Alphonse, Marie, Louis de Lamartine

1790 - 1869

Informations générales
  • Né le 21 octobre 1790 à Macon (Saône-et-Loire - France)
  • Décédé le 28 février 1869 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Monarchie de Juillet - Chambre des députés
Législature
IIe législature
Mandat
Du 7 janvier 1833 au 25 mai 1834
Département
Nord
Groupe
Légitimiste
Régime politique
Monarchie de Juillet - Chambre des députés
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 21 juin 1834 au 3 octobre 1837
Département
Nord
Groupe
Opposition légitimiste
Régime politique
Monarchie de Juillet - Chambre des députés
Législature
IVe législature
Mandat
Du 4 novembre 1837 au 2 février 1839
Département
Saône-et-Loire
Groupe
Gauche
Régime politique
Monarchie de Juillet - Chambre des députés
Législature
Ve législature
Mandat
Du 2 mars 1839 au 12 juin 1842
Département
Saône-et-Loire
Groupe
Gauche
Régime politique
Monarchie de Juillet - Chambre des députés
Législature
VIe législature
Mandat
Du 9 juillet 1842 au 6 juillet 1846
Département
Saône-et-Loire
Groupe
Gauche
Régime politique
Monarchie de Juillet - Chambre des députés
Législature
VIIe législature
Mandat
Du 1er août 1846 au 24 février 1848
Département
Saône-et-Loire
Groupe
Gauche
Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 23 avril 1848 au 26 mai 1849
Département
Seine
Groupe
Centre gauche
Régime politique
Deuxième République
Législature
Assemblée nationale législative
Mandat
Du 8 juillet 1849 au 2 décembre 1851
Département
Loiret
Groupe
Centre gauche

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Député de 1833 à 1848, membre du gouvernement provisoire, ministre, représentant du peuple en 1848 et 1849, né à Mâcon (Saône-et-Loire) le 21 octobre 1790, mort à Paris le 28 février 1869, « fils de Pierre de Lamartine, capitaine de cavalerie au régiment Dauphin, et de Françoise-Alexis des Roys, son épouse » et arrière-petit-fils, par sa mère, de Mme des Roys, sous-gouvernante des princes d'Orléans, il passa ses premières années dans le petit manoir de Milly, au sein d'une sérénité domestique qu'il se plut à décrire dans ses Confidences.

Sa mère, qui fut sa première institutrice, l'éleva dans des principes rigoureusement religieux et légitimistes ; puis il quitta Milly pour Belley, où il acheva son éducation chez les Pères de la foi. Il sortit du collège au terme de ses études et, après quelque séjour à Paris et à Lyon, fit un premier voyage en Italie.

De retour en France, vers la fin du premier Empire, il éprouva contre le régime et les institutions d'alors une haine ardente qui s'exhala plus tard dans la Préface des Méditations : la défaveur jetée sur les idées et la poésie le remplissait d'indignation, autant et plus que la perte de la liberté. Cependant son génie, incertain et tourmenté, cherchait sa voie : ses premiers essais dramatiques, encouragés par Talma, ne donnaient encore que d'heureuses promesses. Mais, en 1813, le jeune homme retourna en Italie entretenir ses rêves de poésie et abriter des mystères d'amour : Elvire, la voisine de campagne et d'enfance, fut l'inspiratrice de ses premiers sentiments ; puis Graziella occupa à son tour le cœur et l'imagination du poète.

En 1814, M. de Lamartine entra aux gardes du corps, qu'il ne quitta qu'à la fin des Cent-Jours. Après quatre années nouvelles de rêveries, de plaisirs et de voyages, il s'affirma enfin par un premier recueil de vers qui portait ce simple titre : Méditations poétiques (1820). Ces Méditations excitèrent une admiration universelle et obtinrent un prodigieux succès ; leur influence fut profonde sur la poésie lyrique française du siecle, et, de même que le Génie du Christianisme de Chateaubriand, elles contribuèrent puissamment à l'essor général de toutes les idées catholiques et royalistes.

Ce succès littéraire ouvrit à M. de Lamartine, suivant l'expression un peu ingénue d'un biographe, M. de Loménie, la carrière diplomatique : il fut attaché à la légation de Florence. La gloire et la beauté du poète captivèrent dans cette ville une jeune et opulente Anglaise, qui lui donna sa main. C'était la fille du défunt major Birch, qui avait servi dans l'armée anglaise aux Indes et qui descendait des Churchill ; le mariage eut lieu dans l'église de Saint-Pierre de Maché, à Chambéry, le 6 juin 1820, résidence de Mlle Marianne-Elisa Birch.

Lamartine, alors à la tête d'une fortune considérable, s'offrit toutes les satisfactions d'une existence aristocratique ; successivement secrétaire d'ambassade à Naples et à Londres, puis chargé d'affaires en Toscane, il publia les Nouvelles Méditations (1823) qui, malgré de réelles beautés, furent lues avec moins d'empressement que leurs aînées ; deux petits poèmes la Mort de Socrate et le Dernier chant de Childe-Harold, suivirent à peu d'intervalle. Ce dernier ouvrage contenait sur l'Italie des paroles blessantes dont s'offensa le général Pepe : un duel s'ensuivit, où Lamartine fut blessé.

Fait chevalier de la Légion d'honneur à l'occasion de son Chant du sacre (1825), il exalta encore le sentiment monarchique dans les Harmonies poétiques et religieuses qui parurent en 1829 : la même année, Lamartine occupa à l'Académie française le fauteuil du comte Daru. Il venait d'être nommé ministre plénipotentiaire en Grèce lorsque éclata la révolution de 1830. Il commença par résister aux avances que lui fit la monarchie de Juillet ; mais il ne crut pas devoir pousser trop loin le respect dû au malheur et il se décida à agir sans se lier et à « penser, parler, combattre avec la famille des familles, le pays. » Dès lors les préoccupations politiques le hantèrent au point de lui faire trop souvent oublier la poésie.

Il se présenta à la députation, le 6 juillet 1831, à la fois dans le 1er collège de Saône-et-Loire (Mâcon-ville), où il obtint 46 voix contre 242 à l'élu, M. de Rambuteau, et dans le 7e collège du Nord (Bergues) où il réunit 181 voix contre 190 à l'élu, M. Lemaire. Une nouvelle tentative faite, le 12 juin 1832, dans le 2e collège de Saône-et-Loire (Mâcon-arrondissement) ne lui donna que 52 voix contre 170 à l'élu, M. Duréault et 64 à M. Tondut. Il fut, à l'occasion de ces échecs successifs, l'objet d'une violente attaque du poète Barthélemy dans la Némésis : Va présenter sans peur le nom de Lamartine aux électeurs de Jéricho.

Repoussé momentanément de la vie publique, M. de Lamartine entreprit un voyage en Orient, Il s'embarqua à Marseille avec sa femme et sa fille Julia sur un vaisseau équipé et armé à ses frais. Il emportait une bibliothèque, tout un arsenal, et une collection de présents princiers pour les chefs des pays qu'il devait visiter. Ce voyage, qui dura seize mois, fut marqué par une grande douleur, la mort de Julia, qui succomba à Beyrouth. Au retour, Lamartine publia son Voyage en Orient, souvenirs, impressions, pensées et paysages (1835), œuvre splendide de forme et souvent hardie de pensée, gâtée malheureusement par des négligences de composition et de graves inexactitudes.

Tandis qu'il voyageait, Lamartine avait été élu député (7 janvier 1833) dans le 7e collège du Nord, par 196 voix (349 votants, 538 inscrits), contre 80 à M. Debaalon, conseiller à la cour. « J'irai m'asseoir au plafond, disait-il, je ne vois de place pour moi dans aucun groupe. » Il ne prit place en effet, dans aucun des partis qui divisaient la Chambre, et le discours qui lui servit de début à la tribune, le 4 janvier 1834, ne renferma que des développements étrangers ou supérieurs à la politique parlementaire, bien qu'il eût débuté par cet exorde en l'honneur des grands orateurs de la monarchie représentative : « Messieurs, dit-il, je ne me proposais pas d'essayer si tôt ma faible voix à cette tribune, toute pleine encore, pour vous et pour moi, du souvenir et des accents de vos grands hommes politiques. Leur voix éteinte y retentit encore à mon esprit et la mémoire éloquente des de Serre, des Foy, des Laîné, cette mémoire plus présente ici, sur le théâtre même de leurs luttes, est bien faite pour inspirer une religieuse terreur à ceux que la voix du pays appelle à parler à leur place, mais jamais à les remplacer. Pénétré plus que personne de ce juste sentiment de timidité et d'impuissance, si je ne dois que passer à cette tribune qui trompe et dévore tant d'espérances, que ce me soit du moins une précieuse occasion, un favorable augure, de les avoir salués en passant d'un respect et d'un hommage pour tant de fortes et de généreuses sympathies, de patriotisme, de génie, de vertus politiques, qui ont fait vibrer dans mon âme une invocation. A ce génie, à ce patriotisme, à cette vertu publique de ces grands noms, est le premier élan de la pensée chez ceux qui furent dignes de les comprendre et qui seraient si fiers de les imiter. »
Lamartine obtint sa réélection dans le Nord le 21 juin 1834, avec 257 voix (271 votants, 553 inscrits). En même temps, le 1er collège de Saône-et-Loire (Mâcon-ville) lui donnait la majorité : 170 voix sur 292 votants et 349 inscrits, contre 121 à M. Mathieu, membre de l'Institut. Lamartine opta pour Bergues et fut remplacé à Mâcon, le 10 janvier 1835, par M. Mathieu.

À cette époque il s'intitulait le chef du « parti social », sans définir ce parti, et il écrivait, en octobre 1835, à un de ses amis : « Je deviens de jour en jour plus intimement et plus consciencieusement révolutionnaire. » Mais, comme on l'a dit, c'était un « révolutionnaire d'imagination », qui, ajoutait Mme de Girardin, « changeait trop souvent d'idée fixe. »

Cette même année, le beau poème de Jocelyn (1835), dramatique et lyrique, débordant de passion et de vie, unissait au sentiment des problèmes éternels de la philosophie la peinture des luttes de la societé et des orages du cœur ; toutefois la critique lui témoigna peu d'enthousiasme ; elle se montra plus froide encore à l'égard de la Chute d'un Ange (1838). Les Recueillements poétiques (1839) furent un dernier essai de poésie intime : de plus en plus préoccupé d'intérêts politiques, l'auteur y déclarait dans une Préface que la poésie devait être subordonnée au devoir social.
Dans le même temps, Lamartine faisait à la Chambre, comme orateur, sinon comme homme d'Etat, de remarquables progrès. La question d'Orient, l'abolition de la peine de mort, divers projets de loi relatifs à l'assistance, lui fournirent la matière d'éloquents discours qui charmaient ses collègues sans les convaincre. A la fois indépendant du ministère et de l'opposition, il refusa, sous le ministère du 15 avril 1837, d'entrer dans la coalition qui devait renverser M. Molé, et combattit avec une extrême vivacité une ligue d'intérêts qui froissait sa conscience.

Lors des élections du 4 novembre 1837, les légitimistes, qui l'avaient envoyé à la Chambre, l'abandonnèrent à la suite de divers discours peu conformes à leurs doctrines : Lamartine n'en fut pas moins réélu, à Mâcon-ville, par 171 voix, sur 334 votants et 384 inscrits, contre 160 à M. Mathieu, député sortant ; il le fut aussi dans le 7e collège du Nord, et dans le 2e de Saône-et-Loire (Mâcon-arrondissement), par 187 voix sur 342 votants et 419 inscrits, contre 145 à M. Duréault, ancien député. Ayant opté, cette fois, pour Mâcon-ville, il fut remplacé à Mâcon-arrondissement, le 29 janvier 1838, par M. Mathieu, et à Bergues, le 3 mars, par M. de Staplande. « Conservateur-progressiste », Lamartine forma, dans la Chambre, à partir de cette époque, un parti peu nombreux qui, faisant profession de dédaigner la politique pure, et mêlant à l'orthodoxie catholique de vagues réminiscences saint-simoniennes, se flattait d'atteindre au progrès universel en « législatant » (sic) le christianisme. Dans les questions de politique extérieure, Lamartine intervint plusieurs fois pour exprimer des sentiments analogues.

Réélu, le 2 mars 1839, par 192 voix sur 317 votants et 357 inscrits, contre 123 à M. Mathieu, il combattit sans relâche la politique de Thiers et celle de Guizot en Orient, et se prononça, sans le moindre succès, en faveur d'une vaste colonisation européenne de l'Asie, dont un congrès des grandes puissances aurait d'avance fixé les conditions et les bases. Le 26 mai 1840, à propos du retour des cendres de Napoléon, il dit : « Recevons-les avec recueillement, mais sans fanatisme ; je ne suis pas de cette religion napoléonienne, de ce culte de la force que l'on voit, depuis quelque temps, se substituer à la religion sérieuse de la liberté. »

Son éloquence, admirée de tous les partis, n'avait d'action sur aucun : elle eut le même éclat, et le même insuccès, après la réélection de Lamartine, le 9 juillet 1842, par 245 voix sur 311 votants et 391 inscrits contre 61 à M. Mathieu, dans les discussions relatives aux fortifications de Paris, à la loi de régence, au droit de visite, à la flétrissure des députés légitimistes qui avaient fait le voyage de Belgrave Square, etc. En 1844, pour répondre au reproche de manquer de sens pratique, il s'astreignit à traiter, dans les termes les plus techniques, une question spéciale des plus arides, la question des sucres.

Vers la même époque, il se rapprocha sensiblement du pouvoir, et l'on s'attendait à le voir entrer dans quelque combinaison ministérielle, lorsqu'il rompit, tout à coup, avec les doctrinaires, qu'il appela le « parti des bornes », et se lança avec ardeur dans le mouvement réformiste.

Il avait encore été réélu, le 1er août 1846, par 320 voix (331 votants, 481 inscrits). L'Histoire des Girondins (1847), où l'auteur laissait errer ses sympathies de Louis XVI à Vergniaud, de Vergniaud à Danton et de Danton à Robespierre, déplut au gouvernement de Louis-Philippe autant qu'elle flattait les sentiments de la fraction modérée du parti démocratique. Pourtant Lamartine ne s'était pas encore déclaré en faveur de la République.

Le 24 février 1848, dans cette dernière et tumultueuse séance de la Chambre, en présence de la duchesse d'Orléans qui venait confier son fils au parlement, il se borna à réclamer l'institution d'un gouvernement provisoire. Il mit ensuite lui-même M. Dupont (de l'Eure) au fauteuil de la présidence, abandonné par M. Sauzet, dicta aux scrutateurs une première liste de noms en tête desquels il avait fait figurer le sien, et se rendit à l'Hôtel de Ville. Mais déjà la République était adoptée par le peuple, et les deux journaux correspondant aux deux grandes fractions du parti républicain, la Réforme et le National, avaient pris, chacun pour son compte, l'initiative de proposer les noms des membres du futur gouvernement. La fusion des deux listes constitua la combinaison définitive, où Lamartine se trouva maintenu.

Membre du gouvernement provisoire et ministre des Affaires étrangères, il fut la personnification le plus en relief de la majorité « modérée » du Conseil ; quant à son rôle, il le composa sous l'empire absolu de cette passion dominante : être applaudi. L'oreille incessamment tendue pour écouter le bruit du dehors, il voulut capter quiconque se faisait craindre, convoita tous les hommages et chercha, pour s'y placer, le point d'intersection de tous les partis.

D'une égale ardeur, on le vit alors envier l'approbation des salons et celle des clubs, se concilier lord Normanby, ambassadeur d'Angleterre et s'efforcer de plaire à Sobrier, offrir une ambassade à M. de la Rochejaquelein et se prêter à des entrevues secrètes avec Blanqui. Pourtant cette bienveillance systématique ne s'étendit point jusqu'au socialisme que représentait presque seul dans le Conseil l'auteur de l'Organisation du Travail, Louis Blanc. Après s'être montré personnellement très opposé à la proclamation immédiate de la République, on sait que Lamartine conserva au gouvernement nouveau le drapeau de la monarchie de Juillet en disant : « Le drapeau rouge n'a jamais fait que le tour du Champ de Mars, traîné dans le sang du peuple, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde, avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie. »

Le lendemain de cette harangue, Lamartine proposa au gouvernement provisoire, qui écarta tout d'abord la motion, l'abolition de la peine de mort en matière politique. Louis Blanc insista à son tour, et le décret fut voté. M. de Lamartine le lut au peuple du haut du perron de l'Hôtel de Ville. « Chaque fois, écrit un biographe, qu'il montrait sa noble face au populaire, c'était avec l'air de satisfaction d'un messager de bonnes nouvelles. De sorte que prolétaires, et surtout nobles et bourgeois, s'accoutumaient à le regarder comme un héraut de clémence et comme un transacteur général entre la révolution et la contre-révolution. » Mais lorsque Louis Blanc, traduisant le vœu populaire, réclama, le 28 février, l'institution d'un « ministère du Progrès », Lamartine combattit cette idée avec beaucoup de véhémence, et déclara « qu'il n'avait jamais compris et ne comprendrait jamais l'organisation du travail ». Sur ces mots, applaudis par la majorité, Louis Blanc donna sa démission et ne la reprit que lorsqu'on lui eut offert la présidence d'une commission de gouvernement, au sein de laquelle, en attendant l'Assemblée, les questions sociales seraient élaborées et discutées.

Outre ses fonctions de membre du gouvernement provisoire, Lamartine exerçait celles de ministre des Affaires étrangères. Dans une circulaire célèbre, adressée aux agents diplomatiques de la République française, il exposa les principes et les tendances qui, selon lui, devaient diriger la politique du gouvernement provisoire. Il y était dit, en substance :
1° que la proclamation de la République française n'était un acte d'agression contre aucune forme de gouvernement dans le monde ;
2° que la guerre n'était pas le principe de la République française ;
3° que ces idées pacifiques avaient pour objet de faire réfléchir les souverains et les peuples.
Avec moins de clarté peut-être que d'éloquence, il terminait ainsi : « Le sens des trois mots liberté, égalité, fraternité, appliqué à nos relations extérieures, est celui-ci : affranchissement de la France des chaînes qui pesaient sur son principe et sur sa dignité ; récupération du rang qu'elle doit occuper au niveau des grandes puissances européennes ; enfin déclaration d'alliance et d'amitié à tous les peuples. Si la France a la conscience de sa part libérale et civilisatrice dans le siècle, il n'y a pas un de ces mots qui signifie guerre. »

À l'intérieur, Lamartine lutta de tout son pouvoir contre l'influence de Louis Blanc et de Ledru-Rollin. La formidable manifestation populaire du 17 mars avait enlevé un instant la prépondérance à la majorité « modérée » du gouvernement ; mais, le 16 avril, Lamartine confia au général Changarnier la défense de l'Hôtel de Ville : les colonnes de la garde nationale et les bataillons de la garde mobile couvrirent la place, la droite du gouvernement l'emportait. Ce fut le signal de la réaction. Lamartine n'abusa pas, d'ailleurs, pour lui-même, d'une solution à laquelle il avait contribué. Il s'était vivement opposé à l'arrestation de Blanqui ; on le vit même se rapprocher de Ledru-Rollin à la veille des élections.

Celles-ci l'envoyèrent à l'Assemblée constituante, le 23 avril 1848, comme le représentant de dix départements :
1° Saône-et-Loire, où il fut élu le 1er sur 14, par 129 879 voix (131 062 votants, 136 000 inscrits) ;
2° les Bouches-du-Rhône, avec 58 355 voix, le 3e sur 10 ;
3° la Côte-d'Or, le 10e et dernier, avec 41 609 voix ;
4° la Dordogne, le 3e sur 13, avec 75 853 voix (110 594 votants, 140 087 inscrits) ; 5° le Finistère, le 2e sur 15 avec 104 629 voix ;
6° la Gironde, le 1er sur 15, avec 137 609 voix (146 606 votants) ;
7° l'Ille-et-Vilaine, le 3e sur 14, avec 100 532 voix (132 609 votants, 152 352 inscrits) ;
8° le Nord, le 1er sur 28, avec 227 765 voix (234 867 votants, 278 352 inscrits) ;
9° la Seine, le 1er sur 34, avec 259 800 voix (267 888 votants, 399 191 inscrits) ;
10° la Seine-Inférieure, le 1er sur 19, avec 147 565 voix
Il opta pour la Seine.

Partout les « anciens partis », unis à celui de la « République honnête et modérée », avaient adopté en masse la candidature de Lamartine, et avaient protesté, sur son nom, contre la politique du ministre de l'Intérieur. Toutefois, Lamartine insista pour que Ledru-Rollin fît partie, avec lui, de la Commission exécutive instituée le 9 mai par l'Assemblée.

Mais la puissance modératrice du poète était singulièrement usée. Dans la journée du 15, il ne put empêcher l'envahissement de l'Assemblée, et, lorsqu'il se présenta devant le peuple, pour essayer encore l'effet d'une éloquence naguère irrésistible, ce cri dédaigneux sortit de la multitude : « Assez de lyre comme ça ! » Blessé au cœur, Lamartine se retira, fit battre le rappel, rentra dans l'Assemblée à la tête d'un bataillon de mobiles, eut part à la victoire de « l'ordre », marcha à l'Hôtel de Ville, le reconquit avec la garde nationale, procéda à l'arrestation des chefs de l'insurrection qu'il envoya à Vincennes, et revint en triomphe à l'Assemblée. Ce fut son dernier beau jour.

La Commission exécutive ne dura que jusqu'à l'insurrection de juin, et la majorité de l'Assemblée, n'ayant glus besoin de Lamartine, l'abandonna pour conférer, le 24 juin, des pouvoirs illimités à Cavaignac. Lamartine combattit d'ailleurs en personne les insurgés ; après quoi il parut succomber sous le poids de son impopularité soudaine et, se laissant aller à un découragement profond, désespéra d'une république qu'il ne conduisait plus.

L'amertume de ses déceptions se trahit dans la conclusion du discours qu'il prononça le 6 octobre, à l'Assemblée, et qui fut, en quelque sorte, son testament parlementaire. L'Assemblée nationale discutait l'amendement Leblond, qui conférait aux représentants du peuple la nomination du président de la République. Lamartine repoussa l'amendement et insista pour que cette nomination fût confiée au suffrage universel. (Au fond il conservait encore le secret espoir que son nom sortirait de cette consultation nationale.)

« N'est-ce pas par excellence, s'écria-t-il, le sacrement même de l'autorité, n'est-ce pas l'autorité la plus irréfragable qui puisse se manifester au milieu d'un grand peuple ? Car enfin, le droit de naissance, qu'est-ce que c'est au bout du compte ? Tout le monde aujourd'hui est assez éclairé pour y avoir réfléchi ; le droit de naissance, c'est le droit du hasard. Le droit de primogéniture, quel est-il ? Le droit du premier venu, le droit du premier sorti des flancs de sa mère. Le droit de la conquête, c'est celui qui avilit le peuple qui s'y soumet, c'est le droit de la violence et de la force brutale. Le droit divin n'est que la sanction, la bénédiction du sacerdoce sur des races royales. Il y a longtemps que ce signe n'était qu'un signe, et ce symbole qu'un symbole. Le droit d'hérédité enfin ? Mais ce droit n'est que le droit de l'idiotisme ! »

Il se résuma en ces termes : « Je m'arrête, ce n'est pas faute de raisons, mais parce que j'espère vous avoir convaincus. Je sais bien qu'il y a des dangers graves dans les deux systèmes ; qu'il y a des moments d'aberration dans les multitudes ; qu'il y a des noms qui entraînent les foules comme le mirage entraîne les troupeaux, comme le lambeau de pourpre attire les animaux privés de raison. Je le sais et je le redoute plus que personne, car aucun citoyen n'a mis peut-être plus de son âme, de sa vie, de sa sueur, de sa responsabilité et de sa mémoire dans le succès de la République ! Si elle se fonde, j'ai gagné ma partie humaine contre la destinée ! Si elle échoue, ou dans l'anarchie, ou dans une réminiscence de despotisme, mon nom, ma responsabilité, ma mémoire échouent avec elle, et sont à jamais répudiés par mes contemporains ! Eh bien, malgré cette redoutable responsabilité personnelle dans les dangers que peuvent courir nos institutions problématiques, bien que les dangers de la République, bien que ses dangers soient mes dangers, et leur perte mon ostracisme et mon deuil éternel, si j'y survivais, je n'hésite pas à me prononcer en faveur de ce qui vous semble le plus dangereux, l'élection du président par le peuple ! Oui, quand même le peuple choisirait celui que ma prévoyance, mal éclairée peut-être, redouterait de lui voir choisir, n'importe : Alea jacta est ! Que Dieu et la peuple prononcent ! Il faut laisser quelque chose à la Providence ! Elle est la lumière de ceux qui, comme nous ne peuvent pas lire dans les ténèbres de l'avenir ! Invoquons-la, prions-la d'éclairer le peuple, et soumettons-nous à son décret. Peut-être périrons-nous à l'œuvre, nous ! Mais il serait même beau d'y périr en initiant son pays à la liberté. Eh bien, si le peuple se trompe, s'il se laisse aveugler par un éblouissement de sa propre gloire passée ; s'il se retire de sa propre souveraineté après le premier pas, comme effrayé de la grandeur de l'édifice que nous lui avons ouvert dans sa République et des difficultés de ses institutions ; s'il veut abdiquer sa sûreté, sa dignité, sa liberté entre les mains d'une réminiscence d'Empire ; s'il dit : Ramenez-moi aux carrières de la vieille monarchie ; s'il nous désavoue et s'il se désavoue lui-même ; eh bien, tant pis pour le peuple ! Ce ne sera pas nous, ce sera lui qui aura manqué de persévérance et de courage ! »

Quand le scrutin du 10 décembre 1848 eut fait évanouir les derniers rêves de Lamartine, en lui donnant pour la présidence de la République 7 910 voix seulement, il se trouva plus isolé et plus triste que jamais. « Ses propres illusions s'éteignaient les unes après les autres, comme les cierges du temple sous la main vulgaire du sacristain, après la messe. Il restait nul, découragé, enveloppé de ténèbres ; il assistait vivant aux funérailles de sa propre gloire, parmi les derniers jours de cette république qu'il avait acclamée, et qui, elle aussi, s'en allait au cimetière. » (Hippolyte Castille.)

À la Constituante, il avait pris part à peu de scrutins. Les seuls votes importants ou l'on trouve son nom sont les suivants : pour l'abolition de la peine de mort, contre l'amendement Grévy, contre l'amnistie, contre l'expédition de Rome.

Lors des élections générales du 13 mai 1849 pour la Législative, il échoua dans Saône-et-Loire avec 38 972 voix sur 109 200 votants.

Il n'entra à l'Assemblée qu'à la faveur d'une élection partielle : le 8 juillet 1849 : Ledru Rollin, élu dans Saône-et-Loire, ayant opté pour la Seine, Lamartine redevint représentant de son département natal par 29 093 voix (50 371 votants, 149 588 inscrits), contre 20 068 à M. Joly père démocrate-socialiste. Le même jour, le Loiret le désignait, pour remplacer M. Roger, décédé, par 23 006 voix (33 359 votants, 92 700 inscrits), contre 7 309 à M. Madier de Montjau et 2 007 à M. Rondeau. Lamartine continua à se tenir en dehors des partis qui divisaient l'Assemblée : aussi n'eut-il, de 1849 à la fin de 1851, qu'un rôle très effacé, se bornant à opiner généralement avec la fraction la moins avancée du parti démocratique.

Après avoir essayé de justifier ses actes comme membre du gouvernement dans une Histoire de la Révolution de 1848, dont les inexactitudes matérielles furent trop aisément relevées par ses contradicteurs, il prêta son nom et son talent à une feuille mensuelle, le Conseiller du Peuple, puis au journal le Pays, organe de la république modérée; il quitta la direction de ce journal au lendemain du coup d'Etat et devint complètement étranger à la politique.

Depuis plusieurs années, ses affaires domestiques et les soucis d'une gêne qui remontait au voyage en Orient exigeaient une grande partie du temps que les affaires publiques ne réclamaient plus. Lamartine essaya sans relâche, mais toujours vainement, de combler par un travail infatigable les brèches faites à sa fortune, Les Confidences et Raphaël, récits parfois pleins de charme, mais délayés dans une phraséologie creuse et sonore, les Nouvelles Confidences, quelques romans qui surprirent le public et charmèrent les femmes, des travaux « sur commande » : l'Histoire de la Restauration, celle de la Turquie, celle de la Russie, les Entretiens familiers de Littérature, etc., ajoutèrent peu de chose à sa gloire littéraire, sans améliorer sa situation. Ses admirateurs s'adressèrent alors directement au pays (1868), et ouvrirent une souscription qui malheureusement ne donna point les résultats qu'on en attendait, bien que l'intéressé lui-même fût intervenu parfois directement dans ces appels à la charité publique. Enfin, après de longues luttes, doublement pénibles, contre une misère relative, M. de Lamartine reçut, à titre de récompense nationale, et en vertu d'une loi votée, le 15 avril 1867, à l'unanimité moins 24 voix, la dotation viagère incessible et insaisissable de la rente d'un capital de 500,000 francs.

Il vécut deux années encore et succomba le 1er mars 1869. Le gouvernement impérial voulait faire les frais de ses funérailles ; mais, suivant la volonté expressément formulée du poète, elles eurent lieu dans sa terre de Saint-Point, avec une grande simplicité.
Poète avant tout et par-dessus tout, c'est dans le poète que chez Lamartine, l'historien, l'orateur, le publiciste, viennent se confondre et se perdre. Nature chevaleresque, esprit élevé, âme honnête, il n'eut rien des qualités ou des défauts qui font les politiques. Peut-être estimera-t-on un peu sévère le jugement suivant d'un biographe, déjà cité plus haut, Hippolyte Castille : « M. de Lamartine est une de ces individualités négatives, inconsistantes, miroitantes comme le prisme, sonores comme la guitare, mais fragiles et vides peut-être comme elle. Il est l'Homère du creux et du vague... Comme Mme de Staël, hélas ! et comme une foule d'autres, M. de Lamartine est pétri d'un métal qui s'exfolie et se dédouble. Jamais le malheur, la passion, la conviction ne l'ont serré d'un écrou assez puissant pour rassembler et solidifier son unité. Il ne s'est jamais perdu de vue depuis qu'au sortir de l'enfance il s'est pour la première fois aperçu. L'aise ou le soin seulement de se contempler ont tué en lui ce qui, dans la politique comme dans l'art, comme dans l'amour, constitue la sincérité, ou, pour parler un langage moins esthétique, l'abandon, source de vraie bonne foi, et, partant, de puissance réelle. Ce malheur, cette imperfection sont à la fois le plus grand secret du succès inouï et de la chute plus inouïe encore de M. de Lamartine. Ce vice a contribué, sans doute, à sa popularité, mais il a gâté ses belles qualités et dons de nature en l'empêchant de rien créer de solide... » L'amertume de cette appréciation trouve un juste correctif dans les lignes suivantes : « À considérer cette carrière dans son ensemble, on y remarque ceci, qu'elle n'est souillée d'aucune lâcheté matérielle. M. de Lamartine a eu bien des erreurs, il a cédé à bien des illusions; mais il n'a jamais trahi, comme Judas, pour de la monnaie, ni, comme d'autres, pour quelque lambeau de pouvoir. Il a dit au public : Viens-moi en aide, je te prie. Mais il ne l'a pas exploité dans de basses entreprises. Il pas non plus prostitué son nom à la Bourse. Il a été trop épris de lui-même , mais son admiration pour les autres n'a pas été inférieure à celle qu'il se vouait à lui-même. Homme de grand talent, galant homme, plein de bonne volonté, il a fait beaucoup de mal à la cause qu'il croyait servir. Il a cru sauver la Révolution, il n'a sauvé que la réaction. » (M. de Lamartine, par Hippolyte Castille).

On a encore de Lamartine :
- Regina (1862) ;
- Civilisateurs et conquérants (1865) ;
- les Grands Hommes de l'Orient ;
- Jean-Jacques Rousseau, son faux Contrat social et le vrai Contrat social (1866) ;
- Vie du Tasse (1866) ;
- Antoniella (1867) ;
- enfin un nombre considérables de Discours, de brochures, d'extraits et de réimpressions.

Lamartine avait entrepris lui-même, après l'échec des souscriptions ouvertes en sa faveur, une vaste édition générale, revue et corrigée, de ses œuvres.

Date de mise à jour : décembre 2015

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