du scrutin et ni le PCF, ni la SFIO ne présentèrent les députés élus sous la IVème République. Henri Chaze, conseiller général et maire de Cruas, communiste, fit un score honorable, compte tenu du fort taux d’abstention, en rassemblant 10 686 voix le 18 novembre 1962, de même que le socialiste Pierre Fournier (4 361 voix). À droite, l’UNR investit Aimé Jeanjean, ancien préfet (9 166 voix), et le MRP, Henri Bois, agriculteur (5 919 voix), tous deux en progrès par rapport au scrutin de novembre 1958. Le score d’André Chareyre fut en revanche plus que médiocre : avec 8 748 suffrages seulement, il était victime du désaveu d’une fraction des électeurs catholiques favorables aux accords d’Évian, et d’une fraction plus large encore d’électeurs modérés désorientés par l’entrée du CNIP dans le « Cartel des non » qui avait appelé à voter de la même manière que les communistes lors du référendum du 28 octobre. Au second tour, le 25 novembre, 4 000 électeurs abstentionnistes de la semaine précédente se rendirent aux urnes, sans que l’on retrouvât pourtant le taux de participation de 1958. Le candidat socialiste se retira et le report des voix à gauche se fit bien, comme ailleurs en France dans l’ensemble. À droite, les voix du candidat démocrate-chrétien se reportèrent sans difficulté, comme c’était l’habitude depuis la Libération, sur le candidat Indépendant qui gagna même quelques centaines de suffrages chez les nouveaux électeurs (15 318 voix), mais le maintien du candidat gaulliste lui fut fatal, d’autant que celui-ci gagna près de 2 500 suffrages par rapport au premier tour (11 562 voix). Ce fut donc le candidat du PCF qui emporta cette élection triangulaire, avec 600 voix d’avance sur le maire de Chomérac.

Réélu conseiller général de Chomérac en mars 1964, André Chareyre décéda quelques jours avant les élections municipales de mars 1965.

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