Charles, Eléonor Dufriche-Valazé

1751 - 1793

Informations générales
  • Né le 23 janvier 1751 à Alençon (Orne - France)
  • Décédé le 30 octobre 1793 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Révolution
Législature
Convention nationale
Mandat
Du 5 septembre 1792 au 30 octobre 1793
Département
Orne
Groupe
Girondins

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Membre de la Convention, né à Alençon (Orne) le 23 janvier 1751, mort à Paris le 30 octobre 1793, il fit de bonnes études et suivit d'abord la carrière des armes.

Il fut nommé, en 1774, lieutenant au régiment provincial d'Argentan, mais il ne tarda pas a donner sa démission pour se faire recevoir avocat. Il exerça avec succès dans sa ville natale, et publia en 1784 un Traité des lois pénales qui fut accueilli avec éloge par les journaux du temps.

Ayant adopté les principes de la Révolution, il fut nommé maire d'Essay, près d'Alençon, administrateur du district, et, le 5 septembre 1792, député de l'Orne à la Convention nationale, « à la pluralité des voix » sur 562 votants. Il se lia étroitement avec les principaux Girondins, notamment avec Vergniaud.

Chargé, lors du procès de Louis XVI, de faire un rapport sur les faits reprochés au roi, il en donna lecture à la tribune le 6 novembre 1792: il s'attachait, dans ce document qui fit sortir son nom de l'obscurité, à prouver la conspiration. Le 11 décembre, Louis XVI ayant été traduit à la barre de l'assemblée, Valazé dut lui communiquer les pièces qui avaient motivé sa mise en accusation. « Il les avait déposées, dit une biographie, sur une petite table placée dans l'intérieur de la salle, et sur laquelle étaient deux flambeaux allumés. Louis XVI était debout et découvert derrière la barre, vêtu d'une redingote grise, entre deux militaires chargés de le surveiller, ayant à sa gauche Valazé un peu en avant dans l'intérieur de la salle. Barrere, qui présidait, était placé sur un fauteuil, auquel on arrivait par des gradins, et vis-à-vis du roi qu'il interrogeait. Valazé, chargé d'interpeller le monarque, ne fixa pas ses regards sur lui une seule fois : il prenait les pièces sur la table, de la main droite, et les lui présentait par derrière l'épaule, en disant : Reconnaissez-vous cela? Le roi, qui avait la vue basse, les parcourait en les plaçant sous ses yeux de très près, répondait oui ou non et les rendait au rapporteur, qui les reprenait de même par-dessus l'épaule, sans jamais regarder le prince. »

Dans le procès, Dufriche-Valazé vota pour l'appel au peuple, pour la mort et pour le sursis. Il s'exprima ainsi, au 2e appel nominal : « J'ai reçu comme vous des pouvoirs illimités, mais j'y ai renoncé; cependant, si cette mesure pouvait exciter la guerre civile, je m'y opposerais ; mais j'ai vu le peuple dans les assemblées primaires voter pour des objets bien autrement importants, et je n'ai pas la bassesse de croire qu'il s'intéressera pour un tyran enchaîné; je réclame donc l'exercice de sa souveraineté; je dis oui. » Il répondit au 3e appel : « Il y a longtemps que j'ai manifesté mon vœu le plus positif pour la suppression de la peine de mort. Je n'ai point été entendu ; la peine de mort subsiste encore; je ne m'attends pas qu'on commence à la supprimer dans l'instant même où il s'agit de juger le plus grand coupable. Je ne me crois pas autorisé à concevoir de la pitié; je ne crains pas que ma raison soit étouffée par la force du sentiment. Or, si Louis coupable ne porte pas sa tête sur l'échafaud, vous blessez tous les principes de la justice, de la raison et de l'humanité. Je vote pour la peine de mort. J'ai satisfait à la justice, mais je n'oublie pas que je suis homme d'Etat, et, en cette qualité, je demande un sursis à l'exécution du jugement jusqu'à ce qu'il ait été prononcé sur le sort de la famille de Louis Capet. »

Dufriche-Valazé combattit de tout son pouvoir Marat, Robespierre, la Commune et les sections. Lors du mouvement du 31 mai 1793, il demanda, malgré les protestations de la Montagne et des tribunes, que l'on recherchât les auteurs de cette journée. Arrêté le 2 juin et décrété d'accusation le 28 juillet, il parut, le 30 octobre, avec ses amis devant le tribunal révolutionnaire.

Lamartine a écrit de lui : « Valazé avait la contenance d'un soldat au feu. Ses membres grêles, ses traits pâles et macérés, le feu sombre de ses yeux, révélaient un de ces hommes que la conviction dévore. »

Il fut condamné à mort. Pendant le prononcé de son arrêt, il s'enfonça dans le cœur un poignard qu'il avait tenu caché sous ses vêtements. « Eh quoi! tu trembles? » lui dit Brissot en le voyant frissonner et pâlir. « Non, répondit-il, je meurs, » et il tomba sans vie sur les gradins du banc des accusés. Le procès-verbal d'autopsie porte que « la plaie a pénétré entre la cinquième et la sixième des vraies côtes, dans l'intérieur de la capacité de la poitrine, elle a percé dans son trajet le bord intérieur du lobe gauche du poumon, ensuite elle a ouvert le péricarde; enfin elle a percé le cœur de part en part en ouvrant les deux ventricules de ce viscère, ce qui a dû occasionner et a occasionné en effet une mort très prompte. » Son cadavre fut conduit sur une charrette au lieu de l'exécution. L'acte de décès est ainsi conçu : « Du 13e jour du 2e mois de l'an II de la République française, Charles-Léonor Desfriches-Valazé, du 9 de ce mois, cultivateur, natif d'Alençon, vu l'extrait du procès-verbal qui relate que ledit Desfriches-Valazé s'était assassiné après son jugement, etc. »