Pierre, Arnaud Dartigoeyte

1763 - 1812

Informations générales
  • Né le 12 mars 1763 à Mugron (Landes - France)
  • Décédé le 25 novembre 1812 à Lahosse (Landes - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Révolution
Législature
Convention nationale
Mandat
Du 4 septembre 1792 au 26 octobre 1795
Département
Landes
Groupe
Gauche

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Membre de la Convention, né à Mugron (Landes), le 12 mars 1763, de Mr Arnaud Dartigoeyte, notaire royale et de Marie Lanefranque, mort à Lahosse (Landes), le 25 novembre 1812, il embrassa avec ardeur le parti de la Révolution, fut nommé procureur-syndic du district de Saint-Sever, et devint, le 4 septembre 1792, membre de la Convention pour le département des Landes, le 1er sur 6, avec 244 voix (342 votants).

Il siégea à la Montagne, réclama la suppression absolue du traitement des évêques et l'abolition du serment, dans lequel il voyait une institution monacale, opina contre le cumul des fonctions publiques, et, malade au moment de l'instruction du procès de Louis XVI, écrivit au président pour hâter le jugement « du plus grand des coupables. » Le 15 décembre 1792, il demanda la vérification par experts des pièces déniées par Louis XVI: « Louis dénie son écriture, dit-il. Or, à défaut d'une loi positive, la raison nous prescrirait de faire vérifier contradictoirement avec lui les pièces non reconnues. Cette opération bien simple n'exige que quelques heures; mais elle devient d'autant plus indispensable que Louis affirme n'avoir aucune connaissance du lieu où il les avait déposées. On ne manquerait pas de dire que Roland les fabriqua de concert avec vous; et cette assertion, toute absurde qu'elle paraît, trouvera de nombreux partisans. Ceux qui aujourd’hui ne veulent pas de formes, vous reprocheraient demain votre précipitation; et tel est le caractère du cœur humain que l'on ne se souviendra plus de l'atrocité de Louis : ils furent, s'écrira-t-on de toutes parts (et vos ennemis l'ont bien calculé), ils furent les bourreaux, et non les juges du ci-devant roi. C'est déjà trop peut-être que la Convention se soit constituée cour judiciaire, n'ajoutons pas l'inobservation des premières règles de la justice. » La vérification par experts fut rejetée. Lors du procès, Dartigoeyte s'empressa d'y prendre part, vota la peine de mort et s'opposa vivement à l'appel au peuple. Il répondit au 3e appel nominal: « Comme juge, je dois venger le sang des citoyens égorgés par les ordres du tyran. Comme homme d'Etat, je dois prendre la mesure qui me paraît la plus utile à la République; or, dans mon opinion, je crains le retour de la tyrannie si Louis existe. Je vote pour la mort et la prompte exécution. Le républicain ne compose jamais avec sa conscience. »

Ayant été envoyé dans le Midi, il se trouvait à Bordeaux lors de la révolution du 31 mai 1793. Il proposa et obtint l'arrestation de plusieurs habitants des départements de la Gironde, des Landes et du Gard, suspects de fédéralisme, et la destitution d'un certain nombre de fonctionnaires. Dans le même temps, il fut chargé par le comité de législation de faire décréter la suspension de toutes poursuites relativement aux événements de septembre, ainsi que l'annulation de la procédure commencée a cet égard par le tribunal de Melun.

Les comités l'envoyèrent de nouveau, (décembre 1793) dans le Gers et les Hautes-Pyrénées. Le 24 décembre, il écrivait, de Bayonne, à la Convention : « Je vous ai déjà parlé de l'exagération de quelques hommes qui voulaient violenter les opinions religieuses, j'ai fait en sorte de calmer ce zèle indiscret ; je croirais aller au delà des intentions de la Convention et compromettre peut-être l'intérêt général, si je cherchais à changer cet état de choses. Veuillez me donner votre avis. » Il se montra moins modéré en mai 1794, dans la Haute-Garonne, où il poursuivit les nobles, les fédéralistes et les prêtres. Un matin, à Toulouse, il avait embrassé le président du district; quelques heures après, ayant appris que ce citoyen était fédéraliste, il prit un arrêté pour déclarer « que le baiser fraternel donné le matin au président lui était retiré »; mais ce désaveu ne lui suffit pas, il le destitua et le fit arrêter. Le mois précédent, étant à Auch, au club des Jacobins, une tuile était tombée près de lui. On cria à l'attentat, on lui constitua une garde permanente de cinquante hommes. Dartigoeyte eut beau protester, l'affaire fut portée à la Convention ; Barère obtint que les auteurs et complices seraient traduits devant le tribunal révolutionnaire de Paris, et neuf accusés furent exécutés à Auch à cette occasion.

Dans l'intervalle, Dartigoeyte, avait été nommé secrétaire de l'assemblée. Rappelé après le 9 thermidor, il vit de nombreuses accusations s'élever contre lui. Le 9 juin 1795, Durand-Maillane faisant au comité de législation un rapport contre les représentants inculpés d'avoir « versé le sang et commis des dilapidations », lut une dénonciation de Pérès, du Gard, où Dartigoeyte était accusé tout à la fois d'effusion de sang, de dilapidations et de dépravation inouïe de mœurs. Dartigoeyte, présent à la séance, écouta sans émotion et presque sans se défendre, les accusations dont il était l'objet, et fut décrété d'arrestation. Son père, Arnaud Dartigoeyte, publia vers cette époque, un mémoire où il protestait contre cette décision.

« J'adjure, disait-il, tous ceux qui ont à reprocher à mon fils des actes contraires aux lois, des actes de vengeance personnelle, d'improbité et d'immoralité, soit durant sa mission de sept mois et demi dans les Landes, soit durant l'exercice des fonctions d'officier supérieur dans la garde nationale; d'électeur, par un choix trois fois réitéré; d'administrateur, de procureur-syndic du district de Saint-Sever; soit enfin avant la Révolution, de vouloir franchement transmettre leurs plaintes, avec les pièces à l'appui, aux comités de sûreté générale et de législation. » Il terminait ainsi : « O vous tous, amis ou ennemis! soyez justes et impartiaux, c'est le devoir de l'honnête homme, c'est le précepte de la divinité : ayez le courage de parler à charge ou à décharge, comme j'ai le courage, moi, père infortuné, de vous interpeller : qu'aucune considération ne vous arrête, pesez dans la balance de la justice, les actions, et non quelques opinions de mon fils... Si mon fils est coupable, qu'on le punisse; s'il est innocent, s'il est vertueux, qu'on proclame son innocence; qu'on cesse, surtout, de persécuter un vieillard accablé sous le poids de maladies renaissantes. »

Signé : DARTIGOEYTE, père.


(Arnaud Dartigoeyte, père, à ses concitoyens).

Dartigoeyte écrivit de son côté à Goupilleau (13 septembre (1795) : « il se plaint d'avoir été incarcéré sans avoir été entendu, lui qui n'a jamais mis de guillotine en permanence, ni créé de tribunaux ou commissions extraordinaires ; sa santé et sa fortune sont perdues »; il supplie Goupilleau de le faire mettre en liberté. Il resta détenu jusqu'à ce que l'amnistie de brumaire an IV (5 octobre 1795) vînt le rendre à la liberté. Alors il retourna dans son pays natal, et mourut sous l'Empire, en 1812.

Date de mise à jour: juin 2019