Georges Spénale

1913 - 1983

Informations générales
  • Né le 29 novembre 1913 à Carcassonne (Aude - France)
  • Décédé le 20 août 1983 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 25 novembre 1962 au 2 avril 1967
Département
Tarn
Groupe
Socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 12 mars 1967 au 30 mai 1968
Département
Tarn
Groupe
Fédération de la gauche démocrate et socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IVe législature
Mandat
Du 30 juin 1968 au 1er avril 1973
Département
Tarn
Groupe
Fédération de la gauche démocrate et socialiste
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ve législature
Mandat
Du 11 mars 1973 au 2 octobre 1977
Département
Tarn
Groupe
Parti socialiste et radicaux de gauche

Mandats au Sénat ou à la Chambre des pairs

Sénateur
du 3 octobre 1977 au 20 août 1983

Biographies

Biographie de la Ve République

SPÉNALE (Georges)
Né le 29 novembre 1913 à Carcassonne (Aude)
Décédé le 20 août 1983 à Paris

Député de l’Aude de 1962 à 1978
Sénateur du Tarn de 1977 à 1983

Georges Spénale, né en 1913 à Carcassonne, a passé son enfance à Rabastens où son père était employé des postes. Après des études secondaires au lycée Ingres à Montauban, il s’inscrit en droit à Paris où il obtient une licence et entre à l’École nationale de la France d’outre-mer, dont il sort diplômé en 1937.

Il mène une carrière dans l’administration des territoires d’outre-mer jusqu’en 1960 avant de se lancer dans la vie politique. De 1938 à 1946, il occupe différents postes dans l’administration d’abord en Guinée, puis en Haute-Volta et enfin en Côte-d’Ivoire, avant d’être nommé directeur de cabinet du Haut Commissaire en Afrique équatoriale française (AEF), fonction qu’il exerce de 1946 à 1948. Il est ensuite chargé des affaires réservées auprès du gouvernement de la Côte-d’Ivoire (1949-1951). Ayant obtenu le titre d’administrateur en chef des colonies en 1951, il poursuit sa carrière au Cameroun comme directeur de cabinet du Haut-commissaire (1951-1955). Il rejoint ensuite le ministère de la France d’Outre-mer où, après s’être chargé des affaires politiques puis de la Société de radiodiffusion de la France d’outre-mer, il succède le 17 avril 1956 à Pierre Messmer comme directeur du cabinet de Gaston Defferre, ministre de la France d’outre-mer. Auprès de ce dernier, il œuvre à la préparation de la loi-cadre qui prépare l’émancipation des territoires de l’Union française. Georges Spénale achève sa carrière en Afrique comme Haut Commissaire de la République française au Togo de 1957 à 1960. En 1967, il reçoit le titre de gouverneur honoraire de la France d’outre-mer.

C’est après son retour dans le Tarn qu’il commence une carrière politique. Il s’inscrit au parti socialiste en 1960 et est désigné comme candidat de la troisième circonscription du Tarn en 1962. Il se présente « en homme neuf », ayant accompli une carrière administrative qui « ne doit rien à la politique », « en homme d’action », ayant fait la preuve de ses compétences en Afrique notamment sur les problèmes agricoles, « en homme d’expérience », connaissant bien les questions internationales, « en homme de synthèse » enfin, capable de rassembler autour de son nom les forces républicaines. Il est en seconde position à l’issue du premier tour qui l’oppose au candidat du Centre national des indépendants (CNI), député sortant et maire de Gaillac, Henri Yrissou, mais il l’emporte au second tour à la faveur d’une triangulaire (le candidat de l’Union pour la nouvelle République, Jean Maynard s’étant maintenu) avec 44 % des voix.

Inscrit au groupe socialiste, il appartient successivement à plusieurs commissions : la commission des finances, la commission des lois, la commission des affaires étrangères. Il prend part au travail parlementaire sur des questions très diverses qui concernent notamment la politique de coopération en Afrique ou qui touchent plus directement sa circonscription. Ses premières interventions à l’Assemblée s’inscrivent en effet dans la continuité de son travail dans l’administration des colonies. Moins de deux mois après la rentrée parlementaire, il prend ainsi longuement part à la discussion du projet de loi des finances de 1963 en ce qui concerne la coopération. Il défend l’idée du transfert de la France à l’Europe de la charge de l’assistance aux anciennes colonies françaises d’Afrique, insiste sur la nécessaire distribution des surplus alimentaires européens à ceux qui souffrent de disette. Il participe à nouveau à la discussion du budget de la coopération en 1964 et en 1965. Il défend en outre les dispositions de la loi-cadre qu’il a contribué à élaborer sous l’autorité de Gaston Defferre. Son expérience de la fonction publique le conduit aussi à intervenir au sujet du statut des fonctionnaires et du déroulement des carrières dans l’administration. Élu d’une circonscription rurale, il consacre enfin une bonne part de son programme et de son activité à l’Assemblée aux problèmes du monde agricole : assurance maladie ou situation des campagnes viticoles face à la concurrence notamment. Il expose ainsi lors des débats concernant la préparation du Ve Plan la nécessité de « réanimer de place en place tout le corps rural », de limiter l’exode rural en promouvant la modernisation de l’agriculture, en favorisant l’aménagement du territoire dans les campagnes, en soutenant le revenu agricole.

Durant ce premier mandat législatif, il assoit son implantation locale en ajoutant à la députation deux mandats locaux : en 1964, il est élu conseiller général du canton de Rabastens et en 1965, maire de Saint-Sulpice, qui compte alors un peu plus de 2500 habitants. Dans ces deux fonctions, il s’est investi pour soutenir l’agriculture et les entreprises locales.

Ancré politiquement dans le Tarn, soucieux du développement de son département, Georges Spénale est aussi très impliqué dans la politique européenne de la France. Il est élu pour deux ans représentant de la France au Parlement européen en décembre 1964. Il entame ainsi un « troisième cycle » de sa carrière, après l’Afrique et parallèlement à sa vie politique nationale. Son travail au Parlement européen est très étroitement lié à ses engagements de député et marqué par son intérêt pour les questions de coopération. Dès 1965, il appartient à la Commission pour la coopération avec les pays en voie de développement ; l’année suivante, il préside la commission d’association avec la Grèce (jusqu’en 1967).

À nouveau candidat aux législatives de mars 1967, sous l’étiquette de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS), Georges Spénale, revendique dans sa profession de foi le fait d’avoir « tenu [ses] engagements » et entend poursuivre « les initiatives nécessaires au développement de [la] région jusqu’au Parlement européen où [il] est le premier élu du Tarn ». « Tarnais », « élu local », « homme d’action », il se définit aussi en « républicain », en opposant au pouvoir exécutif qui limite le rôle du Parlement. Il se propose de mener son action sur un triple front : le développement de la « coopération pacifique » entre les pays d’Europe pour le désarmement et contre la faim, l’établissement d’une « efficacité républicaine » qui engage le gouvernement et l’assemblée dans les domaines politique, économique et social, et un effort de « renaissance régionale » soutenu par l’Europe. À nouveau confronté au second tour à Henri Yrissou, son principal adversaire de 1962, il l’emporte largement avec plus de 57% des voix.

Il appartient successivement à la commission des affaires étrangères et à la commission de la défense. Jusqu’en mai 1968, il intervient à plusieurs reprises pour dénoncer les insuffisances de la politique agricole du gouvernement. Il regrette ainsi son inaction face aux difficultés que rencontrent les viticulteurs notamment dans sa circonscription (vignoble de Gaillac) : endettement, excès des importations, difficultés à promouvoir leur production. Il souligne la nécessité d’un soutien aux prix agricoles et réclame la mise en œuvre d’une politique compensant les disparités régionales. Plus généralement, au-delà du seul domaine agricole, la question de la décentralisation est au cœur de ses préoccupations de député.

Au cours de ce deuxième mandat, il est à nouveau élu par ses pairs comme représentant de la France au parlement européen (24 octobre 1967). Il y gagne de nouvelles responsabilités : il devient à la suite de Francis Vals le président de la commission des finances. À ce titre, il réclame l’attribution au Parlement européen de ressources propres qui donneraient à cette assemblée des moyens d’action politique.

Georges Spénale est réélu député du Tarn en juin 1968 face à un nouvel adversaire, le candidat de l’Union des démocrates pour la République (UDR), Marcel Vieu, qui l’avait pourtant devancé au premier tour. Dans un contexte national défavorable à la gauche, il obtient 51% des voix au second tour. Il reprend dans sa profession de foi les grandes lignes de son programme de 1967 et appelle à la « concorde nationale » qui doit être favorisée par une politique à destination des jeunes et créatrice d’une plus grande égalité sociale. En juillet 1969, il entre - pour deux ans - au Comité directeur du Parti socialiste.

À l’Assemblée, il appartient à quatre commissions différentes : la commission de la défense, la commission des affaires culturelles familiales et sociales, la commission des lois ; ses nombreuses interventions (25 au cours de cette quatrième législature de la Ve République) concernent des problèmes très variés : lutte contre l’usage des drogues, retraite des artisans et des commerçants, âge légal autorisé pour une activité rémunérée pendant les vacances scolaires, situation des rapatriés ; mais il se consacre surtout à ses domaines de prédilection : la politique agricole, le développement de la région Midi-Pyrénées, l’Europe, le développement des territoires d’outre-mer (il est nommé membre de la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi tendant à favoriser le développement économique de la Nouvelle-Calédonie), la coopération avec les pays pauvres. Il prend part aux débats sur des questions relatives à la situation des agriculteurs (organisation des sociétés coopératives, compétitivité de l’agriculture française au sein de la CEE, commercialisation des produits agricoles, aides aux exploitants, assurances des travailleurs de l’agriculture…). Lors de la discussion du VIe Plan, il expose les difficultés économiques et les besoins, notamment en matière d’équipements, de sa région. Il participe à la discussion concernant l’accession de l’Ile Maurice à la deuxième convention de Yaoundé (qui prévoit le financement par la CEE de projets de développement) et apporte à cet égard l’appui des socialistes. En ce qui concerne les institutions européennes, il défend la nécessité de substituer progressivement aux contributions des États membres, des ressources propres permettant, à terme, l’autonomie financière de la Communauté et réclame l’extension des compétences budgétaires et, plus largement législatives, du Parlement européen auprès duquel il a été à nouveau élu (en octobre 1968 et octobre 1970), puis nommé (en octobre 1972) représentant de la France. Il défend ainsi devant l’Assemblée un projet dont il est, au Parlement européen, un des principaux artisans.

Au cours de l’année 1973, Georges Spénale connaît deux succès électoraux : il entre au Conseil régional de Midi-Pyrénées (dont il deviendra le vice-président en 1975) et il est réélu, pour un quatrième mandat, à l’Assemblée nationale. Dans sa campagne pour les législatives, il réaffirme son attachement à l’Europe, puissance économique et puissance politique garantissant la paix, il soutient la nécessité d’établir une plus grande justice sociale en France, et défend un programme de décentralisation pour revitaliser sa région. Au second tour, opposé au candidat du CNI, Albert Mamy ; il obtient près de 58% des suffrages. Pendant ce dernier mandat, interrompu en 1977 par son élection au Sénat, il poursuit le travail parlementaire mené lors des législatures précédentes en ce qui concerne le développement rural et la mise en œuvre des politiques communes dans la CEE.

Brièvement membre de la commission des Affaires étrangères puis membre de la commission des lois, il est surtout, tout au long de cette cinquième législature, une nouvelle fois membre de l’Assemblée parlementaire européenne. Plus encore que lors de ses mandats précédents, il se consacre à cette fonction. En 1974, au décès de Francis Vals, il prend la tête du groupe socialiste européen. Le 11 mars 1975, il est élu président du Parlement européen au 4e tour de scrutin. À la tête de cette institution pendant deux ans - il est réélu le 9 mars 1976-, Georges Spénale a œuvré à améliorer les relations entre celle-ci et les autres institutions européennes, le Conseil des ministres et la Commission. C’est encore sur la question des ressources propres qu’il inaugure le recours à une motion de censure à l’égard de la Commission, aucun Président n’en ayant jamais déposé. Pour démocratiser l’Europe en construction, il a aussi promu sans relâche auprès des États membres l’élection du Parlement au suffrage universel. À l’issue de son double mandat, et selon la tradition il devient vice-président de l’assemblée européenne en 1977 et 1978.

Il est élu sénateur le 25 septembre 1977. Membre de la commission des affaires culturelles puis des affaires étrangères, il consacre en outre un grand nombre de ses interventions dans l’hémicycle du Palais du Luxembourg à la question européenne, notamment à la place des campagnes françaises dans le Marché commun ou à l’aide consacrée par la CEE au développement du tiers monde. Le 17 juin 1979, il soutient, au nom des socialistes, la ratification et l’élargissement des accords de Lomé. Il n’est pas sur la liste que présente son parti aux premières élections du Parlement européen au suffrage universel mais, comme sénateur, il est à nouveau représentant de la France auprès du Parlement européen d’abord en remplacement de Pierre Giraud puis pour un nouveau mandat (20 décembre 1977). Lors de la discussion sur l’élargissement de la communauté européenne à l’Espagne, au Portugal et à la Grèce en octobre 1979, Georges Spénale défend l’approbation de principe des socialistes fondée sur « le respect des traités » d’Athènes et de Rome, « l’intérêt politique » dans un monde divisé en deux camps, et « la défense de la démocratie ». Mais face aux inquiétudes quant à la concurrence en matière agricole - notamment pour le Sud-Ouest - de l’Espagne, Georges Spénale demande que des garanties soient prises et réclame au chef de l’État une politique de « mise à niveau » du Grand Sud-Ouest dont le « contenu et le quantum conditionneront le vote socialiste […] au jour de l’adhésion espagnole ». Il reste jusqu’en 1983 vice-président de la délégation du Sénat pour la Communauté européenne (1979-1983) et membre de l’Assemblée consultative pour le Conseil de l’Europe (1980-1983). Son rôle au service de la construction européenne est salué par le prix Joseph Bech en 1981.

Tout au long de cette carrière parlementaire, Georges Spénale a continué à être un élu local : il est resté conseiller général de Rabastens de 1964 à 1976, date à laquelle il s’est retiré volontairement, et maire de Saint-Sulpice-la-Pointe durant trois mandats de 1965 à 1983.

Élu local, député puis sénateur, parlementaire européen, Georges Spénale s’est aussi investi dans les institutions internationales : il a ainsi appartenu comme sénateur à la délégation française à l’ONU.

Il était officier de la légion d’honneur et des palmes académiques et titulaire de nombreux ordres européens et africains.

Georges Spénale décède en cours de mandat sénatorial le 20 août 1983. Il est remplacé par son suppléant Jacques Durand.

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