Armand Barbès

1809 - 1870

Informations générales
  • Né le 18 septembre 1809 à Pointe-à-pitre (Martinique - France)
  • Décédé le 26 juin 1870 à La haye (Pays-bas)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 23 avril 1848 au 15 mai 1848
Département
Aude
Groupe
Montagne

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Représentant du peuple à l’Assemblée constituante de 1848, né à Pointe-à-Pitre, le 18 septembre 1809, mort à la Haye (Hollande), le 26 juin 1870, il vint tout enfant habiter en France, près de Carcassonne, dans le pays de sa famille; il fit ses études au collège de Sorèze; puis, son père, qui était négociant, lui ayant laissé de bonne heure une assez grande fortune, il vint à Paris vers 1830 pour prendre sa part de toutes les luttes et de tous les complots du parti républicain contre Louis-Philippe. M. Jules Claretie raconte (Le Plutarque populaire : Armand Barbès), qu'Etienne Arago, alors directeur du Vaudeville, vit entrer dans son cabinet, rue de Chartres, un grand et beau jeune homme qu'il prit tout d'abord pour un jeune premier : il était porteur d'une lettre de recommandation d'un ami commun, condisciple d'Arago.
« - Les camarades de nos camarades de classe sont nos amis, lui dit Arago en l'accueillant. Vous venez à Paris pour voir Paris et sans doute, avant toutes choses, nos théâtres? Vous voulez vos entrées au Vaudeville probablement? Vous les avez. Ce soir, votre nom sera inscrit sur le registre du contrôle et vous entrerez ici quand il vous plaira. »

Le jeune homme avait écouté sans mot dire. Lorsque Arago eut fini : « Citoyen, dit-il simplement, et, de cette voix musicale où l'accent méridional a gardé comme une grâce de l'accent créole, citoyen, je ne viens pas à Paris pour voir Paris. Je suis jeune. Mon nom, ma fortune, ma vie, je vous apporte tout et veux tout donner à la République. »

« Etienne Arago regarda, joyeux et conquis, celui qui venait de parler, et qui, à vingt et un ans, était déjà Armand Barbès. »
Peu de temps après, il était parmi les insurgés d'avril 1834. Arrêté, emprisonné à Sainte-Pélagie, il fut relâché en 1835, après cinq mois de détention. La même année, il facilitait l'évasion, de Sainte-Pélagie, de ses amis Guinard, Godefroy Cavaignac, Armand Marrast qui avaient creusé une galerie souterraine, partant du préau de la prison et allant aboutir sous le jardin d'un propriétaire du voisinage. Barbès réussit, de concert avec une jeune fille, soeur d'un de ses amis, à s'introduire, sous un prétexte, dans cette maison, à y prendre le plan des lieux, puis à y revenir au jour fixé pour l'évasion.

Puis il se remit à conspirer. Traduit en mars 1836, devant la police correctionnelle pour fabrication clandestine de poudre, il fut encore frappé d'un an de prison. Il en sortit pour fonder, avec Martin Bernard et Blanqui, les sociétés révolutionnaires des Droits de l'homme, des Saisons, et pour préparer l'insurrection du 12 mai 1839. Cette dernière société ne comprenait que 1,200 adhérents; ils n'en décidèrent pas moins de profiter d'une revue au Champ de Mars pour exciter le peuple à un « mouvement ». Groupés dans la rue Bourg l’Abbé, il se jetèrent sur le poste de la Conciergerie afin de gagner la préfecture de police; puis, pressés par les soldats qui accouraient par le quai des Orfèvres, ils se retranchèrent derrière les barricades de la Cité. Barbès les commandait. Blessé à la tête, il fut pris par les gardes municipaux. Pendant ce temps, le lieutenant Drouineau, commandant du poste, tombait mortellement frappé. Quelques heures après, l'insurrection était réprimée.
Barbès comparut le 27 juin suivant, avec Roudil, Nouguès, Martin Bernard, Mialhon, Martin Noël, etc., devant la Cour des pairs. Il était accusé d'avoir tué net et à bout portant le lieutenant Drouineau, tombé en réalité dans le combat sous une décharge des insurgés. La réquisitoire fut prononcé par M. Franck Carré, la défense de Barbès par MM. Emmanuel Arago et Dupont. Barbès se leva ensuite, et après avoir déclaré qu'il ne répondrait à aucune des questions posées par l'accusation, ajouta : « J'étais un des chefs de l'association, c'est moi qui ai préparé le combat, tous les moyens d'exécution; j'y ai pris part, je me suis battu contre vos troupes; mais si j'assume sur moi la responsabilité pleine et entière de tous les faits généraux, je dois aussi décliner la responsabilité de certains actes que je n'ai ni conseillés, ni ordonnés, ni approuvés. Je veux parler d'actes de cruauté que la morale réprouve. Parmi ces actes, je cite la mort donnée au lieutenant Drouineau, que l'acte d'accusation signale comme ayant été commis par moi, avec préméditation et guet-apens. Ce n'est pas pour vous que je dis cela, vous n'êtes pas disposés à me croire, car vous êtes mes ennemis. Je le dis pour que mon pays l'entende. C'est là un acte dont je ne suis ni coupable ni capable. Si j'avais tué ce militaire, je l'aurais fait dans un combat à armes égales, autant que cela peut se faire dans le combat de la rue, avec un partage égal de champ et de soleil. Je n'ai point assassiné, c'est une calomnie dont on veut flétrir un soldat de la cause du peuple. Je n'ai pas tué le lieutenant Drouineau. Voilà tout ce que j'avais à dire. »
Ces paroles prononcées, il se renferma dans un morne silence et ne fit plus entendre que ces mots: « Quand l'Indien est vaincu, quand le sort de la guerre l'a fait tomber au pouvoir de son ennemi, il ne songe pas à se défendre; il n'a pas recours à des paroles vaines, il se résigne et donne sa tête à scalper.»
Le 12 juillet 1839, Barbès fut condamné par la Cour des pairs à la peine de mort. A la sortie de l'audience, on le fouilla, on lui enleva ses boucles de pantalon et de gilet, sa bague, on lui mit la camisole de force. « Je n'éprouvais, a-t-il écrit plus tard, dans une brochure extrêmement rare, Deux jours de condamnation à mort, datée des prisons de Nîmes (1847) et où il a retracé ses impressions, je n'éprouvais d'autre sensation en ce moment qu'une légère surexcitation d'énergie et comme une pointe d'orgueil de voir que j'étais appelé à donner mon sang pour ma cause. »
Cependant, à la nouvelle de la condamnation capitale de Barbès, plus de 3,000 étudiants vinrent au ministère de la justice demander une grâce que le condamné s'était hautement refusé à implorer. Des employés, des ouvriers tentèrent de se livrer à une manifestation devant le Palais-Bourbon. Victor Hugo, lui aussi, s'était ému, et, le soir de l'arrêt de mort, à minuit, il avait écrit au roi Louis-Philippe, frappé par la mort de sa fille, la princesse Marie, les vers que tout le monde connaît :

Par votre ange envolée ainsi qu'une colombe,
Par ce royal enfant, doux et frêle roseau,
Grâce encore une fois! grâce au nom de la tombe !
Grâce au nom du berceau!
Louis-Philippe, a-t-on dit, répondit au poète: « Je vous accorde cette grâce. Il ne me reste plus qu'à l'obtenir ! »
Malgré l'opposition très vive que firent les ministres, et particulièrement le maréchal Soult, la grâce fut décidée. Quand on l'apporta à Barbès, le matin même du jour où il devait être exécuté, il en reçut froidement la nouvelle. Il partit alors pour Doullens, sa peine ayant été commuée, d'abord en celle des travaux forcés à perpétuité, puis en celle de la déportation, enfin en celle de la détention perpétuelle. De Doullens, il passa à la prison de Nîmes, où il resta jusqu'à la Révolution de 1848, qui lui apporta sa mise en liberté immédiate.
Il revint aussitôt à Paris, fut élu président du club de la Révolution, nommé gouverneur du palais du Luxembourg, et acclamé colonel de la 12e légion de la garde nationale. Très hostile personnellement à Blanqui, avec qui l'histoire de ses démêlés est célèbre autant qu'obscure, il combattit la manifestation du 15 mai 1848, et parut soutenir d'abord le gouvernement provisoire où siégeaient ses amis Louis Blanc et Ledru-Rollin.

Le 13 avril, le département de l'Aude l'avait élu par 36,703 voix (67,165 votants et 75,218 inscrits), représentant du peuple à la Constituante. Il s'assit à la Montagne, mais ne resta que peu de jours dans l'Assemblée et n'eut le temps de prendre part à aucun vote important. Il avait vivement protesté, au début de la session, contre la répression des troubles de Rouen, où la garde nationale avait fusillé, au moment des élections, les ouvriers socialistes. Le rôle prépondérant joué par Barbès dans la journée du 15 mai mit fin à sa carrière parlementaire. Arrêté à l'Hôtel de ville, il fut détenu en prévention au donjon de Vincennes et traduit, le 2 avril 1849, devant la haute Cour de justice séant à Bourges, sous l'inculpation de complot tendant au renversement du gouvernement. L'accusation lui reprochait, entre autres griefs, d'avoir encouragé les envahisseurs de l'Assemblée, d'avoir demandé un impôt d'un milliard sur les riches, et d'avoir crié : « On va massacrer nos frères! Aux armes! A l'Hôtel de Ville! » En effet, Barbès s'était mis en marche sur l'Hôtel de Ville, à la tête du peuple, et les listes de gouvernement, retrouvées dans les salles, portaient son nom. Il fut condamné encore à la détention perpétuelle et dirigé sur Doullens, d'où on le transféra (octobre 1849) à Belle Isle en Mer. De cette prison, il écrivait le 17 février 1850, à Brives, son collègue à la Constituante, au sujet du projet de loi de déportation aux îles Marquises proposé à l'Assemblée: « Jusqu'à nouvel ordre, je ne me préoccupe pas beaucoup de cette loi, et je regarde comme certain que, même votée, elle ne produira ses effets que dans le cas où M. Bonaparte réussirait à faire son coup d'état. Or, dans ce cas, il n'aura pas besoin de loi de déportation pour nous expédier tous hors de France, toi qui es dehors comme moi qui suis dedans, et par conséquent nous restons comme ci-devant à la disposition des événements.»
Il était encore prisonnier quand éclata la guerre de Russie; il écrivit à plusieurs de ses amis des lettres dans lesquelles il exprimait son grand désir et sa ferme espérance de voir triompher les Français. Placées sous les yeux de Napoléon III, ces lettres déterminèrent l'empereur à faire grâce à Barbès. Barbès répondit par une lettre au Moniteur, où il disait : « J'arrive à Paris, je prends la plume et je vous prie d'insérer bien vite cette note dans votre journal. Un ordre dont je n'examine pas les motifs a été donné, le 5 de ce mois, au directeur de la maison de détention de Belle-Isle. Au premier énoncé de cette nouvelle j'ai frémi d'une indicible douleur de vaincu, et j'ai refusé tant que je l'ai pu, durant deux jours, de quitter ma prison. Je viens ici pour parler de plus près et mieux me faire entendre... » Il terminait ainsi : « Décembre n'est-il pas, et pour toujours, un combat indiqué entre moi et celui qui l'a fait? A part donc ma dignité personnelle blessée, mon devoir de loyal ennemi est de déclarer à tous, et à chacun ici, que je repousse de toutes mes forces la mesure prise à mon endroit. Je vais passer à Paris deux jours, afin qu'on ait le temps de me remettre en prison, et, ce délai passé, vendredi soir, je cours moi-même chercher l'exil. Paris, 11 octobre 1854, 10 heures du matin, Grand-hôtel du Prince Albert, rue Saint-Hyacinthe Saint-Honoré.»
N'ayant pas été arrêté, Barbès quitta la France, alla s'établir à Bruxelles, puis en Espagne ; il se fixa ensuite à La Haye: il habitait une petite maison sur le Plaatz. En novembre 1869, sa candidature au Corps législatif fut posée par les républicains les plus avancés de la 3e circonscription de Paris. Le mauvais état de sa santé ne lui permit pas d'accepter. Il mourut quelques mois après, le 26 juin 1870, avant la proclamation de la République.


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