Ferhat Abbas

1899 - 1985

Informations générales
  • Né le 24 août 1899 à Beni-Affer (Algérie)
  • Décédé le 24 décembre 1985 à Alger (Algérie)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Gouvernement provisoire de la République française
Législature
2e Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 2 juin 1946 au 27 novembre 1946
Département
Anciens départements d'Algérie
Groupe
Union démocratique du Manifeste algérien

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1940 à 1958 (La documentation française)

Né le 24 août 1899 aux Beni Affer, douar dépendant de la commune de Taher (Algérie)

Décédé le 24 décembre 1985 à Alger (Algérie)

Membre de la seconde Assemblée nationale Constituante (Constantine)

Le père de Ferhat Abbas, Saïd Ben Ahmed Abbas, d'abord ouvrier agricole, puis marchand de bestiaux, est nommé caïd puis bachaga par l'administration française ; il est fait commandeur de la Légion d'honneur.

Ferhat Abbas étudie à l'école primaire de Djidjelli, puis devient boursier d'Etat au lycée de Constantine. Il effectue son service militaire comme infirmier à Bonne et termine avec le grade de sergent. Libéré en 1923, il choisit la pharmacie et va à l'université d'Alger. Il s'engage en même temps dans la vie politique et le journalisme. En 1926, il est élu président de l'Association des étudiants musulmans et publie des articles dans deux journaux rédigés en français : At Takaddoun (Le Progrès) et Le Trait d'Union, articles réunis plus tard dans le livre Le jeune Algérien. Il plaide pour l'émancipation des populations autochtones dans un cadre français. En 1929, Ferhat Abbas préside le congrès des étudiants nord-africains, puis s'installe comme pharmacien à Sétif, sous-préfecture du Constantinois, en 1933. La même année, il collabore au journal L'Entente qui paraîtra jusqu'en 1939.

Durant cette période, Ferhat Abbas devient un notable local ; ainsi conquiert-il successivement des mandats de conseiller général, de conseiller municipal de Sétif et enfin de membre des Délégations financières à Alger.

En 1936, il se démarque nettement des nationalistes radicaux, ne voulant envisager l'émancipation des populations locales que dans un cadre français. Déçu par l'échec du plan Blum-Violette, Ferhat Abbas fonde « l'Union populaire algérienne » au début de 1938, mais ce parti ne rencontre pas un grand succès. En 1939, pour marquer son attachement à la France, il s'engage dans le service sanitaire de l'armée, à Troyes, et est démobilisé en août 1940. De retour à Sétif, il poursuit son action en adressant une lettre au maréchal Pétain, le 10 avril 1941, où il propose des réformes administratives. Ce plan n'obtient guère d'écho.

Après le débarquement allié en novembre 1942, Ferhat Abbas prend contact avec les autorités américaines et fait remettre aux autorités françaises un message des représentants musulmans algériens qui réclament une conférence chargée de réformer le statut de l'Algérie ; le Gouvernement laisse cet appel sans réponse. Aussi, le 10 février 1943, Ferhat Abbas lance-t-il son « Manifeste du peuple algérien », dans lequel il rompt avec ses thèses associationnistes antérieures et qui est rejeté par le nouveau gouverneur général, le général Catroux. Ferhat Abbas participe alors à une grève des élus, ce qui entraîne son envoi en résidence forcée dans le Sud oranais du 25 septembre au 2 décembre 1943. Les ouvertures du général de Gaulle paraissent trop timides à Ferhat Abbas. C'est pourquoi il crée « les Amis du Manifeste de la Liberté », dans le but de rassembler les forces nationalistes (24 mars 1944). Le 8 mai 1945, des émeutes éclatent à Sétif et dans le Constantinois : Ferhat Abbas est arrêté le soir du 8, à Alger, où il se trouvait. Il sera amnistié avec les autres emprisonnés et libéré le 16 mars 1946.

Ferhat Abbas fonde alors « l'Union démocratique du Manifeste algérien » (UDMA). Aux élections pour la seconde Assemblée nationale Constituante, le 2 juin 1946, son parti recueille 70 % des suffrages et 11 des 13 sièges réservés à l'Algérie dans le 2e collège. Ferhat Abbas, tête de liste de son parti dans le département de Constantine rassemble 254 986 suffrages, contre 20 815 à la liste communiste et 13 867 à la liste socialiste. Pendant son bref mandat, il est nommé membre de la commission de la Constitution. Il dépose trois propositions de résolution consacrées aux événements du 8 mai 1945 : l'une tendant à inviter le Gouvernement à réparer les torts matériels subis par les familles françaises et musulmanes, une autre demandant une commission d'enquête parlementaire, une troisième invitant à rapporter l'arrêté de dissolution des Amis du Manifeste de la Liberté. Surtout, le 2 août 1946, il dépose, avec ses amis, une proposition tendant à établir la « Constitution de la République algérienne », en tant qu'Etat fédéré, membre de l'Union française, texte audacieux pour l'époque mais modéré dans le ton.

Au cours des séances des 22 et 23 août 1946, il prononce ces paroles : (...) « Il y a cent seize ans que nous attendons cette heure, c'est-à-dire l'occasion d'être ici et de nous faire entendre parmi vous ; il y a cent seize ans pourtant que l'Algérie est française (...). Nous sommes une toute petite minorité ; soyez généreux ».

Le lendemain, il monte de nouveau à la tribune et s'affirme fédéraliste dans le cadre de l'Union française. Le 18 septembre 1946, lors de la discussion du titre VIII de la Constitution consacré à l'Union française, il annonce qu'il ne votera pas le texte gouvernemental, qui, selon lui, ne s'oriente pas assez vers la Fédération : le 20 septembre, il défend, avec son collègue Ahmed Francis, un contre-projet allant dans le sens de ses idées fédéralistes, mais celui-ci n'est pas pris en considération. Le 28 septembre, il explique son vote d'abstention sur le projet de la Constitution, en raison de l'insuffisance des articles consacrés à l'Union française. Enfin, le 4 octobre, il défend deux amendements relatifs au régime électoral de l'Algérie : l'un, interdisant des découpages électoraux d'origine administrative ; l'autre, accordant 20 sièges au premier collège et 35 au deuxième. L'un et l'autre sont repoussés.

Lors des élections législatives du 10 novembre 1946, Ferhat Abbas et ses partisans sont battus et remplacés par des partisans du « Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques » (MTLD) de Messali Hadj.

En 1947, il se déclare hostile au statut de l'Algérie et siège comme conseiller de Constantine à l'Assemblée de l'Union française (jusqu'en 1950). En outre, il appartient à l'Assemblée algérienne de 1948 à 1956. En fait, il se tient de plus en plus à l'écart des assemblées officielles. Il démissionne finalement de l'Assemblée de l'Union française et opte pour l'Assemblée algérienne, le 28 février 1950, mais s'abstiendra d'y siéger.

Jusqu'au déclenchement de l'insurrection, son activité se concentrera sur son parti et son journal Egalité République Algérienne. Il annonce son adhésion au FLN le 26 avril 1956, au Caire. À partir de cette date, il réside à l'étranger (Montreux, puis Tunis et Rabat). Le 18 septembre 1958, alors que le général de Gaulle est revenu au pouvoir, Ferhat Abbas devient président du « Gouvernement provisoire de la République algérienne ».

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