François, Paul, Nicolas Anthoine

1758 - 1793

Informations générales
  • Né le 17 mars 1758 à Nancy (Meurthe - France)
  • Décédé le 19 août 1793 à Metz (Moselle - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Révolution
Législature
Assemblée nationale constituante
Mandat
Du 30 mars 1789 au 30 septembre 1791
Baillage
Sarreguemines (Type : Bailliage)
Groupe
Tiers-Etat
Régime politique
Révolution
Législature
Convention nationale
Mandat
Du 5 septembre 1792 au 19 août 1793
Département
Moselle
Groupe
Montagne

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Député aux Etats généraux et membre de la Convention nationale, né à Nancy (Meurthe-et-Moselle) le 17 mars 1758, de Jean François Anthoine, avocat en parlement et secrétaire du maître des eaux et forêts de Lorraine et Barrois, et de Marie Soller, mort à Metz (Moselle), le 19 août 1793, il fut avant la Révolution lieutenant général du bailliage de Boulay.

Chaleureux partisan des idées nouvelles, il fut en 1789 élu député du tiers état par le bailliage de Sarreguemines. Il siégea à gauche et se montra l'adversaire résolu du parti de la cour. Son début dans l'Assemblée eut pour occasion (1790) l'affaire suscitée à Danton par le Châtelet de Paris ; ce tribunal avait rendu un décret de prise de Corps contre Danton, qu'il accusait d'avoir tenu des discours de nature à compromettre l'ordre public. Cette affaire fit grand bruit ; une plainte contre le Châtelet fut portée par le Club des Cordeliers devant l'Assemblée nationale, et Anthoine, qui se fit l'écho de ces réclamations, proposa nettement la mise en accusation des membres du tribunal du Châtelet comme prévaricateurs. L'affaire, cette fois, n'eut pas de conséquence, le débat avant été étouffé, mais, par la suite, le Châtelet se vit obligé de révoquer sa sentence. Plus tard (5 avril), Anthoine prit la parole sur l'institution du jury et proclama que « sans elle il n'y a pas de constitution libre. » Il fit rendre (5 mai) un décret condamnant la conduite des officiers municipaux de la ville de Decize (Nièvre) qui avaient fait arrêter un convoi de blé appartenant à Nevers, sous le prétexte d'une créance que Decize avait sur cette ville. C'est peu de temps après qu'il publia une très curieuse lettre, adressée à Necker, « sur son opinion relativement au décret abolissant les titres, les noms et les armoiries. » Necker était personnellement opposé à ce décret et il n'avait pas caché son sentiment, assurant qu'il ne résulterait de cette mesure « aucun avantage réel pour le peuple. »

« Voulez-vous dire, lui répondit Anthoine, que les impositions n'en diminueront pas d'un sou ? C'est parler en bon financier ; mais la remarque n'est pas saillante. Prétendez-vous que, sous aucun rapport, cette disposition n'est utile ni agréable au peuple ? Ce n'est pas parler en bon publiciste.

« C'est calomnier le peuple, que de le séparer comme vous faites, en deux classes, dont l'une, selon vous, ne s'occupe et ne doit s'occuper que de sa subsistance, et dont l'autre n'est travaillée que du désir de ravaler les ci-devant nobles...

« ... Le prétendu reflet qui doit, selon vous, rejaillir des grands sur le peuple qui les sert, fait épigramme contre votre propre système. L'insolence du soudoyant ajoute à l'infériorité du soudoyé. Fabert et Jean Bart étaient nés dans cette classe que vous dépréciez tant. Peut-on douter qu'ils n'aient été plus d'une fois découragés par les bravades des gens titrés ? et n'avouerez-vous pas qu'il est utile d'ôter ces motifs de découragement de la carrière des Faberts à venir ?... etc. »

Elu secrétaire de l'Assemblée constituante il intervint encore dans les débats suivants :

- établissement d'un tribunal de cassation ;
- troubles survenus à Montauban ;
- répartition par le roi des fonctions ministérielles ;
- abolition des ordres de chevalerie ; sur ce dernier point il opina néanmoins pour que le roi se vît accorder la « faveur » de porter comme insigne un ruban tricolore.

Après la séparation de la Constituante, Anthoine devint maire de Metz. Cette ville ayant été un moment suspectée d'avoir des intelligences avec les frères du roi et le marquis de Bouillé, un mandat d'arrêt fut lancé contre le maire par le « département » de la Moselle. Mais Anthoine fut admis, pour se justifier, à la barre de l'Assemblée législative, et il finit par obtenir (18 août 1792) après un rapport favorable de Quinette (de l'Aisne), d'être rendu à ses fonctions. À leur tour, les président et procureur général syndic du département furent suspendus par l'Assemblée.

Le 5 septembre 1792, les électeurs de la Moselle l'envoyaient à la Convention. Lors du procès du roi, il se prononça pour la mort, en ces termes :

2e appel nominal (question de l'appel au peuple) : « Je dis non parce que le peuple a prononcé déjà dans cette affaire, autant qu'il le peut, par l'insurrection générale, et en envoyant ici la Convention nationale, parce que je ne veux ni anarchie, ni guerre civile, ni l'entrée des puissances étrangères en France. »

3e appel nominal (application de la peine) : « Sur mon honneur Louis mérite la mort. »

Pendant l'hiver de 1793, Anthoine fut envoyé en mission avec son collègue Levasseur dans les départements de la Meurthe et de la Moselle. Le représentant Salles (de la Meurthe), ayant cherché à éloigner des envoyés de la Convention la confiance de la population, Anthoine écrivit de Nancy pour dénoncer ces manoeuvres, à la séance du 30 mars 1793 ; après avoir entendu les explications de Salles et quelques observations de Danton et de Barbaroux, la Convention, sur la motion de Barrère, passa à l'ordre du jour. Cependant, l'opposition faite à Anthoine ne désarma pas; accusé de vexations dans l'exercice de sa mission, il répondit par un mémoire détaillé. Se trouvant en congé à Metz, il y mourut d'une maladie de poitrine, le 19 août 1793.

Son décès fut annoncé à la Convention par Thirion (de la Moselle), en ces termes : « La Convention nationale vient de perdre un de ses membres les plus purs et les plus zélés. Ses obsèques se firent le lendemain (20 août) ; on y remarquait principalement cette inscription qui peint bien le caractère de cet excellent citoyen : Il est mort l'ami de ses ennemis et il vivra toujours à la mémoire du peuple son ami ». Par testament il avait légué tous ses biens à la nation. Ce legs universel ayant été soumis à l'Assemblée le 26 août, elle déclara « la mémoire d'Anthoine chère aux Français » et ajourna sa décision quant à l'acceptation du legs.

La question revint le 23 germinal an 2 (12 avril 1794), et finalement, sur un long rapport de Pons (de Verdun), au nom des comités de législation et de finances, le décret suivant fut rendu : « La Convention nationale, déclare qu'elle n'accepte pas le legs universel que contient le testament d'Anthoine en faveur de la République, que les frais d'enregistrement perçus à raison dudit legs universel seront remboursés à la veuve Anthoine par le receveur des droits, à la présentation au présent décret. »

Cette décision était fondée, entre autres motifs, sur ce fait que les lois nouvelles n'admettaient point le legs universel d'Anthoine, puisqu'à partir du 14 juillet 1789, disait le rapport, elles ne laissent aux citoyens que la faculté de disposer du dixième et du sixième de leurs biens en ligne collatérale. « Or l'Etat devait donner l'exemple d'une exécution rigoureuse et ponctuelle des lois. »

Date de mise à jour: août 2019