Jean-Baptiste Boyer-Fonfrède

1765 - 1793

Informations générales
  • Né le 5 décembre 1765 à Bordeaux ( - Généralité de Bordeaux - France)
  • Décédé le 31 octobre 1793 à Paris (Département de Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Présidence(s)

Présidence de l'Assemblée nationale
du 2 mai 1793 au 17 mai 1793

Mandat(s)

Régime politique
Révolution
Législature
Convention nationale
Mandat
Du 7 septembre 1792 au 31 octobre 1793
Département
Gironde
Groupe
Girondins

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Membre de la Convention, né à Bordeaux (Généralité de Bordeaux, France), le 5 décembre 1765, exécuté à Paris, le 31 octobre 1793, il était d'une riche famille de négociants.

Le christianisme avait fait sur son esprit une impression profonde, et sa première pensée fut de renoncer au négoce et à la fortune pour entrer dans les ordres religieux et devenir missionnaire. Des causes indépendantes de sa volonté l'empêchèrent de réaliser ce projet, et bientôt une autre passion vint remuer sa jeune âme ; il s'éprit d'un violent amour pour une jeune fille qu'il épousa, contrairement à la volonté de tous les siens. Peu de temps après, il alla s'établir en Hollande. Le séjour qu'il fit dans les Provinces-Unies dut avoir quelque influence sur ses idées politiques; il en revint républicain et fédéraliste.

Boyer-Fonfrède était à Bordeaux quand la Révolution française éclata. Il en adopta les principes avec chaleur. « Il avait fait plus, écrit M. Th. Lebas (Dictionnaire Encyclopédique de la France), puisqu'il était déjà républicain, républicain modéré cependant, et prêt à prendre parti pour la classe bourgeoise contre la classe populaire ; pour la province contre la capitale ; en un mot républicain à la manière hollandaise, à la manière suisse, ou à la manière américaine. »

Officier municipal à Bordeaux, en même temps que négociant estimé, il fut, le 7 septembre 1792, élu par le département de la Gironde, avec 408 voix sur 633 votants, membre de la Convention nationale. Libre de tout précédent monarchique, éloquent, courageux, il entra sincèrement dans le parti des Girondins, et plus d'une fois les Gensonné, les Guadet et les Vergniaud mirent à profit l'influence de son caractère et de son talent et s'abritèrent derrière son républicanisme éprouvé. Boyer-Fonfrède était un excellent soldat, toujours sur la brèche, et qui, une fois engagé dans la lutte contre les Montagnards, paya constamment de sa personne et alla jusqu'au bout.

Dans le procès de Louis XVI, il vota avec la Montagne contre l'appel au peuple, pour la mort et contre le sursis :
« Citoyens, dit-il au 3e appel nominal, c'est avec le calme de la plus froide impartialité que j'ai examiné les accusations portées contre Louis, et les défenses qu'il a fournies; je me suis dépouillé même de cette haine vertueuse, que l'horreur de la royauté inspire à tout républicain contre tous les individus nés auprès du trône; je respecte même l'homme qui fut roi ; alors que je vais le condamner, je ne lui reprocherai plus ses crimes ; il est convaincu de haute trahison. Dès lors la loi, ainsi que l'intérêt de l'Etat, la justice universelle, ainsi que le salut du peuple, le condamnent à mourir. J'appliquerai donc la loi comme je le ferais à ma dernière heure; et si, lorsque je retranche un mortel du nombre des vivants, mon coeur est froissé de douleur, ma conscience tranquille n'a point de remords à craindre ».

A la suite de la discussion qui précéda le jugement, c'est Boyer-Fonfrède qui avait fait adopter la rédaction des trois questions relatives à la culpabilité à l'appel au peuple et à la nature de la peine, sur lesquelles devait voter l'Assemblée.

Il prit une part considérable et brillante aux travaux de l'Assemblée, et, plus jeune que ses collègues de Bordeaux, il se plaça pourtant, comme orateur, au premier rang après Vergniaud. En même temps, ses opinions, ses sentiments, ses amitiés lui assignèrent dans « la Gironde » une place à part. « En effet, il resta sans cesse dédaigneux pour Brissot, qui, tout en se disant démocrate, pactisait avec la cour ; sans cesse froid pour Roland, qui, tout en se croyant républicain, avait accepté les fonctions de ministre sous Louis XVI ; mais il ne sut pas résister aux prédications de Buzot, qui était le défenseur et le théoricien du fédéralisme, l'inspirateur et le roi (c'est l'expression de l'époque), des partisans de ce système. En un mot, pour parler encore le langage du temps, Fonfrède ne fut ni brissotin, ni rolandin ; il fut buzotin, ce qui, comme on vient de le voir, signifie qu'il était républicain fédéraliste. » Il était, de plus, personnellement très lié avec Ducos.

Si Boyer-Fonfrède condamna Louis XVI, il ne ménagea pas non plus l'ambition du duc d'Orléans; dès le 25 décembre 1792, il accusa Marat d'avoir pris ce personnage sous sa protection, et de vouloir un dictateur; depuis lors, il se fit en toute occasion l'adversaire acharné de Marat. Le 8 mars 1793, alors que la lutte de la Montagne et de la Gironde était devenue systématique, Boyer-Fonfrède s'éleva violemment contre l'organisation du tribunal révolutionnaire, proposée par Robert Lindet et soutenue par Danton. Les jours suivants, il contribua à l'introduction d'un jury dans ce tribunal. Le 5 avril, il dénonça le jeune duc de Chartres comme complice de Dumouriez, et demanda que tous les Bourbons qui se trouvaient encore en France fussent détenus comme otages et répondissent sur leur tête du salut des commissaires conventionnels livrés à l'ennemi par le général rebelle. Ces propositions furent fortement appuyées et immédiatement adoptées. Boyer-Fonfrède fut moins heureux le 12 du même mois. Ayant attaqué Marat avec plus de vivacité que jamais, il le fit décréter d'accusation et traduire devant le tribunal révolutionnaire : l'acquittement de « l'Ami du peuple » par le tribunal fut généralement regardé comme un événement. Le 15, lorsqu'à leur tour trente-cinq sections de Paris vinrent demander l'exclusion de 22 députés appartenant au côté droit, Boyer-Fonfrède s'élança à la tribune et ne craignit pas de dire qu'il aurait tenu à l'honneur d'être inscrit sur la même liste :
« Pour quoi n'avez-vous pas mis mon nom sur ces listes ? Je vous aurais payé généreusement ce témoignage d'estime ! » Puis, saisissant habilement une occasion de faire retomber sur la commune de Paris le reproche qu'elle avait coutume d'adresser aux Girondins, il soutint que, présentée par une faible fraction du peuple français. cette demande de proscription contre une partie de la représentation signalait une tendance réelle au fédéralisme. Enfin il proposa le renvoi de la pétition aux assemblées primaires; c'était un appel aux départements contre la ville de Paris.

Nommé président de la Convention pour la première quinzaine de mai, il tint en cette qualité le langage le plus ferme aux orateurs des différentes sections qui apportaient leurs plaintes à l'assemblée. Le 21 mai, jour de la création de la commission des douze, le parti de la Gironde, toujours prompt à mettre Boyer-Fonfrède en avant, le désigna, le premier, pour faire partie de cette commission, entièrement composée de députés du côté droit, et instituée, sur la proposition de Barrère, pour rechercher les auteurs de la conspiration maratiste du 20 mars. (On prêtait à quelques amis de Marat l'idée d'avoir voulu faire main basse sur les membres de la Convention les plus connus par leur haine contre Paris.) Mais Boyer-Fonfrède ne voulut pas s'associer à tous les actes de la commission des douze : il refusa, par exemple, son approbation et son vote à l'arrestation d'Hébert et de Dumas, ordonnée par ses collègues, et prit la parole, le 28, à la Convention, pour demander leur mise en liberté provisoire. Marat s'en souvint, lors des événements du 31 mai et du 2 juin, qui renversèrent le parti de la Gironde ; bien qu'il fût l'ennemi personnel de Boyer-Fonfrède, il le fit rayer de la liste des proscrits, comme n'ayant pas signé l'arrestation d'Hébert et de Dumas. Mais cette exception ne devait pas profiter longtemps à Fonfrède. Le 15 juillet, Billaud-Varennes demanda sa mise en accusation. Elle fut prononcée le 3 octobre, à la demande du même représentant, et sur le rapport d'Amar. L'accusé avait demandé la parole ; Albitte lui ferma la bouche par ces mots : « Tu parleras au tribunal révolutionnaire ! »

Déclaré coupable d'avoir trempé dans l'insurrection de Bordeaux, il fut condamné à mort par ce tribunal et porta sa tête sur l'échafaud le 31 octobre 1793. Il n'avait pas vingt-huit ans.

Date de mise à jour: septembre 2019