Raymond Triboulet

1906 - 2006

Informations générales
  • Né le 3 octobre 1906 à Paris (Seine - France)
  • Décédé le 26 mai 2006 à SEVRES (Hauts-de-Seine - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Calvados
Groupe
Républicains indépendants
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Calvados
Groupe
Rassemblement du peuple français
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 2 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Calvados
Groupe
Républicains sociaux
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 23 novembre 1958 au 8 février 1959
Département
Calvados
Groupe
Union pour la nouvelle République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 18 novembre 1962 au 6 janvier 1963
Département
Calvados
Groupe
Union pour la nouvelle République-UDT
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 5 mars 1967 au 30 mai 1968
Département
Calvados
Groupe
Union démocratique pour la V° République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IVe législature
Mandat
Du 23 juin 1968 au 1er avril 1973
Département
Calvados
Groupe
Union des démocrates pour la République

Biographies

Biographie de la IVe République

TRIBOULET (Raymond)
Né le 3 octobre 1906 à Paris (1er)

Député du Calvados de 1946 à 1958
Ministre des anciens combattants du 23 février au 6 octobre 1955

Issu d’une famille d’avocats au tribunal de commerce de Paris, ce jeune scout, élève pieux au lycée Janson de Sailly, subit, à 19 ans, le décès de son père. Licencié en lettres classiques et en droit, il choisit d’investir son héritage dans un domaine agricole en Normandie. La maladie l’empêche de l’exploiter. Marié en 1928 à Luce Chauveau, petite-fille du biologiste et secrétaire perpétuel de l’Institut, il aura six enfants. Il collabore à des journaux parisiens et, profondément maurrassien, il participe aux manifestations de l’Action française.
Après sa rencontre avec le comte de Paris fin 1934, il entre en relation avec le dirigeant agricole normand, Jacques Leroy-Ladurie qui le présente à Henri Dorgères. Devenu rédacteur en chef de La Presse paysanne, il côtoie Lucien Rebatet et Robert Brasillach et écrit dans Le Temps, Candide et Je suis partout.
S’appuyant sur sa parentèle du Valois, il est candidat aux élections législatives de 1936 à Clermont-sur-Oise contre le sortant radical « Front commun ». Mais le succès n’est pas au rendez-vous électoral. La crise de Munich agresse son patriotisme et provoque sa rupture avec Brasillach.
Mobilisé comme lieutenant en 1939, il est abasourdi par la conduite de la « drôle de guerre ». Fait prisonnier le 18 juin 1940, il bénéficie d’un rapatriement sanitaire le 13 mars 1941. Il décline l’offre de diriger la presse agricole de Vichy et revient en Normandie où il s’emploie à créer un réseau de renseignements, en liaison avec les mouvements Alliance et Ceux de la Résistance. Devenu, en mai 1944, secrétaire du Comité départemental de libération, il s’efforce, dès le 7 juin, avec Maurice Schumann, de faire reconnaître l’autorité de la Résistance par le Quartier général britannique. Cela lui vaut d’être désigné, le 16 juin, comme sous-préfet des communes libérées autour de Bayeux, par le commissaire de la République François Coulet. Fondateur et président du Comité de commémoration du « D-Day », il reçoit le général de Gaulle à Bayeux le 10 juin 1945 et le 16 juin 1946, moments-clés de sa conversion au gaullisme. Il est le principal artisan de la loi du 21 mai 1947 instituant la célébration annuelle de l’anniversaire du débarquement. Cependant, sa carrière préfectorale tourne court. Limogé le 8 mai 1946 pour son opposition au projet de Constitution, il obtient du général Koenig un poste d’inspecteur général au gouvernement militaire en Rhénanie. Cet avatar conforte son désir d’entrer en politique.
Pour les premières élections législatives de la Quatrième République, le 10 novembre 1946, il accepte la deuxième place sur la liste d’Entente républicaine gaulliste conduite par Joseph Laniel dans le Calvados. Il est élu avec 51 231 voix (28,7% des suffrages exprimés) et s’inscrit au groupe des Républicains indépendants dont il devient rapidement le secrétaire. Il est nommé membre de la commission du ravitaillement (1946-1949), de celle de la reconstruction et des dommages de guerre (1946-1951) et de celle de la défense nationale (1950-1951). Le 30 novembre 1948, il est nommé juré de la Haute Cour de Justice. Il appartient également à la commission spéciale d’enquête chargée de vérifier la gestion et les comptes de la société des éleveurs du Bourbonnais et, en particulier, de l’abattoir de Villefranche-d’Allier. Grâce aux conseils de René Coty, d'Antoine Pinay et de Paul Reynaud, il maîtrise très vite les arcanes de la vie parlementaire. Il dépose cinquante-trois textes : vingt-six propositions de loi, sept propositions de résolution et sept avis. Il rédige également douze rapports dont deux ont été élaborés à partir de l’étude d’un projet de loi (20 octobre 1950 ; 17 novembre 1950). Sous cette première législature de la Quatrième République, il prend la parole à cent-quarante huit reprises, ce qui en fait un parlementaire particulièrement actif. Il défend jusqu’à cent-cinq amendements et trois sous-amendements. Il dépose neuf rappels au règlement et oppose la question préalable, à une occasion. Il remplit les fonctions de rapporteur, le 26 octobre, dans la discussion du projet de loi portant prolongation de la durée du service militaire actif. Il est rapporteur pour avis à sept reprises. Attentif aux intérêts de ses mandants (sinistres de guerre, baux ruraux, patrons pêcheurs, mareyeurs ou éleveurs), il élargit le champ de son action quand il interpelle Paul Ramadier sur le dirigisme en matière de ravitaillement, quand il fait échouer l’investiture de Robert Schuman (7 septembre 1948) ou quand il ébranle le cabinet Queuille par son hostilité à Daniel Mayer (28 juillet 1949). Il se révèle sans complaisance pour les combinaisons partisanes et prône la transparence : il n'est pas étranger à la loi du 29 septembre 1948 règlementant l'intervention des fonctionnaires des Ponts-et-Chaussées. Cependant, il n’est pas seulement un gardien sourcilleux de la morale républicaine. En effet, par l’entremise de son ami maurrassien Voisin, il est invité à Londres le 14 mai 1947 à une réunion de l’United Europe Committee de Winston Churchill et, dès son retour à Paris, il fonde, au Parlement, le groupe fédéraliste européen, présidé par Paul Rivet, puis par René Coty, et noue des contacts avec Coudenhove-Kalergi, participant à l’Union parlementaire européenne. En août 1951, Raymond Triboulet est élu par l’Assemblée nationale membre suppléant du Conseil de l’Europe à Strasbourg. Toutefois, le 13 décembre 1951, il est absent – sans avoir délégué son droit de vote –du scrutin sur la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA).
Ce dynamisme parlementaire est sous-tendu par le succès du Rassemblement du peuple français (RPF) aux élections municipales d’avril 1947. Fondateur de la section RPF du Calvados, il participe, dès août 1947, à l’intergroupe gaulliste créé par René Capitant. Il est convaincu que le retour au pouvoir du général de Gaulle peut être assuré par un travail parlementaire obstiné, imposant une réforme constitutionnelle profonde. Les élections législatives du 17 juin 1951 semblent donner de la consistance à ses espoirs puisque, malgré la loi sur les apparentements, sont élus cent-dix-huit députés RPF. Raymond Triboulet, tête de liste RPF dans le Calvados, reçoit le général de Gaulle à Caen pendant la campagne électorale. Il invoque le « programme de salut national du général de Gaulle » pour faire barrage au communisme. Malgré la présence de six listes adverses - dont trois apparentées -, Raymond Triboulet est aisément réélu avec 49 171 voix, sa liste en obtenant 43 986 (24,3%). Nommé à nouveau à la commission de la défense nationale (1951-1955) et à celle de la reconstruction et des dommages de guerre (1951-1955), il siège aussi à celle du logement (1955). A partir du 19 mars 1954, il appartient à la sous-commission chargée de suivre et de contrôler d’une façon permanente l’emploi des crédits affectés à la défense nationale. Entre 1951 et 1955, il dépose vingt-six propositions de loi, quinze propositions de résolution et sept avis, manifestant par là une activité parlementaire toujours très soutenue. Il dépose aussi quinze rapports – dont sept sont élaborés à partir d’un projet de loi – et deux rapports supplémentaires, dont un est issu aussi de l’étude d’un texte d’initiative parlementaire. Comme député, il intervient à soixante-deux reprises en séance publique, en ne défendant pas moins de quatre-vingt douze amendements. Il dépose deux demandes d’interpellation, deux articles additionnels, une motion d’ordre et fait quatre rappels au règlement. Autre signe de son investissement personnel dans les travaux parlementaires, il est rapporteur pour avis à vingt reprises. Dès septembre 1951, il mène l’offensive pour l’enseignement privé aboutissant au vote des lois Marie et Barangé. Cependant cette démarche consistant à être présent sur tous les fronts est explicitement désavouée par le général de Gaulle le 10 mars 1952, ce qui entraîne l’effritement du groupe RPF et, en mai 1953, son changement d’appellation (URAS – Union des républicains d'action sociale). L’opposition systématique prônée par le général de Gaulle explique l’échec de l’investiture de Pierre Mendès France le 3 juin 1953 et l’hémorragie du gaullisme parlementaire. Le député du Calvados use cependant de toute son influence notamment auprès des fédéralistes européens pour susciter la candidature et l’élection de son ami René Coty à la présidence de la République. Quand Raymond Triboulet en devient vice-président, le groupe ne compte que soixante-dix-sept inscrits. Lorsque le président Chaban-Delmas entre dans le cabinet Mendès France (juin 1954), Raymond Triboulet accède à la présidence du groupe. Au cœur de débats importants, il se distingue par la fermeté de son opposition à la ratification de la CED (Communauté européenne de défense – 30 août 1954). Avec son groupe, il vote les accords de Londres et de Paris qui mettent fin à l'occupation de l'Allemagne et l'admettent dans l'OTAN (12 octobre et 29 décembre 1954). Fidèle à Pierre Mendès France, il entre cependant dans le cabinet d'Edgar Faure qui lui avait paru décidé à renforcer l’exécutif. Ministre des anciens combattants et des victimes de guerre, son implication à ce poste, forte et immédiate, lui permet d’obtenir des résultats budgétaires et techniques très positifs. Cependant, à l'été 1955, il s’inquiète de la politique marocaine du président du Conseil et du résident général Gilbert Grandval et, plus encore, de l'absence de projet de réforme constitutionnelle. Le 6 octobre 1955, avec le général Koenig, il démissionne du gouvernement et appelle - avec les républicains sociaux - à la formation d’un gouvernement de salut public. En tant que ministre, il n’est intervenu qu’à l’occasion de deux débats à l’Assemblée nationale.
A la suite de la dissolution de l’Assemblée nationale, à la demande d’Edgar Faure, Raymond Triboulet prépare les élections de la troisième législature de la Quatrième République, en prenant la tête de la liste des Républicains sociaux apparentée au MRP, au CNI et au groupe national d’Indépendants d’action démocratique et paysanne. Dans ses engagements électoraux, il justifie l’apparentement par son anticommunisme et, citant fréquemment le général de Gaulle, il déclare vouloir faire de la France une grande puissance mondiale, une puissance africaine et une nation mère de l’Europe. Le 2 janvier 1956, il est réélu avec 25 688 voix (19 621 voix et 9,6% pour sa liste). Pour cette troisième législature, il retrouve la commission de la défense nationale (1956-1957), celle de la reconstruction, des dommages de guerre et du logement (1958). Il appartient également à celle de la justice et de la législation (1956-1957) et à celle du suffrage universel, des lois constitutionnelles, du règlement et des pétitions (1957-1958). En outre, il est élu le 19 mars, puis le 3 juillet 1957 représentant de la France à l’Assemblée commune de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA). Il appartient également au comité consultatif constitutionnel, à partir du 22 juillet 1958. Durant ce dernier mandat, il dépose vingt-huit propositions de loi, vingt-deux propositions de résolution et cinq rapports dont quatre ont été élaborés à partir de l’étude d’un projet de loi. Raymond Triboulet intervient à cinquante-six reprises en séance publique, en défendant vingt-sept amendements et en déposant deux demandes d’interpellation. Par deux fois, il est rapporteur : d’un projet de loi adopté par le Conseil de la République et relatif à la prorogation du mandat des conseillers de la République élus en Algérie (21 mai 1958) ; du projet de loi adopté par le Conseil de la République et relatif à l’élection des conseillers de la République représentant les citoyens français résidant au Maroc, en Tunisie, au Cambodge, au Laos et au Viet-Nam (21 mai 1958).
Au cours de ce troisième mandat, c’est à la réforme des institutions qu’il s’attache prioritairement en tenant compte de la nouvelle donne parlementaire. En effet, le groupe des Républicains sociaux est désormais réduit à vingt-et-un députés. Il s’agit donc d’agir à la fois sur l’opinion et sur les leaders (Pierre Mendès France, René Coty) en démontrant l’inadaptation des méthodes gouvernementales et, en particulier, l’inefficacité de la procédure de la question de confiance. Président d’un groupe étriqué, Raymond Triboulet n’en est pas moins un député omniprésent et prolixe, aussi combatif sur la politique agricole que sur les pensions militaires, sur la ratification des traités de Rome - il vote contre - que sur la situation en Afrique du Nord. Si ses interpellations sur la réforme constitutionnelle (février 1956, mars 1957, février-mars 1958) ne rencontrent que peu d’échos à l’Assemblée et chez les « barons » gaullistes, il trouve des auditoires plus réceptifs dans la campagne des banquets provinciaux de 1957, au point d’être convaincu, au printemps 1958, que Pierre Mendès France, Guy Mollet et René Coty sont prêts à exaucer son vœu : en appeler au général de Gaulle.
C'est pourquoi il ne prend pas part au vote d'investiture de Félix Gaillard (5 novembre 1957) et contribue à sa chute (5 avril 1958), avant de s'opposer à l'investiture de Pierre Pflimlin (13 mai 1958) et à l'adoption de la proposition de résolution tendant à décider la révision de certains articles de la Constitution (27 mai 1958).
Le 1er juin, il vote la confiance au général de Gaulle et, le 2 juin, les pleins pouvoirs et la révision constitutionnelle que celui-ci sollicitait.
Sa carrière politique se poursuit sous la Cinquième République. Le 23 novembre 1958, il est élu, dès le premier tour, dans la quatrième circonscription du Calvados (Bayeux). Réélu trois fois – toujours dès le premier tour - dans la même circonscription, en 1962, 1967 et 1968, il est ministre des anciens combattants et victimes de guerre, de 1959 à 1962, et ministre délégué chargé de la coopération, de 1962 à 1966.








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