Jules, Auguste, Joseph Dansette

1857 - 1917

Informations générales
  • Né le 17 septembre 1857 à Armentières (Nord - France)
  • Décédé le 30 mars 1917 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
VIe législature
Mandat
Du 26 mai 1895 au 31 mai 1898
Département
Nord
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
VIIe législature
Mandat
Du 8 mai 1898 au 31 mai 1902
Département
Nord
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
VIIIe législature
Mandat
Du 27 avril 1902 au 31 mai 1906
Département
Nord
Groupe
Action libérale
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
IXe législature
Mandat
Du 6 mai 1906 au 31 mai 1910
Département
Nord
Groupe
Action libérale
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
Xe législature
Mandat
Du 24 avril 1910 au 31 mai 1914
Département
Nord
Groupe
Action libérale
Régime politique
Troisième République - Chambre des députés
Législature
XIe législature
Mandat
Du 26 avril 1914 au 30 mars 1917
Département
Nord
Groupe
Action libérale

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 (Jean Jolly)

Né le 17 septembre 1857 à Armentières (Nord), mort le 30 mars 1917 à Paris.

Député du Nord de 1895 à 1917.

Issu d'une famille de grands filateurs solidement établie à Armentières (plusieurs de ses parents y occupèrent des fonctions publiques et son grand-père, Hubert Joseph Dansette, fut Maire de la ville de 1846 à 1869 avant de devenir Conseiller général du canton), Jules Dansette fit des études juridiques à la Faculté libre de Lille, obtint en 1879 le grade de licencié en droit et fut associé à la direction de l'entreprise familiale, où il succéda à son père. Mais intéressé par les questions économiques et sociales, il renonça bientôt aux affaires pour entamer une carrière politique. Entré au Conseil général du Nord en 1889, il y demeura jusqu'à sa mort, et c'est sur sa proposition que cette assemblée locale, la première de toutes, réclama le retour au bimétallisme.

Lors de l'élection partielle du 26 mai 1895, J. Dansette se fit élire Député de la quatrième circonscription de Lille, en remplacement du baron Eugène des Rotours, Député conservateur, décédé. Il l'emporta de justesse, au second tour de scrutin, obtenant 8.610 voix sur 17.161 votants, son adversaire, Bonduel, en recueillant 8.377. Mais il conserva son siège jusqu'à la fin de sa vie, réélu cinq fois de suite dès le premier tour de scrutin. Il recueillit ainsi, le 8 mai 1898, 10.923 voix contre 3.874 à Sohier, candidat socialiste, et 3.346 à Albert Maxime Leconte, candidat radical, sur 18.314 votants ; le 27 avril 1902, 8.492 voix contre 3.099 à Sohier et 3.069 à Eloir, sur 14.725 votants ; le 6 mai 1906, 8.448 voix contre 3.774 à Gombert et 3.248 à Sohier sur 15.534 votants ; le 24 avril 1910, 7.797 voix contre 3.961 à Gombert et 3.782 à Sohier sur 15.717 votants ; enfin le 26 avril 1914, 8.142 voix contre 4.273 à Gombert et 3.724 à Deschamps sur 16.313 votants. On voit que Sohier, Maire socialiste d'Houplines, contre lequel il publia un libelle « Sohier calomniateur et fuyard », fut un de ses adversaires les plus acharnés. Se présentant lui-même comme « républicain libéral », J. Dansette se posait en adversaire des radicaux et des socialistes, qu'il qualifiait de « sectaires » et de « révolutionnaires », tout en se déclarant partisan de réformes sociales progressives ; il se flattait d'ailleurs de devoir ses succès électoraux à la réputation de « bons patrons » que les membres de sa famille avaient su acquérir dans les milieux ouvriers d'Armentières.

Si, socialement, il se réclamait de l'école des catholiques-sociaux, - après s'être inscrit pour commencer au groupe progressiste et au groupe des républicains indépendants, il fut un des fondateurs de l'Action libérale populaire, dont il demeura Vice-Président jusqu'à sa mort, - il était en matière économique un partisan résolu du protectionnisme.

Pendant les vingt-deux années qu'il passa à la Chambre, tout en préconisant certaines réformes sociales, il se montra d'abord soucieux de défendre les intérêts économiques de la région du Nord, qu'il jugeait trop souvent sacrifiés à ceux du Midi et surtout menacés par la concurrence étrangère ; au point de vue politique, après avoir soutenu le Ministère Méline, il passa dans l'opposition dès que les radicaux furent arrivés au pouvoir, il y demeura, hostile par principe à tous les cabinets qui lui parurent jouir de leur soutien ou de celui des socialistes ; il se flattait toutefois de n'avoir jamais versé dans une opposition systématique, et d'avoir voté pour le Gouvernement, quel qu'il fût, chaque fois que ses actes lui semblaient conformes à l'intérêt de la nation.

Il se consacra d'abord presque exclusivement aux questions économiques et sociales, qui gardèrent toujours la première place dans ses préoccupations et son activité. Il intervint ainsi fréquemment dans les débats relatifs aux tarifs douaniers, par exemple pour demander, en 1895, et pour obtenir, selon le vœu des planteurs de betteraves, le relèvement des droits frappant les mélasses importées. A la même époque, il réclama en faveur des planteurs de tabac, l'augmentation du contingent des tabacs français et proposa de modifier la loi sur la culture du tabac (1896). Soucieux de défendre les distillateurs, il déposa, en 1898 et 1900, deux propositions de lois relatives au régime des alcools dénaturés, intervenant à plusieurs reprises sur ce sujet et contribuant à faire supprimer les droits qui frappaient ces produits. Il prit part aussi, dans le même esprit, aux discussions sur le monopole de l'alcool (1903), le mouillage et le sucrage des vins (1906) et surtout les bouilleurs de cru (1905, 1912 et 1913) auxquels il aurait voulu voir appliquer le même régime fiscal qu'aux distillateurs industriels. Il réclama encore, en 1912, la suppression de l'impôt de licence supporté par les débitants de boissons, dont il se fit ouvertement le défenseur en 1915, en demandant l'ajournement de la discussion d'un projet qui tendait à réglementer l'ouverture des débits. Il combattit enfin le monopole du raffinage du pétrole (1901).

Dans le domaine social, après avoir réclamé en 1895 un statut libéral pour les sociétés de secours mutuels et des récompenses honorifiques pour les vieux ouvriers, défendu en 1897 les travailleurs français contre la concurrence des immigrants étrangers, et préconisé, en 1898, l'insertion facultative d'une clause de minimum de salaire dans les cahiers des charges des adjudications publiques, il proposa, la même année, de reconnaître aux syndicats l'aptitude à posséder des immeubles, et, en 1901, demanda la création d'une Caisse nationale de retraites. Plus tard, en 1913, il plaida pour que les avantages accordés aux ouvrières d'usines par une proposition de loi relative au repos des femmes en couche fussent étendus aux ouvrières à domicile. Pendant la guerre, il proposa de substituer la responsabilité de l'Etat à celle des patrons dans les accidents du travail causés par les hostilités (1915), déposa une proposition de résolution au sujet de l'affectation du dernier survivant des familles comptant deux frères tués à l'ennemi (1916), et prit part aux discussions sur la réparation des dommages causés par faits de guerre. Mais les affaires sociales lui fournirent aussi l'occasion d'aborder les grands débats politiques : à la suite des grèves qui eurent lieu à Armentières en octobre 1903, il demanda à interpeller le Gouvernement et prit part à la discussion de plusieurs interpellations - dont celle de Jaurès - portant sur le même sujet. Ce fut pour reprocher au Gouvernement de n'avoir pas su faire respecter la liberté du travail ni maintenir l'ordre contre les fauteurs de grève générale, et pour rejeter, en répondant à Jaurès, la responsabilité de la misère des ouvriers sur la crise traversée par l'industrie du lin. Par la suite, en 1904, il s'opposa encore à plusieurs reprises à Jaurès, sur des questions sociales.

Un peu plus tard, en 1909, une autre grève, celle des employés des postes, lui donna l'occasion de se poser en adversaire de l'Etat-patron et de condamner le principe même de la grève dans les services publics.

Avant 1903, J. Dansette n'était guère intervenu sur les sujets politiques que pour préconiser le rétablissement du scrutin de liste pour les élections législatives et l'institution de la représentation proportionnelle. En 1896, lorsqu'il déposa sa première proposition de loi en ce sens, il ne s'agissait guère pour lui que d'assurer la représentation des minorités ; mais, tandis que, législature après législature, il la reprenait sans se lasser, sa proposition changea peu à peu de sens à ses yeux : en 1910, parvenu à la conviction que le régime souffrait de graves imperfections, il avait fini par voir dans la R.P. une véritable panacée. Il esquissa d'ailleurs à cette date, dans sa profession de foi, tout un système de grandes réformes politiques, comprenant notamment la création d'un Sénat « professionnel », le recours au référendum et l'élection du chef de l'Etat par un suffrage élargi.

Dansette ne manqua pas de prendre part aux discussions sur la liberté et le secret du vote (1901), puis sur la réforme électorale (1902, 1909 et 1911). D'autre part, il intervint en 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat, pour proposer notamment de donner aux communes et aux départements la faculté de subventionner l'exercice d'un culte ; en 1908, sur la peine de mort, pour en préconiser le maintien, indispensable à ses yeux pour contenir le flot montant de la criminalité ; en 1913 enfin, sur l'enseignement libre, dont il prit la défense. Il vota la loi militaire des trois ans et donna son suffrage à Poincaré, candidat à la Présidence de la République.

Il avait appartenu, entre autres Commissions, à celle des douanes (1898), à la Commission d'enquête sur l'industrie textile (1903), à la Commission du suffrage universel (1906, 1910 et 1914), à celle des alcools industriels (1909), à celle des comptes définitifs et des économies (1914), enfin à celle des mines (1916).

Gravement affecté par la mort de son fils aîné Jules, tué en octobre 1916, - il avait un second fils, qui est l'historien Adrien Dansette, - il ne lui survécut pas plus de quelques mois et mourut à Paris, en cours de mandat, dans sa cinquante-neuvième année, le 30 mars 1917.

Son éloge funèbre fut prononcé par le Président Paul Deschanel, à la séance du lendemain. « Ce galant homme, cet ami sûr, ce bon serviteur du pays, emporte avec l'affectueuse gratitude de son parti, l'estime et les regrets de tous. Nous confondons la mémoire du malheureux père et celle de son jeune héros dans la même piété, et toutes nos pensées vont à celle qui les pleure. »


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