Auguste, Charles, Louis, Joseph de Morny

1811 - 1865

Informations générales
  • Né le 21 octobre 1811 à Paris (Seine - France)
  • Décédé le 10 mars 1865 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Présidence(s)

Présidence de l'Assemblée nationale
du 12 novembre 1854 au 10 mars 1865

Mandat(s)

Régime politique
Monarchie de Juillet - Chambre des députés
Législature
VIe législature
Mandat
Du 9 juillet 1842 au 6 juillet 1846
Département
Puy-de-Dôme
Groupe
Majorité gouvernementale
Régime politique
Monarchie de Juillet - Chambre des députés
Législature
VIIe législature
Mandat
Du 1er août 1846 au 24 février 1848
Département
Puy-de-Dôme
Groupe
Majorité gouvernementale
Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale législative
Mandat
Du 13 mai 1849 au 2 décembre 1851
Département
Puy-de-Dôme
Groupe
Bonapartiste
Régime politique
Second Empire - Corps législatif
Législature
Ire législature
Mandat
Du 29 février 1852 au 29 mai 1857
Département
Puy-de-Dôme
Groupe
Majorité dynastique
Régime politique
Second Empire - Corps législatif
Législature
IIe législature
Mandat
Du 21 juin 1857 au 7 mai 1863
Département
Puy-de-Dôme
Groupe
Majorité dynastique
Régime politique
Second Empire - Corps législatif
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 31 mai 1863 au 10 mars 1865
Département
Puy-de-Dôme
Groupe
Majorité dynastique

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Député de 1842 à 1848, représentant en 1849, ministre, député au Corps législatif de 1852 à 1865, né à Paris le 21 octobre 1811, mort à Paris le 10 mars 1865.

Il fut élevé sous la direction du comte de Flahaut « qui lui portait, écrit un biographe, une tendresse toute paternelle », et par les soins de la comtesse de Souza, mère du comte, remariée et veuve de nouveau, connu par son rang à la cour de l'empereur et par ses succès littéraires. « Pendant que Mme de Souza se ménageait une retraite idéale de vieille femme dans un coin de son salon, entre son piano, sa harpe et quelques livres de choix, son élève, dans lequel elle voyait un petit-fils, rimait près d'elle des pièces de vers qu'il eut le tact de ne pas publier, poussant la littérature jusqu'au vaudeville, en attendant que, comme l'a dit Victor Hugo, il poussât la politique jusqu'à la tragédie. Il composait des romances, paroles et musique, qu'il chantait dans l'intimité, d'une voix de ténor légère, mais bien timbrée ; enfin, il jetait des regards de chérubin enamouré sur les comtesses Almaviva qui fréquentaient cette maison, tout imprégnée encore de l'atmosphère sensuelle du XVIIIe siècle. Il entrait ainsi dans la vie par la porte d'or, et il y entrait gaiement. » (Portraits et médaillons du second Empire : M. de Morny, par Corentin Guyho.) Il fit au collège Bourbon, en compagnie de M. Edgar Ney et sous la direction spéciale de Casimir Bonjour, des études classiques qui ne révélèrent en lui rien de supérieur; mais la vivacité de son esprit fit dire à Talleyrand, chez qui M. de Flahaut l'amenait parfois :

« N'avez-vous pas rencontré dans l'escalier un petit bonhomme que M. de Flahaut tenait par la main ?
- Oui, prince.
- Eh bien, souvenez-vous de ce que je vais vous dire : cet enfant-là sera un jour ministre. »

En 1832, M. de Morny, après avoir passé deux ans à l'Ecole d'état-major, en sortit sous-lieutenant au 1er régiment de lanciers, « le corps à la mode de l'époque. » Caserné quelque temps à Fontainebleau, il obtint de faire campagne en Algérie, devint officier d'ordonnance du général Trézel, se distingua dans plusieurs engagements où il fut sérieusement blessé, fut porté à l'ordre du jour, et nommé chevalier de la Légion d'honneur pour avoir sauvé la vie au général Trézel sous les murs de Constantine ; il rencontra pour la première fois, dans cette campagne, le général Changarnier, qui lui témoigna beaucoup de bienveillance. La santé de M. de Morny étant restée ébranlée, il demanda, sans succès, un congé de convalescence. « C'était la première fois, a-t-on dit, qu'on lui refusait quelque chose. » Dépité, il donna sa démission et rentra dans la vie civile. Il ne tarda pas à devenir en France le roi de la mode et acquit sur le Tout-Paris d'alors une dictature incontestée. Mais son esprit, naturellement actif et ambitieux, ne pouvait rester sans aliment. Il se tourna d'abord vers l'industrie.

En possession d'une fortune déjà considérable, il se souvint d'avoir tenu un moment garnison à Clermont-Ferrand ; il y entrevit un avenir politique. Avec l'argent prêté par une amie, il acheta des propriétés dans le Puy-de-Dôme, et se mit à raffiner du sucre de betterave. Sa situation industrielle devint rapidement si prépondérante, que, dans un congrès de 400 représentants de sucre colonial, il fut, quoique le plus jeune membre de l'assemblée, élu président par acclamation. La même année, il publia une brochure sur la Question des sucres (1838).

Le succès de sa première spéculation engagea des capitalistes à le mettre à la tête d'entreprises plus importantes. Alors il songea à briguer la députation, à peine âgé de trente et un ans. Sa candidature ne fut d'abord pas prise au sérieux. M. Duchâtel, ministre de l'Intérieur, disait à qui voulait l'entendre : « Morny n'aura pas dix voix ! » Mais M. de Morny ne négligea rien pour assurer son succès ; dans ses tournées électorales, il déploya auprès des électeurs censitaires toutes les séductions de son esprit, et il fut élu, le 9 juillet 1842, député du 1er collège du Puy-de-Dôme (Clermont-Ferrand), par 251 voix (427 votants, 497 inscrits), contre 176 à M. Jouvet. Il se montra à la Chambre à la fois très libéral en industrie et très autoritaire en politique, et commença par soutenir de ses votes et de ses discours le gouvernement orléaniste. « Il jouait, dit M. Corentin-Guyho, le rôle du terre neuve parlementaire qui se précipite pour sauver les cabinets compromis, » Avec le centre, il défendit les actes les plus impopulaires du ministère Guizot, et, lors de la discussion sur l'indemnité Pritchard, ce fut lui qui prit l'initiative de l'ordre du jour favorable au pouvoir; d'où les attaques et les railleries d'Armand Marrast qui l'appela dans son journal : « Le plus jeune et le plus chauve des satisfaits. » Il traita avec habileté plusieurs questions industrielles spéciales, réclama des améliorations financières, notamment la coupure des billets de banque, et présenta, sur la conversion des rentes, une proposition qui devint la base du système plus tard adopté. Comme orateur, il n'avait qu'un talent de second ordre, s'exprimant sans chaleur et sans gestes, d'un air détaché et dédaigneux, évitant les violences d'expression, et préférant les formes ironiques.

Vers 1846, il eut comme la prescience de la chute prochaine de la monarchie constitutionnelle ; toutefois, après avoir obtenu sa réélection, le 1er août 1846, avec 356 voix (501 votants, 588 inscrits), contre 140 à M. de Pontgibaud, il continua à voter pour le gouvernement, sauf à réclamer de celui-ci « une satisfaction raisonnable pour l'opinion » ; de ministériel pur, il passait indépendant. Cette attitude nouvelle lui valut les attaques de M. Emile de Girardin : M. de Morny envoya demander des explications au publiciste par le maréchal Bugeaud et le marquis de la Valette ; mais l'affaire s'arrangea. Les sentiments complexes qui animaient alors le député du Puy-de-Dôme se traduisirent dans un article de lui qui parut, le 1er janvier 1847, dans la Revue des Deux-Mondes sous ce titre : Quelques réflexions sur la politique actuelle. « Nous avons, y était-il dit, de grands et sérieux devoirs à remplir. Nous devons nous appliquer à l'étude, non pas de réformes politiques qui ne constituent, après tout, qu'un besoin factice, mais des questions sociales et matérielles. Sachons entreprendre, en industrie, en commerce, en finances, toutes les réformes qui tendent au bien-être des masses et à améliorer le sort de la classe ouvrière. »

Très éloigné d'ailleurs de la démocratie, il s'efforça de prévenir les événements par une intervention officieuse entre le ministère et les chefs de la gauche, au cours de la campagne des banquets. Il parvint à négocier une transaction que la révolution rendit inutile. Lorsqu'elle éclata, M. de Morny, aristocrate de naissance, d'instincts et d'habitude, se tint d'abord à l'écart de la politique.

A demi ruiné, menacé de voir saisir sa célèbre galerie de tableaux, mécontent des hommes et des choses, il ne reprit courage et espoir qu'après la rentrée en France de Louis-Napoléon. Le prince et M. de Morny n'étaient pas seulement de la même famille : il y avait entre eux communauté de sentiments et d'intérêts. En 1849, grâce au concours du Comptoir national d'Escompte, il put reprendre des opérations industrielles et financières qui lui ramenèrent la fortune.

Vers la même époque, il rentrait dans la vie publique, sous les auspices du comité électoral conservateur de la rue de Poitiers, et était élu (13 mai 1849) représentant du Puy-de-Dôme à l'Assemblée législative, le 10e sur 13, par 48 635 voix (168 305 inscrits).

Tout dévoué à la personne et aux intérêts du prince-président, M. de Morny vota constamment dans le sens de la politique de l'Elysée, et fut, comme on sait, du petit nombre de ceux que Louis-Napoléon Bonaparte appela à préparer le coup d'Etat et à l'accomplir. Le mot lancé par lui, la veille du 2 décembre, dans une causerie à l'opéra-Comique, où avait lieu une première représentation, est bien connu. Une grande mondaine, Mme de Liadières, qui était dans la loge voisine de la sienne, se pencha vers lui en disant :

« On assure qu'on va balayer la Chambre ; que ferez-vous, monsieur de Morny ?
- Madame, s'il y a un coup de balai, je tâcherai de me mettre du côté du manche. »

Ayant réussi à rassurer, par sa présence tardive dans un lieu frivole, les partisans de l'Assemblée, Morny se rendit du théâtre à l'Elysée, où allaient se donner les derniers ordres pour fermer la salle des séances et arrêter les représentants du peuple.

Il fit preuve, dans cette circonstance, d'une vigueur singulière et d'une étonnante liberté d'esprit. Le général Saint-Arnaud, ministre de la Guerre, n'osait pas, a-t-on dit, contresigner les décrets signés « Napoléon » ; Morny, parlementaire sans illusions, membre de toutes les majorités législatives depuis dix ans, n'hésita point : il apposa son nom au bas de la décision qui prononçait la dissolution de la représentation nationale, et s'en alla ensuite prendre possession du ministère de l'Intérieur. Il conserva la même impassibilité pendant les trois journées de décembre. On a su depuis que ce raffiné, cédant à un goût intermittent de grossièreté, avait répondu à un message de M. de Maupas, tremblant dans sa préfecture de police : « Couchez-vous, » Lorsque plus de deux cents représentants se réunirent sous la présidence de M. Benoît d'Azy, pour protester à la mairie du Xe arrondissement, Morny prit sous sa responsabilité l'ordre qui fut donné de disperser ou d'arrêter les députés hostiles au coup d'Etat. Toujours railleur, il assura ensuite qu'il avait voulu les sauver de leur propre courage. Parmi les circulaires qui signalèrent son court passage au ministère, il faut citer celle du 4 décembre. enjoignant aux préfets d'exiger de tous les fonctionnaires publics l'adhésion par écrit à l'acte qui venait de s'accomplir ; celle du 13, aux commissaires extraordinaires, annonçant la fin de leur mission; et celle du 19 janvier 1852, expliquant le nouveau mécanisme électoral et les vues du gouvernement sur le suffrage universel. Quelques semaines après (22 janvier 1852), M. de Morny se retira du ministère, avec MM. Fould, Magne et Rouher, pour ne pas s'associer aux décrets sur les biens de la famille d'Orléans.

Le second Empire apporta à M. de Morny moins des traitements officiels que des affaires fructueuses, qui l'aidèrent à refaire complètement sa fortune. Membre de la plupart des conseils d'administration financiers, il fut de toutes les entreprises, « les bonnes, les douteuses et... les autres. » Morny est dans l'affaire: l'expression était devenue courante.

Elu, comme candidat du gouvernement, le 29 février 1852, député de la 2e circonscription du Puy-de-Dôme au Corps législatif, par 23 373 voix (25 076 votants, 34 588 inscrits), contre 449 au colonel Charras, il avait obtenu en même temps la presque unanimité dans la 3e circonscription du même département, celle d'Ambert : 19 472 voix (19 578 votants, 34 881 inscrits). Il opta pour Clermont, fut remplacé à Ambert par M. de Pennautier, et reparut en 1854, au premier plan de la scène politique, comme président au Corps législatif.

« Si nous le prenons à cette date, écrit le biographe déjà cité, M. de Morny, déjà chauve à la fleur de l'âge, n'avait plus qu'une touffe de cheveux parsemés de fils blancs, qui frisait de chaque côté de la tête ; le nez était droit et régulier ; les sourcils hauts et dominateurs ; les yeux inégaux ; l'un grand ouvert, - indice d'une intelligence toujours en éveil, l'autre, à demi fermé, - signe de sens saturés sans être assouvis, et fatigués plutôt qu'amortis. Une flamme courte jaillissait de temps en temps de prunelles d'ordinaire froides comme l'acier. La moustache et la mouche avaient la pointe cirée à l'imitation de Napoléon III, comme pour constater, par un trait de plus, la ressemblance de famille; c'était la même plénitude de joues, la même pâleur exsangue, la même couleur de cire... » Et plus loin : « Le matin, il se tenait le plus possible enfermé dans ses appartements privés du Palais-Bourbon, comme un dieu dans son sanctuaire. Son antichambre voyait affluer pêle-mêle tous ceux qui avaient quelque chose à espérer ou à craindre de l'Empire. Là, s'agitaient, à voix basse, les espoirs et les déconvenues. Pendant que les solliciteurs de tous rangs et de tous pays s'impatientaient à attendre leur tour, le comte, bientôt duc de Morny, centre seul immobile de tout ce mouvement, se tenait au coin d'un grand feu, à demi caché par ses petits paravents, frissonnant toujours, même sous ses fourrures de renard bleu, et prenant plus ou moins la peine de dissimuler son mépris profond des hommes et des femmes elles-mêmes. Or, chose curieuse, c'est de ce mépris surtout que sa force était faite ! »

Au fauteuil présidentiel, M. de Morny avait moins de talent oratoire, mais plus d'à-propos que son prédécesseur, M. Billault. M. de Boissieu a dit de lui : « Il était passé maître dans l'art de lâcher et de rassembler les rênes de son attelage parlementaire. Il paraissait aussi habile qu'impartial et aussi ferme que courtois. Il possédait l'art difficile des convenances et rendait à chacun selon ses œuvres et ses discours. Il connaissait le pouvoir d'un joli mot mis en sa place ; les manuscrits revenaient intacts de sa censure, et, s'il laissait à peu près tout dire, c'était moins un droit qu'une faveur accordée. »

Les discours qu'il prononça à l'ouverture des sessions eurent une véritable importance politique. Après avoir été le partisan le plus audacieux de l'Empire personnel s'établissant par la violence, il devint peu à peu le précurseur et le conseiller de l'empire « libéral » encore en gestation. C'est ainsi qu'il se déclara partisan de la publicité intégrale des séances du Corps législatif, et qu'il réchauffa l'ambition naissante de M. Emile Ollivier.

De 1856 à 1857, il occupa le poste d'ambassadeur de France en Russie, où il représenta somptueusement l'empire au sacre du czar Alexandre II. Avant de rentrer en France, il épousa la fille d'un seigneur russe d'une des grandes familles du pays.

Député, il fut successivement réélu : le 22 juin 1857, par 21 084 voix (21 194 votants et 32 089 inscrits), et, le 1er juin 1863, par 21 432 voix (21 893 votants, 33 373 inscrits).

Il se piquait de protéger les lettres et les arts, avait réuni une magnifique collection de tableaux, et, sous le pseudonyme de M. de Saint-Rémy, avait donné aux théâtres quelques vaudevilles et opérettes parmi lesquels on cite : Monsieur Choufleury restera chez lui le... Grand amateur de sport, il entretenait une écurie célèbre, et, pour avoir une plage à lui, il fonda Deauville, en face de Trouville, en s'y faisant construire un chalet.

Cette existence l'épuisa bientôt: « Il n'a plus que de l'eau dans les veines », écrivait Mérimée en 1864. Il voulut mourir « en vrai catholique », et outre les visites de l'empereur et de l'impératrice, il reçut deux fois, à son lit de mort, l'archevêque de Paris. Ses funérailles furent célébrées aux frais du trésor public. La commune de Deauville lui fit élever une statue de bronze, qui fut renversée après la chute de l'empire (septembre 1870).

M. de Morny a été le type le plus brillant de la société de son époque. Octave Feuillet l'a peint dans M. de Camors, et Alphonse Daudet, dans le Nabab, a dit de lui avec raison, « qu'il fut l'incarnation la plus séduisante du Second Empire. »

Date de mise à jour: septembre 2014



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