Louis Briot

1905 - 1973

Informations générales
  • Né le 15 février 1905 à Thury (Yonne - France)
  • Décédé le 5 juillet 1973 à Essoyes (Aube - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Aube
Groupe
Rassemblement du peuple français
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 30 novembre 1958 au 9 octobre 1962
Département
Aube
Groupe
Union pour la nouvelle République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 25 novembre 1962 au 2 avril 1967
Département
Aube
Groupe
Union pour la nouvelle République-UDT
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 12 mars 1967 au 30 mai 1968
Département
Aube
Groupe
Union démocratique pour la V° République
Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
IVe législature
Mandat
Du 30 juin 1968 au 1er avril 1973
Département
Aube
Groupe
Union des démocrates pour la République

Biographies



Né le 15 février 1905 à Thury (Yonne)

Décédé le 5 juillet 1973 à Essoyes (Aube)

Député de l'Aube de 1951 à 1955

Louis Briot naît le 15 février 1905 dans une famille d'agriculteurs de l'Yonne. Aîné de six enfants il doit quitter la ferme paternelle et s'installe comme minotier et négociant en grains à Essoyes. Il participe à la Seconde Guerre mondiale et à la Résistance, méritant ainsi la Croix de guerre et la Légion d'honneur. Intéressé par la défense du monde rural, il avait adhéré en 1927 au Parti agraire. Après la guerre il est président départemental du syndicat des grains et il siège au comité départemental des céréales.

Dès la fondation du R.P.F., il en devient un membre actif et il est élu, en cette même année 1947, au conseil municipal d'Essoyes. Le 17 juin 1951, il conduit la liste du R.P.F. aux élections législatives dans l'Aube. Louis Briot aurait souhaité conclure un apparentement mais les négociations n'aboutissent pas et les listes des indépendants et du R.P.F. restent isolées face à un apparentement des listes socialiste et radicale-socialiste qui ne recueilleront que 22 095 voix. Aussi la répartition des sièges a-t-elle lieu à la proportionnelle ce qui permet à Louis Briot d'être élu avec 19 979 voix. Les trois autres sièges vont aux députés sortants, l'indépendant (33 102 voix), le communiste (28 484 voix) et le socialiste (15 543 voix).

Le nouvel élu de l'Aube est nommé membre de la Commission de l'agriculture qu'il représente en 1955 à la Commission de coordination de l'énergie atomique. En 1953 il est membre de la Commission des finances qui le désigne en 1954, pour faire partie de la Sous-commission chargée d'émettre un avis sur les taxes parafiscales de la loi de finances. Depuis 1951 il représente l'Assemblée nationale au Comité de contrôle du fonds forestier.

Louis Briot se préoccupe des intérêts des habitants de l'Est de la France. Il intervient en faveur des victimes d'inondations, se prononce pour la création d'un comité interprofessionnel du cassis, est particulièrement attentif au maintien du patrimoine foncier, en souhaitant un meilleur niveau de vie pour les agents techniques et le maintien des maisons forestières. Il montre que l'assiette des cotisations-vieillesse établies sur les salaires ouvriers ne tient pas compte de la valeur des produits forestiers obtenus ce qui risque de réduire l'entretien désormais trop onéreux, des taillis. Plusieurs interventions visent à obtenir un allégement des procédures de contrôle des transports, une amélioration de l'état des routes, des canaux et des voies secondaires de chemins de fer si utiles pour les régions rurales isolées. Il vote la loi Barangé de 1951 et s'oppose à la ratification de la C.E.D. en 1954.

Estimant, à l'occasion de l'extension, en 1955, au monde agricole de l'allocation de la mère au foyer, que les ruraux sont, en ces temps d'exode, les grands pourvoyeurs des divers secteurs de l'économie française, il voudrait qu'il en soit tenu compte dans le financement de son système social pour lequel devrait jouer une plus grande solidarité. Il craint que l'assiette cadastrale des cotisations sociales n'engendre la routine économique. Il expose sa conception de l'avenir de l'agriculture française qui devrait se diviser entre de grandes exploitations exportatrices de céréales et de petites fermes spécialisées à la manière danoise dans des productions recherchées par le marché national ou européen. Un enseignement technique établi par le ministère de l'agriculture, plus soucieux que celui de l'éducation nationale de maintenir l'apprenti dans son milieu social, serait une aide indispensable à la modernisation.

Très régulièrement il demande un budget de l'agriculture digne d'un grand pays, et réclame, tout au long de la législature, une parité entre l'agriculture et l'industrie. Selon lui, l'élévation constante des prix des engrais et des machines agricoles obère les coûts des produits agricoles dont l'élévation des prix fixée par l'autorité est très lente. Il souhaite donner la préférence aux produits nationaux ou issus de l'Outre-mer et limiter les importations de céréales secondaires ou d'oléagineux. Il voudrait développer la consommation de pain en éliminant le son qui y est encore incorporé et celle de plats de viande cuisinés en les détaxant. Constamment il demande d'assainir les marchés du blé, du lait et surtout de la betterave.

Aux élections législatives du 2 janvier 1956, trois apparentements ont été conclus dans l'Aube, entre la S.F.I.O. et les radicaux-socialistes, entre le R.G.R., le M.R.P. et les indépendants, enfin entre les listes poujadistes. Louis Briot qui est isolé ne recueille que 5 218 voix, les quatre sièges allant selon le système proportionnel aux trois députés sortants - le communiste (35 431 voix), le socialiste (19 693 voix) et l'indépendant (28 199 voix) - et au candidat poujadiste (13 739 voix) qui semble avoir reçu beaucoup de suffrages d'anciens électeurs de Louis Briot. Il redevient agriculteur et sera à nouveau élu député de l'Aube le 30 novembre 1958.


BRIOT (Louis, René)
Né le 15 février 1905 à Thury (Yonne)
Décédé le 5 juillet 1973 à Essoyes (Aube)

Député de l’Aube de 1951 à 1955 et de 1958 à 1973

(Voir première partie de la biographie dans le Dictionnaire des parlementaires français (1940-1958), tome 2, p. 520-521)

Louis Briot avait plaidé dès 1947 pour le retour au pouvoir du général de Gaulle : il accueille très favorablement les événements de mai-juin 1958 et fait campagne en faveur du « oui » au référendum sur la Constitution de la Vème République, en septembre. Conseiller municipal d’Essoyes, il décide de se présenter aux élections législatives de novembre 1958. Il obtient l’investiture de l’UNR dans la première circonscription de l’Aube, qui comprend à la fois des cantons ruraux et conservateurs (Chavanges) et des territoires urbains qui votent plus à gauche (1er canton de Troyes). Son principal adversaire est le député sortant André Mutter, ministre de l’Algérie dans l’éphémère gouvernement Pflimlin. Louis Briot met en avant sa fidélité ancienne au général de Gaulle pour convaincre les électeurs et se distinguer des trois autres candidats de la droite et des modérés. L’ancien parlementaire RPF s’en prend dans sa profession de foi à « ceux-là même qui ont tout fait pour sauvegarder un régime néfaste » et osent se réclamer de l’homme du 18 juin : il s’agit d’une attaque dirigée contre André Mutter. Louis Briot n’obtient que 6151 voix au premier tour de scrutin, soit 18,5% des suffrages exprimés. Seuls les cantons de Pinay et de Ramerupt le place en tête le 23 novembre 1958. André Mutter semble alors en bonne position pour conserver son siège, puisque 27,4% des électeurs lui ont accordé leur confiance. Le second tour met aux prises l’ancien ministre, très engagé en faveur de l’Algérie française, le communiste Jean Burles et le gaulliste Louis Briot. Celui-ci appelle les Aubois à « barrer la route à la fois aux extrémistes de gauche et aux extrémistes de droite ». Il est entendu et bénéficie d’un excellent report des voix socialistes et radicales du premier tour. Le 30 novembre 1958, Louis Briot rassemble 48,2% des suffrages exprimés. Il est élu député de l’Aube.
Membre du groupe UNR à l’Assemblée nationale, il siège à la Commission de la défense nationale et des forces armées de janvier à octobre 1959. A cette date, il rejoint la Commission de la production et des échanges dont il exerce la vice-présidence jusqu’en 1967. Louis Briot s’impose comme un excellent spécialiste des questions agricoles. Membre de l’Assemblée parlementaire européenne, il dépose une proposition de résolution invitant le gouvernement à définir sa politique agricole dans le cadre de la Communauté française comme de la Communauté européenne le 28 avril 1959. Le 14 juin 1961, il souhaite la mise en place d’une politique agricole commune préalablement à toute accélération dans le mouvement de diminution des droits de douanes intra-européens. Comme sous la IVème République, l’élu de l’Aube regrette que le budget de la Nation ne consacre pas une plus grande part à l’agriculture, qui devrait selon lui être considérée par l’Etat avec le même intérêt que les questions industrielles. Il insiste en particulier sur la nécessité d’assurer aux agriculteurs des conditions de vie et de rémunération décentes afin de maintenir les fils d’exploitants à la terre. Ses interventions dans l’hémicycle dressent une cartographie assez précise des problèmes paysans sous la première législature de la Vème République : il y défend le privilège des bouilleurs de cru à plusieurs reprises et s’inquiète des déséquilibres sur le marché de la viande (novembre 1960). Lors de la discussion du projet de loi de finances pour 1962, il souligne le paradoxe qui voit l’exécutif diffuser une « propagande anti-vin » dans l’hexagone, quand ce produit symbolise la France à l’étranger (novembre 1961). Il accorde en outre son attention aux dossiers concernant l’Est de la France et défend par exemple les projets de liaisons entre le Rhin et le Rhône d’une part, le Rhône et la Moselle d’autre part (mai 1962).
Gaulliste convaincu, Louis Briot soutient les gouvernements Debré et Pompidou entre 1958 et 1962, ce qui n’exclut pas une certaine liberté d’appréciation. S’il approuve le programme du gouvernement Debré (16 janvier 1959) comme la déclaration de politique générale du Premier ministre (15 octobre 1959), il déroge à la discipline de vote du groupe gaulliste en votant contre la loi qui réforme le financement de l’enseignement privé, le 23 décembre 1959. A cette occasion, il mêle sa voix à celles d’hommes de gauche très attachés à la laïcité républicaine, comme le socialiste Guy Mollet ou le radical Maurice Faure. Ses choix sont ensuite conformes à ceux de l’UNR : il accorde les pouvoirs spéciaux au gouvernement pour ramener l’ordre en Algérie après la semaine des barricades (2 février 1960), soutient le programme du Premier ministre Georges Pompidou (27 avril 1962) et la levée de l’immunité parlementaire de Georges Bidault (5 juillet 1962). Il ne vote pas la motion de censure du 4 octobre 1962.
Après la dissolution de l’Assemblée nationale et la victoire du « oui » au référendum d’octobre 1962, des élections législatives ont lieu les 18 et 25 novembre 1962. Louis Briot y sollicite le renouvellement de son mandat avec le soutien de l’UNR dans la 1ère circonscription de l’Aube, qui a approuvé l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel par 62,43% des suffrages exprimés. Le député sortant exprime son engagement européen dans sa profession de foi et témoigne de vues discrètement plus atlantistes que celles de beaucoup de gaullistes en évoquant « la cohésion du monde occidental, seul moyen de négocier valablement l’arrêt des armements nucléaires ». Louis Briot arrive nettement en tête au soir du premier tour (11881 voix, soit 41,2%). Confronté à la seule candidate du Parti communiste, l’institutrice Madeleine Dubois, il est réélu à l’Assemblée nationale le 25 novembre 1962 par 62,4% des électeurs. Une partie des suffrages radicaux-socialistes se sont portés sur le candidat gaulliste au second tour de scrutin.
Le député de l’Aube intervient à vingt sept reprises dans l’hémicycle sous la deuxième législature. Il s’intéresse en priorité aux questions agricoles, au moment où la politique de modernisation des structures conduite par Edgard Pisani, puis Edgar Faure, provoque un certain mécontentement. Hostile à l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun, Louis Briot craint les concurrences anglaise et américaine pour l’agriculture européenne. Il rappelle que les Etats-Unis appliquent des taxes à l’importation très élevées sur les produits agricoles et invite implicitement l’Europe des Six à pratiquer de même (9 mai 1963). Comme sous la première législature, il intervient de nombreuses fois à propos du privilège des bouilleurs de cru, pour défendre une application plus libérale des textes en vigueur depuis le début des années 1950. Bon connaisseur des difficultés que rencontrent les éleveurs français dans les années 1960, Louis Briot envisage une évolution des taxes qui pèsent sur la viande et font passer son prix du simple au double entre la production et la consommation (4 mai 1965). Louis Briot s’intéresse en outre à la gestion des forêts, nombreuses dans l’Est de la France.
Membre de plusieurs missions à l’étranger et dans l’Outre-mer français, il est chargé de rédiger les rapports qui résument les observations de ses collègues parlementaires. Il voyage au nom de l’Assemblée nationale au Pakistan et en Iran (printemps 1964), en Tchécoslovaquie et en Hongrie, puis à La Réunion, aux Comores et à Madagascar (printemps 1966).
Les votes de Louis Briot sont conformes à ceux des députés gaullistes entre 1962 et 1967 : il est favorable à la ratification du traité de l’Elysée conclu entre la France et l’Allemagne (13 juin 1963), soutient l’encadrement du droit de grève dans les services publics (26 juillet 1963) et la réforme du mode d’élection des conseillers municipaux.
La poussée de la gauche constatée entre les deux tours des législatives de mars 1967 ne suffit pas à compromettre la réélection de Louis Briot. Il l’emporte sur la même adversaire communiste qu’en 1962 avec 55,5% des suffrages exprimés le 12 mars 1967. Malgré sa brièveté (1967-1968), la troisième législature permet à Louis Briot de prendre la parole à sept reprises dans l’hémicycle, pour y aborder des sujets intéressant le monde rural ou les questions sociales. Le député de l’Aube ne retrouve pas la vice-présidence de la Commission de la production et des échanges à la rentrée parlementaire d’avril 1967.
La vague conservatrice des élections législatives de juin 1968 manque de faire réélire Louis Briot dès le premier tour de scrutin dans la première circonscription de l’Aube. Dans sa profession de foi, l’élu gaulliste livre sa vision des événements de mai, qu’il qualifie d’« entreprise de démolition de la République animée par quelques enragés ». Il devance nettement les quatre autres candidats avec 47,8% des voix le 23 juin 1968. Le sortant affronte au second tour la candidate communiste, qui a devancé le représentant de la FGDS André Gravelle. 63,7% des électeurs choisissent de faire confiance à Louis Briot le 30 juin 1968.
L’action du député de l’Aube se déploie sur les mêmes terrains que précédemment sous la quatrième législature (1968-1973) : au sein du groupe gaulliste et de la Commission de la production et des échanges ; au Parlement européen ; sur les dossiers agricoles et le monde rural au sens large. Il se montre très attentif aux accords commerciaux conclus par la France ou la Communauté économique européenne avec les pays d’Afrique noire et aborde ces questions à plusieurs reprises dans l’hémicycle. Dès le 6 novembre 1970, Louis Briot critique les projets de Sicco Mansholt, vice–président de la Commission européenne : ce dernier a rendu public une série d’observations sur la nécessaire réforme de la politique agricole commune dès décembre 1968. Par crainte des déséquilibres que pourrait créer une surproduction sur certains marchés, le Commissaire néerlandais propose en effet de réduire de 5 millions d’hectares de terres fertiles la surface mise en culture au sein du Marché commun. Cette orientation supposerait d’orienter le soutien à la production afin de réduire le nombre des petites exploitations agricoles. Entre décembre 1968 et 1972, la volonté de réformer la Politique agricole commune se traduit par plusieurs projets, comme celui exposé dans le rapport Gaichel. Le « plan Mansholt » de réforme de la PAC est finalement rendu public en 1972. En décembre 1971, Louis Briot semble devancer ses conclusions en refusant d’avance les « décrets technocratiques » qui pourraient affecter la condition des paysans européens.
Le 21 octobre 1971, Louis Briot dépose sur le bureau de l’Assemblée nationale une proposition de loi visant à préciser la notion de légitime défense telle qu’entendue par le Code pénal. Gaulliste de longue date, il apporte son soutien aux gouvernements Couve de Murville, puis Chaban-Delmas et Messmer. Il se prononce ainsi en faveur de la loi d’orientation qui réforme l’enseignement supérieur dans un sens plus libéral (10 octobre 1968), mais soutient la loi « anti-casseurs » (4 juin 1970). Il approuve la création des régions (27 avril 1972).
Le député de l’Aube est devenu maire d’Essoyes en 1971. Il bénéficie à première vue d’une implantation plus solide avant les élections législatives de mars 1973. Investi par les gaullistes et soutenu par les Républicains indépendants, il ne rassemble que 10098 voix au premier tour de scrutin, soit 27,6% des suffrages exprimés. Seuls trois cantons sur les dix que compte la première circonscription l’ont placé en tête du premier tour. Talonné par le candidat centriste Pierre Micaux (24,9% des voix), qui se retire avant le second tour, Louis Briot perd son siège au profit de l’ancien résistant André Gravelle, candidat de la gauche modérée, le 11 mars 1973. Contrairement aux législatives de 1968, celui-ci l’avait en effet emporté au premier tour sur la candidate traditionnelle des communistes, Madeleine Dubois.
Louis Briot s’éteint moins de quatre mois après cette défaite électorale. Il revient alors à Alain Peyreffite de rendre hommage à l’ancien député de l’Aube, dans La Nation, organe de l’UDR : il y salue à cette occasion un « défenseur exemplaire » des « principes fondamentaux » du gaullisme.