Pierre Couderc

1919 - 1985

Informations générales
  • Né le 12 août 1919 à Sainte-enimie (Lozère - France)
  • Décédé le 22 mai 1985 à Mende (Lozère - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 25 novembre 1962 au 2 avril 1967
Département
Lozère
Groupe
Républicains indépendants
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 5 mars 1967 au 30 mai 1968
Département
Lozère
Groupe
Républicains indépendants
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IVe législature
Mandat
Du 23 juin 1968 au 1er avril 1973
Département
Lozère
Groupe
Républicains indépendants
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ve législature
Mandat
Du 11 mars 1973 au 2 avril 1978
Département
Lozère
Groupe
Républicains indépendants
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIe législature
Mandat
Du 12 mars 1978 au 22 mai 1981
Département
Lozère
Groupe
Union pour la démocratie française

Biographies

Biographie de la Ve République

COUDERC (Pierre, Justin, Paul)
Né le 2 août 1919 à Sainte-Enimie (Lozère)
Décédé le 22 mai 1985 à Mende (Lozère)

Député de la Lozère de 1962 à 1981

C’est à Sainte-Enimie, dans la région des Causses et au cœur des gorges du Tarn, que Pierre Couderc voit le jour au lendemain de la Première guerre mondiale. Son père exerce la double profession de minotier et d’agriculteur. Après des études secondaires au Lycée Chaptal, à Mende, Pierre Couderc fréquente la faculté de médecine de Montpellier. Mobilisé en septembre 1939 dans les blindés, il est renvoyé à la vie civile après la défaite. Il est interne des hôpitaux de Pau de 1941 à 1945, puis retrouve sa Lozère natale pour s’installer comme médecin généraliste à Mende en juillet 1946. Son métier est particulièrement exigeant dans ce département rural, à l’habitat très dispersé. Pierre Couderc entre au Conseil général de la Lozère peu avant le passage de la IVème à la Vème République. Il y représente le canton de Mende pendant plus de vingt années consécutives : le redécoupage administratif qui divise le chef-lieu de la Lozère en deux cantons n’a lieu qu’en 1982. Ce modéré, qui appartient à la majorité du Conseil général, est élu maire de Saint-Etienne-du-Valdonnez en 1959 ; le bourg est situé à une dizaine de kilomètres au sud-est de Mende.
L’abbé Félix Viallet, député sortant UNR de la 1ère circonscription de Lozère, ne se représente pas aux élections législatives de novembre 1962. Trois candidats se réclamant des gaullistes ou des Indépendants briguent sa succession. Le jeune François Lefebvre, déjà adhérent du RPF puis des Républicains sociaux sous la IVème République, y porte les couleurs de l’UNR. Il ne détient pourtant pas de mandat local et ses chances apparaissent dès lors réduites, face au maire de Mende René Estoup ou à Pierre Couderc. Ce dernier a en effet choisit de se présenter à la députation comme candidat « Indépendant paysan ». Dans sa très brève profession de foi électorale, il met en avant son attachement au « respect de la personne humaine » et à « la sauvegarde des libertés individuelles ». Il estime que la Lozère, dont les « moyens sont très réduits », « nécessite de la part du Gouvernement une sollicitude toute particulière ». Il s’abstient dans ses documents électoraux de toute attaque contre ses adversaires, comme de tout affichage « partisan ». Le 18 novembre 1962, c’est René Estoup qui arrive en tête avec 30,1% ; mais il est « talonné » par Pierre Couderc (29,5%). Les résultats varient fortement d’un canton à l’autre, signe que les enjeux nationaux comptent peut-être moins dans cette élection que le poids d’identités politiques et confessionnelles très anciennes. Les cantons de La Barre-des-Cévennes, du Pont-de-Montvert et de Saint-Germain-de-Calberte se prononcent ainsi en faveur du communiste Paul Brès. Situées dans les Cévennes, au sud-est de la Lozère, les communes qui les forment ont été marquées par la lutte des camisards contre l’autorité royale, au début du XVIIIème siècle et comptent de nombreux protestants. En 1967, 1968, 1973, 1978 et 1981, ces trois cantons se distingueraient encore en plaçant en tête des candidats de gauche au premier tour. Pierre Couderc l’emporte pour sa part dans les cantons de Sainte-Enimie (66,9%), du Bleymard (45,8%) et surtout de Mende (41,1%). Quatre des cinq candidats du 1er tour se maintiennent le 25 novembre 1962. Pierre Couderc est ce jour-là élu député grâce au soutien de 33,2% des électeurs, contre 31,9% pour René Estoup, 19,8% pour le gaulliste François Lefebvre et 15,1% pour le candidat du PCF.
A l’Assemblée nationale, le député de la Lozère est d’abord apparenté au groupe des Républicains indépendants, avant de s’y inscrire. Il siège à la Commission des affaires culturelles, familiales et sociales d’octobre 1962 à avril 1975 et assume la Vice-présidence de cette commission permanente de décembre 1962 au printemps 1975, soit pendant plus de 12 ans. Ses interventions en séances publiques dressent le portrait d’un élu soucieux des problèmes du monde rural. Le 27 novembre 1963, il attire l’attention du Gouvernement sur les difficultés des pays de montagnes moyenne ou haute, souvent handicapés par des infrastructures de mauvaise qualité et par les lenteurs dont souffre leur raccordement au réseau téléphonique. Il regrette, le 26 novembre 1966, que les espoirs formés au moment de la création des « zones spéciales d’action rurale », en 1960, n’aient été que « partiellement satisfaits ». Mais plus encore que sur les questions agricoles, c’est sur les dossiers éducatifs que le député de la Lozère donne le plus volontiers de la voix. Il s’étonne ainsi que dans un certain nombre de départements, les membres de l’enseignement privé sous contrat perçoivent fréquemment leur traitement « avec des retards de plusieurs trimestres » (26 juillet 1964) ». Les inquiétudes qu’il exprime lors de la discussion du budget de l’Education nationale pour 1965 forment un triptyque qu’on retrouve souvent dans les interventions des élus de départements ruraux dans les années 1960. Pierre Couderc réclame d’abord que « des dérogations soient apportées à la fermeture de certaines écoles » dans des départements « où la densité est faible et la population très répartie », c’est-à-dire dispersée. Le ministre de l’Education nationale Christian Fouchet prévoit en effet à l’époque de fermer « les écoles dont l’effectif est inférieur à seize élèves ». Pierre Couderc insiste ensuite sur les difficultés que pose le ramassage scolaire aux collectivités locales et demande à l’Etat « d’intervenir plus directement pour en assurer l’organisation et l’entier financement ». Il déplore enfin l’excessive sévérité « des commissions chargées d’examiner les dossiers de demandes (…) d’ attribution des bourses aux familles d’agriculteurs » et préconise que ces aides puissent être versées « à partir de l’âge scolaire de six ans » (séance du 29 octobre 1964). Pierre Couderc reprend les mêmes arguments lors de l’examen du budget suivant de l’Education nationale (18 octobre 1965). Le 16 juin 1964, il dépose sur le bureau de l’Assemblée nationale une proposition de loi relative à la couverture de certains «risques » pour les travailleurs non salariés des professions non agricoles. Il est, quelques mois plus tard, rapporteur pour avis d’un projet de loi visant à lutter contre le dopage sportif, encore appelé « doping » à cette époque (15 décembre 1964),
Il autorise la ratification du traité de l’Elysée, qui consacre la réconciliation franco-allemande (13 juin 1963) comme l’encadrement du droit de grève dans les services publics (26 juillet 1963). Il s’abstient volontairement lors du scrutin sur la réforme du mode d’élection des conseillers municipaux (17 juin 1964), et soutient la loi qui substitue au service militaire un service « national » comprenant deux volets civils : l’aide technique et la coopération (29 mai 1965).
La candidature du centriste Jules Clavel ne compromet pas la réélection de Pierre Couderc comme député de la 1ère circonscription de la Lozère en mars 1967. Face au communiste Marcel Brès et au socialiste Jean Massador, qui seraient également ses adversaires de gauche en 1968 et 1973, il s’impose en effet dès le 1er tour avec 52,8% des suffrages exprimés.
Vice-président de l’Association nationale de défense des régions insuffisamment développées depuis mai 1964, le médecin lozérien est très engagé en faveur du maintien d’un encadrement scolaire susceptible de freiner la désertification rurale dans les années 1960 et 1970. Il imagine par exemple de transformer en « collèges climatiques » les collèges d’enseignement général créés suite à la loi Berthoin du 6 janvier 1959, mais dont les effectifs se révéleraient insuffisants, en zone de haute ou moyenne montagne (31 mai 1967). Le 9 novembre 1967, Pierre Couderc remplace le député de la Moselle Maurice Schnebelen comme rapporteur pour avis du budget du ministère des Affaires culturelles pour 1968. Il ne vote pas la motion de censure destinée à protester contre le recours aux ordonnances pour légiférer en matières économique et sociale, le 9 juin 1967.
Investi par les Républicains indépendants et les gaullistes de l’UDR, le maire de Saint-Etienne du Valdonnez fait quelques concessions à l’actualité politique nationale dans sa profession de foi pour les élections législatives de juin 1968. Il y écrit en effet que les événements du mois de mai précédent « ont mis en danger l’unité nationale, les libertés des Français et la civilisation même » et appelle les électeurs à « choisir ceux qui savent défendre l’ordre et la liberté ». Cette invite est entendue par 68,4% d’entre eux dans la 1ère circonscription de la Lozère, le 23 juin 1968.
Pierre Couderc appartient à 7 commissions mixtes paritaires chargées d’élaborer des compromis entre le Sénat et l’Assemblée nationale sur des textes votés en termes différents dans l’une et l’autre des Chambres, entre 1969 et 1972. Les lois concernées ont trait à l’enseignement, aux questions sanitaires et médicales et au statut de la Radiodiffusion-télévision française. Il prend la parole à 6 reprises en séances publiques au cours de la 4ème législature. C’est d’abord en tant qu’élu d’un département pauvre, rural et enclavé qu’il s’exprime au Palais-Bourbon. Il défend l’idée d’une liaison Méditerranée-Massif central-Paris qui passerait par la Lozère et souhaite que, dans un premier temps, des crédits supplémentaires soient affectés aux travaux sur « la route nationale n°9 qui, de Clermont-Ferrand à Béziers, constitue un axe très fréquenté » (4 novembre 1970). La discussion du projet de loi portant approbation du VIème Plan de développement économique et social lui permet de réclamer le maintien en activité de la ligne de chemin de fer entre Le Monastier-sur-Gazeille (Haute-Loire) et La Bastide-Puylaurent (Lozère), « seul moyen de circulation pour toute une partie de la Lozère pendant les mois d’hiver » (17 juin 1971).
Le parlementaire lozérien vote la loi d’orientation sur l’enseignement supérieur (10 octobre 1968), comme la loi dite « anti-casseurs » (4 juin 1970). Il approuve les termes des déclarations de politique générale de Jacques Chaban-Delmas, les 15 octobre 1970 et 24 mai 1972, et se montre favorable à la création des régions (27 avril 1972).
Pierre Couderc a abandonné son mandat de maire de Saint-Etienne-du-Valdonnez pour celui de conseiller municipal de Mende en mars 1971. L’élection législative de mars 1973 est la plus difficile de toutes celles auxquelles il devait participer pendant ses années de vie publique. Soutenu par l’UDR et les Républicains indépendants, il est cependant confronté à une double offensive de son ancien suppléant Adrien Durand, implanté au nord-est de la circonscription et investi par le Centre démocratie et progrès, et du maire de Mende Henri Trémolet de Villers, ancien député, investi par le Centre national des Indépendants et paysans (CNI). Il devance nettement ses adversaires en obtenant 34,5% des voix au 1er tour, contre 19,3% pour Adrien Durand, 18,4% pour le socialiste Jean Massador et 16,1% pour Henri Trémolet de Villers. Le scrutin décisif permet à Pierre Couderc de retrouver son siège dans le cadre d’une triangulaire grâce au soutien de 42,5% des électeurs. 30,5% des suffrages exprimés vont à Jean Massador et 27% à Adrien Durand.
Pierre Couderc quitte la Commission des affaires culturelles, familiales et sociales –et sa Vice-présidence- au printemps 1975. Il rejoint alors la Commission de la production et des échanges. Il se distingue en interrompant à plusieurs reprises le discours farouchement hostile à l’avortement de son collègue Pierre Bas lors de la séance publique du 27 novembre 1974. A cette occasion, l’élu de Mende qualifie les arguments du député de Paris de « scandaleux » et use même d’un vocabulaire fleuri pour traduire sa réprobation. Il vote le projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse le 19 décembre 1974.
C’est notamment en qualité de rapporteur pour avis du budget des Territoires d’Outre-mer (TOM) pour 1976, 1977 et 1978 qu’il intervient dans l’hémicycle sous la 5ème législature. Il déplore « l’insuffisance des documents fournis au Parlement, notamment sur les dépenses en capital », qui condamne l’Assemblée nationale et le Sénat, année après année, à examiner ce budget sans en connaître vraiment le détail. Ces dépenses en capital correspondent pour l’essentiel aux crédits du Fonds d’investissement pour le développement économique et social (FIDES), « répartis par un comité directeur qui, institué par la loi du 30 avril 1946, est souverain en la matière ». Or, si « cinq parlementaires –trois députés et deux sénateurs- font partie de ce comité directeur, (…) ils ne sont pas tenus de rendre compte à leurs collègues des décisions du FIDES et celles-ci ne font pas l’objet d’une communication particulière du Parlement », ce que regrette le député de la Lozère (4 novembre 1975). Deux ans plus tard, il commente ce même budget des TOM en constatant que ceux-ci « se réduisent comme peau de chagrin », après l’indépendance des Comores (6 juillet 1975) et du Territoire des Afars et des Issas, devenu République de Djibouti (27 juin 1977). Il porte un jugement sévère sur le choix de l’indépendance fait par ces deux anciens territoires français, estimant qu’ « il satisfait quelques-uns, prompts à s’attribuer des places lucratives, mais ne fait généralement pas l’affaire de la population pour qui la vie est encore plus difficile qu’avant ». Il pose ensuite la question de savoir s’il est « normal » « que les territoires d’outre-mer subissent directement les efforts de compression des dépenses publiques imposées en métropole », pour y répondre par la négative compte tenu de leur « structure économique particulière » (3 novembre 1977).
Pierre Couderc est également, au Palais-Bourbon, un défenseur convaincu de la chasse et de la pêche. Il insiste sur l’attachement de nombreux Français aux activités cynégétiques lors de la séance du 24 avril 1975 : usant d’un vocabulaire littéraire et quelque peu désuet, il affirme « qu’elle est et sera toujours pour des millions d’humains l’un des meilleurs déduits ». Membre des Républicains indépendants, puis du Parti républicain qui leur succède en mai 1977, le député de la Lozère appartient à la majorité des Premiers ministres Pierre Messmer, Jacques Chirac et Raymond Barre. En témoignent son approbation des termes des déclarations de politique générale du 12 avril 1973 (Pierre Messmer) et 6 juin 1974 (Jacques Chirac), ainsi que son soutien au programme du Gouvernement le 28 avril 1977 (Raymond Barre). Il s’exprime en faveur de la réduction du mandat présidentiel à cinq ans (18 octobre 1973), de l’extension de la saisine du Conseil constitutionnel (10 octobre 1974) et de la réforme du divorce (4 juin 1975). Maire de Mende depuis 1977, il connaît une réélection aisée (51,5%) au 1er des élections législatives, le 12 mars 1978. Seul un candidat se revendiquant de la Démocratie chrétienne (5,4%) lui dispute en effet les voix modérées.
Inscrit au groupe de l’Union pour la démocratie française (UDF), Pierre Couderc siège à la Commission de la production et des échanges de l’Assemblée nationale de 1978 à 1981. L’essentiel de son travail parlementaire est désormais consacré aux Territoires d’Outre-mer. Il est le rapporteur de leur budget pour 1979, 1980 et 1981. Les considérations qu’il développe en séances publiques sont volontiers techniques, même s’il continue de regretter le défaut de lisibilité de ce chapitre budgétaire, de nombreux ministères techniques intervenant dans les TOM sans que les crédits qu’ils y déploient figurent dans le budget voté par le Parlement à cet effet. Il émet des votes positifs lors des scrutins relatifs à la déclaration de politique générale de Raymond Barre (20 avril 1978), au nouveau texte relatif à l’interruption volontaire de grossesse (29 novembre 1979) et à la loi dite « sécurité et liberté » (18 décembre 1980).
Le maire de Mende n’est pas candidat au renouvellement de son mandat parlementaire après la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle du printemps 1981. Le président du Conseil général Adrien Durand, déjà suppléant de l’abbé Viallet en novembre 1958 et adversaire de Pierre Couderc en 1973, lui succède comme député de la 1ère circonscription de la Lozère, sous l’étiquette UDF.
Pierre Couderc meurt au printemps 1985, deux ans après avoir quitté la mairie de Mende.

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