Guislain, François, Joseph Lebon

1765 - 1795

Informations générales
  • Né le 25 septembre 1765 à Arras (Pas-de-Calais - France)
  • Décédé le 16 octobre 1795 à Amiens (Oise - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Révolution
Législature
Convention nationale
Mandat
Du 1er juillet 1793 au 16 octobre 1795
Département
Pas-de-Calais
Groupe
Gauche

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Membre de la Convention, né à Arras (Pas-de-Calais) le 25 septembre 1765, exécuté à Amiens (Somme) le 16 octobre 1795, fils d'un sergent à verge chargé d'enfants, il fit ses études chez les Oratoriens d'Arras et de Juilly, et entra dans cette congrégation en 1784, comme professeur au collège de Beaune, où il acquit une réputation bien différente de la célébrité maudite qui l'attendait dans sa carrière politique : ses compagnons l'avaient surnommé le « Bien nommé. »

Ses élèves s'étant échappés, le 5 mai 1790, pour assister à une fête de la fédération à Dijon, Le Bon fut blâmé par ses supérieurs, courut en voiture après ses élèves, les ramena au collège, mais déclara en même temps, en déchirant ses habits, qu'il quittait la congrégation. En vain revint-il le lendemain sur ce mouvement de colère ; on refusa de le reprendre. Il se retira à Ciel, près de Beauvais, chez le père d'un de ses élèves, où il reçut, le 8 juin 1791, la nouvelle qu'il était nommé à la fois curé constitutionnel de Neuville-Vitasse (Pas-de-Calais) et du Vernois, près de Beaune. Il opta d'abord pour le Vernois, mais, apprenant que sa mère était devenue folle à la nouvelle qu'il avait prêté le serment constitutionnel, il accepta Neuville-Vitasse, pour se trouver auprès de sa famille

Il venait de renoncer au sacerdoce, lorsque, après le 10 août 1792, il fut, à 27 ans, élu maire d'Arras et administrateur du département ; il s'empressa d'arrêter et de chasser d'Arras les commissaires envoyés de Paris pour vanter les massacres de septembre, et, Guffroy, qui devait plus tard le dénoncer comme ultra-révolutionnaire, commença par le signaler comme suspect de modérantisme. Suivant un témoignage royaliste (Souvenirs d'une actrice, par Mme Louise Fusil), il avait une figure douce et agréable ; il portait toujours du linge très blanc ; ses mains étaient fort soignées et sa mise trahissait une sorte de coquetterie.

Ses concitoyens lui donnèrent une nouvelle marque de confiance en le nommant procureur-syndic du département, puis, le 9 septembre 1792, second suppléant du Pas-de-Calais à la Convention, par 400 voix sur 609 votants.

Il épousa, le 5 novembre 1792, sa cousine germaine, Elisabeth Regniez, de Saint-Pol, et ne fut admis à siéger à la Convention que le 1er juillet 1793, en remplacement de Magniez.

Envoyé, une première fois (9 août 1793), en mission dans le département de la Somme avec André Dumont, il fut nommé membre du comité de sûreté générale (14 septembre) et se vit dénoncé par Bernard de Saintes comme fédéraliste pour avoir défendu contre ce représentant, en mission dans la Côte-d’Or, les membres du conseil général de la commune de Beaune. Il refusa une mission dans l'Orne à cause de la santé de sa femme, et fut envoyé (29 octobre) dans le Pas-de-Calais; il s'y montra assez modéré pour que Guffroy pût l'accuser de tiédeur une fois de plus, et le représenter à la Convention comme le protecteur des contre-révolutionnaires.

Le comité de salut public se hâta de le rappeler ; mais, sur sa promesse de travailler à faire oublier son indulgence, il fut presque aussitôt après renvoyé avec les mêmes pouvoirs dans le même département (6 mars 1794). En proie dès lors à la fièvre révolutionnaire excitée par l'ennemi à quelques lieues d'Arras, il se mit à sévir avec la dernière rigueur contre les partisans de l'ancien régime. Le 17 nivôse an II, il écrivait au comité de salut public qu'il « faudrait visiter les campagnes. Mandez-moi si vous voulez que j'entreprenne cette mission ; elle ne coûtera pas cher à la République, car je sais voyager à pied, à cheval et en voiture. Au surplus, les coquins, dont je fais confisquer les biens et la tête, dédommageront amplement la patrie ! »

Son éternel accusateur, Guffroy, le dénonça bientôt comme terroriste exagéré, mais le peu de probité du dénonciateur fut la principale cause de l'inutilité de sa démarche. « Joseph Le Bon, qui représentait le pouvoir du comité de salut public, a écrit Louis Blanc, portait toujours un pistolet à sa ceinture. Figuraient comme juges ou jurés du tribunal redoutable où s'appuyait sa puissance son beau-père et trois oncles de sa femme. Il exerçait autour de lui un tel despotisme, et ce despotisme était si soupçonneux, qu'on put citer un arrêté de lui qui défendait aux femmes d'Arras de s'endimancher. » (Histoire de la Révolution, tome IX)

Quant aux forfaits exécrables dont la dénonciation conduisit Le Bon à l'échafaud et dont l'horreur est restée attachée à son nom, il est aujourd'hui prouvé qu'ils ne furent qu'une exagération de la haine. Guffroy (v. ce nom) ayant attaqué, dans son journal le Rougiff, l'accusateur public d'Arras Demuliez, celui-ci avait répondu en exhumant du greffe un faux billet de 6 000 francs qu'il prétendait avoir été fabriqué par Guffroy. Ce dernier, inquiet, se rendit à Arras ; les poursuites furent discontinuées ; d'ennemis qu'ils étaient, Demuliez et Guffroy devinrent amis. Bientôt il arriva que, soupçonnant Demuliez d'intelligences secrètes avec la contre révolution, Joseph Le Bon le fit arrêter et transporter à Paris. Ce dernier, furieux, appela à lui Guffroy, auquel il dépeignit le proconsul d'Arras comme un monstre, et qui, sur les renseignements venus de cette source, composa une brochure intitulée Censure républicaine. C'était un libelle, dont ses ennemis, une fois les maîtres, firent un arrêt de mort. Cependant, le 25 juillet 1794, Guffroy ayant porté à la tribune ses attaques contre Joseph Le Bon, l'affaire avait été renvoyée à l'examen du comité de salut public, et Barère, dans un rapport présenté quelques jours après, s'était exprimé en ces termes :

« Le résultat et les motifs de conduite, voilà ce que nous recherchons. Les motifs sont-ils purs, le résultat est-il utile à la Révolution, profite-t-il à la liberté ? Les plaintes ne sont-elles que récriminatoires, ou ne sont-elles que le cri vindicatif de l'aristocratie ? C'est ce que le comité a vu dans cette affaire. Des formes un peu acerbes ont été rédigées en accusation, mais ces formes ont détruit les pièges de l'aristocratie, Une sévérité outrée a été reprochée au représentant, mais il n'a démasqué que de faux patriotes, et pas un patriote n'a été frappé. »

Le Bon avait, d'ailleurs, à son actif, sa conduite énergique à l'égard des Autrichiens qui menaçaient Cambrai. Appelé dans cette ville par Saint-Just et Le Bas au moment où l'ennemi se croyait sûr de franchir le dernier boulevard de notre pays, Le Bon, en ranimant les courages, avait commencé l'œuvre de la délivrance qui se termina par la Victoire de Fleurus.

Mais, le 15 thermidor an II, de nouvelles dénonciations dirigées contre Joseph Le Bon aboutirent cette fois à un décret d'arrestation. Son affaire occupa à plusieurs reprises la Convention ; le 18 floréal (7 mai 1795), l'Assemblée chargea une commission de 21 membres d'examiner sa conduite. Quiriot, rapporteur de cette commission, présenta, le 1er messidor an III (19 juin suivant), le résultat de son enquête. Il avait divisé en quatre classes les faits imputés à Le Bon : 1° assassinats juridiques ; 2° oppression des citoyens en masse ; 3° exercice de vengeances personnelles ; 4° vols et dilapidations. Il conclut à l'accusation. Admis à présenter à la tribune ses moyens de défense, Le Bon ne cessa de réclamer trois paniers de papiers qui avaient été enlevés de son domicile et dont ses ennemis s'étaient emparés. De nombreuses séances furent employées à entendre sa défense, puis, cette procédure traînant en longueur, il fut décidé que le rapport de Quiriot serait lu article par article et que l'accusé y répondrait dans le même ordre.

Le Bon nia la plupart des faits qu'on lui reprochait, en atténua d'autres, se défendit surtout en soutenant qu'il n'avait fait qu'exécuter les décrets de la Convention, et, lorsqu'on fut arrivé au quatrième chef d'accusation, vols et dilapidations, l'Assemblée refusa d'entendre la suite du rapport, en déclarant que Le Bon s'était pleinement justifié à cet égard. Il n'en fut pas moins traduit devant le tribunal criminel d'Amiens.

Pendant les quatorze mois de captivité qu'il eut à subir, il écrivit à sa femme une série de lettres qu'a recueillies et publiées, en 1815, M. Emile Le Bon, leur fils, juge d'instruction à Chalon-sur-Saône. On y trouve ce passage : « Ô mon amie, ne dis plus que je vais mourir, je vais commencer une nouvelle vie dans tous les cœurs dévoués à la République.

Condamné à mort, il fut exécuté à Amiens le 14 octobre 1795. Le tribunal criminel avait jugé sans appel, en vertu de la loi du 12 prairial ; vainement Le Bon demanda à profiter du bénéfice de la Constitution qui venait d'être achevée, et à être autorisée à se pourvoir en cassation : la Convention passa à l'ordre du jour.

Date de mise à jour: décembre 2019