Eugénie Duvernois

1909 - 1983

Informations générales
  • Né le 21 septembre 1909 à Nice (Alpes-Maritimes - France)
  • Décédé le 11 mai 1983 à Toulouse (Haute-Garonne - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951
Département
Seine-et-Oise
Groupe
Communiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIe législature
Mandat
Du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955
Département
Seine-et-Oise
Groupe
Communiste
Régime politique
Quatrième République - Assemblée nationale
Législature
IIIe législature
Mandat
Du 2 janvier 1956 au 8 décembre 1958
Département
Seine-et-Oise
Groupe
Communiste

Biographies

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1940 à 1958 (La documentation française)



Née le 21 septembre 1909 à Nice (Alpes-Maritimes)
Décédée le 11 mai 1983 à Toulouse (Haute-Garonne)

Député de Seine-et-Oise de 1946 à 1958

Eugénie Duvernois, infirmière diplômée, veuve de guerre, participe à la Résistance au sein des organisations communistes. Arrêtée par les nazis elle est déportée à Ravensbrück et Mauthausen. A son retour des camps, elle devient secrétaire de la Fédération de Seine-et-Oise du Parti communiste et est élue maire de Vigneux en 1945, mandat qu'elle conserve jusqu'en 1947. Lors des élections à la première Assemblée Constituante, elle est placée en sixième position sur la liste communiste pour la deuxième circonscription de Seine-et-Oise, trop loin pour avoir une chance d'être élue. Avec 118 109 suffrages, les communistes arrivent en tête dans cette circonscription qui englobe plusieurs villes de banlieue ouvrière. Ils comptent donc trois élus, tout comme le M.R.P., les deux derniers sièges revenant à la S.F.I.O. Pour la seconde Constituante, Eugénie Duvernois est passée en quatrième place sur la liste du P.C.F. Celle-ci est à nouveau en tête avec 32,3 % des votes exprimés et conserve ses trois élus précédents, le M.R.P. n'en comptant plus que deux, la S.F.I.O., un ; les deux sièges restants vont, l'un au Parti républicain de la liberté, l'autre au Rassemblement des gauches républicaines. Ce sont les premières élections législatives de la IVe République qui permettent à Eugénie Duvernois d'aller siéger au Palais Bourbon. La liste du Parti communiste fait en effet des progrès sensibles puisqu'elle recueille 124 712 voix (34,8 %) soit 7 000 de plus qu'au scrutin précédent sur un nombre d'exprimés un peu plus faible.

La nouvelle élue siège dans trois commissions : celle du ravitaillement, celle des finances et celle de la production industrielle. Dès cette première législature, Eugénie Duvernois est une parlementaire très active, elle dépose cinq propositions de résolution, trois propositions de loi et un rapport : tous ces textes concernent des problèmes de ravitaillement ou des mesures sociales en faveur des catégories modestes. Le député de Seine-et-Oise développe des thèmes analogues au cours de ses nombreuses et, le plus souvent, courtes interventions dans les débats. Parmi les plus importantes, on peut citer celle du 27 décembre 1947 où elle dénonce la misère des classes populaires liée à l'inflation qui a privé de nombreux enfants pauvres de jouets et d'oranges lors des fêtes de Noël. Le 18 juillet 1948, c'est en tant qu'ancienne déportée qu'elle s'oppose vivement à l'amendement de Roger Devémy prévoyant la possibilité, pour certains travailleurs volontaires en Allemagne qui ont fait ensuite acte de résistance, de bénéficier, sous conditions, de certaines dispositions de la loi fixant le statut des déportés et internés de la Résistance. Elle y voit un indice de réhabilitation de certaines formes de collaboration. Les interruptions dont Eugénie Duvernois ponctue le discours de l'orateur suivant, Edmond Michelet, obligent le président à la rappeler à l'ordre mais témoignent des souvenirs douloureux qu'a laissés en elle cette période de sa vie. Le débat du 26 août suivant, sur le projet de loi portant retrait du privilège d'émission de la Banque d'Indochine, lui donne l'occasion de dénoncer la guerre menée par le gouvernement au Vietnam. Enfin, le 8 décembre 1950, à propos de la politique tarifaire du gaz, elle mène une attaque en règle contre les mesures antisociales du Gouvernement qui touchent en priorité les plus faibles ; elle dénonce aussi les contradictions de la politique énergétique sacrifiant les ressources nationales aux importations étrangères et les « cadeaux » faits aux « trusts » par Gaz de France, entreprise nationalisée, par l'intermédiaire de tarifs préférentiels.

Lors du scrutin du 17 juin 1951, la deuxième circonscription de Seine-et-Oise présente une situation électorale originale puisqu'aucun accord d'apparentement n'a été conclu entre les partis de la Troisième force. La représentation proportionnelle s'applique donc, ce qui permet au Parti communiste de conserver trois élus sur quatre sortants, dont Eugénie Duvernois qui est passée de la quatrième à la deuxième place, ce qui assure sa réélection, alors que Jean Duclos, qui se trouve au rang qu'elle occupait précédemment, perd son siège de député. Le Parti communiste enregistre en effet un recul sensible avec une moyenne de 115 970 voix, soit 9 000 de moins que cinq ans plus tôt. La multiplication des listes et la présence nouvelle du R.P.F. qui arrive en deuxième position avec 28,2 % des suffrages exprimés expliquent la dispersion des voix et le faible succès des partis de gouvernement. Le parti gaulliste enlève deux sièges tandis que la S.F.I.O., le Parti radical, le R.G.R. et le M.R.P. n'en obtiennent qu'un chacun. Eugénie Duvernois reprend place dans la Commission de la production industrielle au cours de la législature.

Sa première prise de parole importante, le 7 septembre 1951, est motivée par la présentation du contre-projet communiste à la proposition de compte spécial du Trésor, dite loi Barangé, favorable à l'enseignement privé. C'est surtout pour elle l'occasion de dénoncer la politique économique et sociale du gouvernement et de critiquer l'insuffisance globale des crédits de l'Education nationale. Elle appuie également les arguments des défenseurs de l'école laïque, contestant le caractère discriminatoire d'une mesure qui ne va bénéficier qu'à une fraction des Français et est contraire à la législation républicaine traditionnelle. Sa deuxième grande intervention concerne le problème des sans-abris qui a été placé en première page de l'actualité à la suite de la campagne de l'abbé Pierre en 1953 -1954. Le 17 décembre 1954, lors du débat sur le budget du ministère de la Reconstruction et du logement, Eugénie Duvernois fournit un témoignage détaillé et accablant sur l'insuffisance criante des « cités d'urgence » aménagées hâtivement dans certaines communes de l'Est parisien pour loger les sans-abris. Outre les conditions indignes dans lesquelles sont hébergées les familles, souvent sans ressources, elle critique les charges indues en matière de scolarisation qui pèsent sur des communes-dortoirs aux revenus déjà faibles. Elle réclame donc des mesures tant pratiques (aide de l'armée pour la construction de véritables maisons alors que l'hiver commence) que fiscales pour aider les communes.

Pour le scrutin anticipé du 2 janvier 1956, le Parti communiste reconduit les mêmes candidats, Lucien Midol, Eugénie Duvernois et Charles Benoist, pour conduire sa liste dans la deuxième circonscription de Seine-et-Oise. En voix, les députés sortants, tous réélus, obtiennent un bon score avec une moyenne de 141 741 suffrages, mais en pourcentage il s'agit d'un léger déclin (31,6 % contre 31,9 %) car la circonscription, en voie d'urbanisation, connaît une croissance sensible des inscrits avec près de 100 000 électeurs de plus qu'en 1951. Pendant ce dernier mandat, Eugénie Duvernois siège à la Commission de la famille, de la population et de la santé publique. Tous ses travaux parlementaires écrits concernent des mesures sociales. Outre divers rapports, on peut citer notamment une proposition de loi du 21 janvier 1958 tendant à interdire à tout propriétaire de priver d'eau et d'électricité ses locataires et à obtenir des compagnies d'eau, de gaz et d'électricité qu'elles continuent à assurer aux familles qui acquittent régulièrement leurs quittances les fournitures d'eau, de gaz et d'électricité. Le 7 mars suivant, elle dépose également une proposition de résolution tendant à inviter le Gouvernement à dégager les crédits nécessaires aux collectivités locales et départementales de Seine-et-Oise pour la réalisation d'un plan d'équipement hospitalier indispensable à ce département. Lors de ses trois plus importantes interventions dans les débats, Eugénie Duvernois s'attache à chaque fois à défendre une catégorie spécialement démunie du fait de la situation politique ou économique du moment. Le 2 juin 1956, elle se veut le porte-parole des femmes opposées à la guerre d'Algérie et cite des témoignages de mères ou d'épouses frappées par le décès d'un fils ou d'un mari pendant les hostilités. Elle rappelle au gouvernement le sens des élections du 2 janvier : non la poursuite de la guerre mais la négociation. Le 27 juin suivant, citant là encore des statistiques ou des cas concrets, Eugénie Duvernois dépeint en termes très sombres la misère populaire causée par la vive hausse des prix des derniers mois et réclame des allègements de taxes sur les denrées de base pour aider les familles de travailleurs. Enfin, le 10 décembre 1957, son rôle de rapporteur d'une proposition de résolution lui fournit l'occasion de demander des mesures d'urgence en faveur des vieux, eux aussi victimes de la hausse des prix.

La carrière parlementaire d'Eugénie Duvemois prend fin avec la IVe République car le nouveau scrutin majoritaire lui est défavorable. Elle est en effet battue au terme d'une triangulaire qui l'oppose à un candidat socialiste et à un candidat U.N.R., finalement élu, dans la treizième circonscription de Seine-et-Oise qui correspond à la région de Corbeil-Essonne.


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