Edouard Vaillant

1840 - 1915

Informations générales
  • Né le 29 janvier 1840 à Vierzon (Cher - France)
  • Décédé le 18 décembre 1915 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
VIe législature
Mandat
Du 3 septembre 1893 au 31 mai 1898
Département
Seine
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
VIIe législature
Mandat
Du 22 mai 1898 au 31 mai 1902
Département
Seine
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
VIIIe législature
Mandat
Du 27 avril 1902 au 31 mai 1906
Département
Seine
Groupe
Socialistes parlementaires
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
IXe législature
Mandat
Du 6 mai 1906 au 31 mai 1910
Département
Seine
Groupe
Socialistes unifiés
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
Xe législature
Mandat
Du 24 avril 1910 au 31 mai 1914
Département
Seine
Groupe
Parti socialiste
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
XIe législature
Mandat
Du 26 avril 1914 au 18 décembre 1915
Département
Seine
Groupe
Parti socialiste

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 (Jean Jolly)

Né le 29 janvier 1840 à Vierzon (Cher), mort le 18 décembre 1915 à Paris.

Député de la Seine de 1893 à 1915.

Le père d'Edouard Vaillant est notaire. Il ne portera jamais beaucoup d'intérêt à son fils. Un grand attachement unit, au contraire, Edouard Vaillant à sa mère qui est une catholique très croyante.

Venu à Paris avec sa famille à l'âge de 2 ans, Edouard Vaillant séjourne souvent dans le Loir-et-Cher, à Salbris, où son père possède une forge. Il y apprend le latin avec un prêtre. Vers 8-9 ans, il entre comme interne au collège Sainte-Barbe, dont il supporte mal la sévère discipline. Après avoir passé son baccalauréat ès sciences en 1857, il prépare l'Ecole centrale, y est admis et en sort ingénieur en 1862, classé dix-huitième sur 81. De 1862 à 1866, il poursuit des études à la Sorbonne, au Collège de France, à l'Ecole de médecine et au Muséum d'histoire naturelle.

Sans être encore très engagé dans la vie politique, il fréquente les milieux de l'opposition à l'Empire, notamment le journaliste Auguste Rogeard. Il signe, en 1866, l'adresse des étudiants de Paris aux étudiants d'Allemagne et d'Italie contre la guerre, la misère et l'ignorance.

Il part en Allemagne en 1866, étudie les sciences, la médecine, mais aussi la philosophie aux universités d'Heidelberg, Tübingen et Vienne. Il obtient le diplôme de docteur en médecine. Il fait la connaissance de socialistes à Vienne, correspond avec Feuerbach, publie une brochure La France et l'opinion et adhère à la section allemande de Genève de l'internationale.

À Paris, il compte parmi ses relations de futurs communards tels que Félix Pyat, Jules Vallès, Charles Longuet. Rentré à Paris au début de la guerre de 1870, il prend part à l'insurrection du 4 septembre. Avec Charles Longuet, il envoie un télégramme à Karl Marx pour l'informer de la chute de l'Empire. Pendant le siège, il sert dans l'artillerie de la Garde nationale. Il est de ceux qui poussent à la constitution de comités de vigilance pour surveiller l'action du gouvernement de la Défense nationale suspect de faiblesse. Il est signataire du manifeste du Comité central républicain des 20 arrondissements des 13-14 septembre. C'est à cette époque qu'il noue des relations avec Blanqui dont il deviendra un fidèle admirateur. Il participe au mouvement insurrectionnel avorté du 31 octobre, est un des rédacteurs de « l'Affiche Rouge » placardée le 6 juin, anime la tentative encore manquée du 22 janvier.

Après la capitulation, il est présenté aux élections à l'Assemblée nationale par plusieurs groupes républicains, socialistes et révolutionnaires, mais n'est pas élu. Il part néanmoins à Bordeaux le 12 février avec Blanqui et Tridon, pour plaider la continuation de la guerre.

A l'annonce de l'insurrection du 18 mars, il regagne en hâte la capitale, déploie une grande activité au Comité des 20 arrondissements, est élu aux élections du 26 mars dans le 8e arrondissement. L'assemblée de la Commune le désigne comme l'un des sept membres de sa Commission exécutive ; réélu le 20 avril, il est également nommé délégué à l'Instruction publique. Partisan de moyens radicaux tels que l'exécution d'otages en réponse aux exécutions faites par les Versaillais, il ne fait partie d'aucune des factions rivales en présence, tentant au contraire de les concilier. Il veut une Commune agissante et non un lieu de palabres.

Après avoir participé jusqu'au bout aux délibérations et à l'action de la Commune, il parvient à s'échapper et à gagner Londres par l'Espagne et le Portugal, après un voyage de quelques semaines. Il sera condamné à mort par contumace par le 3e Conseil de guerre, le 17 juillet 1872.

A Londres, il passe ses examens de docteur en médecine britannique, ce qui lui permet d'exercer sa profession et de soigner ses camarades exilés. Mais l'action politique le retient plus que jamais. Entré en relation avec Marx par l'intermédiaire de Charles Longuet, il commence à être influencé par le marxisme qui va supplanter le proudhonisme jusque-là prédominant dans ses idées sociales.

Il est nommé membre du conseil général de l'Internationale, participe à la conférence de Londres (septembre 1871) et au congrès de La Haye (septembre 1872), mais se retire de ce dernier et continue de voix Marx à Londres et joue un rôle éminent au sein de la fraction Blanquiste dénommée « Commune révolutionnaire ».

Rentré en France après la loi d'amnistie de 1880, il y poursuit le combat politique aux côtés de Blanqui qu'il aide de ses deniers à lancer le quotidien Ni Dieu, ni maître auquel il collabore. Il se consacre particulièrement à la propagande révolutionnaire dans le Cher, se fixant à Vierzon où son père le renie.

Il s'y présente aux élections municipales de 1881, obtenant 600 voix sur 1.800 suffrages exprimés. La même année, il brigue la députation dans la 2e circonscription de Bourges sous l'étiquette « ancien membre de la commune et candidat socialiste ». Il recueille au premier tour 3.578 voix sur 14.237 votants, et au second tour : 2.973 sur 13.791. Il est encore candidat aux élections cantonales en 1882 dans le canton de la Guerche, et, en 1883, dans le canton de Charost, où il réunit 1.021 voix contre 1.569 à Henri Brisson.

Pendant tout ce temps, il est un des trois dirigeants du comité révolutionnaire central avec Emile Eudes et Ernest Granger. Il collabore à de nombreux journaux plus ou moins éphémères de Paris et de province.

En 1884, il est élu simultanément conseiller municipal à Vierzon-Ville, Vierzon-Village, et dans le quartier du Père-Lachaise à Paris. Il opte pour ce dernier mandat qui lui sera renouvelé en 1887 et qu'il n'abandonnera qu'après son élection à la Chambre des députés.

Révolutionnaire intransigeant, il n'en entend pas moins réaliser à l'Hôtel de Ville une œuvre positive en faveur de la classe ouvrière.

Aux élections législatives de 1885, inscrit sur trois listes socialistes du département de la Seine, il suit le sort commun de tous les candidats de cette tendance qui sort écrasée du scrutin.

Pendant la crise boulangiste, il préconise la lutte contre toutes les factions bourgeoises réactionnaires, boulangistes ou opportunistes, sans aucune compromission avec l'une d'elles.

À l'élection partielle de Lyon de juillet 1888, il est le candidat de tous les groupes socialistes à l'exception des possibilistes. Il obtient au premier tour 17.147 voix sur 69.212 suffrages exprimés. Cette même année voit la scission du groupe blanquiste du comité révolutionnaire central divisé sur l'attitude à prendre par rapport au boulangisme. Vaillant n'en pose pas moins, dès cette époque, la question de l'unité socialiste qui restera toujours l'une de ses préoccupations dominantes. Cette unité commencera de se réaliser avec la constitution d'un groupe socialiste unique de près de 50 députés entrés à la Chambre à l'issue des élections de 1893. Vaillant, élu dans la 2e circonscription du XXe arrondissement, en fait partie. Il avait recueilli, au premier tour, 5.627 voix contre 4.247 au radical Patenne, et 1.538 à Poulain, pour l'emporter, au second tour par 7.358 contre 4.530 à Patenne, effaçant ainsi l'échec qu'il avait essuyé en 1889, dans la 1re circonscription du XXe arrondissement.

Sa première intervention à la tribune est pour défendre, au milieu des interruptions, la Commune de Paris dont il revendique l'honneur d'avoir été membre et pour proclamer sa foi socialiste et révolutionnaire. Ses autres interventions de la législature concernent notamment son opposition aux lois « scélérates » contre les menées anarchistes, le chômage, la législation sociale à propos de laquelle il se livre à des comparaisons approfondies avec l'Angleterre et l'Allemagne.

En politique extérieure il exprime à plusieurs reprises son hostilité à l'alliance franco-russe. A la fin de la législature, dans le débat qui s'instaure au sein du groupe parlementaire socialiste sur l'attitude à adopter à propos de l'affaire Dreyfus, il prend parti avec Jaurès et Guesde pour l'engagement du mouvement socialiste en faveur de la révision du procès. Il souhaite toutefois que cela se fasse en toute autonomie au regard des hommes politiques de la bourgeoisie, ce qui le sépare quelque peu de la position de Jaurès.

Cette attitude « dreyfusiste » lui vaut de se voir opposer, au premier tour des élections de 1898, un candidat du comité central socialiste révolutionnaire, blanquiste rochefortiste, Emile Masson. Il sort néanmoins victorieux de la compétition électorale. Il totalise au premier tour 6.717 voix contre 4.152 à Patenne, 2.257 à Turquet et 2.156 à Masson. Après le désistement de ce dernier, les résultats du deuxième tour donnent 7.612 voix à Vaillant et 7.016 à Patenne.

La nouvelle législature allait être marquée par la constitution du cabinet Waldeck-Rousseau et la crise socialiste que provoqua la participation d'Alexandre Millerand à ce gouvernement.

Le 12 juin 1899, son interpellation sur les « violences de la police contre les républicains » entraîne la chute du cabinet Charles Dupuy et son remplacement par Waldeck-Rousseau.

Vaillant s'élève violemment contre la présence de Millerand dans un gouvernement aux côtés du général de Galliffet. Le groupe socialiste éclate, Vaillant constituant avec ses amis le groupe socialiste révolutionnaire. À la séance du 26 juin, il attaque le gouvernement Waldeck-Rousseau et tout particulièrement le général de Galliffet, traité de « massacreur de Paris, assassin de la Commune, homme qui en 1871 dirigeait le massacre versaillais des parisiens, etc... » Mais au moment du vote, avec son groupe et la fraction parlementaire du parti ouvrier français, il s'abstient, ce qui permet le maintien du cabinet de défense républicaine.

Au Congrès général des organisations socialistes qui siègent à la salle Japy des 3 au 8 décembre 1899, Vaillant, qui est la personnalité marquante du parti socialiste révolutionnaire, renouvelle son opposition absolue à toute participation socialiste à un gouvernement bourgeois. Il réaffirme cette opposition de principe aussi bien à la tribune de la Chambre en novembre 1900 que devant les congrès socialistes. Battu sur ce point au Congrès de Lyon de 1901, il le quitte. Il constitue, la même année, avec le Parti Ouvrier de France de Jules Guesde, le Parti Socialiste de France.

À la Chambre des députés, il déploie son habituelle activité parlementaire dans divers domaines : celui de la Défense nationale où il reprend ses propositions sur la suppression de l'armée permanente, du code militaire et des conseils de guerre, celui du droit social où il demande l'institution de la journée de 8 heures, la création d'un ministère du travail et de l'assurance sociale, celui de l'agriculture où il réclame la reconstitution et l'extension du domaine agricole communal, celui de l'organisation politique où il préconise l'application de la loi communale à Paris et la révision de la Constitution par l'institution du droit d'initiative populaire et du référendum, celui de la politique internationale où il se prononce pour la création de règles de droit international, celui de l'enseignement dont il demande la laïcisation et que l'on y développe la partie scientifique.

Aussi peut-il présenter à ses électeurs, en 1902, un éloquent bilan de son activité parlementaire et c'est dès le premier tour qu'il est élu par 8.745 voix contre 3.867 à Patenne, 2.740 à La Soudière et 1.648 à Lasvigne.

Les propositions de loi qu'il présente pendant la législature reprennent en substance celles qu'il a déjà déposées.

En 1902, à propos des congrégations, et en 1905, dans le débat sur la loi de séparation, il réclame une vigoureuse politique de laïcisation de l'Etat explicitement destinée à ruiner la puissance de l'Eglise en la dépossédant de ses moyens d'action matériels.

En 1904, dans la discussion de la loi de 2 ans, il présente un contre-projet portant suppression de l'armée permanente et création d'une milice nationale.

En 1905, il intervient dans le débat sur l'affaire du Maroc, et, à l'occasion d'interpellations sur la politique en Extrême-Orient, rappelant les positions définies par les congrès socialistes, il prédit le recours « à la grève générale et à l'insurrection plutôt que de laisser le gouvernement engager le pays dans une guerre odieuse ».

Dans le domaine de la politique socialiste, l'année 1905 lui avait apporté une grande joie avec le congrès d'unité du globe, dont il fut un artisan efficace.

Les élections sont maintenant pour lui sans surprise. Il est réélu en 1906 au premier tour par 9.891 voix contre 4.152 et 2.677 à ses concurrents Blancheville et de Villemandy.

En juin 1906, lors d'une séance d'interpellations, il attaque durement la politique de répression anti-ouvrière de Clemenceau, ministre de l'Intérieur. Il renouvelle ses critiques en mai 1907, accusant Clemenceau et les radicaux d'être à la dévotion de la classe dirigeante.

En 1907, il demande que la France renonce à intervenir au Maroc.

Les électeurs de sa fidèle 2e circonscription du XXe arrondissement lui renouvellent leur confiance en 1910. Il est vainqueur, au premier tour, recueillant 8.632 suffrages contre 4.827 à Reneux, 3.332 à Briand, 51 bulletins se dispersent sur trois autres candidats.

Et c'est la même activité parlementaire qui reprend à la rentrée, allant des questions locales de détail aux grands problèmes de l'heure.

En mai 1911, il est l'interprète de la doctrine du parti socialiste sur l'organisation et le fonctionnement de la démocratie. Il se déclare partisan de la représentation proportionnelle et ses interventions dans le domaine de la politique extérieure et de la défense sont nombreuses et importantes.

Au sein du parti socialiste et de l'internationale, Vaillant est l'un des partisans les plus ardents de la résistance à la guerre par la grève générale et l'insurrection.

Mais son plus long discours de la législature est consacré au contre-projet qu'il oppose, en mai 1912, au projet de loi de réduction de la journée de travail à 10 heures.

Son dernier mandat législatif lui est facilement renouvelé en 1914. Il est réélu au premier tour avec 9.357 voix, les quatre autres candidats n'en totalisant que 7.586, 445 bulletins étant nuls. Au Congrès national du parti socialiste des 14, 15 et 16 juillet, il soutient contre l'avis de Jules Guesde l'emploi de la grève générale ouvrière pour prévenir et empêcher la guerre.

Mais les événements se précipitent. Les dirigeants socialistes, dont Vaillant, réunis à Bruxelles le 29 juillet, tentent de conjurer le péril. Le 31, Jaurès est assassiné. Vaillant en est terriblement atteint. La mobilisation générale est décrétée le 2 août. Le choc que produit sur lui la situation nouvelle qui s'est créée l'amène à redéfinir sa position. Il déclare le 2 août : « Les socialistes rempliront à la fois leur devoir patriotique et leur devoir socialiste. En présence de l'agression, ils accompliront tout leur devoir pour la Patrie, pour la République, pour la Révolution ». Le 4 août, aux obsèques de Jaurès, il reprend les mêmes formules. L'après-midi, à la Chambre, marquant symboliquement son adhésion totale à l'union sacrée, il serra pour la première fois de sa vie la main d'Albert de Mun, ancien officier de l'armée versaillaise. Jusqu'à sa mort, la préoccupation de la Défense nationale va primer tout autre souci. Il accepte la participation ministérielle considérée comme une forme de la Défense nationale. Il subordonne tout à la victoire, mais ne confond pas la guerre contre l'impérialisme allemand avec la guerre contre le peuple allemand. En 1914, il refuse d'abandonner Paris pour Bordeaux et regrette la clôture de la session parlementaire.

Ses prises de parole à la tribune de la Chambre sont désormais rares, mais, tant qu'il le peut, il intervient activement dans les commissions, dans la presse, pour pousser à l'effort de guerre. Il ne manque pas une séance à la Chambre. Au sein du parti socialiste, il se heurte à la minorité pacifiste qui condamne violemment son « jusqu'auboutisme ». Ces attaques, alors qu'il avait toujours été entouré par ses camarades du plus profond respect l'affecte profondément. Comme il le dit un jour, « la guerre le tue ».

Il meurt le 18 décembre 1915 de « débilité sénile », selon les déclarations du médecin de l'état civil.


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