Pierre, Joseph Duhem

1758 - 1817

Informations générales
  • Né le 8 juillet 1758 à Lille (Nord - France)
  • Décédé le 24 mars 1817 à Mayence (Allemagne)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Révolution
Législature
Assemblée nationale législative
Mandat
Du 1er septembre 1791 au 20 septembre 1792
Département
Nord
Groupe
Extrème gauche
Régime politique
Révolution
Législature
Convention nationale
Mandat
Du 4 septembre 1792 au 26 octobre 1795
Département
Nord
Groupe
Montagne

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Député en 1791, membre de la Convention, né à Lille (Nord) le 8 juillet 1758, mort à Mayence (Allemagne) le 25 mars 1807, fils de Jean Baptiste Joseph Duhem maître tisserand, et de Pélagie Angélique Joseph Olivier, il était médecin à Lille en 1789.

Il se montra partisan des idées nouvelles, fut élu d'abord juge de paix, puis député du Nord à l'Assemblée législative, le 9e sur 12, par 463 voix sur 890 votants (1er septembre 1791). Il ne tarda pas à se signaler parmi les membres les plus avancés de l'Assemblée : il vota l'exil des prêtres réfractaires (17 novembre 1791), et, dans l'affaire Narbonne, prit violemment parti contre le ministre de la guerre.

Narbonne avait été dénoncé par Dubois-Crancé comme traître à la patrie pour « avoir laissé les départements méridionaux sans défense ». Duhem demanda (30 mars 1791) qu'on s'assurât de la personne de M. de Narbonne, et qu'on le mît dans l'impossibilité de s'évader, jusqu'à ce que le rapport le concernant eût été présenté. Cette motion, qui heurtait les sentiments de l'Assemblée, valut à son auteur les menaces du président. Mais Duhem n'en tint pas compte. Le 2 avril, comme la majorité applaudissait Narbonne se présentant à la barre pour se justifier après la lecture du rapport sur la dénonciation de Dubois-Crancé, Duhem s'écria : « Je sais que je ne serai point en ce moment entendu avec faveur, l'Assemblée s'étant avilie jusqu'à applaudir M. de Narbonne... » Ces paroles provoquèrent une vive agitation. Des cris : « A l'Abbaye! A l'Abbaye! » s'élevèrent des bancs de la majorité. Par contre, les tribunes applaudirent; on proposa de faire évacuer les tribunes, et l'Assemblée vota le rappel à l'ordre des citoyens qui les remplissaient, après que Duhem eut demandé à être jugé. Il n'avait pas seulement bravé l'Assemblée, il avait aussi attaqué l'autorité royale.

Cette séance peut être considérée comme le point de départ de l'agitation républicaine dont Duhem fut incontestablement un des plus actifs promoteurs. Sûr désormais d'être compris du peuple, sentant qu'il pouvait compter sur la foule, il déclara à partir de ce jour une guerre acharnée au trône, se livra à la propagande républicaine la plus active en dehors de l'Assemblée, prêchant chaque jour la haine de la monarchie dans les assemblées populaires. Il redoubla d'ardeur après la journée du 20 juin, parfois non sans danger. Il appuya (21 juillet 1792) auprès de l'Assemblée les pétitions demandant la déchéance du roi, et en provoqua l'examen officiel. Le 25, il demanda la mise en liberté de deux citoyens arrêtés pour cause de républicanisme. L'un d'eux, Pâris, avait dit dans sa section : « C'est ici un combat à mort de la liberté contre le despotisme. Il faut que Louis XVI succombe ou la liberté! » L'autre, Bouland, habitant Arras, avait affiché le journal La Sentinelle qu'il avait fait venir de Paris. Duhem obtint un vote ordonnant, avec l'élargissement de ces deux citoyens, des poursuites contre les auteurs de ces « arrestations arbitraires ». Dans la même séance, il fit décréter l'armement de 30 vaisseaux contre les Anglais, après avoir dit : « Il est inutile d'aller chercher aux Indes les causes des mauvaises dispositions des Anglais contre nous, tandis que la cause est à Paris. Le cabinet de Saint-James est ligué avec celui des Tuileries. » Et le lendemain. il formulait à la tribune ce dilemme : « Le roi ou le peuple doit périr. »

Nul autant que Duhem n'avait, dans l'Assemblée législative et au dehors, travaillé à préparer la journée du 10 août; à deux heures de la nuit, du 10 au 11 août 1792, il provoqua les décrets invitant le peuple français à former une Convention nationale et suspendant le chef du pouvoir exécutif. Il fut envoyé par l'Assemblée pour apaiser la foule qui poussait des cris de mort contre le roi et la reine, harangua le peuple, lui lut les décrets que l'Assemblée venait de rendre et lui promit justice. Il fit décréter (20 août) que « le général Dillon avait perdu la confiance de la nation ». Le 21, il fut élu secrétaire de l'Assemblée, qui, cinq mois auparavant, avait failli l'envoyer à l'Abbaye. Il partit en mission, quelques jours après, pour l'armée du Nord, et ne tarda pas à annoncer que Maubeuge était menacée.

En septembre 1792, élu membre de la Convention par le département du Nord (le procès-verbal de l'élection manque aux Archives), il fut, le 30 septembre, nommé commissaire de la Convention à l'armée du Nord. Il dénonça au cours de sa mission plusieurs généraux. Le 26 décembre, il réclama l'éloignement de Roland du ministère et demanda que Louis XVI fût jugé « sans désemparer »; il posa la question de la peine de mort, et réclama l'appel nominal pour la mise en jugement du roi. A ceux qui essayaient de temporiser et demandaient l'ajournement, il répondit : « Lorsque les tyrans égorgeaient, ils n'ajournaient pas : lorsque les Autrichiens bombardaient Lille en son nom, ils ne désemparaient pas. » Le président Defermon ayant mis aux voix l'ajournement par assis et levé, et la majorité semblant se dessiner pour l'affirmative, Duhem, à la tête de quatre-vingts conventionnels, s'élança au milieu de la salle, monta au fauteuil, apostropha le président et fit signer la demande d'appel nominal. La majorité fut domptée, et après un long débat, la Convention déclara « que la discussion était ouverte sur le jugement et qu'elle serait continuée, toute affaire cessante ». Duhem avait, dans cette séance, fait retirer la parole à Pétion, disant « qu'on ne voulait plus de son opinion », et s'était écrié : « Je mourrai à la Montagne! »

Il s'opposa à ce qu'un conseil fût donné à Louis XVI. Au 2e appel nominal, sur l'appel au peuple, il opina en ces termes : « Comme je n'ai pu parler, je demande à rappeler un fait. Le 10 août, lorsque le tyran et sa féroce compagne avaient été, par votre ordre, renfermés derrière cette grille de fer, le peuple, dans sa toute-puissance, dans son insurrection légitime, demandait sa tête : il le pouvait, il le devait peut-être. Alors l'Assemblée nationale rendit plusieurs décrets; elle nomma des commissaires; j'ai été du nombre. Nous avons été promettre au peuple, au nom de la législature, au nom de la Convention future... (Des membres du côté droit : Les départements n'étaient pas là!) La législature a promis justice; d'ailleurs, comme la députation du Nord a reçu des pouvoirs illimités, et que nous avons été envoyés pour sauver la patrie; comme je veux porter pour ma part toute la responsabilité; comme les citoyens patriotes qui sont sur les frontières, pour empêcher les crimes postérieurs de Louis Capet, ne pourraient point voter dans cette affaire, parce qu'ils ne sont pas ici; comme d'ailleurs les citoyens sont engloutis sous les ruines causées par les bombes ou les boulets rouges et que nos commettants ne nous ont pas envoyés ici pour leur renvoyer des décisions à faire, je dis non. » Il vota la mort sans sursis.

Dans la séance du lundi 21 janvier 1793, au soir, Duhem fut élu un des douze membres du Comité de sûreté générale. Le 8 mars 1793, il demanda sans succès l'expulsion des journalistes de la salle des séances; il appuya le projet d'organisation du tribunal révolutionnaire, proposa la mise hors la loi des émigrés et des prêtres déportés qui rentreraient en France, ainsi que la confiscation des biens appartenant aux étrangers en guerre avec la France. De nouveau envoyé en mission à l'armée du Nord, il fit destituer le général Lavalette. Robespierre, qui estimait ce général, le défendit et le fit réintégrer dans ses fonctions. Une divergence d'opinion sur l'annexion des pays qui devaient former le département du Mont-Blanc fut une autre cause du conflit personnel qui s'éleva entre Duhem et Robespierre. Dénoncé par Coupé (de l'Oise) au club des Jacobins, Duhem y fut accusé d'avoir protégé Custine et caché la vérité sur l'armée du Nord. Il figura comme témoin à charge dans le procès des Girondins, accusa Brissot, et insinua que les Girondins étaient les promoteurs des massacres de Septembre. Le 22 frimaire an II, Robespierre l'accusa, aux Jacobins, lui reprochant d'accorder sa protection aux conspirateurs et aux dilapidateurs des deniers publics, d'être l'ennemi de Pache et de diviser la Montagne. Duhem essaya de se défendre, mais il fut exclu des Jacobins quatre jours après. Il ne parla plus que très rarement à la tribune de la Convention, jusqu'au 9 thermidor. Il se mit alors contre celui qui était devenu son ennemi personnel, contribua à la perte de Robespierre, mais n'abandonna pourtant pas la cause frappée avec lui.

Dès la fin de thermidor, il soutint ouvertement les robespierristes et s'associa à leur fortune, luttant de toutes ses forces contre la réaction thermidorienne. Il parla pour faire rapporter le décret modifiant l'organisation du tribunal révolutionnaire; il défendit Barrère, Amar et Billaud-Varenne, contre Lecointre (de Versailles); il dénonça Lecointre, Dubois-Crancé, Tallien, Fréron, comme « modérés et contre-révolutionnaires ». A l'accusation de Lecointre, il répondit en accusant les thermidoriens d'avoir contribué aux massacres de septembre, et en démontrant que Tallien, nommément, n'avait rien fait pour sauver qui que ce fût. Rentré aux Jacobins, il y tonna contre la majorité de la Convention : à la Convention, il défendit les Jacobins. Il dit à cette époque : « Si les crapauds du Marais osent relever la tête, ils en seront plus tôt écrasés. » Il demanda à la Convention « l'exportation du petit Capet », l'expulsion en masse de tous les aristocrates, « pour qu'il n'y ait plus qu'une nation, » l'exécution dans les vingt-quatre heures de tous les émigrés pris les armes à la main, et inculpa le Comité de sûreté générale et le tribunal révolutionnaire. Les thermidoriens, sans cesse harcelés par lui, essayèrent de s'en défaire. Legendre l'accusa d'entretenir des relations avec les royalistes du Midi: Clauzel lui reprocha d'être en correspondance avec les émigrés de Suisse. Duhem déclara (3 nivôse an III) que si Clauzel ne prouvait pas son accusation, il « l'assassinerait lui-même ». Peu s'en fallut qu'il ne fût, de ce chef, envoyé à l'Abbaye pour six mois. Il demanda, le 19 nivôse, que l'anniversaire du 21 janvier fût célébré comme une fête nationale dans toute la France, ainsi qu'aux armées et aux avant-postes; cette proposition fut votée par acclamation. Dans la séance du 9 pluviôse, il dénonça Lacroix, auteur du Spectateur français, et fut, pour cette raison, violemment attaqué par Clauzel et Thuriot, en termes qui le firent envoyer à l'Abbaye pour trois jours. Le concierge ne voulut pas le recevoir, parce que la prison était pleine. Duhem en écrivit au président de la Convention : l'Assemblée déclara, par un vote, qu'il garderait les arrêts chez lui pendant trois jours. Quand il revint à la Convention, les tribunes l'applaudirent ; Merlin de Douai l'accusa alors d'être un « agent britannique ». Duhem se justifia aisément. Décrété d'arrestation dans les premiers jours de germinal, il parut quand même à la Convention. Mais les thermidoriens avaient juré sa perte: le 12 germinal, Delecloy l'accusa d'être « le palladium de la sans-culotterie et d'avoir, au café Payen, prêté sur un poignard le serment d'assassiner les hommes de thermidor ». Duhem fit face à l'orage; il se défendit énergiquement, mais en vain; il fut arrêté avec Choudieu, Amar, Chasles, Léonard Bourdon, et conduit au fort de Ham, puis transféré au château de Sedan, où il courut des dangers. La Convention dut envoyer une demi-brigade de renfort à la garnison de cette ville pour protéger les montagnards prisonniers. Duhem resta détenu jusqu'au jour où Lesage-Senault qui, plusieurs fois, prit la parole en sa faveur, obtint sa mise en liberté, confirmée par l'amnistie du 4 brumaire an IV. A partir de ce jour cessa le rôle politique de Duhem.

L'ancien conventionnel quitta la France et alla s'établir médecin à Mayence. Il devint médecin en chef de l'hôpital de cette ville, où il mourut à l'âge de 49 ans.

Date de mise à jour: mars 2019