Philippe Marçais

1910 - 1984

Informations générales
  • Né le 16 mars 1910 à Alger (Algérie)
  • Décédé le 31 mai 1984 à Paris (Paris - France)

Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

Régime politique
Cinquième République - Assemblée nationale
Législature
Ire législature
Mandat
Du 30 novembre 1958 au 3 juillet 1962
Département
Anciens départements d'Algérie
Groupe
Unité de la République

Biographies

Biographie de la Ve République

MARÇAIS (Philippe)
Né le 16 mars 1910 à Alger (Algérie)
Décédé le 31 mai 1984 à Paris

Député d’Alger-Banlieue (Algérie) de 1958 à 1962

Fils de l’illustre orientaliste arabisant William Marçais, Philippe Marçais naît dans le milieu intellectuel français de la capitale algérienne, dans une famille d’origine bretonne. Il entre au lycée de Tunis, puis achève ses études secondaires à Paris. Etudiant à la Sorbonne, il est licencié de lettres, puis poursuit sa formation à l’Ecole des langues orientales de Paris. Il obtient un doctorat. Il commence à enseigner à la médersa de Constantine, puis d’Alger, avant de diriger celle de Tlemcen comme son père l’avait fait avant lui, de 1934 à 1947. Ces établissements d’enseignement secondaire, contrôlés par les autorités françaises, sont des lieux de formation destinés aux cadres religieux et juridiques algériens. Mobilisé pendant la Seconde guerre mondiale, il passe quatre ans sous les drapeaux et participe à la campagne de Tunisie. Après sa démobilisation, il devient capitaine-interprète de réserve et effectue plusieurs missions dans le sud algérien. Il enseigne à la faculté des lettres d’Alger, où il est professeur de langues et de civilisations nord-africaines. En 1957, il est nommé doyen de l’établissement. Il publie, dès les années 1950, divers ouvrages de linguistique dialectale arabe.
En 1958, quatre ans après les attentats de la Toussaint 1954 qui ont marqué l’entrée du pays dans un conflit mettant aux prises l’armée française et les forces nationalistes, des élections législatives sont organisées en Algérie. Ajournée sine die par le gouvernement Guy Mollet en 1956, cette consultation électorale fait partie des ruptures induites par l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle, après les manifestations du 13 mai 1958. Pour la première fois, l’Algérie est appelée à élire ses représentants à l’Assemblée nationale dans un collège électoral unique, comprenant aussi bien ceux qu’on appelle alors les « Français de souche européenne » (FSE) que les « Français de souche nord-africaine » (FSNA). Les femmes de cette dernière catégorie, en outre, se rendent pour la première fois aux urnes. L’ordonnance du 16 octobre 1958 relative à l’élection des députés des départements d’Algérie à l’Assemblée nationale régit le déroulement de ce scrutin particulier. Majoritaire à un tour, sans panachage ni vote préférentiel, il exige que chaque liste de candidats « respecte une certaine proportion entre les citoyens de statut civil de droit commun et les citoyens de statut civil local, afin de permettre une juste représentation des diverses communautés ». Dans la deuxième circonscription algérienne, celle d’Alger-banlieue, cette répartition est fixée à deux candidats de statut civil de droit commun et deux candidats de statut civil local.
Philippe Marçais présente sa candidature au siège de député d’Alger-banlieue sur la Liste d’action pour l’Algérie française et la promotion musulmane par l’intégration, dont Nafissa Sid Cara a pris la tête, et sur laquelle figurent également Robert Abdesselam et Marc Lauriol. Cette liste se situe, résolument, dans l’inspiration des événements de mai 1958 : elle se prononce en faveur de l’action de l’armée française dans les départements algériens, dans la perspective d’une intégration définitive de l’Algérie à la France. L’Algérie française est aux yeux des candidats une « cause juste et économiquement et socialement possible », qu’ils entendent défendre par un programme fondé sur le retour à l’ordre, le développement et la promotion des populations dites « musulmanes ». Dans la banlieue d’Alger, trois autres listes d’inspiration similaire se présentent aux élections législatives. Le 30 novembre 1958, la liste menée par Nafissa Sid Cara, sur laquelle figure Marçais, est élue avec 61 860 voix, soit un millier environ de plus que sa plus proche concurrente et 32% des suffrages exprimés.
L’éminent linguiste, élu à l’Assemblée nationale, s’inscrit au groupe de la Formation administrative des élus d’Algérie et du Sahara (EAS), qui prend à partir du mois de juillet 1959 le nom de groupe de l’Unité de la république (UR). Il est nommé membre de la Commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République (1959-1962), et membre de la Commission spéciale chargée d’examiner le projet relatif à la promotion sociale en 1959. Outre son activité au sein de ces commissions, le député algérois intervient à de nombreuses reprises dans les débats parlementaires. Il y défend sans relâche l’intégration de l’Algérie à la France, exprimant au fur et à mesure de son mandat une opposition et un désarroi croissants à l’égard de la politique du gouvernement. Lors de la discussion du projet de loi portant fixation des crédits civils en Algérie pour l’année 1960, le 25 novembre 1959, il rappelle que tout effort financier de la France en Algérie doit se fonder sur un « engagement moral et psychologique de la nation », capable d’affirmer haut et fort l’unité des départements des deux rives de la Méditerranée. Le 15 décembre 1960, il critique le « caractère extrêmement vague » du projet de loi relatif à la promotion sociale en Algérie, et lance un appel à des engagements concrets de la France. Dans la discussion du projet de loi organique portant promotion exceptionnelle des Français musulmans dans la magistrature, le 29 décembre 1959, le doyen de l’Université d’Alger intervient longuement pour exposer à ses collègues un tableau sociologique des élites algériennes. Il salue l’initiative de ce texte, estimant que c’est avec de semblables avancées « que doit naître la vie toujours plus commune de l’Algérie et de la métropole, fondues en une seule patrie ». Le 12 novembre 1960, le professeur algérois prend la parole dans la discussion du projet de loi relatif au budget de l’Algérie, et exprime nettement son désaccord avec la politique du gouvernement. Selon lui, « la situation morale et politique de l’Algérie est détestable, et empire ». Il blâme le changement de direction du gouvernement, cause de la « démobilisation morale » des Français qui ne désirent plus que la paix, sans condition. S’adressant au Premier ministre Michel Debré, il lui rappelle ses premiers engagements en faveur de l’Algérie française et s’exclame : « nous continuons le combat que nous avons commencé avec vous ». Le 30 juin 1961, il prend part au débat sur la déclaration du Premier ministre sur les problèmes algériens, et déplore « le caractère irréaliste et inhumain des pensées gouvernementales », les « promesses faites au nom de la France (…) méthodiquement reniées ». Lors de la séance du 5 juin 1962, il participe au débat sur une motion de censure, et exprime une dernière fois au Palais Bourbon son amer regret de voir la France « abandonner » l’Algérie. Il évoque le sort des Français d’Algérie, « muselés, contraints, brimés, mitraillés, saignés, égorgés » et attire l’attention des députés sur le problème du rapatriement des harkis.
L’engagement de Philippe Marçais aux côtés des partisans de l’Algérie française dépasse les murs de l’Assemblée ; il ne cache pas ses sympathies pour l’OAS (Organisation de l’armée secrète). Il est à l’origine, en 1960, de la création du colloque de Vincennes, qui s’oppose à la politique algérienne du général de Gaulle. Les votes du député algérois reflètent la rapide érosion de sa fidélité à l’égard du pouvoir gaulliste. S’il se prononce en faveur du programme du gouvernement Debré après la déclaration de politique générale du 16 janvier 1959, il ne prend pas part au vote sur la même question le 15 octobre 1959. En revanche, il vote pour le projet de loi concernant l’enseignement privé (23 décembre 1959). Mais dès le 2 février 1960, il s’exprime contre l’octroi des pouvoirs spéciaux au gouvernement. Le 27 avril 1962 enfin, il vote contre le programme du nouveau gouvernement Pompidou.
Le 3 juillet 1962, le mandat de député de Philippe Marçais prend fin, avec l’indépendance de l’Algérie. En ce jour, l’ordonnance relative au mandat des députés et sénateurs élus dans les départements algériens et sahariens y met fin. Le professeur poursuit sa carrière universitaire en France, à l’université de Rennes, puis l’achève à l’Université de Liège en Belgique. En 1965, il soutient la candidature à l’élection présidentielle de Jean-Louis Tixier-Vignancourt. Aux élections municipales de Paris, en 1977, il est le colistier de Jean-Marie Le Pen. Il meurt à Paris en 1984. Il était chevalier de la Légion d’honneur et officier de l’Ordre des palmes académiques.

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