Abderrahmane Djemad

1907 - 1985

Informations générales
  • Né le 6 octobre 1907 à Bougie (Algérie)
  • Décédé le 23 février 1985 à Alger (Algérie)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Anciens départements d'Algérie
Groupe
Communiste

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1940 à 1958 (La documentation française)



Né le 6 octobre 1907 à El Flaye (Sidi Aich) Bougie (Algérie)
Décédé le 23 février 1985 à Alger (Algérie)

Député de Constantine de 1946 à 1951

Petit-fils de paysans, fils d'un paysan venu travailler en France comme immigré, Chérif Djemad, après des études primaires, devient ouvrier maçon à Marseille. Il complète sa formation à l'école des contremaîtres et employés de maçonnerie de la même ville entre 1932 et 1936. Son engagement politique commence lors du Front populaire. Entre 1937 et 1939, il milite au Parti communiste et appartient aux commissions exécutives du syndicat du bâtiment et de l'Union des syndicats des Bouches-du-Rhône jusqu'à leur dissolution par le régime de Vichy. Mobilisé pendant la guerre 1939-1940 dans le sud de la France, Chérif Djemad ne participe pas aux combats. Après sa démobilisation, il entre dans la lutte clandestine et regagne l'Algérie en 1940. En 1942, il est recruté comme surveillant dans les compagnies de travailleurs civils alliées. Parallèlement Chérif Djemad reprend ses activités politiques et devient secrétaire régional du Parti communiste algérien à Alger puis membre du bureau politique et du comité central de ce même parti.

Lors des élections pour la première Constituante, il est le second sur la liste communiste pour le collège des Français musulmans du département de Constantine. Sa liste rassemble 41901 voix contre 192 545 à la liste d'union démocratique franco-musulmane du docteur Bendjelloul et 58 637 à la liste d'union socialiste et démocratique musulmane. Aussi seul le premier de liste, Mohamed Chouadria, est-il élu député. Pour la seconde Constituante, la liste communiste sur laquelle figure de nouveau Chérif Djemad enregistre un recul sensible avec 20 815 voix alors que la liste dirigée par Ferhat Abbas remporte un succès écrasant avec près de 255 000 suffrages. Le redécoupage électoral en trois circonscriptions du département de Constantine permet à Chérif Djemad de prendre sa revanche en 1946. Chef de file cette fois de la liste communiste, l'ancien maçon devenu entretemps vice-président du Conseil général arrive en seconde position avec 23 130 voix ce qui lui permet de remporter le second siège, l'autre élu étant Chérif Ben Ali de la liste de la charte algérienne (37 126 voix).

Le nouveau député siège à la Commission du règlement et du suffrage universel (1946-1950), à celle de l'agriculture (1948), à celle de l'intérieur (1949-1951) et à celle des pensions (1950-1951). Parlementaire très actif, Chérif Djemad dépose quinze travaux écrits. Il s'agit essentiellement de propositions de résolution concernant l'Algérie ou de rapports sur le même thème. Le 27 février 1947, il demande par exemple la nomination d'une commission parlementaire chargée de procéder à une enquête sur les causes et les responsabilités des événements d'Algérie de mai 1945 et sur la façon dont la loi d'amnistie du 1er mars 1946 a été appliquée. Le 13 mars 1947, il réclame, dans une proposition de loi, que l'Algérie obtienne le statut de territoire associé dans le cadre de l'Union française. Ses propositions concernent également la détention des armes de chasse, l'enseignement primaire ou les catastrophes naturelles qui sont survenues en Algérie. Dans les débats, Chérif Djemad intervient également essentiellement sur l'Algérie mais s'intéresse aussi à la situation internationale et aux territoires d'outre-mer dans leur ensemble. Le 20 août 1947 par exemple, il profite de la discussion sur le statut organique de l'Algérie pour dénoncer le refus opposé par le gouvernement à la mise en place d'une commission d'enquête sur les événements du 8 mai 1945 et évoque les atrocités commises contre les musulmans. Le 27 août suivant, au nom des élus communistes algériens, il explique les raisons de leur rejet du statut organique de l'Algérie. Il critique l'insuffisance des pouvoirs de l'Assemblée algérienne, le scrutin antidémocratique prévu pour sa désignation, le refus de mesures culturelles et religieuses progressistes (vote des femmes musulmanes, égalité entre la langue arabe et la langue française etc.).

Lors de la discussion sur les procédures électorales prévues pour l'Assemblée algérienne, le 12 février 1948, Chérif Djemad prend à partie vigoureusement le ministre de l'Intérieur, Jules Moch, dénonçant tout à la fois sa politique répressive et ses découpages électoraux sur mesure pour fausser l'expression de la population algérienne et favoriser les « intérêts colonialistes ». Tout au long de la législature, ses interventions dénoncent sans relâche la politique « colonialiste » et « impérialiste » des gouvernements successifs aussi bien en Algérie qu'en Indochine ou dans les autres territoires d'outre-mer. Le 13 octobre 1949 par exemple, lors du débat d'investiture de Jules Moch, il reprend les attaques qu'il lui avait déjà adressées deux ans auparavant à propos de la répression conduite tant en France qu'en Algérie. La discussion du projet de loi de finances, le 22 décembre 1949, lui fournit également l'occasion de dénoncer le gaspillage de l'argent public dans la guerre du Vietnam et l'absence de mesures sociales en faveur des travailleurs algériens qui pourtant ont combattu pour la libération de la France. La discussion du budget des anciens combattants lui fournit l'occasion d'une longue intervention qui dénonce les discriminations dont sont victimes les anciens combattants d'Afrique du nord par rapport à ceux de métropole, dans le domaine des pensions, des remboursements de soins, des allocations familiales, etc. Les économies ou les retards dans l'application des mesures financières prévues ont pour origine, selon lui, le gouffre de la guerre d'Indochine où pourtant 70 000 Algériens combattent. Le ministre des Anciens combattants se croit obligé de ce fait à une mise au point et à un échange serré d'arguments avec l'orateur communiste. Quelques jours auparavant, le 18 juillet, Chérif Djemad avait dressé un tableau tout aussi sombre du retard de la scolarisation en Algérie et notamment dans les zones rurales reculées en y voyant une politique intentionnelle des « colonialistes » pour maintenir le peuple algérien dans l'asservissement ; il annonce toutefois les prémisses de la prise de conscience du peuple algérien et du début de sa lutte de libération. Un débat sur la guerre d'Indochine le 19 octobre suivant lui permet un long exposé anticolonialiste où il met en parallèle la lutte du peuple du Vietnam et celle du peuple algérien et annonce le refus de plus en plus massif des Algériens de se laisser enrôler dans cette guerre « insensée ». Il reprend ces thèmes inlassablement dans les divers débats sur les questions coloniales qui marquent la fin de la législature et va même, le 21 février 1951, jusqu'à utiliser une méthode d'obstruction pour souligner l'ampleur des pratiques répressives mises en œuvre par le gouverneur général Naegelen en faisant une lecture interminable des listes de « patriotes arabo-berbères » qu'il est prévu d'arrêter en cas de troubles. Il remplit ainsi trois pages du Journal Officiel sans se laisser démonter par les nombreuses interruptions de ses collègues agacés qui scandent sa lecture de commentaires ironiques.

Aux élections du 17 juin 1951, la liste communiste, de nouveau conduite par Chérif Djemad, est en compétition avec quatre autres listes dont deux apparentées entre elles. Le score communiste est très médiocre en comparaison des élections précédentes avec 3 260 voix sur le nom du député sortant (3,1 %). La liste de l'U.D.M.A. conduite par Ferhat Abbas résiste mais le système des apparentements permet aux listes parrainées par le M.R.P. et le R.G.R. de recueillir les deux sièges à pourvoir. L'ancien député de Constantine reprend alors son métier de maçon puis devient journaliste à Alger républicain à partir de 1952. Lors de la guerre d'Algérie, Chérif Djemad est arrêté en novembre 1956 et n'est libéré qu'en 1960 et envoyé en France où il milite au sein du Secours populaire français. Après la fin des combats, il retourne dans son pays pour reprendre sa place à Alger Républicain jusqu'en 1965, date de la dissolution du journal. Il est alors employé comme cadre dans divers organismes et entreprises nationales algériennes. Pendant six ans, il est notamment chargé de mission, administrateur et secrétaire général de l'établissement national pour l'éducation et la promotion de l'enfance puis directeur d'unité économique de la Wilaya d'Alger.



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