Modibo Keita

1915 - 1977

Informations générales
  • Né le 4 juin 1915 à Bamako (Mali)
  • Décédé le 16 mai 1977 à Bamako (Mali)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 2 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Soudan
Groupe
Union démocratique et socialiste de la Résistance et du RDA
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 9 décembre 1958 au 15 juillet 1959
Département
Soudan

Biographies


Né le 4 juin 1915 à Bamako (Soudan français)

Décédé le 17 mai 1977 à Bamako (République du Mali)

Député du Soudan de 1956 à 1958

Secrétaire d'Etat à la France d'outre-mer du 17 juin au 6 novembre 1957

Secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil du 18 novembre 1957 au 14 mai 1958

Né à Bamako dans une famille musulmane de race malinké, fils d'un fonctionnaire de l'administration coloniale, diplômé de l'école primaire supérieure de Bamako puis de l'école normale William Ponty de Dakar, Modibo Keita a d'abord exercé le métier d'instituteur au Soudan, au lendemain de la Seconde guerre mondiale, il est cofondateur de l'Union soudanaise qui adhère en 1946, au Congrès de Bamako, au Rassemblement démocratique africain (RDA). Considéré par l'autorité française comme un dangereux opposant, il est interné quelques mois. Mais il est élu, en 1948, à l'Assemblée territoriale du Soudan, dont il devient vice-président, et, en octobre 1953, à l'Assemblée de l'Union française qui le désigne comme président de la Commission du plan d'équipement. Entre temps, il a suivi Félix Houphouët-Boigny dans la voie du rattachement du RDA à l'UDSR de René Pleven et François Mitterrand.

Aux élections législatives du 2 janvier 1956, Modibo Keita est élu en second sur la liste de l'Union soudanaise conduite par Mamadou Konaté. Elue au collège unique et à la proportionnelle, cette liste devance largement (215 419 voix contre 161 911 sur 433 000 suffrages exprimés) la liste du Parti progressiste soudanais, proche de la SFIO, menée par Dabo Sissoko, qui obtient néanmoins les deux autres sièges.

Nommé membre des commissions des affaires économiques, de l'éducation nationale et du suffrage universel, Modibo Keita est élu secrétaire de cette dernière. Il vote la confiance au gouvernement Mollet le 31 janvier 1956 mais ne prend pas part au vote des pouvoirs spéciaux en Algérie le 12 mars. Le 2 juin, il est élu vice-président de l'Assemblée nationale, succédant à Mamadou Konaté décédé le 11 mai. Il préside notamment, avec autorité et habileté, les débats des séances des 2 et 3 février 1957 qui voient l'adoption des décrets d'application de la loi-cadre Defferre du 23 juin 1956.

Après la chute du gouvernement Mollet, Modibo Keita est nommé secrétaire d'Etat à la France d'outre-mer, plus spécialement chargé des affaires économiques, dans le cabinet Bourgès-Maunoury. Il donne sa démission de vice-président le 20 juin 1957. Maire de Bamako depuis 1956, il remporte aisément les élections territoriales du Soudan en 1957 et il est porté à la présidence du Grand conseil de l'Afrique occidentale française. Le 16 novembre, il devient secrétaire d'Etat à la présidence du Conseil dans le cabinet Félix Gaillard, sans attributions précises. Il n'hésite pas à mettre à mal la solidarité gouvernementale en critiquant publiquement à Bamako, début mars 1958, devant le ministre de la France d'outre-mer Gérard Jacquet, la lenteur de la France à réaliser la Communauté franco-africaine.

Modibo Keita vote l'investiture du général de Gaulle le 1" juin et la loi des pleins pouvoirs le 2 juin. Rallié avec Houphouët-Boigny à la Communauté franco-africaine, il fait campagne pour le « oui » lors du référendum du 27 septembre 1958. Mais il se sépare du leader ivoirien en refusant la balkanisation de l'Afrique française. Favorable à une voie fédéraliste, il se tourne vers les dirigeants de Dakar pour former une Fédération du Mali unissant le Sénégal et le Soudan. Cette éphémère fédération (janvier 1959-août 1960) éclate à la suite d'un différend avec Léopold Sédar Senghor. Devenu président de la République du Mali en 1961, Keita engage son pays sur la voie d'un socialisme bureaucratique et autoritaire, de plus en plus assisté par les pays de l'Est. En novembre 1968, il est renversé par un coup d'Etat militaire et remplacé par le lieutenant Moussa Traoré. Longtemps interné, il meurt le 17 mai 1977 à Bamako.



KEITA (Mamadou, dit Modibo)
Né le 4 juin 1915 à Bamako (Soudan français)
Décédé le 16 mai 1977 à Bamako (Mali)

Député du Soudan de 1956 à 1959
Secrétaire d’Etat à la France d’Outre-Mer du 17 juin au 6 novembre 1957
Secrétaire d’Etat à la Présidence du Conseil du 18 novembre 1957 au 14 mai 1958

(Voir première partie de la biographie dans le Dictionnaire des parlementaires français (1940-1958), tome 4, p. 431 et 432)

Membre du Rassemblement démocratique africain (RDA), Modibo Keita se situe sur une ligne plus radicale que son président Félix Houphouët-Boigny dans les dernières années de la IVème République. Secrétaire d’Etat à la présidence du Conseil dans le cabinet Félix Gaillard, il se méfie des gaullistes qui participent à la déstabilisation du régime au nom de « la plus grande France » et ne cache pas ses réticences au moment où s’élabore la Constitution de la Vème République. A l’été 1958, il ne fait pas le choix du « non » au référendum du 28 septembre 1958, quoique proche d’Ahmed Sékou Touré. Le Soudan français, contrairement à la Guinée, approuve les nouvelles institutions, et intègre donc la Communauté à cette date.
L’ordonnance du 17 octobre 1958 dispose que les parlementaires des territoires d’Outre-mer qui ont rejoint la Communauté voient leur mandat prolongé, en attendant que de nouvelles élections législatives soient organisées. Elu en 1956, Modibo Keita est donc autorisé à siéger à l’Assemblée nationale comme ses collègues, élus de Madagascar ou des anciennes colonies d’AOF ou d’AEF. Il ne s’inscrit à aucun groupe et ne prend pas la parole dans l’hémicycle entre la fin 1958 et juillet 1959. A cette date, il cesse d’appartenir au Parlement français.
Parmi les nouveaux leaders d’Afrique occidentale, Modibo Keita s’affirme comme un fédéraliste convaincu à la fin des années 1950. Il souhaite en effet que les Etats autrefois unis sous le nom d’AOF puissent continuer à former une entité commune, laquelle fonctionnerait à la manière d’« Etats-Unis d’Afrique de l’Ouest », dans une perspective ouvertement panafricaine. Ses positions rejoignent alors celles de Léopold Sédar Senghor, qui n’appartient pourtant pas au RDA. Le débat entre « fédéralistes » et « anti-fédéralistes » oppose surtout les deux anciennes colonies les plus riches d’Afrique de l’Ouest à la veille des indépendances. Le Sénégal, où est située l’ancienne capitale de l’AOF, souhaite un avenir fédéral, quand une Côte d’Ivoire qui se vit depuis longtemps comme dominée insiste, par la voix de Félix Houphouët-Boigny, pour que chaque Etat suive son propre chemin. Pour conjurer la division de l’Afrique occidentale, le Dahomey, la Haute-Volta, le Sénégal et le Soudan français s’accordent sur un projet de Constitution commune à Dakar, le 17 janvier 1959. Le général de Gaulle est réservé, voire hostile à ce projet : beaucoup estiment à cette époque que l’émiettement de l’Afrique francophone est une garantie d’influence pour l’ancienne métropole. Très vite, le Dahomey et la Haute-Volta se retirent du projet fédéral, qui évolue vers un face à face sénégalo-soudanais. Le 4 avril 1959, Modibo Keita est porté à la tête du gouvernement commun, même si la Fédération du Mali n’est formée qu’ultérieurement, avec les accords d’indépendance d’avril 1960. Ce nouvel Etat prend le nom d’un empire musulman formé par les Mandingues du XIIIe au XVIIème siècle et dont les villes principales étaient Tombouctou, Djenné et Gao. L’exécutif en est situé à Dakar et Léopold Sédar Senghor en préside l’Assemblée fédérale.
La Fédération du Mali se trouve menacée dès le printemps 1960. Outre les différences de tempérament et de formation qui opposent Keita à Sédar Senghor, les deux leaders ne partagent pas les mêmes analyses quant à l’avenir de l’Afrique occidentale. Pour Modibo Keita, la Fédération du Mali représente une étape vers un Etat unitaire, qui pourrait mener une politique d’africanisation des cadres à l’intérieur et chercherait à se dégager de l’influence française à l’extérieur, quitte à soutenir des mouvements indépendantistes comme le FLN algérien. Les autorités maliennes auraient vocation à porter le projet d’un grand marché africain avec une zone monétaire commune qui ne se réduirait pas aux anciennes AOF et AEF. Les responsables politiques sénégalais, également attachés à la Fédération du Mali, plaident en revanche pour le maintien de relations « amicales » ou « fraternelles » avec l’ancienne puissance colonisatrice. Ils ressentent plus nettement l’identité et la spécificité de l’Afrique francophone face aux leaders du panarabisme comme Nasser ou aux pays de langue anglaise. L’élection du président de la Fédération du Mali étant prévue pour la fin août 1960, Léopold Sédar Senghor, « candidat naturel », se voit alors récusé par les panafricanistes les plus convaincus. La désignation du chef d’état-major des armées fédérales provoque un autre blocage à l’été 1960 : le ministre de la Défense Mamadou Dia, par ailleurs président du Conseil du Sénégal, refuse à cette date d’entériner la nomination décidée par Modibo Keita, chef du gouvernement malien. Le 21 août 1960, après deux jours de crises, ce dernier quitte Dakar, où une partie des forces de l’ordre ne reconnaît plus son autorité. Le 22 septembre 1960, Modibo Keita reconnaît l’éclatement de la Fédération en proclamant l’indépendance du Mali : le Soudan français garde en effet le nom de l’ancienne entité formée avec le Sénégal.
Dans les années 1960, le prestige de Modibo Keita en Afrique et dans le monde est sans commune mesure avec la taille ou le poids économique de son pays, un des plus pauvres du monde. Il reçoit notamment le prix Lénine de la paix en 1963. La politique menée par le chef de l’Etat –qui assume également les fonctions de ministre des Affaires étrangères- vaut comme un archétype du « premier socialisme africain ». Soucieux d’assumer pleinement son indépendance, le Mali exige le départ des troupes françaises regroupées sur la base de Kali, près de Bamako, en janvier 1961, en solidarité avec le FLN algérien, puis reconnaît le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) en février. La rupture avec le Sénégal incite Modibo Keita à se rapprocher de la Guinée et du Ghana. En mai 1961, il fonde l’Union des Etats africains progressistes avec les chefs de l’Etat Sékou Touré et N’Krumah : les trois pays forment avec l’Egypte et le Maroc ce « groupe de Casablanca » qui tient une discours « non aligné » dans le contexte africain. En septembre 1961, le Mali participe à la Conférence des non-alignés à Belgrade. Un même souci d’émancipation par rapport à Paris pousse Modibo Keita à créer le franc malien en juillet 1962 ; son pays quitte l’Union monétaire ouest-africaine. Le président malien fait cependant preuve de pragmatisme dans sa relation à la France et veille à ne jamais rompre définitivement les liens avec le général de Gaulle ou ses conseillers. La politique étrangère de la France recueille son assentiment dans les années 1960.
A partir de 1961, le président Keita entend conduire son pays sur la voie du développement par la voie socialiste. Il lance un premier plan quadriennal en octobre 1961 et crée un ministère de la coordination économique et du plan un an plus tard. L’objectif est d’atteindre les 8% de croissance annuelle en modernisant l’agriculture et grâce à une industrialisation volontariste. Ces réformes économiques s’accompagnent d’un important effort en faveur de l’enseignement, alors que le taux de scolarisation des enfants soudanais était un des plus faibles d’Afrique occidentale à l’époque coloniale. Le grand dessein de Modibo Keita rencontre cependant de nombreuses résistances chez les Touaregs et jusqu’au sein du parti unique, l’Union soudanaise-Rassemblement démocratique africain (USRDA). Les succès obtenus sur la scène internationale - accords de coopération avec la Chine populaire à l’automne 1962, participation au congrès fondateur de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en mai 1963, médiation entre le Maroc et l’Algérie qu’oppose la « guerre des sables » en octobre 1963, visite du président Keita en URSS en octobre 1965 - ne font pas oublier aux Maliens l’inflation et la pénurie. L’échec de la socialisation appelle deux réactions de la part des autorités maliennes. Elles cherchent tout d’abord à rompre l’isolement économique du pays. Le rapprochement opéré avec le Sénégal à partir de juin 1963 permet à nouveau au Mali, pays enclavé, d’exporter ou d’importer à partir de Dakar. En février et décembre 1967, des accords de coopération prévoient en outre la réintégration du pays au sein de l’Union monétaire ouest-africaine, après consolidation de la dette malienne par la France. Modibo Keita estime que le projet d’économie socialiste s’enlise en raison des divisions internes à l’USRDA ou des résistances au sein de la population. Son échec se traduit donc dans le même temps par un durcissement du régime et une multiplication du contrôle qu’il entend exercer sur la société malienne. En septembre 1962, une milice populaire, un service civique obligatoire et des brigades de vigilance sont créés. Le 1er mars 1966, un Comité national de défense de la révolution est mis en place, qui se substitue au bureau politique national de l’USRDA en août 1967. C’est à cette époque que la décision de lancer un mouvement de « révolution active » sur le modèle de la révolution culturelle chinoise est sans doute prise par Modibo Keita. L’opération consiste à épurer le parti unique en incitant ses cadres à l’autocritique, sous la pression de la jeunesse de l’USRDA et du syndicat unique du Mali. En janvier 1968, Modibo Keita décide même de dissoudre l’Assemblée nationale pour reporter sine die toute nouvelle élection et gouverner par ordonnances.
Le 19 novembre 1968, Modibo Keita est renversé par une junte militaire de quatorze officiers où se détachent les personnalités de Yoro Diakité et de Moussa Traoré. L’ancien chef de l’Etat, emprisonné à Kidal, dans le nord-est du pays, en pleine zone de rébellion touareg, connaît des conditions de détention très éprouvantes. Sa libération est évoquée à plusieurs reprises dans les années 1970, notamment à l’occasion d’accords de coopération ou lors de la visite du président Valéry Giscard d’Estaing au Mali. En mai 1977, un communiqué de la radiodiffusion malienne annonce officiellement la mort à Bamako de l’ancien ministre de Maurice Bourgès-Maunoury et de Félix Gaillard. Les conditions en semblent suspectes, même si les autorités évoquent un œdème pulmonaire.
Le président Keita est réhabilité au début des années 1990 par les dirigeants du Mali. Un mémorial lui est désormais dédié à Bamako, ville dont il fut le maire à la fin de la IVème République.

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