Jacques, Charles, Gabriel Delahaye

1761 - 1819

Informations générales
  • Né le 24 mars 1761 à Orbec (Calvados - France)
  • Décédé le 31 décembre 1819 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Révolution
Législature
Convention nationale
Mandat
Du 12 septembre 1792 au 26 octobre 1795
Département
Seine-Inférieure
Groupe
Modérés
Régime politique
Révolution
Législature
Conseil des Cinq-Cents
Mandat
Du 15 octobre 1795 au 4 septembre 1797
Département
Aisne
Groupe
Royaliste

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Membre de la Convention et député au Conseil des Cinq-Cents, né à Orbec (Calvados), le 24 mars 1761, de Charles Delahaye, receveur des aides, et d'Anne Dubois, mort à Paris, le 31 décembre 1819, il exerçait dans son pays la profession d'avocat.

Le 12 septembre 1792, il fut élu, le 16e et dernier, « à la pluralité des voix » membre de la Convention par le département de la Seine-Inférieure. Il y siégea parmi les modérés et s'exprima comme suit lors du procès de Louis XVI. Au premier appel nominal :

« Mettre en question si Louis est coupable, c'est mettre en question si nous le sommes nous-mêmes ; je vois tracé sur tous les murs de Paris, en caractères de sang, ces mots : Louis est coupable ; je vote oui. »

Au 2e appel nominal :

« C'est comme législateur et non comme juge que je monte à cette tribune, et je dis qu'il n'y a ni lâcheté ni courage à dire oui ou non dans cette affaire. La lâcheté consiste à ne pas faire son devoir! Ennemi des tyrans passés, présents et futurs, je tremble d'en voir sortir un des cendres de Louis Capet... Le peuple était livré, lorsqu'il a nommé ses députés à la Convention, à des factions plus terribles qu'aujourd'hui et cependant il a montré qu'il était digne du nom français : il a été calme et grand ; il le sera s'il sanctionne le jugement de son ennemi. Je ne crains point la guerre civile; le peuple sait connaître la vertu. Je vote pour le oui. »

Au 3e appel nominal :

« Je n'ai jamais cru que la Convention nationale, toute puissante qu'elle est, pût me forcer à me revêtir de la qualité de juge, quand je ne puis me dépouiller de celle de législateur. Ce ne sont pas tant les ennemis extérieurs que les tyrans du dedans que je crains ; ces hommes qui savent enchaîner l'opinion en répandant sur les patriotes le venin de la plus affreuse calomnie ; ces hommes qui en 1789 étaient nobles, en 1790 prêtres, en 1791 aristocrates, qui en 1792 et 1793 se disent despotes. Louis est couvert du sang de nos frères; mais ces terribles et fâcheux événements sont irréparables, et l'intérêt de satisfaire à la justice par sa mort ne peut compenser les flots de sang que sa mort pourrait faire couler. Je vote donc pour sa détention, quant à présent, et le bannissement après la guerre. »

Il s'opposa à la mise à prix de la tête des Bourbons fugitifs, et combattit la Montagne avec une telle ardeur qu'il se fit mettre hors la loi : d'après une note autobiographique fournie par lui et conservée aux Archives Nationales, il resta vingt-deux mois dans cette situation, « du 31 mai 1793 au 15 thermidor an II. »

Après la chute de Robespierre, Delahaye, rentré à la Convention, appuya toutes les mesures contre-révolutionnaires et se mêla activement aux délibérations. Il se plaignit de l'inexécution de la loi sur le désarmement et sur le renouvellement des cartes de la sûreté, et réclama, après les événements de prairial, les mesures les plus rigoureuses contre Bourbotte, Goujon, etc. Ce fut lui qui obtint la suppression des certificats de civisme. Il prit plusieurs fois la parole dans les débats auxquels donna lieu la Constitution de l'an III, ainsi que sur l'organisation et le fonctionnement de la « commission extraordinaire de police » proposée pour juger les prévenus de délits révolutionnaires. Il se fit l'accusateur de R. Lindet, et prononça, le 2 fructidor an III, un long discours relativement aux meilleurs moyens de « terminer la révolution ».

Elu, le 23 vendémiaire an IV, député de l'Aisne au Conseil des Cinq-Cents, il inclina de plus en plus vers le royalisme, vota la mise en liberté des prêtres détenus, manifesta son étonnement d'entendre invoquer sans cesse « la morale publique lorsqu'il s'agit d'impôt », et se prononça pour le rétablissement de la loterie nationale. Il repoussa le projet de Daunou sur les délits de presse, parla sur l'agiotage et sur diverses matières, et eut une altercation des plus violentes, à propos d'une question de finances, avec le député Malès (de la Corrèze); les deux collègues se prirent à la gorge en pleine séance. Son attitude hostile au Directoire le fit inscrire, le 19 fructidor an V, sur la liste des condamnés à la déportation.

Retiré à Anvers (Seine-et-Oise), il continua sous le Consulat et sous l'Empire, ses menées monarchistes : « Prévenu, suivant sa propre expression, d'être le centre de la correspondance des princes », il fut arrêté dans son domicile et resta quatre mois sous la garde de deux gendarmes. L'année suivante, le 17 janvier 1808, il fut arrêté à nouveau et détenu plusieurs mois encore pour la même cause.

Il revint sous la Restauration se fixer à Paris, où il mourut (1819).