Jean Fraissinet

1894 - 1981

Informations générales
  • Né le 22 juin 1894 à Marseille (Bouches-du-Rhône - France)
  • Décédé le 21 mai 1981 à Cogolin (Var - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 30 novembre 1958 au 9 octobre 1962
Département
Bouches-du-Rhône
Groupe
Indépendants et paysans d'action sociale

Biographies

Biographie de la Ve République

FRAISSINET (Jean, Alfred, Louis, Henry)
Né le 22 juin 1894 à Marseille (Bouches-du-Rhône)
Décédé le 21 mai 1981 à Cogolin (Var)

Député des Bouches-du-Rhône de 1958 à 1962

La famille Fraissinet, de confession protestante, migre des Cévennes vers la Hollande, à la révocation de l’Edit de Nantes. A son retour en France, en 1835, elle fonde la compagnie de navigation qui porte son nom. Aussi, le 22 juin 1894, Jean Fraissinet naît-il dans une famille marseillaise dont la profession d’armateur remonte à cinq générations. Son père, Alfred, en est l’héritier. Sa mère, Dorothée, est anglaise, de père suisse. Il accomplit sa scolarité au lycée Périer, à Marseille, avant de rejoindre Paris pour ses études supérieures. Licencié en droit, il est diplômé de l’Ecole libre des Sciences Politiques.
Lorsque la première guerre mondiale éclate, il n’a que dix-huit ans et fait preuve d’un courage remarqué. Engagé volontaire dans la cavalerie, il est affecté aux 6èmes hussards de Saumur puis, tout aussi volontairement, passe dans l’aviation et devient pilote de chasse. Il obtient les grades de lieutenant, puis de commandant l’escadrille S.P.A.172. Il sort du conflit avec sept victoires homologuées. Il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur à titre militaire et Croix de guerre avec 7 palmes et 7 citations à l’ordre de l’armée.
Le 4 janvier 1922, il épouse Marie Fabre, fille du riche armateur Paul-Cyprien Fabre, qui lui donne trois enfants : Roland, né dix mois plus tard ; Nadine, en 1926, et Régis, en 1931. Jean Fraissinet succède à son père à la tête de la compagnie familiale, qui devient, sous le même pavillon, la Compagnie de navigation Fraissinet et Cyprien Fabre, et préside également la compagnie de navigation Paquet. Simultanément, il cumule un grand nombre de fonctions au sein de sociétés d’armateurs. Jusqu’en 1927, il est administrateur des Chargeurs réunis. En peu de temps donc, Jean Fraissinet réunit, en en prenant la direction unique, ces trois vieux armements marseillais qui, dans le passé, s’étaient livrés à une vive concurrence. Il exerce également les fonctions d’administrateurs à la Transatlantique, à Air France et à l’Aérospatiale, jusqu’en 1942. Il assume aussi la présidence des chantiers de Port de Bouc, entre 1927 et 1945 ; il est également administrateur des forges, des chantiers de la Méditerranée et des chantiers de Bretagne. Fort de cette expérience, il administre la société marseillaise de trafic maritime et préside le conseil de surveillance de la société Chambon, dans la cité phocéenne. Enfin, il est administrateur des raffineries de sucre de Saint-Louis à Marseille, de la compagnie Delmas-Vieljeux et de la compagnie franco-chérifienne de navigation.
En 1931, il se lance dans le journalisme, comme rédacteur et patron de presse. Il prend d’abord le contrôle de Marseille-Matin, fondé par le futur porte-parole marseillais du Parti Populaire Français (PPF), Simon Sabiani. Le second conflit mondial conditionne et marque durablement les initiatives de Jean Fraissinet dans la presse et en politique. A la suite de son engagement dans l’aviation en 1939, il est nommé, après l’armistice, membre du Conseil national de Vichy, et appartient à la Légion française des combattants jusqu’en 1942, alors que la parution de son journal continue. Il est fait commandeur de la Légion d’honneur. Arrêté et emprisonné en 1944 pour son passé pétainiste – le Commissaire de la République à Marseille est alors Raymond Aubrac -, Jean Fraissinet est assigné à résidence durant une année, puis reprend ses activités de patron de presse. Il rachète Le Méridional et La France du Sud-Est, quotidiens de la droite marseillaise, nés à la Libération, qu’il fusionne en janvier 1953, pour en faire le titre de presse en directe concurrence avec Le Provençal de Gaston Defferre et La Marseillaise, fondée par les communistes phocéens. Son activité professionnelle d’armateur n’est pas réduite pour autant. Aux fonctions qu’il détient dans les conseils d’administration de très nombreuses compagnies viennent s’ajouter ses conseils donnés à Air Maroc et Air Algérie.
Président du syndicat marseillais des armateurs de la marine marchande, vice-président du Comité central des armateurs de France jusqu’en 1949, propriétaire et directeur du quotidien Le Méridional – La France, Jean Fraissinet est alors un notable puissant et l’adversaire le plus sérieux du directeur du Provençal, au plan de l’entreprise de presse et, par suite, au plan politique. Seul l’anticommunisme municipal commun aux deux hommes permettra de les réunir de temps à autre, notamment dans le bureau du préfet Baylot, proche de la SFIO, ou à l’occasion des élections de 1953 qui font de Gaston Defferre le premier magistrat de Marseille. Jean Fraissinet s’engage cependant assez tardivement en politique, dans le sillage d’Henry Bergasse, ministre des anciens combattants et des victimes de guerre du cabinet de René Mayer. Il a soixante-et-un ans passés, lorsqu’il est candidat aux élections législatives partielles à Marseille, en février 1958. Battu, il tient sa revanche quelques mois plus tard, à l’occasion du premier scrutin législatif de la Cinquième République. Représentant de l’Union pour le renouveau français, de l’Union nationale et de la rénovation républicaine, il se présente dans la deuxième circonscription des Bouches-du-Rhône, celle qui regroupe les quartiers du sud-est de la ville, rassemblant le chic huitième arrondissement, autour du Prado et du parc Borély, le neuvième arrondissement, plus populaire, des quartiers de Mazargues et de Bonneveine, et une partie du sixième arrondissement, plus hétérogène socialement. Il retrouve, face à lui, le conseiller général socialiste, Daniel Matalon, principal adversaire de Gaston Defferre au sein de la SFIO marseillaise, allié aux communistes, et dont Jean Fraissinet n’a pas hésité à financer la campagne municipale lors du scrutin de 1965. Il devance son concurrent socialiste de 8 000 voix, en obtenant plus de 24 000 suffrages des 50 800 exprimés.
A l’Assemblée nationale, Jean Fraissinet souhaite n’être qu’apparenté à un groupe politique, celui des Indépendants et paysans d’action sociale (I.P.A.S.), ce qui est largement conforme à son caractère. Son activité parlementaire est particulièrement soutenue, au cours des quatre années de la première législature. Fait rare pour un député nouvellement élu, il obtient avec succès d’être nommé membre de la commission des finances, de l’économie générale et du plan. Il y demeurera jusqu’à la fin de son mandat. Il appartient, par ailleurs, à plusieurs commissions spéciales, commissions mixtes paritaires (C.M.P.) et comités, dont celui, qui n’est pas sans lien avec sa profession, visant à examiner les comptes de la marine. De surcroît, les trois rapports qu’il présente au nom de la commission des finances renforcent ce lien visiblement recherché, par cet armateur, entre politique et marine : il rapporte sur les dépenses militaires, section marine, pour le budget de 1960, et sur les crédits du ministère des armées, même section, pour les budgets de 1961 et 1962.
Dans le cadre de ces discussions budgétaires, Jean Fraissinet n’aura de cesse d’orienter son propos dans la même direction, se faisant le premier défenseur de la Marine et de la Marine marchande. Fondée sur la comparaison avec les moyens bien supérieurs à la France octroyés à leur flotte nationale par les autres pays européens, la démarche du député des Bouches-du-Rhône s’attache à mettre en évidence ce qu’il considère comme la faible part du budget de la marine, en constante baisse, au regard de celui des armées, à l’heure où la marine pourrait prendre une place considérable dans une éventuelle guerre atomique, et au moment où, selon l’élu marseillais, la France devrait associer plus étroitement la Marine à la guerre en Algérie. De cette constatation qu’il aime à répéter, Jean Fraissinet en arrive à la défense de la construction d’un sous-marin atomique chasseur de sous-marins, de préférence à celle du sous-marin lanceur d’engins plus coûteux, fût-ce à titre expérimental. Il procède de manière tout aussi offensive dans la défense qu’il apporte à la marine marchande et à ses ressources budgétaires, dont il est le rapporteur spécial pour la commission des finances. A partir du constat de l’incompréhension de l’opinion publique vis-à-vis de la situation de la marine marchande, il explique les causes des difficultés que traverse alors ce secteur - crise internationale, départ de la France des territoires d’Outre-mer, coût élevé du pavillon français -, et souhaite que l’Etat définisse une politique en la matière. Son constat le conduit à suggérer des solutions qui peuvent apparaître comme particulièrement liées à la profession qu’il ne cesse d’exercer simultanément à son mandat parlementaire. En effet, en critiquant les conditions d’exploitation de l’armement naval, il regrette que l’Etat privilégie l’attribution des subventions aux compagnies dites d’intérêt national, ainsi qu’aux sociétés d’économie mixte, condamnant ainsi l’arrêt décrit comme « regrettable » des commandes de la Nation à l’industrie privée. En corollaire, ce membre du Conseil supérieur de la Marine marchande manifeste son mécontentement au regard de la définition par l’Etat des lignes d’intérêt général ou national, et regrette que la réglementation du droit de grève dans ce secteur d’activités ne soit pas plus claire. Enfin, Jean Fraissinet a continuellement défendu la question des invalides de la marine, en en promouvant un établissement national et une caisse des retraites qui y serait rattachée. Au total, il aura défendu quatre amendements, dont deux retirés, aura fait un rappel au règlement, aura proposé un article additionnel et posé une question orale au ministre des travaux publics et des transports.
Intéressé aussi par les questions ultramarines – l’économie de la Banane dans les DOM – TOM - et de coopération avec l’Afrique noire – Mali, Cameroun, Togo -, Jean Fraissinet, qui est aussi nommé membre du Sénat de la Communauté, le 21 octobre 1959, doit à ses prises de position vis-à-vis de la politique algérienne du général de Gaulle, la fin de sa courte carrière parlementaire. Fidèle jusqu’au-bout à une Algérie française, conviction renforcée notamment sur les déclarations faites par le Premier ministre Michel Debré en septembre 1957 sur « l’illégitimité d’un abandon de l’Algérie », il soutient le combat de l’Organisation de l’Armée secrète (OAS), ce qui lui vaut une inculpation, et combat la politique d’autodétermination en Algérie, dans des éditoriaux enflammés.
Durant son mandat de député, Jean Fraissinet ne marque pas vraiment de nette approbation pour la politique menée par le gouvernement de Michel Debré. S’il vote en faveur du programme du Premier Ministre, le 16 janvier 1959, il s’abstient volontairement lors du vote sur la déclaration de politique générale du 15 octobre suivant. Il contribue à l’adoption du projet de loi sur l’enseignement privé, le 23 décembre 1959, mais rejette le texte que le gouvernement propose sur les pouvoirs spéciaux, le 2 février 1960. Il agit de même, le 11 mai suivant, sur la réforme constitutionnelle. Le 27 avril 1962, lors de la présentation du programme du gouvernement de Georges Pompidou, il s’abstient et, le 4 octobre de la même année, fait partie de ceux qui adoptent la motion de censure qui contribue à la chute du gouvernement.
La conséquence directe de son attitude qu’il n’a jamais souhaitée voir transiger avec ses convictions personnelles est la présence d’un candidat gaulliste contre lui, lors du scrutin législatif de l’automne 1962, à la suite de la dissolution de l’Assemblée nationale. Arrivés en deuxième position au premier tour, à seulement mille voix d’avance sur Yves Le Tac, représentant de la majorité présidentielle, Jean Fraissinet et son nouveau suppléant, le journaliste Marcel Greffeuille, se maintiennent au second, en gagnant quelques dizaines de voix. En agissant ainsi, ils contribuent à la défaite du candidat du général de Gaulle, et à la victoire du socialiste Daniel Matalon, vers lequel les voix communistes du métallurgiste Georges Lazzarino se sont complètement reportées.
Jean Fraissinet, qui s’est remarié en 1962, à la suite du décès de sa première épouse, quitte progressivement la vie politique, sans renoncer à ses multiples activités professionnelles. Après un premier ouvrage intitulé Regards sur l’Afrique noire, il publie ses Mémoires, en 1968, au titre plus qu’évocateur en cette année-phare pour le pouvoir gaulliste : Au combat à travers deux guerres et quelques révolutions. Jean Fraissinet s’éteint le 21 mai 1981, quelques jours après la victoire de François Mitterrand à la Présidence de la République, et l’installation de son ancien rival Gaston Defferre au ministère de l’Intérieur. A Marseille, seul Jean-Claude Gaudin, député des Bouches-du-Rhône et chef de file de l’opposition municipale, rend un hommage soutenu à la mémoire de son ancien collègue, qu’il avait côtoyait aux Républicains indépendants, et duquel il avait gardé l’image de « cet homme qui parlait haut et clair de la France, de son âme, de son drapeau ». Jean Fraissinet avait quatre-vingt-six ans.




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