Antoine, Martin Sérafini

1900 - 1964

Informations générales
  • Né le 10 novembre 1900 à Ajaccio (Corse-du-Sud - France)
  • Décédé le 28 février 1964 à Ajaccio (Corse-du-Sud - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Corse
Groupe
Rassemblement du peuple français
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 25 novembre 1962 au 28 février 1964
Département
Corse
Groupe
Union pour la nouvelle République-UDT

Biographies

SERAFINI (Antoine, Martin)
Né le 10 novembre 1900 à Ajaccio (Corse-du-Sud)
Décédé le 28 février 1964 à Ajaccio

Député de Corse de 1951 à 1955

Fils de Pierre Serafini, maçon, et de Livia Pernici, sans profession, Antoine Serafini obtient un diplôme d’ingénieur à la faculté des sciences de Marseille puis s’installe à Ajaccio, rue Bonaparte, avec sa femme, Gracieuse Appietto, épousée en 1928. Leur fils naît trois ans plus tard. Il devient architecte en chef du département de la Corse. Pendant la seconde guerre mondiale, il rejoint la résistance, sert comme capitaine des Forces françaises libres (FFL), puis devient l’adjoint du chef du réseau Action R2 Corse. Il est arrêté, déporté et condamné à vingt-quatre ans de réclusion par les Italiens. Ses engagements lui valent la croix de guerre 1939-1945, la médaille des évadés et la médaille de la Résistance.
Professionnellement, ses fonctions d’architecte départemental l’amènent à la présidence de l’office national des HLM. Il siège également au conseil régional de l’ordre des architectes de la circonscription d’Aix-en-Provence.
Aux élections municipales de 1947, il figure sur une liste habilement composée de gaullistes du Rassemblement du peuple français (RPF) et de bonapartistes du Comité central bonapartiste, ce qui lui permet d’être élu conseiller municipal en se présentant « comme un fidèle du général de Gaulle, sans que l’admiration qu’il voue à l’Empereur soit altérée » (Leetitia Secondi). Moins de deux ans plus tard, une crise municipale due aux dissensions au sein du vieux parti bonapartiste provoque de nouvelles élections et le 7 janvier 1949, Antoine Serafini est élu maire d’Ajaccio. En 1951, alors qu’il n’est toujours pas officiellement adhérent du RPF, il réussit à s’imposer devant Henri Maillot, a priori mieux placé que lui pour conduire la liste RPF aux élections législatives de juin, en raison de son rôle dans la Résistance et de sa parenté avec de Gaulle. Le voyage du général de Gaulle acclamé à Ajaccio le 7 juin et la division des partis traditionnels contribuent au succès de la liste RPF qui obtient 22 294 voix, soit un quart des suffrages : Antoine Serafini est élu député. Il s’inscrit au groupe RPF, devenu groupe d’Union républicaine d’action sociale (URAS) en 1953. Entre-temps, il s’est fait élire conseiller général d’Ajaccio en octobre 1951. La même année, il devient conseiller national du RPF, réélu en 1952.
Au Palais-Bourbon, Antoine Serafini est un député extrêmement actif. Il appartient à deux commissions, celle des moyens de communication et du tourisme (1951-1952 ; 1953-1955) et celle de l’intérieur (1951-1952 ; 1953-1955) dont il exerce la vice-présidence en 1953-1954. Il est secrétaire de la première commission précitée de 1951 à 1952 et de 1954 à 1955. Il est également membre suppléant de la commission des immunités parlementaires (1954-1955). En cinq ans, il ne présente pas moins de neuf propositions de résolution, quatorze propositions de loi et six rapports – dont deux portent sur un projet de loi - au nom de la commission de l’intérieur. Ses interventions dans les débats sont très fréquentes : il prend la parole à seize reprises. Il est rapporteur pour avis par deux fois (14 novembre et 14 décembre 1953) et remplit les fonctions de rapporteur du projet de loi relatif à l’intégration des fonctionnaires français des cadres tunisiens dans les cadres métropolitains (8 juillet 1955). L’essentiel de son travail parlementaire concerne la Corse et les Corses ; ainsi, il réclame des crédits pour les sinistrés des calamités atmosphériques, un plan de développement économique de l’île de Beauté, avec notamment un important volet forestier, et il plaide pour qu’une prime d’insularité soit accordée aux fonctionnaires en Corse. Il défend, au total, douze amendements et un article additionnel.
Lors des grands scrutins à l’Assemblée nationale, ses choix sont ceux de la majorité des gaullistes du RPF. Il approuve la loi Barangé (10 septembre 1951), il rejette le plan Schuman instituant la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier (CECA - 11 décembre 1951) ; il s’abstient lors de l’investiture du gouvernent Pinay (6 mars 1952) ; il ne vote pas l’investiture de Pierre Mendès France (17 juin 1954). Il refuse la Communauté européenne de défense (CED, 30 août 1954) et n’accorde pas sa confiance à Pierre Mendès France, le 5 février 1955.
En 1956, pour les élections législatives du 2 janvier, il conduit la liste des républicains sociaux mais, avec 11 048 voix sur 90 160 suffrages exprimés, malgré l’apparentement avec la liste radical-socialiste et la liste modérée, il perd le siège. La défaite est rude : les gaullistes ont perdu la moitié de leurs voix depuis 1951. Pourtant, cet échec ne met pas un terme à la carrière de Serafini. Réélu au conseil municipal d’Ajaccio en 1953, sous l’étiquette « bonapartiste-RPF », il doit cependant céder la mairie à une coalition conduite par un autre bonapartiste, le docteur Maglioli. En mai 1958, il est un des animateurs du Comité de salut public d’Ajaccio avec Maillot, Fieschi et Arrighi. Non candidat aux premières élections législatives de la Cinquième République en 1958, Serafini se présente à celles de 1962. Il est réélu le 25 novembre. Mais l’élection est invalidée le 5 février 1963. Cependant, le député gaulliste retrouve son siège le 31 mars, pour peu de temps. Il meurt le 28 février 1964.

SERAFINI (Antoine, Martin)
Né le 10 novembre 1900 à Ajaccio (Corse)
Décédé le 28 février 1964 à Ajaccio

Député de la Corse de 1951 à 1955 et de 1962 à 1964

(Voir première partie de la biographie dans le Dictionnaire des parlementaires français (1940-1958) tome 6, à paraître )

Antoine Sérafini siège toujours au conseil municipal d’Ajaccio en 1958, mais ne détient plus d’autre mandat. Il reste fidèle au Comité central bonapartiste (CCB) jusqu’à sa mort : dans la préfecture de Corse, cette affiliation n’implique aucun attachement particulier aux institutions impériales, depuis que les bonapartistes y ont officiellement rallié la République, en 1910. Le CCB peut y être considéré comme un parti municipal, où le souvenir napoléonien s’identifie à la défense des intérêts de la ville. Antoine Sérafini appartient au Comité de salut public d’Ajaccio en mai 1958. Il y côtoie le gaulliste Henri Maillot ou le député sortant Pascal Arrighi.
L’ancien premier magistrat accueille le retour au pouvoir du général de Gaulle le 1er juin 1958 avec un mélange d’enthousiasme et de soulagement. Il approuve naturellement la Constitution de la Vème République, mais ne se présente pas aux élections législatives de novembre 1958. Dans la première circonscription de Corse, où se trouve la ville d’Ajaccio, le sortant Pascal Arrighi, ancien élève de l’Ecole nationale d’administration, bénéficie alors du soutien des gaullistes et du Centre républicain d’André Morice. Il l’emporte du reste avec une très nette majorité (74,5% des suffrages exprimés) le 30 novembre 1958. Les positions prises par de Gaulle avec le discours du 16 septembre 1959 conduisent Pascal Arrighi à rompre avec la majorité à l’Assemblée nationale. Il participe à la création du Rassemblement pour l’Algérie française (RAF) avec Roger Duchet, Jean-Baptiste Biaggi et Georges Bidault, dès le 19 septembre 1958. Pascal Arrighi vote la motion de censure qui renverse le gouvernement de Georges Pompidou en octobre 1962.
Antoine Sérafini retrouve les fonctions de maire d’Ajaccio à la faveur des élections municipales du printemps 1959. Après que le général de Gaulle a dissout l’Assemblée nationale, de nouvelles élections législatives sont organisées les 18 et 25 novembre 1962. Les gaullistes sollicitent Antoine Sérafini, officiellement bonapartiste mais qui avait déjà été élu sous l’étiquette du RPF en juin 1951. Ce dernier convainc le maire de Calvi Jean Félix Orabona, vice-président du Conseil général, de devenir son suppléant. Candidat « d’Union et d’Action démocratique pour la défense des intérêts de la Corse », Antoine Sérafini ne s’attaque pas directement au sortant Pascal Arrighi dans sa profession de foi. Toute référence au général de Gaulle est également absente de ses documents de campagne, dans une Corse qui n’a voté qu’à 55,6% en faveur de l’élection du président de la République au suffrage universel, le 28 octobre 1962, contre 62,3% en moyenne. Dans le cadre de sa campagne électorale, Antoine Sérafini préfère mettre en avant le souci de servir sa terre natale dans sa diversité géographique (les côtes occidentale et orientale) et humaine. Ce vocabulaire inclut « ceux qui, douloureusement atteints par le souffle décolonisateur qui parcourt le monde, ont trouvé refuge » sur l’Île de Beauté. Les rapatriés s’installent en effet nombreux dans le Sud-est de la France et en Corse en particulier, dès la fin des années 1950. Sans concurrent sérieux, Antoine Sérafini est élu député dès le premier tour de scrutin, par 15772 électeurs sur 31521 (soit 50,04% des suffrages exprimés).
Il s’inscrit au groupe UNR-UDT de l’Assemblée nationale, mais n’a guère le temps de s’impliquer dans les travaux législatifs. Saisi par plusieurs des adversaires d’Antoine Sérafini, dont le communiste Noël Franchini, le Conseil constitutionnel est en effet amené à examiner les conditions dans lesquelles s’est déroulé le scrutin du 18 novembre 1962 dans la première circonscription de Corse. Onze bulletins de vote seulement ont permis à Antoine Sérafini de ne pas affronter de second tour. Dans de tels cas, le Conseil constitutionnel commence à disposer de sa propre jurisprudence dès cette époque : il conclut fréquemment en cas de doute à l’annulation de l’élection concernée. En l’espèce, il semble que la mairie d’Ajaccio n’ait qu’imparfaitement respecté les dispositions légales en matière de vote par correspondance. Elle aurait transmis des enveloppes électorales et des bulletins par d’autres moyens que l’envoi sous pli recommandé à chaque électeur, individuellement. Le 5 février 1963, le Conseil constitutionnel décide l’annulation de l’élection législative du 18 novembre 1962. La bonne foi d’Antoine Sérafini n’étant pas en cause, aucune sanction d’inéligibilité n’est prise contre lui.
Le 24 mars 1963, une élection législative partielle est donc organisée dans la première circonscription de Corse. L’ancien député Pascal Arrighi s’y présente contre le sortant avec l’investiture du Centre républicain d’André Morice ainsi que le soutien du Centre national des Indépendants. Cette candidature affaiblit celle d’Antoine Sérafini au premier tour. Fait exceptionnel, les électeurs se déplacent plus nombreux pour cette élection partielle que lors du vote de novembre 1962 : la participation se trouve augmentée de 7,42%. Le maire d’Ajaccio ne rassemble toutefois que 14 667 voix le 24 mars 1963, contre 15 772 le 18 novembre 1962. Neuf des dix-huit cantons de la circonscription l’ont placé en tête, dont celui de la préfecture corse (52,1%). Au second tour de scrutin, Antoine Sérafini affronte le seul Jean-Baptiste Tomi, vice-président radical du Conseil général. Les retraits de Pascal Arrighi et du communiste Noël Franchini, pourtant mieux placés, semblent dirigés contre le candidat gaulliste. Le maire d’Ajaccio n’en retrouve pas moins son siège de député le 31 mars 1963, grâce à une nouvelle hausse de la participation et au soutien de 53,6% des électeurs.
Il rejoint le groupe de l’UNR-UDT à l’Assemblée nationale et siège à la Commission de la défense et des forces armées. En juin 1963, il est désigné comme membre titulaire de la Haute cour de justice. Cette instance, composée de douze députés et de douze sénateurs, est chargée de juger le chef de l’Etat en cas de haute trahison et ne fonctionne à aucun moment dans les années 1960.
Antoine Sérafini n’intervient qu’à une reprise en séance publique en 1963-1964. Architecte de profession, il prend part à la discussion du projet de loi relatif à la construction d’immeubles d’habitation et aux sociétés immobilières d’acquisition le 3 octobre 1963. Le maire d’Ajaccio souligne la nécessité d’envisager les cas où le promoteur se confond avec l’architecte et l’entrepreneur : en l’espèce, il ne saurait selon lui être question de garantie aux souscripteurs de travaux dans le cadre de projets immobiliers. Antoine Sérafini respecte la discipline de vote du groupe gaulliste au cours de la seconde législature de la Vème République. Il se prononce notamment en faveur de la ratification du traité de l’Elysée, qui consacre la réconciliation franco-allemande (13 juin) et du projet de loi encadrant les modalités d’exercice du droit de grève dans les services publics (26 juillet 1963).
Le 28 février 1964, Antoine Sérafini décède dans « sa » ville d’Ajaccio, moins d’un an après son succès à l’élection législative partielle. Il est remplacé à l’Assemblée nationale par son suppléant Jean Orabona. En 1967, c’est le préfet Jean Bozzi, ancien directeur-adjoint du cabinet de Roger Frey au ministère de l’intérieur, qui est élu député par la première circonscription de Corse.
Une avenue d’Ajaccio porte aujourd’hui le nom d’Antoine Sérafini.