Pierre Sergent

1926 - 1992

Informations générales
  • Né le 30 juin 1926 à Sèvres (Hauts-de-Seine - France)
  • Décédé le 15 septembre 1992 à Paris (Pyrénées-Orientales - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
VIIIe législature
Mandat
Du 2 avril 1986 au 14 mai 1988
Département
Pyrénées-Orientales
Groupe
Front national

Biographies

Biographie de la Ve République

SERGENT (Pierre)
Né le 30 juin 1926 à Sèvres (Hauts-de-Seine)
Décédé à 15 septembre 1992 à Paris

Député de Pyrénées-Orientales de 1986 à 1988

Fils de la bourgeoisie parisienne, Pierre Sergent entre dans la Résistance dès le lycée. Il combat à l’âge de 18 ans dans le maquis de Sologne. Ayant intégré l’Ecole de Saint-Cyr-Coëtquidan après la guerre, le jeune homme devient officier dans la Légion étrangère. Il sert en Indochine puis en Algérie où il devient capitaine au 1er régiment étranger parachutiste (REP), unité dissoute ultérieurement pour sa participation au putsch d’Alger. Après l’échec de la rébellion des généraux d’avril 1961 à laquelle il a pris part comme capitaine du 1er REP, Pierre Sergent entre en clandestinité pour sept ans. Il est promu chef militaire de l’OAS-métropole. Recherché par la police, il multiplie les déclarations et interviews, prenant par exemple position en faveur de François Mitterrand contre de Gaulle à l’élection présidentielle de 1965. Par ailleurs, il écrit de nombreux ouvrages sur la guerre d’Algérie. Condamné deux fois à mort par contumace (en 1962 et en 1964), le capitaine est amnistié en juillet 1968. Pierre Sergent ne désavouera jamais le recours à la violence terroriste pendant ces années. En 1974, il se rapproche de Valéry Giscard d’Estaing et appelle à voter pour lui à l’élection présidentielle. En 1983, il entre au Centre national des indépendants et paysans (CNIP) dont il devient le délégué général. Il considère alors que le Front national (FN) est « un groupuscule d’extrême droite ». Finalement, il y adhère et siège au bureau politique du parti qui l’investit pour les élections législatives de 1986 dans les Pyrénées-Orientales.
Convaincu d’avoir une chance de remporter un des quatre sièges du département, Pierre Sergent mène sa campagne avec une rigueur toute militaire : il divise le département en 19 secteurs et nomme à la tête de chacun d’eux un chef opérationnel. A Font-Romeu, il installe un avant-poste à destination des montagnes jugées plutôt réticentes à l’influence du FN. Il peut par ailleurs compter sur le soutien logistique des anciens réseaux de l’OAS et de nombreux rapatriés d’Algérie présents dans la région. Le mode de scrutin proportionnel lui permet, avec 19% de voix pour sa liste, de remporter un des quatre sièges du département. La liste Rassemblement pour la République-Union pour la démocratie française (RPR-UDF) conduite par Claude Barate et celle du Parti socialiste (PS) emmenée par Renée Soum obtiennent respectivement 34% (2 élus) et 25,8% (1 élu) des suffrages. Avec un score de 15,9%, le communiste André Tourné n’est pas réélu.
A son arrivée au Palais-Bourbon, Pierre Sergent s’inscrit au groupe FN de l’Assemblée qui compte à l’origine trente-cinq membres. Il est appelé à siéger à la Commission de la défense nationale et des forces armées pendant toute la législature. Le 9 octobre 1986, il dépose une proposition de la loi relative à la réparation des préjudices moraux et matériels subis sur les personnes de citoyenneté française engagées personnellement dans le drame des événements d'Algérie.
Dès les premières semaines de session, le député des Pyrénées-Orientales pose deux questions au gouvernement afin d’obtenir des clarifications sur l’intervention française en Libye et au Tchad, le 16 avril et le 25 novembre 1986. Par la suite, il intervient à deux reprises sur le projet de loi relatif aux conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France les 16 juillet et 8 août 1986. Il le trouve insuffisant et reproche au gouvernement « de ne pas avoir donné sa véritable dimension au débat sur l’immigration, […] problème le plus grave qui se pose à la société française en 1986 parce qu’il concerne ce qui tient le plus à cœur à nous, citoyens français, notre identité nationale, c'est-à-dire notre volonté de survie dans un monde en pleine évolution ». Pierre Sergent réclame la création d’un secrétariat d’Etat à l’immigration, une police des étrangers et l’interdiction pour les étrangers de se livrer à des activités politiques en France. Il conclut ainsi son intervention : « En mars 1986, les Français ont réclamé des chirurgiens à leur chevet, vous êtes des homéopathes. Nous vous laisserons faire car nous n'avons rien contre la médecine douce, mais, comme nous pensons qu’en l’occurrence elle sera inopérante, nous nous abstiendrons de la préconiser ». Par ailleurs, le 12 novembre 1986, lors de l’examen du projet de loi de finances pour 1987, le député frontiste préconise de lutter pied à pied contre la menace communiste dans le monde, menace qu’il juge réelle et quotidienne. Il suggère au gouvernement de suivre les axes suivants : « s’apprêter à riposter à une attaque frontale ; préparer la guerre du XXIe siècle qui sera évidemment la guerre de l’espace ». Dans ces conditions, il réclame notamment la modernisation de l’armée française, le renforcement des services secrets français, l’établissement d’une politique de défense commune aux pays européens et le lancement d’un programme de recherche européen mené en partenariat avec les Etats-Unis dans le domaine de la « guerre des étoiles ». En tout, le budget de la défense devrait toujours excéder les 5% du PIB, martèle l’ancien parachutiste. Le 9 avril 1987, il réitère ses propositions à l’occasion de la discussion sur le projet de loi de programme relatif à l’équipement militaire pour les années 1987-1991 et, le 5 novembre 1987, lors de l’examen du projet de loi de finances pour 1988. Son intérêt pour les harkis ne se dément pas : il intervient à plusieurs reprises sur les projets de loi relatif au traitement des rapatriés d’Afrique du Nord et à leur l’indemnisation, les 24 juin, 26 juin et 7 juillet 1987. Il défend vigoureusement les anciens fonctionnaires civils et militaires de l’Algérie française ayant bénéficié de la loi d’amnistie de 1974, considérant que la France a eu une attitude « ambiguë » qui justifie leur incompréhension. Laissant parler son antigaullisme, il prend la défense du général Salan passé « du rôle de féal du général de Gaulle à celui de chef d’une armée de révoltés » : « Les officiers et les sous-officiers révoltés de l’Algérie française n'ont pas eu le choix. Ils ont été chassés et pourchassés pendant huit ans. Jamais la République n'a cherché à récupérer ceux qui avaient été les meilleurs de ses serviteurs. Je crois qu'elle a eu tort», s’explique-t-il à la tribune. Pour réparer cette erreur, il demande en particulier de reconstituer la carrière militaire de « ces bons soldats » et souhaite que ceux qui ont été exécutés après une condamnation à la peine capitale pour des infractions commises dans le but de maintenir les départements d’Algérie au sein du territoire national soient déclarés « morts pour la France » (25 juin 1987).
Lors des principaux scrutins publics, Pierre Sergent se conforme à la discipline de vote du groupe frontiste : il s’oppose à deux reprises aux déclarations de politique générale du gouvernement Chirac, les 9 avril 1986 et 7 avril 1987, et s’abstient volontairement lors des votes du projet de loi sur l’Acte unique européen, le 20 novembre 1986 et de la loi sur l’autorité parentale, le 7 mai 1987.
En 1981, Pierre Sergent sollicite le renouvellement de son mandat, malgré le retour au scrutin uninominal à deux tours, mode de scrutin moins favorable à sa formation. Au premier tour, le député des Pyrénées-Orientales gagne plus d’un point sur son score de 1986 : il remporte 20,5% des suffrages. Cependant, il est classé quatrième derrière le socialiste Pierre Estève (33,1% des voix), le RPR Alain Marti (25,1%) et le communiste André Tourné (21,3%). La triangulaire du second tour confirme le bon score du Parti socialiste qui bénéficie de désistement du candidat communiste : Pierre Estève est élu avec 53% des voix face à ses adversaires de droite (32% pour Alain Marti et 15% pour Pierre Sergent).
Cet échec conduit Pierre Sergent à ne pas se représenter en 1993 d’autant qu’il joue un rôle de plus en plus marginal au Front National en raison de ses divergences avec Jean-Marie Le Pen : Pierre Sergent, européen et partisan d’une ouverture de la droite, désapprouve en outre la position de son chef favorable à Saddam Hussein lors de la guerre du Golfe.
Conseiller municipal de Perpignan depuis 1989 et conseiller régional du Languedoc-Roussillon depuis 1991, il décède le 15 septembre 1992 des suites d’une longue maladie à l’âge de 66 ans. Il était chevalier de la Légion d'honneur, croix de guerre des TOE, croix de la valeur militaire et de la croix du combattant (1939-1945).

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