Emile de Kératry

1832 - 1904

Informations générales
  • Né le 24 mars 1832 à Paris (Seine - France)
  • Décédé le 6 avril 1904 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Second Empire - Corps législatif
Législature
IVe législature
Mandat
Du 6 juin 1869 au 4 septembre 1870
Département
Finistère
Groupe
Gauche

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Député au Corps législatif de 1869 à 1870, né à Paris le 24 mars 1832, fils d'Auguste de Kératry (1769-1859) - député de 1818 à 1824, de 1827 à 1837, pair de France et représentant en 1849 -, il fit ses études aux lycées Saint-Louis et Louis-le-Grand.

Puis il s'engagea à vingt-deux ans au 1er chasseurs d'Afrique, dans lequel il fit la campagne de Crimée, servit ensuite au 1er spahis, au 1er cuirassiers, et fut promu sous-lieutenant en 1859. A cette époque, son père étant mort, il demanda au gouvernement et obtint confirmation du titre de comte, que son père avait abandonné. Lors de la guerre du Mexique (1861), il passa au 3e chasseurs d'Afrique, afin de prendre part à l'expédition, devint capitaine-commandant dans le 2e escadron de la contre-guérilla organisée par le colonel Dupin pour combattre les guérillas de Juarez, et fut attaché au maréchal Bazaine en qualité d'officier d'ordonnance.

Après plusieurs citations à l'ordre du jour de l'armée, il donna sa démission en janvier 1865, et revint en France, où il s'occupa de politique et de littérature. Une série d'articles publiés par lui dans la Revue contemporaine sur la guerre du Mexique, sur la conduite de Bazaine et sur l'attitude du gouvernement français, produisirent une vive sensation. Il prit, peu après, la direction de la Revue moderne, où il continua ses révélations, peu agréables au pouvoir impérial, menaçant d'en dire encore davantage si M. Rouher, ministre d'Etat, qui avait parlé avec dédain, à la tribune du Corps législatif, des assertions du jeune publiciste, voulait bien s'engager à ne pas le poursuivre.

Cette polémique l'ayant mis très en évidence, M. de Kératry se porta, le 23 mai 1869, comme candidat de l'opposition libérale au Corps législatif, dans la 2e circonscription du Finistère; il obtint 4 190 voix, contre 7 469 à M. Conseil, député sortant, 4 386 à M. de Kersauzon, 3 821 à M. de Gasté et 845 à M. Tritschler; un second tour était nécessaire qui le nomma député par 10 927 voix, contre 10 577 à M. Conseil sur 21 278 votants et 31 283 inscrits, malgré l'opposition de l'administration.

A la Chambre, il devint un des membres les plus actifs du tiers parti, fut un des signataires de l'interpellation des 116, et, après la brusque prorogation de la Chambre, en réclama avec insistance, le premier, la convocation dans les délais légaux, c'est-à-dire au plus tard pour le 26 octobre. Il déclara que, si ce délai était dépassé, il serait du devoir des députés indépendants de se réunir pour « lutter contre le gouvernement sur le terrain de la légalité ». Il sembla aller plus loin dans ce passage d'une lettre à M. de Jouvencel : « Ce jour-là, écrivait-il, les gendarmes, s'il y en a, pourront obéir à leur consigne, moi je ferai mon devoir ». Mais la journée du 26 octobre se passa sans autre manifestation que celle d'un excentrique, M. Gagne, le député de Brest et ses adhérents, très éloignés au fond de souhaiter une lutte armée, ayant été les premiers à abandonner leur projet.

Pendant la session de 1870, M. de Kératry se signala par son activité. Il présenta des propositions de loi pour la réorganisation de l'armée, la suppression de la garde mobile, la création d'une milice spéciale en Algérie, demanda que tout électeur fût tenu de savoir lire et écrire, réclama la modification de la loi sur la diffamation, la restitution aux archives des papiers qui en avaient été distraits par le chef de l'Etat, se fit l'avocat des princes d'Orléans qui avaient présenté une pétition pour rentrer en France, et combattit en plusieurs circonstances le cabinet du 2 janvier. Mais il se montra le partisan déterminé de la déclaration de guerre à la Prusse.
« Il ne peut plus être question de dépêches, s'écria-t-il à la nouvelle de l'affront prétendu fait à notre ambassadeur par le roi de Prusse ; il y a longtemps que, dans des circonstances pareilles, la Convention aurait cessé de délibérer pour agir. »
Il fit partie de la commission chargée d'entendre les explications du ministre des Affaires étrangères et du ministre de la Guerre. Le 11 août, à la suite de nos premiers revers, il proposa de nommer une commission chargée d'appeler à sa barre le maréchal Lebœuf et les fonctionnaires de l'intendance ; mais cette proposition tardive ne fut point votée.

La révolution du 4 septembre valut à M. de Kératry les fonctions de préfet de police. Il ordonna en cette qualité l'expulsion des Allemands domiciliés dans les départements de la Seine et de Seine-et-Oise, favorisa la fuite de l'ex-impératrice, aida le prince de Joinville, le duc d'Aumale et le duc de Chartres, venus à Paris pour offrir leurs services, à regagner l'Angleterre quatre heures après leur arrivée dans la capitale, et prononça la dissolution du corps des sergents de ville, qu'il réorganisa sous le nom de « gardiens de la paix publique ». Il adressa ensuite au Gouvernement de la Défense nationale un rapport, proposant la suppression de la préfecture de police et le rattachement aux différents ministères des services qui la composaient. Bien que ce rapport eût reçu, a-t-on dit, l'approbation du gouvernement, M. de Kératry, quelques jours après, donna sa démission, qui fut acceptée, et fut remplacé par Edmond Adam.

Parti de Paris en ballon, il fut chargé en Espagne d'une mission diplomatique qui resta sans résultat. A son retour, Gambetta le nomma général de division à titre auxiliaire et le chargea de commander en chef les forces mobilisées des cinq départements de la Bretagne. De concert avec M. Carré-Kérisouet, il établit le camp de Conlie ; mais à la suite de dissentiments avec la Délégation de Tours, il se retira le 27 novembre, en écrivant que, dès que les événements le lui permettraient, il ferait traduire devant un conseil de guerre les hautes administrations de la guerre et de la marine.

Il rentra alors dans la vie privée et se présenta sans succès à la députation, comme conservateur monarchiste, lors des élections du 8 février 1871. M. Thiers utilisa son zèle en lui confiant, le 20 mars, la préfecture de la Haute-Garonne, qu'il n'occupa qu'après avoir éprouvé de la part du titulaire, M. Armand Duportal, une très vive résistance. Son administration ne fut qu'un long combat contre les radicaux et les révolutionnaires du département dont l'organe, l'Emancipation, lui faisait une guerre incessante ; il provoqua en duel le rédacteur en chef de ce journal, qui était précisément l'ancien préfet, le fit poursuivre devant les tribunaux, et se signala par une raideur et un système de compression qui suscitèrent contre lui, même dans la presse démocratique modérée, des plaintes réitérées. Il n'en fut pas moins nommé, le 15 novembre suivant, préfet des Bouches-du-Rhône, où il eut la même attitude. La dissolution du conseil municipal d'Arles, le déploiement de forces militaires qu'il ordonna à plusieurs reprises, son attitude à l'égard du parti républicain tout entier furent considérés comme autant de provocations, et contribuèrent à rendre de plus en plus aigu son conflit avec la commission départementale et le conseil municipal de Marseille. Ayant demandé, sans pouvoir l'obtenir, la dissolution du conseil général des Bouches-du-Rhône, il donna sa démission (8 août 1872), et déclara qu'il était resté « fermement républicain conservateur ».

Après avoir collaboré au journal le Soir, il tenta de rentrer au parlement, dans deux élections partielles du Finistère (1873) et de Seine-et-Oise (février 1875) ; mais, la première fois, il se désista avant la lutte, et, la seconde, il ne réunit qu'un nombre de voix insignifiant.

M. de Kératry semble avoir renoncé depuis lors à la politique militante.

Outre un grand nombre d'articles de journaux et de revues, on lui doit quelques pièces de théâtre et des proverbes : A bon chat bon rat; la Toile de Pénélope (1856), et, dans un autre ordre d'idées : la Contre-guérilla (1867) ; la Créance Jecker (1867) ; l'Elévation et la chute de Maximilien (1867) ; le Quatre Septembre (1872) ; Mourad V prince sultan prisonnier d'Etat (1878), etc.

M. de Kératry, fait chevalier de la Légion d'honneur au Mexique en 1863, fut nommé officier le 30 août 1871, et commandeur le 6 décembre 1872. Il est en outre décoré de plusieurs ordres étrangers, d'Espagne, de Turquie, du Mexique, et médaillé pour fait de sauvetage.

Date de mise à jour: novembre 2016