Paul Stehlin

1907 - 1975

Informations générales
  • Né le 11 août 1907 à Hochfelden (Bas-Rhin - France)
  • Décédé le 22 juin 1975 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IVe législature
Mandat
Du 30 juin 1968 au 1er avril 1973
Département
Paris
Groupe
Progrès et démocratie moderne
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ve législature
Mandat
Du 2 avril 1973 au 23 juin 1975
Département
Paris
Groupe
Réformateurs démocrates sociaux

Biographies

Biographie de la Ve République

STEHLIN (Paul)
Né le 11 août 1907 à Hochfelden (Bas-Rhin)
Décédé le 22 juin 1975 à Paris

Député de Paris de 1968 à 1975

Bien qu’il ait exercé la vice-présidence de l’Assemblée nationale, le général Paul Stehlin est plus connu pour la polémique qui l’a opposé en 1974 aux gaullistes et à Marcel Dassault que pour sa carrière de parlementaire.
« Alsacien par mon père et de naissance, Lorrain par ma mère, j’ai été élevé dans le culte de la France», écrit dans son Témoignage pour l’histoire celui que ses adversaires accusent à l’époque d’être excessivement américanophile, donc du « parti de l’étranger.» De fait, Paul Stehlin est né en 1907 en Alsace, alors que cette « province perdue » faisait partie de l’empire allemand. C’est ce patriotisme atavique qui le pousse à embrasser le métier des armes, à Saint-Cyr en 1928 puis dans l’aviation de chasse, où il est nommé capitaine en 1935. Attaché de l'air adjoint à Berlin de 1935 à 1939, il fait parvenir à Paris des avertissements sur la puissance croissante de la Luftwaffe, mais sans être entendu.
Affecté à Copenhague, puis en Finlande et en Norvège, il commande à la veille de l’armistice de juin 1940 le groupe de chasse Roussillon. Le gouvernement de Vichy le charge d’une mission de renseignement à Berlin, où il accompagne l'amiral Darlan. Capturé par les Allemands, il s'échappe et rejoint Alger où il entre en contact avec les Américains. Depuis Dakar, nommé en mai 1941 à la tête d’un groupe aérien en Afrique occidentale française, il prépare le débarquement allié en Afrique du Nord. Parvenu à Alger, le général de Gaulle l'appelle auprès de lui, afin d'assurer la liaison militaire avec les forces aériennes des Alliés.
Nommé en 1946 commandant des forces aériennes françaises au sein du commandement intégré des forces alliées en Méditerranée, puis attaché militaire à Londres de 1947 à 1950, il acquiert la conviction que la défense européenne est indissociable de l’alliance avec les Etats-Unis. Général de brigade en 1950, puis chef adjoint d’état-major du ministre de la défense nationale René Pleven en 1952, il est l’un des artisans de la CED, la Communauté européenne de défense, dont il relate l’échec dans son livre Retour à zéro. Chef adjoint de la délégation française auprès du groupe permanent de l’OTAN à Washington en 1954, général de division aérienne et commandant des forces aériennes françaises en Allemagne en 1956, major général des armées en 1959, il est finalement promu chef d’état-major de l’armée de l’Air, le 15 mars 1960. De façon paradoxale, cet atlantiste convaincu est chargé par le général de Gaulle de mettre sur pied la force de frappe nucléaire de la France, dont il affirmera lui-même plus tard qu’elle n’est qu’une « force d’illusion. »
Atteint par la limite d’âge en septembre 1963, il n’obtient ni l’ambassade ni la présidence d’une société nationale dont il rêvait. Nommé conseiller d’Etat en service extraordinaire, il abandonne sa fonction dès 1964 pour entrer dans le privé comme vice-président pour l’Europe de la société américaine Hughes Aircraft en 1964, puis vice-président de Bugatti en 1965, PDG d’Algeco en 1968 et administrateur de nombreuses autres sociétés.
C’est seulement en juin 1968, à l’âge de 60 ans, qu’il entre vraiment en politique, présentant sa candidature dans la 21ème circonscription de la Seine, correspondant au XVIème arrondissement de Paris, quartier de la Porte Dauphine et de Chaillot. Candidat du Centre progrès et démocratie moderne, ce chrétien-démocrate atlantiste s’en prend avec virulence à « l’autoritarisme du chef de l’Etat » et à « la faiblesse et l’inconditionnalité de la majorité des députés. » Pour résoudre la crise, il préconise la formation d’une « majorité nouvelle pour une politique nouvelle », l’ouverture du dialogue social, la rénovation des structures universitaires, l’indépendance de l’information radiotélévisée et bien sûr la poursuite active de la construction européenne, autant de thèmes qui le dissocient, voire l’opposent aux gaullistes de l’Union pour la Défense de la République (UDR).
C’est d’ailleurs le candidat de l’UDR, l’industriel Bernard Lepeu, député sortant, qui arrive en tête à l’issue du premier tour, avec 17 285 voix (sur 40 575 exprimés) contre 15 111 au général Stehlin, suivi par le PSU Michel Blum, le communiste Rober Bouvier et l’Indépendant Maurice Munch qui obtiennent respectivement 2 733, 2 647 et 2 247 voix. Grâce au report d’une partie des voix socialistes et indépendantes, Paul Stehlin l’emporte de justesse au second tour du 30 juin 1968 avec 19 062 voix contre 18 473 à Lepeu, sur 37 535 exprimés. Notons qu’aux élections de mars 1967, le candidat centriste Bertrand Motte n’avait pu réunir que 16 453 voix au second tour, devancé par Bernard Lepeu, qui en avait obtenu 20 755 sur 37 208 exprimés. Le prestige personnel du général Stehlin semble donc avoir joué dans son succès, et ce en dépit du raz-de-marée gaulliste des élections de juin 1968.
Il s’inscrit au groupe Progrès et démocratie moderne, qu’il quittera en octobre 1972, l’estimant devenu une formation annexe de l’UDR. Nommé membre de la Commission des affaires étrangères, il intervient à maintes reprises, notamment sur la politique de défense, mais pas seulement. Ses dix propositions de loi concernent essentiellement les anciens combattants des deux guerres mondiales. Toutes les occasions lui sont bonnes pour rappeler son attachement à l'alliance atlantique et sa volonté de construire une Europe de la défense, fondée sur l'union de la France et de la Grande-Bretagne, et surtout sous protection américaine. Il le dit et le répète à l'occasion de plusieurs débats, sur l'invasion de la Tchécoslovaquie par l'Union soviétique (2 octobre 1968), sur la déclaration de politique militaire du gouvernement (5 décembre 1968) ou sur la déclaration de politique étrangère du gouvernement (28 avril 1970), annonçant le risque d'un troisième conflit mondial (5 novembre 1970), et prônant notamment l'unité politique de l'Europe (9 juin 1971), l'adhésion de la Grande-Bretagne au Marché commun (3 novembre 1971) et l'élection du Parlement européen au suffrage universel (16 novembre 1972). Mais il intervient aussi sur d'autres sujets très divers, réclamant par exemple l'autonomie de gestion de la SNCF (16 octobre 1969), un service national civique distinct du service militaire (9 juin 1970), un débat national sur la place de la fonction publique dans l'Etat moderne (25 octobre 1971) ou se félicitant du travail accompli par la Commission d'enquête sur les sociétés civiles de placement immobilier, dont il est membre, et qui a mis au jour le scandale de la Garantie foncière, éclaboussant les gaullistes au pouvoir (26 mai 1972).
Il se représente devant les électeurs en mars 1973 sous l’étiquette de l’Entente centriste « pour échapper à la carte forcée du choix entre l’UDR et le communiste, pour renforcer l’influence du centre et assurer un renouvellement devenu indispensable. » Comme en 1968, sa proclamation électorale s’en prend essentiellement aux gaullistes de l’UDR qui ont « colonisé l’Etat », à leurs « affairistes » et à leur « incessant matraquage publicitaire. » Il fait état d’un comité de soutien comprenant notamment René Cassin, Prix Nobel de la Paix, les anciens ministres Edouard Bonnefous et Pierre Sudreau, l’ambassadeur et académicien André François-Poncet ainsi que le doyen Georges Vedel.
Il est pourtant devancé au premier tour par l’ancien secrétaire d’Etat Jacques Trorial, candidat gaulliste de l’Union des républicains de progrès pour le soutien au président de la République, qui recueille 14 527 voix, soit 38,6% des 37 609 exprimés, contre 14 309, soit 38% à Stehlin, loin devant le socialiste Daniel Chaput (10,3%), la communiste Nicole Dreyfus (6,3%) et le Front National José Bruneau de la Salle (3,4%). Grâce au report d’une partie des voix socialistes, le général Stehlin l’emporte néanmoins au second tour du 11 mars 1973 avec 17 819 voix, soit 51, 3% des 34 746 exprimés, contre 16 297 soit 48,7% à Trorial.
Inscrit au groupe des Réformateurs démocrates sociaux, puis à partir de juillet 1974 au nouveau groupe des Réformateurs, centristes et démocrates sociaux, il siège comme dans la précédente législature à la Commission des affaires étrangères. Comme dans la législature précédente, la plupart de ses propositions de loi concernent les anciens combattants, notamment le général Koenig, qu’il propose d’élever à la dignité de maréchal de France (2 octobre 1973). Notons aussi sa proposition originale visant à instituer le service national, militaire et civil (20 décembre 1973). Il intervient par ailleurs dans la plupart des grands débats de politique étrangère et de défense, soulignant la nécessité d’une défense européenne sous parapluie américain (19 juin 1973), rappelant l’amitié franco-israélienne (17 octobre 1973), réclamant une véritable unité politique de l’Europe liée aux Etats-Unis et dénonçant le « second front » édifié par l’Union soviétique contre les Européens au Proche-Orient (12 novembre 1973).
Elu vice-président de l’Assemblée nationale le 9 juillet 1974, son atlantisme militant va le pousser à franchir la ligne jaune de l’entente cordiale entre giscardiens et gaullistes. Le 6 novembre 1974, Le Figaro révèle à ses lecteurs une note confidentielle qu’il a envoyée le 17 septembre au président de la République Valéry Giscard d'Estaing : il y affirme que les avions américains fabriqués par les sociétés General Dynamics et Northrop, en concurrence avec le Mirage F1 de la société française Dassault pour « le marché du siècle » des aviations belge, néerlandaise, danoise et norvégienne, sont "indiscutablement supérieurs" à l’avion français.
S’ensuit une séance houleuse au Palais-Bourbon, les gaullistes et les communistes dénonçant la trahison de l’atlantiste Stehlin. Flornoy, vice-président du groupe UDR, somme le général de choisir "entre la fonction de propagandiste d’une industrie étrangère et son mandat de député de la nation." Jacques Soufflet, le ministre de la défense, annonce qu’il va saisir le conseil supérieur de l’air pour la mise à la retraite d'office du général Stehlin, tandis que les députés gaullistes crient "Démission, démission!". Même Max Lejeune, président du groupe des Réformateurs, centristes et démocrates sociaux, déclare à la presse que la note du général est "inopportune".
Face aux remous suscités par ses prises de position, Stehlin démissionne le 7 novembre de son groupe et de la vice-présidence de l'Assemblée nationale. Le lendemain, il cesse d’appartenir à la Commission des affaires étrangères. Le 13 novembre, il est mis à la retraite d'office sur décision du conseil des ministres. Dans un ouvrage publié chez Calmann-Lévy au mois de décembre, sous le titre La France désarmée, il décrit cette "semaine interminable" au cours de laquelle il a vécu "au milieu des injures, des mensonges et de la lâcheté", abandonné de tous, y compris de ses propres amis politiques. Il justifie son engagement par sa conviction, maintes fois réaffirmée, que la politique de défense menée par les gaullistes est dangereuse, inefficace et ruineuse.
On n'entend plus parler du général Stehlin jusqu'au 6 juin 1975, journée doublement tragique. D'abord, parce qu’est rendu public à Washington le rapport d'une sous-commission du Sénat chargée d'enquêter sur les sociétés multinationales, et qui révèle que le général est rétribué depuis septembre 1963 comme consultant par la société américaine Northrop, adversaire de Dassault pour le « marché du siècle. » Le jour même, Paul Stehlin est renversé par un autobus en sortant de son bureau, avenue de l'Opéra. Il décède des suites de ses blessures, le 22 juin. On glosera beaucoup sur cet accident, où certains verront un suicide et d’autres un assassinat.
Seuls une trentaine de députés assistent à son éloge funèbre, prononcé par le président de l'Assemblée nationale Edgar Faure, le 27 juin. Celui-ci, après avoir retracé la carrière du général, déplore la « vision manichéenne du monde », « le fanatisme logicien » qui l’ont conduit sur la fin à une « aberration du comportement. » Le gaulliste Robert Buron exprime quant à lui des réserves sur la nécessité d’un éloge, réserves jugées d’ailleurs déplacées par les députés présents. Laissons la parole à Edgar Faure pour résumer la destinée du général Stehlin : « Ce fut sans doute l'un des maléfices de l'histoire de placer ce soldat, qui se considérait comme un croisé, au carrefour des stratégies dont il se faisait une conception axiomatique, et des intérêts dont il n'avait pas une expérience suffisante pour en déjouer les pièges dérisoires et obscurs."

Retour haut de page